‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 73 sur 384 · LIVRE LVI · texte numérisé non relu

LIVRE LVI

sadeur voulait arracher à force de menaces les trente-deux articles demandés (11 mars 1671). Dans l'audience de congé, le grand vesir lui dit à ce sujet, que les faveurs accordées aux étrangers par la Sublime Porte pouvaient être obtenues par les voies de la douceur et de la politesse, mais non par des menaces (1) ; que s'il ne voulait pas accepter le renouvellement des capitulations sur l'ancien pied , il pouvait s'en retourner en France (2). M. de Nointel dépêcha le chevalier d'Arvieux en France, avec une lettre du grand vesir, en demandant de nouvelles instructions. D'Arvieux les rapporta ainsi qu'une lettre de M. de Lyonne au grand vesir, où il était dit « que] la condoite tenue envers M. de Nointel, ne répondant pas aux assurances du dernier envoyé tue Suleiman, le roi avait ordonné à l'ambassadeur de revenir immédiatement sur le vaisseau qui était envoyé à cet effet (3). » M. de Nointel communiqua au grand vesir qu'il était autorisé à renouveler les capitulations sur l'ancien pied, avec la seule modification de rabaissement des droits de douane de 5 à 3 tyO, comme les payaient les Anglais, les Hollandais et les Génois. Le renouvellement fut arrêté sur cette base; mais la signature fut ajournée sous le prétexte des mouvements de la campagne de Pologne, de sorte qu'elle ne se réalisa que deux ans plus tard (k) (3 juin 1673). Dans soixantedeux articles composant cette capitulation, les innovations étaient relatives à l'abaissement des droits de douane de 6 à 3 0/0, même au profit des Portugais, Siciliens et Américains naviguant sous pavillon français, à la possession permanente de deux églises à Galata pour les capucins et les jésuites, à la liberté du commerce de l'Inde par Suex ; à la déclaration de protection pour les catholiques en possession des saints lieux dans la Terre promise; à la liberté du pèlerinage à

(1) Flassan, 1. m, p. 396.

(S) IbidL

(S) La lettre du 16 août 1671 est dans d'Arrienx, I. tv. p. 351 , avec le rapport circonstancié da voyage. Chardin ne la donne pas aussi exactement, « il change d'Ametu en dUenieu.

(k) Flassan , lib. m.

Jérusalem; à la modération des droits sur le Maszderije et sur les soieries (1). Après la signature de la capitulation , M. de Nointel entreprit son voyage dans l'Archipel , d'où il rapporta des inscriptions et des médailles qui allèrent embellir le cabinet d'antiquités du roi à Paris. Il descendit dans la magnifique grotte de stalactites d'Antiparos, où il célébra les trois jours de la fête du Christ avec une suite de plus de quinze cents personnes, formée en partie des gens de sa maison , en partie de marchands , de corsaires et d'habitants de l'île (2). Au fond de la grotte s'élève en forme de tiare le plus beau bloc de marbre de la terre (3), d'une blancheur éblouissante, avec de grands pendentifs, dont le sculpteur le plus habile ne pourrait surpasser la perfection. Sur ce merveilleux autel souterrain fut célébré le saint mystère de la naissance du Sauveur. Cinq cents cierges de cire et quatre cents lampes dont la lumière se réfléchissait mille fois sur les parois d'albûtre, exaltaient la ferveur religieuse des fidèles rassemblés pour cette solennité.

Les relations diplomatiques de la Porte avec l'Autriche depuis la paix de Saint-Gotthard furent signalées par deux circonstances remarquables, les propositions faites à la Porte par les magnats de la haute Hongrie et la conspiration de Zrinyi. Bans l'année qui suivit immédiatement la paix de Vasvar (1664), la Porte avait fait offrir sa protection aux magnats .hongrois, qui ne l'avaient point acceptée (k). Trois ans après, parut Bak), député du prince de Transylvanie Apafy, qui, n'étant pas en faveur auprès de la Porte, à cause du rôle par lui joué dans l'affaire de Zolyomy, cherchait maintenant à se faire un mérite de la mission dont il était chargé par les grands seigneurs de la Hongrie supérieure (5). Panajotti , drogman de la Porté , qui avait été aussi premier interprète impérial jusqu'à la campagne de Can-

(i) Rycaut dans Knolles. Ub. t. p. 186 et 387 ; la capitulation est dans de l.acroii, Ilém. h>. i , p. S99.

(i) Toorncfort, lett t, pag. 189.

(S)Ibid. pag. 339.

