LIVRE LV
zibeline ; on donna anx antres des kaflaos. Le sultan attacha, de sa propre main, au turban du prince un panache de héron , orné d'une agrafe de diamants. Le jeune Mustafa fut reconduit par toute l'assemblée; on jeta sur le chemin des pièces d'or et d'argent. Toute l'assemblée fut magnifiquement traitée dans les tentes du diwan.
Huit jours après , Mohammed fit teni- en sa présence une espèce de colloque scientifique . auquel il invita le mufti elles ulémas ; on y lut et oo y discuta quatre passages des commentaires de Beidhawiet d'autres ouvrages. Le sultan fut si content de la science théoloçique du mufti qu'il retira son propre kaftan pour le lui donner, et ordonna que, pour le prédicateur Wani et ses disciples , fussent dressées derrière le pavillon impérial trois tentes, où un repas leur serait sen i deux fois la semaine après leurs savantes conférences. Le 29 juillet, mourut le secrétaire d'état pour la signature du sultan, Abdi-Pascha ; sa place fut conférée au page Abdi l'historien , qui reçut en même-temps la dignité de vesir, quoiqu'elle ne fût pas nécessairement attachée à ces fonctions. Le sultan lui remit de sa propre main le chatti-schérif contenant la nomination , en lui disant : o Tuisse le fardeau être léger pour toi ! » Abdi sortit du harem et reçut l'hospitalité chez le kaimakam. Deux jours après , le sultan , au retour de la chasse , passant devant la tente du nouveau vesir, lui fit dire par le premier chambellan qu'il devait continuer l'histoire par lui entreprise. Le 31 août, mourut le savant médecin de la cour, Ssalih-Efendi , dont les fonctions passèrent à Hajatisade-Efendi. Mohammed passa tout l'été en Thessalie , au délicieux pays de Larissa , sur les rives du Pénéc et de l'Enipée , dans les champs de Pharsale , sur les hauteurs du Cynocéphale , entre l'Othrys et le Pélion , entre l'Ossa et l'Olympe ; un jour il tua un de ses meilleurs chevaux qu'il voulut lancer sur les pentes abruptes de l'Olympe ; une autre fois il fran • chit à cheval un profond abîme, ouvert entre d'affreux rochers. Beaucoup de personnes de sa suite et d'autres encore , entraînées derrière lui pour lui faire leur cour, arrivant tout échauffées dans les hautes régions glacées des montagnes, tombèrent malades, et moururent brusquement là où il
n'y avait pas assez de terre pour les ensevelir. C'est ainsi que Mohammed remplissait ses loisirs, tandis que Candie tombait sous les coups d'Ahmed-Kœprili.
Afin de pouvoir suivre , sans le briser, le récit de la dernière campagne de trois années en Crète, nous avons d'abord rappelé tous les événements contemporains ; nous revenons maintenant au grand vesir, que nous avons laissé au moment de son départ d'Andrinople. Après une marche de quatre mois, Ahmed -Kœprili s'embarqua à Isdin (1), gouverna sur le cap Benefsche (Capo Mallo), et arriva le 3 novembre 1606 devant la Canée (2). Il employa deux mois à disposer ses quartiers d'hiver, puis se rendit dans le camp devant Candie , à la forteresse de la Nouvelle Candie , construite par les assiégeants, afin de visiter les ouvrages et l'armée. Là étaient les bandes de vétérans qui , durant vingt-deux ans , engagées dans la lutte sainte en Crète , avaient attendu si long-temps en vain l'arrivée d'un grand vesir. Kœprili reçut les hommages des sandschakbegs et des alaibegs , releva leur courage et leur inspira de la confiance en leur exprimant tout l'intérêt que le sultan et luimême prenaient à leurs fatigues et à leurs exploits. Le lendemain, il Gt à cheval le tour de la place avec le beglerbeg d'Anatoli, Kara- Mustapha-Pascha, vieux guerrier plein d'expérience, qui avait assisté aux deux premiers sièges de Candie et à celui de Neuhxusel, comme beglerbeg de Rumili, avecl'aga et le lieutenant-général des janitschares , puis revint à la Canée. A la fin de janvier parut la flotte égyptienne , forte de vingt-un vaisseaux et sept tschaiks. Elle fut attaquée en vue de la Canée par les Vénitiens, sous les ordres de Grimani et de Molino [ 26 février 1667}. Cinq bâtiments furent pris ; celui du commandant, le beg égyptien Bamasan, fut brûlé ; lui-même tomba entre les mains de l'ennemi , quoique quatorze galères sortissent de la Canée pour le délivrer (3). Comme on voulait avoir l'assistance de la marine des pirates africains, le chaszcki Mohammed-Aga
(1) Au lieu d'islioa dans noscuid, 1. i, foL 42, Iatifa.
(2) Dschew. p. Î24.
