IO*. II
contrats de concubinage. Le patriarche usant de ruse pour le triomphe de la chasteté . alla trouver le mufti et lui demanda « s'il était permis aux moslims de s'unir charnellement à des femmes qui mangeaient de la chair de porc et buvaient du vin ; et si des enfants sortis de pareits accouplements n'étaient pas, dès le sein de leur mère, marqués d'un caractère d'indignité relativement a l'Islam. » Après une mûre délibération , le mufti répondit que de tels mariages n'étaient pas légaux. « Alors, reprit le patriarche, vous devez les interdire en Kuraili, où ils ne sont que trop fréquents. » Le mufti s'entendit là-dessus avec le grand vesir, et une ordonnance parut, qui interdisait aux moslims toute union avec des chrétiennes, à moins que ces femmes ne se convertissent d'abord à l'Islam [ 1672 ] (t). Le consul anglais Rycaut, qui avait contribué beaucoup à faire prendre cette décision, son compatriote , le prêtre Smith , qui , cette année . visita les sept églises d'Asie (2) , et le Français de Lacroix , venu à Constantinople avec M. de Nointel en qualité de secrétaire d'ambassade , ont tous trois laissé sur l'état des Églises grecque , arménienne et maronite , à cette époque , des documents qui témoignent combien l'esclavage musulman pesait durement sur les communautés chrétiennes.
Au commencement du printemps tous les préparatifs étaient faits pour que l'on se mit en marche. Les premiers mouvements furent précédés, comme de coutume , par une grande distribution de pelisses, de kaftans d'honneur , de sabres et de poignards ; car ce goût de magnificence est on des traits distinctif* du règne de Mohammed IV. Les étendards furent plantés devant la porte du sérail (3). Au nouveau chan de Crimée , Selim-Girai, furent adressés de la part du sultan.
(1) Rycaut. État d^s églises, p. 414-316.
(2) Seplem Asia* ccclrsiarum cl ConMantinopo- Icos notitia, aiictnre Tlioma Smitho. trajecu ,
(3J De Lacroix , Ktat général de l'empire ollonian, p. 24, dit le l*r avril, re qui rsten contradiction avec Raschid qui donne le 24 silkide [24 mars]. Lacroix commet encore une erreur, en Tuant le départ du sultan au 27 avril , au lieu du 30.
pour l'tntrée en campagne, 16,000 ducat»
d'argent, avec une lettre flatteuse , une pelisse et deux (caftans; de son côté, le grand vesir envoya des poignards garnis de pierreries pour le kalgha et nureddin-sultan, et cinquante ka flans d'honneur pour les schirinbegs et les mirsas (1). 400,000 aspres par an furent attribués au gouverneur de Candie, Ankebut-Ahmed-Pascha, qui à l'époque du siège commandait la division du centre; des pelisses de martre zibeline forent distribuées aux vesirs et aux ulémas. Le 30 avril le sultan sortit du palais d'Andrinople et alla se loger sous sa tente dressée dans la plaine de Tschakur-Tschairi. Les vesirs et les ulémas décoraient le cortège. Le Grand- Seigneur était revêtu d'une cuirasse d'or , attachée avec des boucles étincelantes de pierreries ; un carquois enrichi de diamants résonnait sur ses épaules; les émeraudes et les rubis ruisselaient sur le sabre attaché à sa ceinture ; une agrafe de diamants 6xait deux plumes de héron sur son turban vert. Son cheval et tous les harnais étaient couverts de pierres précieuses. Tous les agas de la cour , tous les officiers attachés au service de la chasse portaient des cuirasses dorées, et montaient des coursiers magnifiquement harnachés. Des chevaux tirés des écuries impériales avaient été donnés aux vesirs pour la campagne ; neuf au grand vesir , quatre au second ; au favori Mustafa , puis au kaimakam, au mufti , au précepteur prédicateur de la cour, a l'aga des janitschares et au nischandschi-pascha, à chacun deux ; le reis-efendi avait reçu un seul coursier. Ahmed -Tschausch, qui avait été envoyé tout récemment au roi de Pologne , revint en ce moment avec une lettre de ce prince pourtle grand vesir. Le souverain polonais déclarait que l'Ukraine était un domaine de la Pologne, Dorozenko un sujet rebelle, et aux plaintes élevées sur les irruptions polonaises il en opposait d'autres sur les courses antérieures des Tatares (2). Le grand vesir répondit au chambellan du royaume , au sujet de l'Ukraine, que le roi de Pologne
(1) ltaschid, I. i, fol. 66. La lettre est dans l'Insrha du reis-ctendi Mohammed, n* 148.
(2) La lettre est dans Baschid, 1. i , fol. 64.
persistait à aonsidérer comme son patri-' moine : « En effet , Dieu est le seul maître du monde ; son éternelle sagesse pour la tranquillité d'un pays agité dans [le trouble et la confusion , en soumet les habitants à la protection d'un monarque puissant comme Alexandre. Les Cosaques, peuple libre , s'étaient assujettis à la Pologne ; mais, ne pouvant plus supporter les injustices, l'oppression et la cruauté dont on les accablait, ils ont saisi les armes , ont appelé l'assistance du chan de Krimée, et leur chef a reçu l'investiture par la bannière ; comment donc le roi ose-t-il dire que l'Ukraine est un domaine de la Pologne? Et d'ailleurs, si les habitants d'un pays, pour s'affranchir, se mettent à l'ombre de la fortune d'un puissant padischah, est -il sage de marcher contre eux, et de les poursuivre malgré l'abri dont ils se couvrent ? Que pourrait-il résulter d'une pareille conduite ? Quand le très-glorieux et très-puissant padischah, le refuge du monde , défend et délivre les opprimés réfugiés sous l'ombre de son bras, les observateurs attentifs voient clairement de quel côté vient la rupture de la paix. Si pour éteindre le feu de la guerre on veut adresser un envoyé , c'est bien ; mais si le nœud des difficultés doit être tranché par l'épée , la décision est entre les mains de Dieu, qui a créé de rien le ciel et la terre et qui fait triompher l'Islam sur ses ennemis depuis plus de mille ans. Le 8 ssafer [5 juin ], le tout-puissant et illustre padischah se met en mouvement dans sa gloire , sa fortune et sa force, à la tête d'armées innombrables comme les étoiles, ornements du ciel, et sans s'arrêter il va se porter sur les frontières. Ainsi , une réponse devra être rapide ; car à chaque campement d'autres ordres seront donnés, un autre langage sera tenu. » Ahmed-Kœprili eiposait ces principes sur l'intervention des grands monarques pour l'affranchissement d'un peuple opprimé ah moment où il rivait les chatnes de la Grèce par l'élévation des châteaux de Maina.
Sobieski , petit-fils du héros de Chocim, qui vingt-un ans auparavant avait visité Constantinople dans la suite de Bieganowskt , avait triomphé l'année précédente de Dorozenko et des Cosaques ; en une campa-