‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 78 sur 384 · LIVRE LVI · texte numérisé non relu

LIVRE LVI

g ne il avait eulevé les plot fortes places frontières de ces peuples : Czetwertinka, Humao, Brada*. Stanislaw , Rascow, Mohilow, Impol (1). Cette campagne avait rempli l'Europe d'admiration et jeté l'effroi parmi les Turcs. Pour arrêter tout d'abord le flot des conquêtes polonaises, la Porte avait résolu la guerre. Le sultan se mit donc en marche le dimanche ,5 juin , jour fixé dans la lettre. Au pied du Balkan resta embourbé le chariot d'argent de la sultane Chaszeki, dont la cage, entourée d'une grille d'or, suivait les étendards du sultan, et le grand vesir accourut pour atteler son propre cheval; on eut les plus grandes peines à tirer l'équipage de la vase où il était enfoncé. La Chaszeki s'arrêta à Babataghi, et le vesir de la coupole. Ibrahim-Pascha, resta pour le service de la sultane. A Isakdschi fut établi un pont de bateaux de sept cent cinquante aunes de longueur sur dix de largeur. Le gouverneur de Bosnie, Ibrahim , le beglerbeg d'Anatoli, Ali-Pascha, furent détachés en avant avec les troupes de leurs provinces, afin de transporter les approvisionnements réunis de tous côtés pour les besoins de l'armée. Osman - Pascha , sandschakbeg de Nicopolis,etMurad-Pascha, commandant de Kangleri «reçurent ordre de réunir les convois nécessaires, et le sandschakbeg de Chudawendkiar , Mohammed-Pascba, fut chargé de garder le pont établi sur le Danube à Isakdschi. Les gouverneurs d'Alep et de Karamanie, Kaplanet Ali-Pascha, les begs de Begschehri et de Rirschehri défilèrent avec leurs troupes particulières bien équipées devant la tente du sultan, et reçurent des kaftans d'honneur. A Prusicht en Moldavie, fut publié un chatti-schérif qui réglait l'ordre et le rang des gouverneurs dans le cortège du sultan. A droite devait se tenir d'abord le beglerbeg d'Anatoli , puis ceux de Karamanie , de Siwas , de Diarbekr, Meraasch , Alep , Adana ; à la gauche, le beglerbeg de Rumili , et au-dessous de lui ceux de Bosnie et d'Ocsakow. En même temps fut rendue une ordonnance pour enjoindre aux vesirs de se montrer toujours avec le

K (1) EfnstoJ» Andrée Olrowski, m. 12 ocl. et 20 1671 . p. J07 et S09.

turban officiel, orné d'une large bande d'or disposée obliquement, signe distinctif de leur dignité, qu'ils négligeaient de porter. Quand le sultan entra dans Jassy , capitale de ;la Moldavie, le prince Duka , qui était relevé pour la seconde fois sur le trône , déposa à ses pieds un poignard garni de pierreries, deux pelisses fourrées de !a plus riche martre zibeline, et un paquet des pins précieuses étoffes. Dans un divan solennel, fut distribuée aux troupes la gratification osjlinairc d'entrée en campagne, ensuite les vesirs furent traités dans la tente impériale. Le commandant d'Ocsakow Chalil-Pascha , les beglerbegs d'Anatoli et de Karamanie, et le beg de Tschirmen reçurent ordre de faire construire un pont sur le Dniester, et le beglerbeg d'Adana fut investi des fonctions de quartier-maître général. Le sandschakbeg de Kanghri arriva de Kilia avec la grosse artillerie , dont le transport fut imposé aux vassaux de Rumili et de Bosnie. Un rapport duchan de Krimée annonça que le nureddinsultan et le sandschakbeg d'AwIona, Jusuf- Pascha , en étaient venus aux mains dans le voisinage de Ladyzyn avec le fils d'Hanenko , adversaire de Dorozenko , et avec cent Cosaques accourus du château de Braclaw au secours de leurs compatriotes ; que les Polonais avaient fait une sortie de Bar et enlevé Hanenko, qui avait échappé à grand'peine à la captivité; les prisonniers', envoyés avec ce rapport , en confirmèrent la vérité. Quand l'armée fut campée, à une lieue de Chocim , la garnison du château de Zwanic, situé au-delà du Dniester, abandonna ce poste, qui te lendemain fut occupé par cinq chambrées de janitschares , trois cents segbans À cheval et deux cents à pied , auxquels furent joints cent cinquante segbans du katmakam. Le grand vesir et Kaplan-Pascha surveillèrent la construction du pont ; sur la rive droite du Dniester furent ouvertes des tranchées , sur la rive gauche on établit des retranchements. Chalil-Pascha, commandant d'Ocsakow, et Murad, pascha de Kanghri, passèrent le fleuve sur des radeaux. Cinq jours après, les beglerbergs de Siwas et de Meraasch , ainsi que les woiwodes de Moldavie montèrent la garde en grand costume devant la tente du sultan et furent revêtus de kaftaui d'honneur i*\um

