LIVRE LV
Pascha, auquel le gouvernement de Baszra avait été conféré à titre héréditaire, s'était attiré la disgrâce du sultan par des actes de rébellion , et le gouverneur de Bagdad Ibrahim-Pascba reçut ordre de marcher avec les begs contre lui et contre Lahsa , et d'installer le nouveau gouverneur Mohammed-Pascha. Ibrahim réunit , comme serdar, sous ses bannières à Helle les beglerbegs de Diarbekr, Schehrsol, Moszul, Alep, Rakka, les émirs kurdes et arabes , et se porta sur le chateau-fort de Kawarna, au confluent du Tigre et de l'Euphrate, où Husein s'était posté avec les restes des corps de dragons, de hussards, etdes milices du paysqui avaient jadis combattu sous les drapeaux des lieutenants du rebelle Abasa-Hasan. Le siège dura trois i quatre mois sans faire de progrès , et le gouverneur de Bagdad se vit obligé de traiter avec Ilusein-Pascha. Il fut convenu que celui-ci se retirerait sur la Mecque, et qu'en prenant le gouvernement de Baszra son fils Efrasiab paierait 800 bourses pour les frais de guerre, et verserait annuellement 20,000 écus dans le trésor du sultan. Ibrahim-Pascha regagna Bagdad, et Husein-Pascha Baszra, où durant son absence les marchands avaient pris la direction de la ville au nom du sultan. A son retour, Ilusein- Pascha se vengea contre ces derniers, en fit étrangler quelques-uns, leva des contributions forcées, envoya au sultan , par son couan Jahja -Aga 3,000 bourses, «fruit d'exactions et de meurtres, promettant de payer peu à peu le reste des Trais de guerre qui lui avaient été imposés ; il arriva à Aodrinople en même temps que les marchands de Baszra , qui venaient demander justice pour la mort ou la ruine de leurs frères. Leurs plaintes Turent écoutées dans le diwan , et comme la déTense d'Husein-Pascha n'avait aucune valeur dans la bouche de son agent , celuici offrit de fournir les mêmes prestations que son cousin, fut investi du gouvernement de Ba«zra, et le nouveau pascha de Bagdad, Firari-Mustafa , reçut ordre de marcher contre Baszra avec ceux de Rakka , Moszul , Karbekr et Schehrsol, à la tête de la cavalerie féodale et des janitschares. Pendant les journées de chaleur ardente, les Ottomans se tinrent sans mouvement à Helle ; ensuite Kawarna fut attaquée du côté des marais, que
l'on combla en y entassant des troncs de palmiers; Husein-Pascha reconnaissant l'impossibilité de tenir plus long-temps s'enfuit en Perse, et, la place ayant capitulé , le nouveau gouverneur de Baszra , Jahja, en prit possession. A cette nouvelle arrivée à Aodrinople, Rahma-Kasimsade fut envoyé comme defterdar à Baszra, afin de faire un nouveau relevé des terres et des revenus , et la garnison de Kawarna reçut un renfort de deux mille janitschares. Quand le defterdar lut arrivé à Baszra, le gouverneur lui défendit de se mêler en aucune façon des affaires de finances, et, Rahma-Kasimsade s'étant excusé sur cette interdiction auprès des troupes qui réclamaient leur solde, une insurrection militaire éclata contre le pascha gouverneur, qui , ne sachant à quel moyen avoir recours, profita de l'occasion d'une fête pour s'enfuir [16 août 1668]. Le sultan , qui se trouvait alors à Brusa pour les plaisirs de la chasse , couféra le gou vernement de Baszra à 11 usta fa- Aga , époux de sa nourrice. Cependant Jahja- Pascha, qui voyait ses troupes grossies paf le rebut des tribus arabes, envoya son kiaja prendre possession de Baszra ; puis il se mit en marche avec cet officier vers Kawarna , parce qu'ils avaient appris que le pascha de Bagdad se disposait à venir fortifier la garnison. Les troupes du pascha de Bagdad se mirent en embuscade, tombèrent sur les gens de Jahja et les défirent ; le kiaja de Jahja périt dans l'action. Jahja s'enfuit à Surit sur la frontière de Perse , rallia de toutes parts les hommes les plus décriés des tribus arabes et força l'entrée de Baszra. Là ses bordes exercèrent des cruautés qui ne peuvent être comparées qu'aux atrocités commises jadis par les Talares de Timur , sur les habitants de Siwas; les Arabes pillèrent, brûlèrent, massacrèrent à Baszra , où ils ne laissèrent pas pierre sur pierre. Firari-Pascha reçut l'ordre de marcher contre Baszra avec les beglerbeg de Diarbekr, Rakka, Meraasch, Schehrsol, et tous leurs feudataires. Tonte opération fut suspendue pendant les grandes chaleurs, et dans l'automne on se mit eu mouvement vers Kawarna. Le gouverneur de Bagdad fit inviter les scheiebs des tribus arabes à se réunir à lui . et, les ayant gagnés à la cause du sultan, Jahja se vit réduit a s'enfuir en Perse. Ainsi, après trois expédi-
lions, Baszra redevint tributaire de la Porte, et . bientôt après l'installation du mari de la nourrice dans le gouvernement nouvellement reconquis , Firari-Mustafa dut se charger de réorganiser cette acquisition. Les troubles de Géorgie furent apaisés plus facilement que ceux de Baszra; il suffit aux paschas d'Erserum et de Tschildir de prendre quelques châteaux pour tout ramener à l'ordre. Mais comme les Géorgiens , qui s'étaient trouvés heureux sous la protection du scheich Wani, se plaignirent des injustices de Mohammed, kiaja du gouverneur d'Erserum, un chaszeki vint chercher la tête de cet officier et celle du juge du camp, et les rapporta à Constantinople. L'ex-chan de Bidlis, Abdal-Chan, qui, jadis abattu par Malek- Ahmed-Pascha, était venu après sa déposition vivre paisiblement à Constantinople, fut étranglé tout-à-coup sur un ordre du sultan apporté par un kosbegdschi du sérail, sans qu'il y eût d'autre motif apparent pour cette exécution que le reste des richesses conservées par la victime.
