‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 8 sur 384 · LIVRE LU · texte numérisé non relu

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route, il demanda an petit maître des requêtes qui l'accompagnait, et qu'il aimait beaucoup , s'il était disposé à mourir avec lui. Celui-ci lui répondit affirmativement T mais le pria de ne point prononcer de ces paroles sinistres. Une fois en présence du sultan , le grand vesir fut accablé de reproches, « Mon padischah , dit-il , tu me mets à mort injustement. Au dernier jour mes deux mains pèseront sur ton cou. » A un signe donné aubostandschi-baschi, il fut aussitôt étranglé (20 mars 1653), et le cadavre fut Jeté devant la porte du sérail. Un bostandschi couvrit le visage avec un drap. Sa fille, veuve de Musa- Pascha , obtint la permission d'enlever ses tristes restes, qui furent ensevelis à Skutari(l).

L'administration du nouveau grand vesir Derwisch-Mohammed , tout récemment kapudan-pascha , offre une suite d'expédients financiers , de taxes , de levées arbitraires , d'extorsions, de rançons, d'amendes, mêlées à des supplices. Quoiqu'il détestât surtout le defterdnr, il lui fallut pourtant le conserver deux mois encore , tant était grand l'embarras pour se procurer des ressources et des hommes entendant les finances ; ensuite , trompant les espérances du defterdarsade Mohammed-Pascha , et du tschaldschi Mohammedsade , il donna celte place au baschabakikuli, employé subordonné du trésor public, auquel il conféra tout-à-coup le rang de begterbeg. Suleiman-Pascha, auquel on avait présenté en perspective le sceau de l'empire comme récompense de ses calomnies contre Tarchundschi , fut envové èn Crète , dans le sandschak de Malatia. Le segbanbaschi , qui avait ofîensé Derwisch-Mohammed quand celui-ci n'était encore que kapudan-pascha, fit maintenant d'inutiles soumissions; les présents offerts par lui furent dédaignés , et lui-même dut se résigner à une sorte d'exil à Ochri. Le silihdar du sultan, qui voulait obtenir le rang de vesir, échoua dans ses efforts contre les souvenirs de Derwisch-Mohammed, qui lui reprochait (a protection accordée à un écuyer condamné a mort sur une sentence du mufti, confirmée par le grand vesir. Alors le pascha d'A-

H) Saima , 1. », de m à 197.

dana , connu sous le nom d'Ibrahim le Cruel* qui voulait mettre à mort le juge d'Adana , fut immolé par la vengeance des habitants. Le tyran d'Alep, Ipschir- Pascha, avait bien mérité une semblable récompense de ses crimes. Joignant l'hypocrisie à la cruauté, il affectait de pratiquer les jeûnes les plus rigoureux , tout en laissant mourir de faim ses victimes dans les cachots ; il passait une partie des nuits en prières, et le jour il se livrait à d'impitoyables extorsions. 11 ne portait sur lui ni bourse ni bijoux , mais entassait dans ses coffres l'or, l'argent et les joyaux ; il ne prenait pas de café , ne buvait pas de vin , ne fumait pas de tabac, mais se baignait dans le sang, et se plaisait à respirer l'odeur des cadavres. Le grand vesir l'ayant invité à se rendre à Constantinople, il répondit par des protestations de soumission , mais fortifia en même temps les troupes de sa maison. Le neveu du fameux scheich d'Urmia , exécuté par les ordres de MuradlY, le scheich Mahmud, surnommé Ssatschlu (le Chevelu), ascétique animé d'une piété sincère , vint à Constantinople , où il attira l'attention générale par ses exercices de dévotion et ses jeûnes, et plus encore par ses imprudentes démonstrations. Il prêcha hautement que tous les maux de l'empire venaient de la part que la sultane Validé preuait au gouvernement; que, tant qu'elle ne serait point bannie du sérail , toutes les mesures ne porteraient point de fruit ; qu'il fallait l'envoyer dans le vieux sérail, ou la marier à quelque personnage dans les provinces. La pensée d'une innovation telle que le mariage d'une Validé hors du sérail mit toute la ville en émoi. Le chef des émirs se consulta avec le grand vesir pour savoir comment réprimer les écarts du scheich sans attenter à sa sainteté. Mahmud-Ssatschlu fut déclaré fou, et, comme tel, enchaîné dans l'hôpital des insensés de la mosquée du sultan Suleiman. Mais comme en ce lieu il ras • sembla ses amis et ses adhérents , et leur prêcha qu'il était chargé de fers à cause de son témoignage en faveur de la vérité, on le renvoya au lieu de sa naissance. En Morée, le gouverneur Gurd-Ali et le chambellan chargé d'aller percevoir les impôts à Tripolizza, Jusuf le Long, avaient fait mettre à mort un certain Chalil-Aga et son frère, qui

