‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 6 sur 384 · LIVRE LU · texte numérisé non relu

LIVRE LU

encyclopédiste turc, Katibtschelebi-lladschi- Chalfa , alors employé dans l'une des chambres de finances, et assistant en conséquence à l'assemblée, fut amené par cet état de choses à écrire son petit, mais excellent traité intitulé Règle île Conduite (1), qui compare les données statistiques des finances de plusieurs années et révèle les plaies de l'administration. Mais comme personne n'avait alors la force de remédier à ces maux , Hadschi-Chalfa n'eut pas le courage de publier son opuscule. Trois ans après seulement, il le présenta au mufti Hosamsade, qui le déposa sous les yeux du sultan en lui recommandant de le lire , de même que l'un des plus dignes serviteurs avait présenté jadis à Ibrahim , au commencement de son règne , l'excellent traité de statistique politique, intitulé le Livre du Conseil (2).

Cependant les deux chatti-schérifs exigés par Tarchundschi, en prenant le sceau de l'empire, semblaient annoncer au kislaraga Suleiman la fin de sa domination. Il songea donc à sa retraite future , et fixa ses vues sur l'Egypte, cette terre promise des grands eunuques déposés. Il pressa le grand vesir de conférer le gouvernement de ce pays à Mohammed de Galata ; et Tarchundschi, ne voulant pas entendre parler de cette nomination plus que de la réintégration du secrétaire déposé des janitschares , Husein, autre protégé du kislaraga, fit éclater sa mauvaise humeur sur la Validé, à laquelle il refusa, pour la noce de la sultane Aatike ( veuve de Kenaan-Pascha), leskaftans et les bourses d'usage, en disant rudement : « Je n'ai ni or ni pelisses (3). » En conséquence l'aga du vieux sérail devînt kislaraga du nouveau , et Suleiman fut banni en Egypte. A ce changement dans la haute direction du harem succéda la destitution du mufti, amenée par ses propres emportements. Ce chef suprême de la loi était si peu maître de ses mouvements qu'ayant destitué le juge de Kaffa, Esaad-Efendi , en présence de tons tes uléma», il l'accabla d'injures et de coups, lui donna des soufflets, le tira par la barbe, au grand

( 1) Voyex les sources de ce volume.

( 2) Parmi les sources de ce rolnme.

(5) «aima, I. n,p. 362 el 363.

scandale des assistants ; car tous ces membres de l'ordre judiciaire se voyaient ainsi cruellement outragés dans la personne d'un magistrat qui, à raison de son grand âge, portait le titre de reis-ul-uléma , ou chef des légistes. Le grand vesir envoya le tschauschbaschi auprès d'Esaad et des principaux ulémas , et fit de vains efforts pour accommoder l'affaire; en vain il adressa de concert avec le mufti de faux rapports au sultan sur cette circonstance. Vingt des plus grands ulémas et deux cents petits se réunirent dans la maison de Karatschelebisade-Mahmud , pour se rendre en corps au sérail. Aussitôt que les janitschares et lessipahis en furent informés, ils envoyèrent offrir de s'armer ; les corporations et les marchands firent de même, tous avec le désir de tirer parti à leur proGt du soulèvement des ulémas (1 ) . Ceux-ci déclinèrent les offres des troupes et des corporations, mais ne purent empêcher que les boutiques ne fussent fermées , et qu'une foule immense ne se pressât autour d'eux , en se dirigeant vers le sérail. A moitié chemin, ils rencontrèrent un bostandschi cbaszeki , qui venait au-devant d'eux en dolman rouge, avec une ceinture d'or. Il mit pied à terre, baisa l'étrier de Mahmud-Efendi , et lui présenta un ebattischérif de la teneur suivante : a Honorés seigneurs et savants, vous êtes les légistes de mon empire,et je ne permets pas que l'on vous offense; à chacun de vous je destine des grâces et des honneurs ; a la réception de ce chatti-schérif, regagnez vos demeures ; produisez vos griefs par écrit, et prenez patience quelques jours. Nous nous rendrons à vos désirs ; mais gardez-vous d'agir en contradiction avec nos volontés ici exprimées : salut (2). » Les ulémas obéirent, et reprirent avec le chaszeki le chemin de la demeure de Mahmud-Efendi. Là ils rédigèrent une plainte pleine d'accusations vraies et fausses contre le mufti , dont la destitution , au bout de trois jours, mit fin à toute cette agitation. Behaji remonta pour la seconde fois au premier poste de la loi [17 août 1662]. Celui-ci, protecteur d'Abasa-Uasan , jeté tout récemment

(ij Naima.l. u . p. 368-370; Abdulasis-Efcndi, fol 48 ; Abdi-Pascha, fol. 12 ; Petlike , foi. 446. (2) «aima.l. u,p. 370.