(5) Puchcw. p. 230; Brusoni, 1. mi.
fat expédié avec line lettre do grand vesir pour Alger, Tunis et Tripoli, où il réclamait le concours actif des Barbaresques pour la conquête de Candie , devant laquelle le grand vesir était arrivé en personne avec l'étendard sacré. Comme il ne fut pas possible de racheter le beg d'Égypte, pour lequel Kœprili aurait volontiers donné 20,000 piastres, le grand vesir nomma pour le remplacer le chef des muteferrikas égyptiens, qui lui avait apporté du Kaire une lettre du scheich Baili. Après la mort de Ballarino , arrivée au moment de rembarquement à Isdin , le grand vesir avait demandé à Venise de nouveaux négociateurs. La république envoya les secrétaires Giavarino etPadavioo , qui apportèrent une lettre du doge, et offrirent une somme de 100,000 ducats, ainsi qu'une contribution annuelle de 12, 000.
Kœprili s'abstint de répondre. Vers la fin d'avril arriva la flotte ottomane de trente vaisseaux avec des approvisionnements considérables , sous le commandement de Kaplan-Mustafa-Pascha [26 avril 1667 ]. Ce chef s'était signalé dans la guerre de Hongrie, à la prise de Novigrad , et le grand vesir lui avait donné la main de sa sœur ainsi que la dignité de grand-amiral, au moment où son autre beau-frère , Kara-Mustafa , était revêtu des fonctions de kaimakam à la résidence de la cour. Le 17 mai , le grand vesir quitta la Canée; le kapudan-pascha reçut ordre de *se porter sur Tscbeschme avec 5,000 janitschares, six vaisseaux et dix tschaiks , qui portaient des boulets ; il parvint heureusement à Giropetra. La flotte ennemie, composée de trente vaisseaux , six mahones, vingt-cinq galères, parut trois jours après devant la Canée , et prit position à Karabusa , d'où elle établit ses croisières , sans que le gTand vesir permit aux bâtiments turcs de s'avancer en mer. Toutes les forces du grand vesir consistaient en 40,000 soldats, outre 8,000 akindschis, et bientôt l'arrivée de renforts continuels porta le nombre des soldats à 70,000. Le camp retentissait du bruit du canon auquel répondait le feu de la place. Peu s'en fallut qu'un boulet n'emportât le grand vesir. Àhmed-Kœprili fit donner des pelisses de martre au commandant de l'armée de siège Ahmed-Pascha , à l'aga des janitschares Ibrahim-Pascha, et
des kaftans d'honneur au beglerbeg d'Anatoli et à celui de Rumili. Il fit distribuer également environ trois cents kaftans d'honneur parmi les officiers des sipahis et de l'artillerie, les sandschakbegs et les alaibegs. Deux jours après, un conseil fut tenu sur le mode d'attaque. Les avis qui prévalurent furent ceux de Kara-Mustafa - Pascha , et de Pehliwan-Mohammed-Pascha, beglerbeg de Rumili, qui tous deux avaient assisté au premier siège, du serdar, Franc de naissance , et qui déjà sept ans auparavant avait exercé le commandement supérieur à Candie. Ils opinèrent pour l'attaque des bastions de Saint-André, des Juifs et de Martinengo. D'autres prétendirent qu'il fallait porter ses efforts sur le bastion de San-Demetrio; mais le grand vesir n'approuva pas ce parti, attendu que le bastion était à lui seul une forteresse. Il fut donc décidé qu'on laisserait quelques sipahis avec quelques cavaliers féodaux et quelques canons à l'orient de la ville , et que la principale attaque se ferait sur la partie occidentale.
En arrivant du nord à Candie le navigateur a sous les yeux une ligne de murailles formant une sous-tendante dont l'arc comprend le reste de l'enceinte de la place. A gauche est le château qui protège le port, peu spacieux mais sûr, ouvert seulement pour trente galères. Les vagues qui battent sans cesse le pied des murailles de ce côté rendraient superflus de plus grands ouvrages. La moitié de l'arc est défendue par sept bastions et un fort détaché , trois ouvrages à cornes, quatre redoutes, une demi-lune.
Chacun de ces ouvrages avancés est encore protégé par des palissades, des lignes transversales, des batteries, des redoutes, audessous desquelles étaient pratiquées des galeries de mineurs qui s'entrecroisaient, où étaient préparés des fourneaux, disposées des poudrières. Laissant maintenant cette partie des fortifications, et commençant i gauche par le château du port, en suivant le côté oriental dans la direction du sud , pour revenir ensuite sur la ligne occidentale en allant du sud au nord, nous trouvons d'abord le bastion de Sabionera , dont celui de San-Demetrio était une dépendance ; puis le bastion de Vetturi, avec un ouvrage à cornes appelé Palma ; enfin le bastion le