Les événements d'Egypte et de la Mecque viennent toujours s'enchaîner et se confondre. Le successeur d'Omer-Pascha , comme gouverneur en Egypte, était l'Albanais Ibrahim-Pascha, homme juste et bienveillant, mais dominé par un kiaja d'un caractère infernal. Le rusnamedschi Sohrabsade-Mustafa-Efendi, qui, dans les derniers troubles d'Egypte causés par le beg de Dschirdsche , était allé à Constantinople, revint chargé d'une mission de la Porte et empoisonna le kiaja dans un festin. A la Mecque était mort le schérif Seid-Muhsin, et il avait eu son fils Saad pour successeur. L'émirol-hadsch Usbeg, venu à la Mecque avec la caravane , trama la déposition du schérif avec Hamud frère de celui-ci. Ayant réussi dans ses projets, il envoya ses deux fils au Kaire porter 30,000 ducats en présent au pascha gouverneur. Ibrahim-Pascha , ou plutôt le kiaja prit l'argent , mais retint prisonniers les deux jeunes gens. Hamud , pour se venger, marcha sur Jenbuu, et se saisit de toutes les aumônes et de toutes les marchandises déposées dans ce lieu pour être envoyées à Médine. Jusuf-Beg partit donc du Kaire pour l'Arabie avec cinq cents janitschares; trois fois Hamud le fit avertir de ne point s'ap-
procher de la ville de Jenbuu ; mais tous ces avis étant restés sans résultat , on en vint aux mains dans le défilé de Dschemidère ; les troupes de Jusuf-Beg furent complètement défaites, lui-même resta prisonnier avec son fils [3 janvier 16C8 ]. Quatre hommes, échappés seuls à la défaite, en portèrent la nouvelle au Kaire. Maintenant deux mille hommes et dix begs des mameluks furent détachés en avant de la caravane des pèlerins pour nettoyer la route de la Mecque. Hamud , informé de la supériorité des forces qui le menaçaient, abandonna secrètement le camp, laissant ses tentes pour amuser l'armée égyptienne, et se donner à lui-même le temps de prendre une grande avance dans sa fuite. Durant trois jours les Egyptiens le poursuivirent en vain. Quand la caravane fut revenue en Egypte, Hamud se mit à piller à Dschidde , aussi bien qu'à la Mecque, et devint un si cruel fléau pour le pays que sept à huit mille personnes moururent de faim. Soixante-dix à quatre-vingts proscrits de la Mecque vinrent implorer des secours à Brusa, où le sultan était en quartier d'hiver. Pour ramener l'ordre en Arabie , on transporta Freng-Hasan-Pascha dusandschak de Morée à celui de Dschidde, et on lui attribua , comme argent d'orge , les revenus d'itschil (Cilicie). En Egypte où il pleut si rarement, où il grêle bien moins encore, il tomba cette anuée des morceaux de glace dont quelques-uns pesaient plus de deux livres , qui tuèrent des oiseaux dans les airs et des animaux dans les champs. Il y eut beaucoup de phénomènes extraordinaires en 1667, et surtout de grands tremblements de terre qui renversèrent des villes et firent écrouler des montagnes. La moitié d'Ersendschan fut engloutie ; à Moszul beaucoup d'édiûces tombèrent en ruines, entre autres le dôme qui recouvrait le tombeau du prophète Jonas. Deux ans auparavant, l'attention publique avait été tristement occupée par la mort de l'ex-grand vesir Bojuni-Jarali-Mohammed-Pascha et par celle de l'exmufti Ssarisade. Le vieux Turkman Mohammed au cou tord, qui, sous Chalil dit le Pieu-de-Fer, avait reçu quarante blessures dans les campagnes contre la Perse, et avait reçu pour récompense un kceschk bâti selon le goût du sultan Marad IV et le gou-