MPIRE OTTOMAN.

l'usage. La poat étant achevé , les janitschares passèrent d'abord, le sultan lessuivit, et Ton fit le premier campement sur le sol polonais [ 15 août 1672]. Le kaimakam , les vesirs, les pascha* de Bosnie et d'Alep, avec quelques alaibegset le général de l'artillerie, «approchèrent de la place pour en reconnaître la force. Le woiwode de Moldavie Duka tomba dans la disgrâce , et sa place fut conférée a Étienne Petreitschik. Le lendemain le chan de Krimée fut conduit à une audience solennelle par les vesirs et les beglerbegs; le jour suivant l'hetman florozenko vint se prosterner aux pieds du sultan. Enfin le 18 août, après (rente-huit marches et autant de haltes, les tentes ottomanes furent plantées dans la plaine devant Caminicc.

Le grand vesir, avec les janitschares et les troupes de Rumili , se plaça au centre ; à droite s'établirent le second vesir , le favori Mnstafa-Pascha avec l'armée d'Anatoli et le sagardschi-baschi ; à gauche le kaimakam, Kara-Mustafa-Pascha , avec les troupes de Siwas et le ssamszundscbi-baschi. Les tranchées s'ouvrirent ; en cinq jours elles furent poussées jusqu'au bord du fossé. On s'occupa de la confection des sacs ; chaque feudataire dut en fournir deux par 1,000 aspres de revenus de sonsiamet; chaque sipahi, deux.

Les secrétaires du diwan , investis de flefs , les aides des chancelleries durent aussi prendre part à cette contribution, chacun en proportion de ses revenus. Un plénipotentiaire fut reçu avec égard et logé convenablement dans la tente du tschausch-baschi. Le huitième jour du siège , le principal bastion fut enlevé , et l'on y vit flotter les bannières turques [ 25 août ]. Le lendemain le premier jempart s'écroula par l'effet du jeu des mines; mais un second s'élevait derrière, et l'on travaillait avec ardeur à l'attaquer quand le lendemain les assiégés arborèrent le drapeau blanc, pour annoncer qu'ils voulaient se rendre. La capitulation fut rédigée en cinq articles. Tous les habitants étaient libres de rester ou de se retirer avec tous leurs biens sans pouvoir être exposés à aucun dommage; des églises étaient laissées aux catholiques, aux Grecs et aux Arméniens ; personne ne pouvait être logé dans les maisons des prêtres et des nobles polo-

nais qui restaient. Au moment du départ , les soldats voulant partager la poudre, le magasin fit explosion , emportant le tiers de la garnison , deux tours et une portion des murailles de l'enceinte. On ue sut si ce désastre avait été l'effet du hasard ou de la résolution désespérée du capitaine allemand (1). Le 30 août le commandant remit les clés de la place, et reçut un kaftan d'honneur. On lui donna trois cents voitures pour le transport des bagages de la garnison. Le pascha d'Alep et le beglerbeg de Rumili furent chargés de protéger la retraite des Polonais. Le lendemain le sultan reçut les félicitations officielles des dignitaires, auxquels il distribua des pelisses d'honneur, selon leurs rangs. Le vendredi 2 septembre, les plus grandes églises furent transformées en mosquées (2) , au nom du sultan , de la sultane Validé , de la Chaszeki , du grand vesir, du kaimakam et du vesir favori (3). L'internonce polonais, retenu jusqu'alors, fut congédié et chargé de porter ces paroles : a Si la Podolie est livrée sans que l'épée soit tirée, la paix pourra être conclue; sinon le fer sera promené sur toute la Pologne. Le chan de Krimée, le gouverneur d'Alep, Kaplan-Pascha , les beglerbegs de Rumili , d'Anatoli et de Karamanie , de Moldavie et de Valachie, et l'hetman Dorozenko reçurent ordre de lancer leurs escadrons sur le pays, en le ravageant; ils poussèrent jusqu'à Lemberg qu'ils enlevèrent d'assaut(4). Le sultan chassa dans le canton de Zwanic : là le nischandschi-pascha, l'historien Abdi, déposa aux pieds de son maître une pièce de vers de quarante-huit distiques dans laquelle il chantait la conquête de Caminiec. L'armée s'avança sur la palanquede Kulandane , puis alla camper devant celle de Bucsacs. Comme le defterdar- pascha Ahmed n'était pas assez fort pour la réduire, on le fit appuyer par l'aga des janitschares , maintenant vesir Abdurrahman ou Abdi-Pascha, auquel

(1) Ilapporldc Kindsberg.

(2) Mogdeleinc, Miroir ottoman ; la marche dn sultan Mohammed contre ta Pologne en Ukraine, p. 10.

(3) Raschid. 1. 1, fol. 75, et Abdi el-Rabi.

(h) Siège deLeopold;de Lacroii, Mémoire»,

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