‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 80 sur 384 · LIVRE LVI · texte numérisé non relu

LIVRE LVI

kam étaot mort, Ibrahim-Pascha fut élevé pour la seconde fois à cette dignité ; et le mufti Minkarisade, ayant été déposé pour cause de maladie , fat remplacé par Ali— Efeodi de Tschataklschi , protégé du grand vesir. Des envoyés usbegs prétendirent avoir perdu une caisse de présents ; on refusa de

verte d'une caisse vide dans leur domicile fit naître le soupçon qu'eux-mêmes étaient coupables de ce larcin. La Moldavie fut dévastée par les Polonais qui avaient pour guide le woiwode Etienne passé dans leurs rangs. Cependant Mohammed parcourait les steppes de la Tatarie Dobruze, autour d'Hadschibasaroghli ; et , comme le second vesir favori raccompagnait dans ses excursions, qui durèrent trente-trois jours, ce fut le nischandschi-pascha Abdi qui eipédia les affaires pendant cette absence (1).

Pendant que les quartiers d'hiver étaient à Babataghi, les mouvements diplomatiques, les détails de l'administration intérieure et les préparatifs d'une campagne prochaine réclamèrent toute l'activité du grand vesir. Le nouveau woiwode de Valachie , Duka, fit passer 100,000 écus comme tribut de sa principauté. Le résident impérial Kindsberg se plaignit dans une note écrite que, d'après les propos mêmes des rebelles hongrois amenés par Barkoczy , Denis Banffy , sur l'ordre du prince de Transylvanie , eût nommé pour chefs des insurgés François Ispan et Jean Locri; que ces gens trouvassent de l'appui ior le territoire turc, qu'on les vit paraître dans la suite des paschas, et qu'eux-mêmes •e vantassent publiquement d'avoir obtenu aoferman apporté par Szepesi, en vertu duquel Turcs et Transylvaniens devaient leur prêter assistance (2). Dorozenko fit savoir que les Russes avaient conquis six villes des Cosaques, parmi lesquelles Czerkas, Kaniow, Corsum ; avaient investi sa propre résidence, et lançaient contre le cban tatare une armée de cinquante mille Cosaques et Kalmuks.

Oo adressa au chan tatare le présent accoutuméd'entréeen campagne [18 février 1674] ; mais il s'excusa , prétendant qu'il ne pouvait

(t) Abdi-pascha, loi. OS.

(1) Rapport lit Ki»risk*-;\

pour le moment venir se joindre aux troupes du sultan, craignant que les Russes, après en avoir fini avec Dorozenko , ne tombassent sur lui-même ; il demandait même qu'il lui fût permis de rappeler les six mille Tatares restés en Moldavie (1). On enrôla de nouveaux janitschares, et deux mille pages entrèrent dans les sipahis : eux-mêmes furent remplacés par des enfants chrétiens enlevés de force à leurs parents (2). De sorte que la prise régulière de jeunes garçons pour le recrutement régulier des janitschares, exécutée jadis sous la direction de trois commissaires dans les familles chrétiennes de Bulgarie, de Grèce et d'Albanie*, et tombée en désuétude depuis Murad IV , se faisait encore pour remplir les chambres du sérail. Au commencement de mai on vit arriver à Babataghi l'internonce Siekierzynski envoyé par la république de Pologne et par Sobieski , roi nouvellement élu. 11 apportait une lettre qui excusait le retard à expédier l'ambassadeur turc, arrivé l'année précédente en Pologne , sur la mort du roi et l'élection du nouveau souverain , et en même temps exprimait le désir de la paix : le grand vesir répondit que la paix devait être sollicitée par une ambassade extraordinaire (3). Ensuite le sultan alla occuper sa tente ; les beglerbegs de Siwas, Damas et Silistra, qui arrivèrent avec leurs troupes dans le camp impérial, reçurent suivant l'usage des kaftans d'honneur, et des fermans ordonnèrent dans tout l'empire des prières publiques dans les mosquées, les lundis et les jeudis, pour la prospérité des armes ottomanes. Le 13 juin 1C74, le sultan se mit en mouvement de la plaine d'Hadschibasaroghli. Le grand vesir s'avança de Tschiftai à sa recontre, et le Grand-S.igrieur entra à cheval dans Babataghi entre Ahmed- Kœprili et le vesir favori Mu>lafa- Pascha.Desnouvellesd'Orientannonçafitque la frontière de ce côté était menacée par les Persans tirent sentir la nécessité de nommer sur ce point un gouverneur actif et belliqueux. Le grand vesir choisit l'aga des janitschares, Yesir-Abdurrahman-Pascha, qu

