LIVRE LV
gnaient du manque de concours convenable du côté de Datzo, résident ordinaire de la Transylvanie, retournèrent dans leur patrie. L'envoyé extraordinaire de Transylvanie, Brenkovics, quitta aussi la cour ottomane; il portait une lettre qui informait Apafy des promesses faites aux députés des magnats hongrois (1).
L'envoyé transylvanien, François Rhedei, revint de Constantinople avec une lettre laconique du grand vesir pour Apafy , réclamant la remise des villages dépendants de Jenœ (2). Pour éviter ce triste partage du pays, les états adressèrent trois députés à Constantinople : Jean Datzo, tout récemment de retour de la capitale de l'empire ottoman, Mathias Balo, employé souvent dans des missions auprès du chan ta tare, et Michel Csermenyi. Us attendirent seize jours à Audrioople pour obtenir audience. Le dixseptième ils déposèrent aux pieds du grand vesir la demande des États avec un présent de 2,000 écus. Kœprili , enflammé de colère, les fit jeter dehors, menaçant d'anéantir le pays et le prince de Transylvanie (3). Bientôt après arriva une lettre du grand vesir qui recommandait le maintien de la paix avec l'empereur, et par conséquent l'éloignément des brigands hongrois, qui, d'après les plaintes du résident impérial , s'étaient enfuis en Transylvanie , pourvu toutefois que ce fussent réellement des brigands et non pas des magnats hongrois mécontents ; car ceux-ci pourraient rester paisiblement dans les états héréditaires du padischah (4). Au bout de quatre mois Datzo revint avec un kapidschi-baschi en Transylvanie; les 9,000 écus dépensés en présents ne purent obtenir que l'honneur d'une seconde audience et le renouvellement de la réclamation des quarante-neuf villages (5). En même temps vint le kiaja du pascha de Temesvar avec trente si palus de Vardar, pour prendre possession des villages, et la lettre du grand vesir apportée par le kapidschi comprit dans
( 1 ) La lettre est dans Bethlcn, L h , p. 41. (i) Ibid. p. 155.
(3) Ibid. p. 157.
(4) La lettre est aussi dans Belblcn, p. 172.
(5) Hclhlcn, I. ii, p. 172.
cette cession le district de llunyad, Doboka , Golos et la partie intérieure du co mitât de Siolnok(2), exigeant aussi les châteaux de Cseh , Sebes, Gyalu . Kœvar, Kolosvar, Betblem, la ville épiscopale de Bistritz et les mines de sel du pays dont l'abandon devait rendre ensuite le paiement du tribut impossible. Le szekler Jean Nemes et le Saxon Valentin Silvasi allèrent porter àConstantinople de nouvelles observations, [janvier 1672]. ils ne furent pas reçus trop rudement, et on lesécoutadans le diwan avecquatredes principaux habitants de Varad qui se plaignaient de la construction de cinq nouveaux forts élevés par les Transylvaniens autour de Varad ; les envoyés de Transylvanie nièrent ce fait. Un kapidschi-baschi et un tschausch reçurent l'ordre de partir d'Ofen , d'aller reconnaître les lieux et de faire ensuite un rapport. Les commissaires turcs se rendirent dans les châteaux nouvellement construits d'après les gens de Varad. C'étaient Soml y o, berceau de la famille Bathory,maintenant la possession de Bethlen , le chancelier historien qui les y traita ; Gyalu, où Banffy leur donna aussi l'hospitalité, puis Cseh, Hadad et Sebesyar; les quatre premiers de ces châteaux avaient été brûlés au temps de la guerre de Rakoczy ; on s'était contenté d'y refaire de nouvelles toitures ; le dernier avait été épargné par Seid-Ali-Pascha. Les Turcs de Varad osèrent soutenir qu'il n'était point permis de remettre des toits, étendant ainsi à des châteaux transylvaniens le principe du droit canonique de l'Islam , quant aux constructions ou aux réparations des églises chrétiennes. Csermenyi, qu' Apafy avait employé principalement dans l'affaire des mécontents hongrois, revint avec une lettre du grand vesir qui interdisait toute violation de la paix subsistant avec l'empereur d'Allemagne (2) , et Chadim-Pascha , ami intime d'Apafy , l'avertit de ne pas tenter de pénétrer le secret d'état gardé encore entre le sultan, le grand vesir et le mufti , relativement à la protection dont on pourrait couvrir les mécontents hongrois. Avant le retour de Valentin Szilvasi , parut encore un chambellan
(i) La lettre, p. 179.
(t) La lettre , p. 209.