s'étaient opposés à main armée à leur entrée dans le pays. Un troisième frère ne craignit pas de porter plainte à Constantinople contre la cruauté de Jusnf le Long et les ssaridsches. Jusuf fut arrêté , puis relâché sur la promesse de 130 bourses. Alors s'élevèrent de nouveaux cris contre sa cruauté : « On m'accuse, dit-il, d'être un cruel oppresseur; mais si je ne m'étais pas montré tel , comment aurais-je pu lever 400,000 piastres? » Le grand vesir, auquel ces paroles furent rapportées , le fit étrangler. Le trésor perdit ainsi les 130 bourses promises par Jnsuf, et les plaignants virent s'évanouir tout espoir de recouvrer les objets de leurs réclamations ; néanmoins tout le monde bénit la sentence de mort comme un juste châtiment de la conduite de l'oppresseur. On n'applaudit pas moins au supplice du féroce Bojadschi-Husein, exécuteur de la sentence de mort sur les agas, maintenant commissaire pour le présent envoyé à la Mecque : car sur lui pesaient d'effroyables accusations. Ceux qui ne pouvaient payer, il les enchaînait les uns aux autres avec des anneaux de fer, -enfants et vieillards , hommes et femmes. Un de ces malheureux avait rendu l'âme; le gardien vint demander la clé pour ouvrir l'anneau et enlever le cadavre : « Qu'ils le traînent avec eux , dit l'atroce Bojadschi ; pour échapper à l'odeur infecte, ils se décideront à payer. » Le gardien, plus humain que son maître, coupa la tête pour détacher le mort (1). Bojadschi-Husein aurait poursuivi le cours de ses atrocités, si un jeune garçon, dont il avait confisqué à son profit le fief paternel, ne s'était échappé vers Skutari, où il parvint à prétenter une requête au sultan, venu dans la mosquée. Aussitôt un ordre de mort fut expédié. Le même motif d'extorsions détermina l'exécution de Kara-Schatir, sandschak-beg de Kastemuni, en ce moment à Constantinople. Alors aussi fut saisi l'ancien ssamszundschi-baschi , organe des agas soulevés, qui s'était tenu longtemps caché , et qui osa maintenant se montrer; on le noya sous les yeux du grand vesir. Mais ce qui obtint surtout l'approbation générale, ce fut l'exécution de l'eunuque

(t) Natma, p. 410.

Abdurrahman-Pascha , l'ancien kapu-aga qui avait aidé à étrangler le malheureux sultan Ibrahim ; puis , étant gouverneur d'Égypte , avait traité outrageusement Tarchundschi- Ahmed, son prédécesseur. Celui-ci, devenu grand vesir, le manda à Constantinople pour se venger. Abdurrahman , retardant son voyage sous mille prétextes, n'était encore qu'à Konia lorsqu'il reçut l'heureuse nouvelle de la ruine de Tarchundschi. Se croyant maintenant en sûreté , il était accouru à Constantinople, où, par ses relations avec le sérail , il fit offrir au sultan 500 bourses pour le grand vesirat. Le grand vesir, informé de ces manœuvres par ses affidés , éleva contre lui de la part du fisc une réclamation de 2,000 bourses d'excédent sur le trésor d'Égypte, puis il adressa au sultan un rapport détaillé dans lequel il exposait «que l'eunuque avait porté sa main meurtrière sur le sultan Ibrahim , dont il gardait le vêtement ensanglanté comme un trophée ; qu'il avait eu l'audace de prétendre gagner 3a Majesté avec 500 bourses ; que, dans le cas où cet homme aurait obtenu le grand vesirat, le trésor aurait perdu les 1 ,000 bourses réclamées , et le sultan aurait été privé de la fortune bien plus considérable encore du prévenu. » Un billet conçu dans le même sens et adressé à la Validé détermina cette résolution suprême à la suite du rapport : « Aussitôt après l'arrivée des registres d'Égypte , il faut le mettre à mort. » Le grand vesir représenta qu'Abdurrahman étant vesir ne pouvait subir son châtiment qu'au sérail. L'eunuque reçut la sentence de mort de la bouche du sultan. Au reste, c'était un des eunuques les plus puissants et les plus énergiques dont les annales ottomanes fassent mention ; généreux , ami des sciences , instruit lui-même , il aimait le commerce des savants et des poètes, et, par goût pour les charmes de l'esprit et la grâce des formes, il entretenait un harem de beaux jeunes garçons.

L'exécution de l'eunuque blanc Abdurrahman et l'éloignement de l'eunuque noir Suleiman assuraient le grand vesir contre ces êtres dégradés; mais il n'était point à l'abri

(1) Naima, 1. u. n. 418.

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