‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 76 sur 384 · LIVRE LVJ · texte numérisé non relu

LIVRE LVJ

Maintenant il nous reste à parler des rapports avec les woiwodes de Moldavie et de Valachie et avec les Cosaques, dont l'betman Dorozenko poussa violemment à la guerre de Pologne. En Moldavie, les bojards Hinkul et Durait avaient eicité une insurrection formidable contre le woiwode Duka, qui eût été renversé sans l'assistance de Chalil-Pascha , serasker de Babatagh , et du jaliaja ou inspecteur des bords des fleuves et des rivages maritimes de Bessarabie. Déjà les bojards, adversaires de Duka, avaient obtenu contre lui une sommation de comparaître à Constantinople ; déjà Duka, se mettant en route pour la capitale, était arrivé & Karaszu dans la Dobrudscha, quand il reçut l'ordre de retourner. Les rebelles grossirent leurs forces d'une manière redoutable a Orhei , foyer de l'insurrection. Ils déclarèrent plusieurs fois au pascha qu'ils ne voulaient pas du prince , et le pascha de son côté ne se lassa pas de leur répéter que l'ordre du sultan était que le woiwode régnât. Ceux qui persistaient dans leur rébellion furent taillés en pièces (1). Gligoraskul-Ghika qui , après les trois ans de règne du woiwode Anton , était remonté pour la seconde fois sur le trône princier de Valachie , laissa éclater sa haine contre la puissante famille de Scherban CantacuièDe, et fit arrêter les quatre frères de ce nom. Valentin Nemessani ayant paru devant lui comme député de magnats hongrois, il lui conseilla de s'en retourner attendu que le moment présent n'était pas favorable aux désirs de ses commettants [ 1672 ] ; lui-même devait fournir six mille hommes pour la campagne contre la Pologne (2). Pour comprendre les mouvements des Cosaques, autant qu'ils rentrent dans la sphère d'activité de l'empire ottoman , il est nécessaire de considérer quelques instants ce peuple et ses trois principales divisions. Les Cosaques étaient fixés sur les rives du Don, près des chutes du Dnieper, et le long des marais qui s'étendent entre l'embouchure du Dnieper et le Bog; les premiers étaient appelés communément Cosaques du Don ou de Tscherkesch, leur principale ré-

(1) Dans les notice» et extraite du roi; i. », p. 371. (3; Rapport de Kindsberg.

sidence ; les seconds, Zaporogues, des cataractes près desquelles était situé leur cheflieu ( Setscha ) ; les troisièmes enfin formaient aux yeux des Ottomans trois subdivisions: de Barabascb , du Roseau-Jaune et de Potkal. Le premier nom venait de l'hetman Barabascb, avec lequel les Polonais avaient jadis comploté l'extermination de tous les Cosaques Zaporogues (1). On appelait le Roseau jaune ou les Eaux jaunes les marais de l'angle formé par les embotlchures du Dnieper et du Bog ; Potkal était le nom d'une fie située en ces cantons. Déjà il a été question de Chmielnicki, auquel obéirent quelque temps les Cosaques de l'Ukraine aussi bien que ceux du Dnieper; l'on a rappelé la paix conclue par loi avec la Pologne à Zbarau, comment il arracha pour son fils Timothée la main de la fille de LupuI , prince de Moldavie. L'on a exposé les ravages de la Moldavie et et le traité qui assujettit les Cosaques Zaporogues à la Russie (2). Deux ans après la paix de Saint-Gotthard, deux hetmans se disputaient l'autorité sur les rives du Dnieper ; Bruchowexki, hetman des Zaporogues, dévoué au czar , et Dorosxeoko , hetman des Cosaques du Roseau-Jaune , qui se rattachait au roi de Pologne. Bruchowezki , pressé par ses adversaires , envoya Étienne Gretschenoi au chan de Krimée , pour l'exciter à la guerre contre la Russie; et Grégoire Galmaleel avec le secrétaire Casporovitsch , auprès de la Porte , en les chargeant de le mettre ainsi que toute l'Ukraine sous la protection du Croissant (3). Cette offre convenait fort à la politique d'Ahmed-Kœprili [juin 1668]. Les députés rapportèrent une lettre qui assurait la protection du sultan à l'hetman Bruchowezki, comme chef des Cosaques de Barabascb, du Roseau-Jaune et de Potkal , c'esVà-dire des Cosaques de l'Ukraine; et qui en même temps promettait que des ordres seraient adressés au chan de Krimée pour qu'il l'appuyât (4). Bientôt après Doro-