(4) frtblen , bût. I. i, p. »71, etsuiv.

die , donna le premier avis de ces manœuvres an résident impérial. Apafy envoya maintenant Tinteraonce Inczedi avec un interprète particulier, pour transmettre ses propositions au grand vesir, sans l'entremise de Panajotti (1667). Inczedi s'acquitta de sa mission dans une audience particulière , au moyen de l'interprète qu'il avait amené , et le grand vesir s'étonna de la révélation du secret dont on lui parlait, et de l'accusation portée contre Panajotti , qui possédait toute sa confiance (1). Panajotti exclu de la conférence, en devina l'objet, et détermina le grand vesir à renvoyer l'internonce en rejetant des offres qui portaient atteinte à la paix conclue avec l'empereur. Ainsi fut déjoué le complot des Hongrois. Apafy se tint dans un repos d'autant plus profond que les Turcs de Varad l'avaient accusé auprès de la Porte à cause des fortifications élevées à Sebesvar, à huit milles hongrois de Varad. Les Transylvaniens avaient reconstruit cet ancien repaire des Banffy, pour arrêter les irruptions des Turcs de Klausenburg (2); mais dès l'année suivante, parut un messager du pascha d'Ofen , avec une lettre pour Apafy , dans laquelle on lui signifiait que les trois paschas d'Ofen , d'Erlau et de Temesvar avaient ordre de marcher sur lui si les constructions n'étaient pas aussitôt arrêtées. Ainsi le secrétaire d'Apafy, Pietro, et Stefano Beauset , qui étaient venus pour offrir l'hommage des magnats hongrois , durent revenir sans avoir pu s'acquitter de leur mission (3). L'année suivante, Balo vint avec des présents comme envoyé extraordinaire, pour féliciter le grand vesir sur la conquête de Candie (fr) ; mais le moment n'était pas encore favorable pour reproduire les propositions des magnats hongrois. En congédiant l'envoyé, le grand vesir lui dit d'un ton irrité : « Ton maître a l'audace de retenir encore quarante-neuf villages inscrits aux rôles des impositions de l'empire ; dis-lui de ma part que, s'il ne les restitue pas aussitôt , j'irai

(1) Betblen, hist. 1. 1 , p. 589.

(J) Bethlen, p. 417.

(a; Rapport de Panajotti à Casanova, du 11 avril

(4) Les lettre» de recréante de Balo se trouvent dans l'hwcha du reb-efendi Mohammed, n\ 126.

détruire toute la Transylvanie. » Tandis que les propositions des magnats de la haute Hongrie rencontraient si peu de succès présentées par Apafy, au commencement de cette année l'intendant du comte Zrinyi, François Bukovacski , vint offrir de la part des grands de la Croatie et de la Hongrie supérieure un tribut annuel de 60,000 écus a pour s'affranchir de la tyrannie des Allemands et des jésuites » [janvier 1670 ]. Le sultan, auquel Bukovacski s'adressa, le renvoya au grand vesir, qui, en congédiant l'intendant, loi adjoignit un de ses gens en déclarant que les offres de Zrinyi ne pouvaient être acceptées tant que ses domaines seraient occupés par des troupes impériales. Au mois de juin, François Bukovacski vint pour la seconde fois, envoyé par Zrinyi auprès de la Porte, où Balo appuya ses propositions ; mais le grand vesir, mécontent de ce qu' Apafy osait sans son ordre adresser des messages au sultan , repoussa durement les envoyés de ce prince , ainsi qu'on vient de le voir. Le député transylvanien Rhedei , qui vint à Constantinople apporter des plaintes sur les irruptions des Turcs de Varad et de Jenœ , fut mal reçu. Bientôt après, une sentence de mort pour cause de liante trahison fut exécutée sur les chefs de la conjuration dénoncée par Panajotti, Zrinyi, Frangipani, Nadasdi et Tattenbach, à N eus ta dt, Vienne et Gratz. Les magnats hongrois , désespérant maintenant du succès de leur entreprise, députèrent Étienne Petroczy et Paul Siepesi auprès de la Porte [ juin 1671 ], pour offrir de lever dix-huit mille hommes et de payer un tribut annuel de 5X>,000 écus (1). Cette fois les envoyés furent gracieusement congédiés ; le kiaja du grand vesir leur assura que l'invincible et tout- puissant padischah prenait les Hongrois sous sa haute protection spéciale. Ils reçurent des kaftans d'honneur, et un tschausch partit avec eux porteur d'une lettre du sultan pour l'empereur, dont on réclamait l'évacuation de tous les lieux occupés en Hongrie, s'il n'aimait mieux la guerre (2). Petrociy et Siepesi, qui se plai-

(1) Rapport de Casanova des Alpes du Despote, S juillet 1671.

(ï) Belhlcn. p. 106.

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