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porteur de dépêches du grand vesir pour Apafy ; Kœprili disait : qu'il trouvait bien étrange l'audace d* Apafy à vouloir conserver les villages inscrits sur les registres des impots turcs et affectés depuis des années à l'entretien de la garnison de Varad. Personne ne pouvait nier que Varad avait été perdu par les Transylvaniens par suite de leur défection, et que par conséquent les villages en dépendants faisaient maintenant partie des possessions du padischah. Apafy devait donc chasser de sa maison et de sa cour le capitaine de Somlyo ( Bethlen } qui inquiétait les habitants de Varad , et réprimer tous les mouvements du commandant de Klausenburg. Szilvasi revint bientôt après sans réponse écrite. Le député des mécontents hongrois, qui jusqu'alors avait espéré vainement la médiation du woiwode de Valachie Gligoraskul , fut congédié par ce prince qui avait reçu la note suivante du grand vesir : « La Porte n'est pas contraire aux efforts des Hongrois , mais elle doit veiller prudemment à ce qu'eux-mêmes ne préparent point leur propre ruine. » La guerre avec la Pologne, qui paraissait imminente, empêchait la Porte de saisir le moment pour soutenir les mécontents hongrois. A la diète de Transylvanie, tenue à Radnoth, parut un kapidschibaschi chargé d'une lettre du sultan, qui imposait au pays six cents voitures de grains et de farine , comme prestation en nature pour la campagne de Pologne [août 1672].
Sur la frontière de Hongrie le changement du gouverneur d'Ofen fut, comme toujours, un événement grave pour les états voisins ; il donna lien d'abord & un échange de missions et de plaintes , et aussi à de nouvelles protestations d'amitié sincère et de résolution à maintenir fermement la paix. Le kaimakam lbrahim-Pascha alla prendre le gouvernement d'Ofen et rat remplacé lui-même par Mahmud-Pascha, qui avait lecom mandement de cette importante province danubienne.
lbrahim-Pascha, Albanais de naissance, jadis aga des janitschares en Crète , puis kaimakam, avait amassé d'immenses richesses dans ces deux postes. Dans le cours de cette année aussi fut rappelé le pascha de Neuhsnsel, beau-père du grand vesir Sidi-Ahmed- Pascha, connu depuis la dernière guerre comme le Qéau de la Transylvanie. Il eut
pour successeur le fils du fameux Abasa, exécuté sous Murad IV. L'interprète de la cour de Vienne, Mesgnien , se rendit à Ofen pour offrir ses félicitations au nouveau gouverneur et lui présenter des griefs. Dans le cours du mois suivant Derwisch-Pascha, envoyé d'Ibrahim , ent une audience du président du conseil de guerre Montecuccoli (1). Au printemps de la même année le conseiller Beris, le même qui avait suivi en vain des négociations avec le pascha de Temevsar pourempôcher la dernière guerre, fut envoyé par l'empereur au grand vesir avec des présents , afin de l'adoucir au sujet des plaintes provoquées par les troubles des frontières , et en même temps le détourner de prêter appui aux magnats hongrois. Il trouva l'intendant de Zrinyi , François Bokovacski (2), jadis organe des conjurés auprès de la Porte, tombé dans la plus profonde misère pour avoir refusé d'abjurer la foi de ses pères (3). Beris eut audience du grand vesir à Andrinople [ 27 avril 1671 ]. Quand il eut présenté ses demandes par écrit, on lui répondit : Que les paschas de Neuhœnsel, Wardein, Erlau et Stnhlweisxenburg avaient ordre de restituer les places dont on avait reçu tout récemment l'hommage; que les rebelles ne seraient pas livrés, mais qu'on les ferait partir, et que désormais on ne les accueillerait plus; qoe l'on était prêt à délivrer les prisonniers moyennant l'échange des Turcs tombés entre les mains de l'empereur; que l'empereur devait raser les places nouvellement fortifiées en Croatie àl'insu de la Porte (k). Dans la lettre remise à Beris par le grand vesir , celui-ci conseillait à la cour de Vienne, toutes les fois qu'elle voudrait faire quelques constructions sur la frontière , d'en donner préalablement avis , afin que les commandants des frontières ne prissent point l'alarme (5) [ 19 mai 1773].
(1) Relazione di ci*» che passà ndl' audienta data da S. E. Montecuccoli a DervisAga, inviato dat verir, di Buda a dè u 1 agita, 1671. S. II.
(2) Dans les actes, ce nom est écrit aussi Butwatschki, Rutuwacki et Bokovatski.
(S) Rapport de Beris dans la Ste-R.
(a) Rapport de Casanova.
(5) Lettera del primo texir a MoutteawoK, Iradot'a l'ann. 1«72, 25 avril.