(i) Rapport de K.ntU«.g . du 18 Mit fer !G7i.

12) Ibidem.

-3) Rapport d« kind*Wr pria m»is d tmai.

s'était conduit en vaillant guerrier devant Candie , et lui confia maintenant la garde de la frontière orientale de Bagdad ; les bcgs de Rakka, Moszul et Schehrsor, lui furent subordonnés; Kaplan-Pascha, qui jouissait également de toute la confiance du grand vesir , fut nommé gouverneur de Diarbekr et reçut ordre de se rendre au plus vite dans :-a province en employant les chevaux de poste. Le chan tatare se rendit au camp impérial en Moldavie , où arriva l'heureuse nouvelle que Chocim s'était rendu volontairement au gouverneur de Damas Husein- Pascha(l). A Soroka l'armée franchit le Dniester et campa sur le sol cosaque, dans la plaine d'Ispel [30 juillet 1G7V]. De là le woiwode de Moldavie retourna à Jassy pour livrer de la farine et du grain ; le woiwode de Valachie fut chargé du rétablissement des < herains et des ponts. La palanque d'Istone, à six lieues de Soroka , fut rasée par le gouverneur d'Alep Ibrahim , le beglerbeg de Humili Sidisade-Mohammed-Pascha et le ssamszundschi. Quatre-vingts têtes, trophée d'une victoire remportée par les Tatares Lipkans sur les Polonais qui avaient attaqué Bar, furent jetées devant la tente impériale. Dans le camp de Romar fut proclamée la défense de faire des irruptions de pillards, et le chan tatare fut revêtu d'une pelisse d'honneur en recevant la mission de porter de rapides secours à l'hetman des Cosaques, investi dans Cehrin ; les gouverneurs d'Alep , d'Anatoli , d'Erserum , établirent des ponts et ravagèrent le pays. A Tymanowka se présenta un envoyé polonais. La marche se poursuivit vers Ladyzyn , qui, pressé très-vivement, se rendit au bout de trois jours : sur huit centsprisonniers polonais, cent soixantedix furent choisis pour le sultan. Le beglerbeg de Humili brûla la palanque de Kopanidscha, et rentra en triomphe dans le camp impérial avec quelques centaines de tûtes plantées sur les lances de ses soldats.

Après ces succès, audience fut enBn accordée à l'envoyé polonais Jean Kanvkewski , arrivé à Tymanowka ; il apportait la notification du couronnement de Sobieski , et il était en même temps chargé de réclamer verba-

(1) Ruchid, 1. i, fol. 79; drflcrdar. fol. Jf.