(1) Scberer, Annales de la petite Russie , ou l'histoire des Casaque» Saporoques et des Cosaques d'Ucraine, L i, p. 1*3.

(î) D'après Scberer , 1. 1 , chap. xvu , p. 198.

(S) Ibid. p. 121.

(4) La lettre à Bruchoweiki est dans l'inscba du rcis-efendi Mohammed, n* 12». 11 y en a uns se-

r en ko fut proclamé hetman par les Cosaques des deux rives du Dnieper (1) ; mais les Zaporogues ne tardèrent pas à se détacher de loi, et nommèrent Sachovei pour leur chef, en se plaçant sous la protection du cban tatare (2). En même temps le lieutenant de Dorozenko, Damian Gretschenoi, le quitta, se fit proclamer hetman , et se réfugia sous la protection russe. Dans cette situation, Dorozenko dépécha son envoyé Portianka et son juge Bielogrud, auprès du sultan pour obtenir, au moyen d'un traité, l'installation d'hetman de l'Ukraine et sa transformation en sandschakbeg(S). Cette double demande fut accordée ; des dépêches réitérées enjoignirent au chan tatare d'appuyer activement l'hetman des Cosaques Barabasch , du Roseau jaune et de Potkal , et en même temps un tschausch se mit en marche avec six mille hommes dans la direction de l'Ukraine. Le second ambassadeur de Dorozenko fut Basilio Loboiko, qui fut chargé d'offrir l'expression de sa reconnaissance pour l'investiture, de le recommander à la protection ultérieure de la Porte , de solliciter les ordres nécessaires à expédier au chan tatare et au pascha de Silistra, et de faire un rapport sur les mouvements des Russes et des Polonais. L'interprète polonais, qui, après le départ de Wysocky, était encore venu avec une lettre du roi , lut expédié avec une réponse du sultan ainsi conçue : a L'hetman des Cosaques, Dorozenko, s'est placé à l'ombre de la protection impériale , et déjà, dans la dépêche précédente , le roi a été averti de le considérer comme vassal de la Porte et de ne point l'inquiéter. Maintenant le bruit eourt que le roi , i la tète d'une armée, marche contre Dorozenko; ce qui a déterminé le sultan à renoncer à son plan de passer l'hiver en Asie, et à se tenir à Andrinople.

conde, n- 4SI. de 1089. (1669) a l'hetman des Cosaques do Hoseau jaune, dans laquelle est simplement donnée rassorance que les Cosaques , comme fidèles serviteurs de la Porte, ne seraient pu inquiétés par le chan. Les ordres adressés au cban tatare, conformément à la 1'* lettre de 1080 , sont dans l'inscha , sous les n* 181 et lit.

(1) Scherer, p. 131,

(S) Ibid. p. ISS.

(S) Ibidem, p. 118.

Le roi de Pologne doit donc s'abstenir de tout acte attentatoire à la paix , et retourner dans son pays sans faire la moindre offense à Dorozenko ; sinon il aura violé la paix , et dans ce cas le sultan est résolu, avec l'aide du Dieu vengeur et la bénédiction du bienheureux prophète Mohammed , à se mettre en mouvement au printemps prochain , avec des armées innombrables, qui chasseront l'ennemi et désoleront son pays. Tu dois observer tes mouvements, et ainsi salut à celui qui suit la vraie direction. » Telle fut la déclaration de la guerre qui éclata en réalité au printemps suivant.