dans les Sept-Tours pour des plaintes de toute natare élevées contre lui, le fit de suite mettre en liberté. Au mouvement des ulémas succéda bientôt une insurrection des sipahis à cause de la mort d'un de leurs camarades tué par un janitscbare. Les sipahis, demandant la vengeance du sang , jetèrent des pierres à leurs officiers, et, entraînés par deux agitateurs , Dschindschi-Jusuf et Arab- Selim, ils se rendirent à Skutari. Sur la déclaration des légistes que le crime pouvait être racheté avec une amende, la plupart se retirèrent; les deux meneurs abandonnés s'enfuirent au plus vite. Jusuf , atteint à Eskischehr, fut étranglé; Selim put gagner heureusement Alep. La Validé essaya de diviser le mufti et l'oga des janitschares; mais le premier se disculpa des intrigues dont on l'accusait. Sous Behaji se ralluma encore le feu de la discorde entre les mystiques et les orthodoxes, les scheichs des couvents et ceux des mosquées, dont les derniers se laissaient diriger alors aveuglément par les paroles de Kasisade et de Birgeli. Un certain durd-Mohamroed , Kurde de naissance, et un écrivain tatare, connu sous le nom de Tatarenimam , avaient attaqué la base de la doctrine des orthodoxes , le catéchisme de Birgeli , et combattu beaucoup des principes tirés de la tradition, contenus dans cet ouvrage, prétendant qu'ils étaient insoutenables et contraires à la justice. Le précédent mufti, par des exhortations paternelles et au moyen de ducats, avait déterminé au silence Gurd- Mohammed, qui était un pauvre diable. Mais l'imam tatare , dont les orthodoxes demandèrent maintenant la mort comme celle d'un hérétique, n'était pas aussi timide que le Kurde. 11 alla trouver le mufti Behaji, et lui dit que si sa mort devait être accordée aux exigences des orthodoxes , c'était du moins la volonté de Dieu qu'il se montrât prêt à défendre son opinion par des raisons contre ses adversaires. Il chargea un mulet de traités faits sur la tradition et d'autres ouvrages dogmatiques, etalla s'établir dans la mosquée du S. Mohammed, où, retranché derrière ses livres, il attendit l'attaque de ses ennemis, leur criant que la était le champ de bataille , là le théâtre de la lutte. Les orthodoxes , au lieu d'aller discuter dans la mosquée , trouvèrent plus commode et plus sur de repré-

senter au sultan que l'attaque contre le catéchisme de Birgeli était un attentat à la religion , et qu'il était instant d'adresser au mufti Behaji un ordre pressant pour détruire les écrits hostiles à ce cathéchisme (1). Ce fut l'occasion d'une réunion générale des ulémas [11 janvier 1653], dans laquelle les attaques furent déclarées insoutenables, et condamnées, et l'on enjoignit à l'imam tatare d'avoir plus de respect pour la base de l'enseignement religieux dans les écoles. Alors aussi fut renouvelée l'interdiction du tabac à fumer. On avait saisi deux délinquants, que le sultan lui-même avait vu fumer de son kœschke,et ils devaient être exécutés; mais, sur les représentations du mufti, ces malheureux en furent quittes pour la bastonnade. Vers ce temps un tremblement de terre épouvanta l'Asie-Mineure ; à Tire , Nasli , Gewschek, Denisli, Sultanhiszari, Kajudschek et Asine , beaucoup d'édifices entraînèrent la mort d'une infinité de personnes ; à Gufelhiszar trois mille hommes furent ensevelis dans les abîmes qui s'ouvraient tout-à-coup sous leurs pas [23 février]. Durant quarante jours la terre éprouva encore de légères agitations ; et des eaux toutes noires et souillées jaillirent de son sein.

Les principaux événements politiques qui attiraient l'attention de la capitale au sud et au nord étaient les hostilités contre Venise , et la guerre déclarée à la Pologne par les Cosaques révoltés, sous la conduite de leurhet— man Chmielnicki. Tout récemment les Cosaques avaient infesté les côtes orientales et occidentales de la mer Noire. A Baldschik ou Warna, 15 barques avaient jeté des Cosaques du Don, qui avaient porté autour d'eux la dévastation et l'incendie. Deux bâtiments chargés de grains les avaient attaqués sans pouvoir les prendre. Leurs ravages à Misiwri „ Teskos, Schile, déterminèrent le grand vesîr à expédier des janitschares émérites (kur — udschis et oturaks) à l'embouchure du Boa — phore pour la garde des côtes (2) . Ces bri — gands avaient opéré un débarquement à.

Akkerman, près de Sinope (1651), et fait

(1) Naima, l. h, p. 38 3.

(2) Naima . I. it , p. 361 ; Ewlia, I. u , p. 142, ra — conte que Melek-Ahmed-Pascba avait Uni par les chasser ; Asis-fcfendi, fol. 40*

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