lnment la restitution de la Podolie et de l'Ukraine à la couronne de Pologne. Il fut congédié avec une simple lettre du grand vesir (1). En même temps Sobieski avait adressé Mysliszewski au chan tatare; puis il chargea encore Kaczorwski d'une mission auprès de ce prince, auquel furent offerts des présents considérables pour qu'il employât son influence à déterminer la Porte à cesser les hostilités. Maintenant le kaimakam Kara-Mustafa marcha contre la forte ville d'Human avec seize chambrées de janitschares, toutes les troupes feudataires d'Anatoli , de Rumili , de Syrie et de Bosnie, vingt -six fauconneaux et six couleuvrines. C'était la première entreprise militaire dirigée par le kaimakam Mustafa-Pascha , que jusqu'alors nous avons toujours vu à coté du sultan à la chasse , et qui n'avait para en campagne qu'au siège de Caminiec. Le succès de l'opération était garanti par les forces considérables mises à sa disposition. Avec le secours de Dorozenko Human fut emporté d'assaut [ k septembre 1674 ] ; tous les habitants furent massacrés , les rues inondées de sang, les chrétiens écorchés vifs, et leurs peaux, bourrées de paille, envoyées au sultan. C'est par un tel exploit que se signala Kara-Mustafa-Pascha. Le chan tatare Selim- Girai annonça que lesCosaqueset les Russes, campés autour de Cehrin , n'ayant pas osé l'attendre , s'étaient enfuis à Tscherkeskerman , qu'ils avaient saccagé ; à l'exception du poste de Bialacerkiew , défendu par le colonel Rapp , et de Kiow , occupé par les Russes, tout le pays depuis le Dniester jusqu'au Dnieper était soumis aux armes ottomanes. Le chan tatare et Dorozenko vinrent tous deux faire leur cour au sultan et obtinrent la permission de retourner dans leur pays ; avant leur départ ils reçurent de magnifiques présents qui leur furent remis par le kaimakam , à cause d'une indisposition du grand vesir [ 15 septembre ]. Le 18 septembre, l'armée commença son mouvement de retraite et passa le Bog pour se diriger vers Andrinople. A Isakdschi il y eut baisemain à l'occasion de la naissance d'une sultane, tille d'une esclave que la mère du sultan

(1) Haschid, 1. 1, fol. 81.

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(ai avait donnée Tannée précédente. Cependant Sobieski et Jablonowski purgèrent encore la Pologne de Tares et de Tatares ; les derniers avaient entraîné après eux les habitants du Dniester vers le Balkan et les avaient établis sur les deux versants de cette montagne et à Kirkkilise. Jablonowski assiégea Bar, défit le sultan Aadil-Girai le joar anniversaire de la bataille de Chocim, soumit Braclaw, Nimrow et dix autres villes. Le référendaire de Lemberg , Rzewuski , prit Raskow , d'où s'enfuit Ahmed-Pascha ; toute l'Ukraine, à l'exception de Cehrin, redevint polonaise. Pendant l'hiver, les négociations diplomatiques firent quelques progrès. Le woiwode de Moldavie manda que le roi de Pologne campait à Caminiec, Lanckorowski . à trois milles de Cehrin. L'ambassadeur français en Pologne, l'évêque de Marseille , envoya auprès du grand vesir un gentilhomme appelé Savanie pour travailler comme médiateur à la paix entre les deux puissances [février 1675]. Le kiaja pensa que , la loi défendant de rejeter la paix offerte par les infidèles , il fallait continuer les capitulations accordées trois ans auparavant à Bucsacs au roi de Pologne Michel Coribut (1). Mais cet avis ne fut pas mieux accueilli par le grand vesir que la proposition présentée auprès du scrasker Scliischrnan- Ibrahim- Pascha par le général Coricki au nom de Sobieski. Ibrahim inonda de sang et couvrit de ruines toute la Volhynie. /barras , ancien patrimoine des Wiesnowiecki tomba entre les mains des Turcs, quoique cette place fût défendue par un capitaine français ayant sous ses ordres quarante Heiduques et soixante Polonais ; six mille paysans russes, réfugiés dans l'enceinte, exterminèrent la faible garnison, et jetèrent le capitaine Desauteuil par-dessus les murailles dans le fossé. Ibrahim fit monter sur une colline les plénipotentiaires polooais qu'il menait avec lui , et leur donna le spectacle de la ville en feu et des habitants égorgés. Toutefois il honora le courage de Desauteuil , fit panser ses blessures et le renvoya au roi de Pologne. Un mois après, Jablonowski battit vingt mille Tatares et

(») Rapport de Kindsberg.

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