Avant de suivre les étendards du sultan d'Andrinople àCaminiec, il est nécessaire de revenir sur quelques faits diplomatiques à signaler, depuis que nous avons quitté cette seconde capitale de l'empire, au moment où Mohammed donnait audience à l'ambassadeur vénitien. Aussitôt après le patricien de Venise, fut admis en présence du sultan le chan de Krimée, élevé À la place d'Aadil-Girai doute sultan et le grand vesir étaient mécontents, parce qu'il avait pris le parti de l'hetman Hanenko contre Dorozenko ; Selim-Girai fut installé avec le cérémonial accoutumé . Son frère Selamet-Girai devint kalgha , et son cousin Ssafa-Girai Nureddin [mai 1671 ]. Comme toute crainte de la reprise des hostilités de la part des Vénitiens avait disparu, et que l'empire était agrandi par la conquête de Candie, le sultan résolut d'étendre aussi ses courses de chasseur, de se porter vers les cantons montagneux, où n'avaient pas encore retenti la voix des chiens et les hurras des piqueurs, vers les belles Alpes du Rhodope, qui portent encore aujourd'hui le nom d'Alpes du Despote , reçu au temps des empereurs Byzantins. Là Mohammed goûta les charmes d'une délicieuse fraîcheur, durant les ardeurs de l'été , et au commencement de septembre il revint à Andrinople. Toutes les bouches répétaient que l'hiver suivant le sultan se rendrait à Brusa , afin d'être plus prés du théâtre de }a guerre projetée contre les seidije d'Arabie; mais maintenant, à cause de la campagne que Ton se proposait d'ouvrir eu Pologne, les quartiers d'hiver furent établis à Andrinople. Trois mesures d'administration intérieure prises cette an-

L1VKE LVI.

née par Ahmed- Kœprili attestent non attention rigoureuse à ménager les deuiers publics. Les châteaux construits à Maina furent occupés par des soldats de Corinthe; et ICO, 000 aspres, appliqués antérieurement A la garnison de cette dernière ville , durent être versés dans le trésor, ainsi que les produits des fiefs des garnisons de Cilicie : toute la Crète fut mesurée et cadastrée.

Avant même la mort de Panajotti , le patriarche Methodius avait été remplacé par Parthenius, et celui-ci par Denys. Le nouveau primat s'était attiré l'inimitié de l'épouse de Panajotti , femme ambitieuse, fière de la puissance et des richesses de son mari (t). Panajotti, partageant les ressentiments de sa compagne , obtint du grand vesir la déposition de Denys, qui dut se contenter du siège de Philippopolis. Après que l'interprète tout-puissant eut quitté ce monde , laissant dans son héritage un ferman pour la possession du Saint-Sépulcre dans la Terre promise, legs de son zèle pour son Église (3), l'ex-patriarche Parthenius mit en jeu tous les moyens pour se relever, et se replaça pour la deuxième fois sur le siège de la capitale ; mais il lui fallut le céder bientôt encore à Denys. La somme donnée par les patriarches pour acquérir leur dignité , qui ne s'élevait pas auparavant au-dessus de 10,000 écus , fut portée à 20,000 (3). Nicolas de Neochorio , au pied de l'Olympe , jeune homme de seize ans , auquel on avait fait subir violemment l'opération de la circoncision , n'en professait pas moins hautement le christianisme et défendit sa foi au prix du martyre (fr). Parthenius employa tous ses efforts pour arrêter l'usage qui s'étendait chaque jour davantage des unions transitoires entre Turcs et Grecques. Ces sortes de mariages , conclus seulement pour un temps , étaient désignées par le nom de Kabin, ou

(1) Rycaut. Hîst. de l'état présent de l'Église grec que p. m.

(2) Rycaut, dans Knollos, p. 2'i2.

(S) Rycaut, pass. cité. p. 113.

ià) ha rie et le martyre de .Nicolas, enfant grec martyrisé à Constantinople, pour la foi de J.-C. , p. 21 S. dans rf.tat présent des nations et églises grecques, arméniennes et maronites; par «le I.tcroit. Paris. 1715.

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