LIVRE LVII
EABA-HCSTAFA GRAND VESTE. — CHMIELlflCEJ HETMÀN. — BANNISSEMENT DE MISZR1. — DÉPOTÉS DES REBELLES HONGROIS. — DÉBATS AU SUJET DU SOFA. — ARRIVÉE DE L* AM- BASSADEUR POLONAIS QUI VIENT APPORTER LA RATIFICATION DE LA PAIX. — DÉFAITE PBÈS DE CEIIRYN. — DÉPOSITION DU «UN DE KR111ÉE. — ENVOYÉS DE TRANSYLVANIE, DE RUSSIE, DES USBEGS, DE GÈNES ET DE RAGU8E. — RÉSIDENT IUPÉRIAL. — ENTRÉE EN CAMPAGNE. — CI10TE DE CEIIRYN. — NÉGOCIATIONS AVEC DES AMBASSADES EUROPÉENNES*
— LES PR1NCEÔ DB MOLDAVIE ET DB VALACHŒ PILLÉS. — INVENTAIRE DU TBÊSOR. — DÉ- COUVERTE D'UN GROS DIAMANT. — UNE ADCLTÈBB LAPIDÉE. — PROJET DE FRATRICIDE.
— SOEUÉS DU SULTAN. — INONDATIONS BT FONDATIONS A LA MECQUE. — PAIX- AVEC LA RUS- SIE. — BATIMENTS DE GUERRE FRANÇAIS A CHIOS. — NÉGOCIATIONS DU RÉSIDENT IM- PÉRIAL. — AMBASSADE DE TOEKOELI QUI EST INSTALLÉ A FULER EN QUALITÉ DE ROI. — LES DEUX ABDI. — ENVOYÉ RUSSB. — INCENDIE. — COMÈTE. — AMBASSADE DE CAPRARA. — TBNTE IMPÉRIALE. — KARA-MUSTAFA SSRASKER. — TOEKOELI A ESSEK.. — LE Cil AN TATARB A STUI1LWEISZENBURG. — RAVAGES DES TURCS EN U0NGRI3 ET EN AUTRICHE.— SIÈGE ET DÉLIVRANCE DB VIBNNE.
Le saltap chassait à Chaszkoi, dans le voisinage dUafsza, quand Mustafa-Beg, frère de Kœprili, lui apporta le sceau échappé 4 la main inanimée de son frère ; peut-être le messager espérait-il qu'on lui laisserait ce glorieux dépôt; mais l'influence et le crédit du kaimakam Kara - Mustafa , déjà gendre du sultan , l'emportèrent sur toutes les considérations pour la famille Kœprili, et le symbole du pouvoir fut remis au favori par le grand écuyer Ibrahim, qui lui présenta en même temps un cheval richement harnaché [7 novembre 1676). Kara- Mnstafa, fils d'Urudsch-Beg (1), sipahi influent de Mersifan tué au siège de Bagdad wus Murad IV, avait été élevé par le vieux Kœprili avec son fils Âhmed ; recommaudé pour la première fois à la bienveillance du sultan , en lui apportant la nouvelle de la conquête de Jenœ , il devint succesivement second écuyer, beglerbeg de Silistra et de
(i) De Lacroix , étal général , I. u , p. 128.
Diarbekr, kapudan pascha , kaimakam et beau-frère de Kœprili; sa cupidité et son humeur sanguinaire sont déjà connues par son rôle dans les débats entre les catholiques et les Grecs à Chios et à Jérusalem , et par les affreux supplices qu'il ordonna à lluman (1). Au commencement de février, la cour quitta Andrinople pour se rendre dans la capitale, où bientôt après arriva l'internonce polonais Modrzciow.ski , viceéchanson de Siradie ; il était le précurseur de l'ambassadeur qui devait confirmer la paix conclue au camp turc par les envoyés Korycki et Bidrciuski (2). Il apporta l'ossurauce que l'on était prêt à maintenir la paix suivant les termes contenus dans l'acte écrit en polonais, car il n'y avait pas moins de huit articles essentiellement différents
(1) Mngdelciner, miroir ottoman , marche du S. Mahomet en Ukraine, p. 83.
(î) De tacrotx, état général , I. u, p. 100. La lettre do car à Doroicnko est du 15 janvier 1677,
dans les deux titres. La Porte apprit par le chandcKriméc, Selim-Girai, et par un prêtre Grec venu de l'Ukraine, que l'hetman des Cosaques, Dorozenko, s'était jeté dans les bras des Russes [janvier 1077 ] (1). Le gouvernement turc avait entre les mains le Gis de Bagdan Chmielnicki (2) , ancien hetman des Cosaques , qui , après la mort de son père sur le champ de bataille, avait long-temps parcouru les steppes sous le déguisement d'un moine, enfin reconnu et livré par les Tatares, avait été jeté dans les Sept-Tours , où il était tenu sous une garde plus rigoureuse depuis une tentative d'évasion faite au moment où s'échappa le chevalier Beaujeu. Maintenant on jugea nécessaire de tirer ce captif de son cachot, de le produire au grand jour, et de l'instituer hetman des Cosaques. Georges Chmielnicki vit donc le patriarche Parthénius (3) et l'interprète de la Porte , Mauro-Cordato , entrer dans sa prison , et briser ses fers ; puis il fut dépouillé de son froc, revêtu d'une pelisse d'honneur brodée d'or, reçut l'investiture comme hetman des Cosaques avec la masse d'armes garnie de pierreries et un cheval richement harnaché; en même temps on lui remit 2,000 ducats et une assignation de 10,000 autres sur les princes de Moldavie et de Valachie (4). Pourvu d'approvisionnements en abondance, avec six chevaux tirés des écuries impériales, cinquante chevaux de main, des mulets , des chameaux et des voitures de bagages, il se mit en route pour l'Ukraine. Des janitschares, des tsebauschs, des Grecs et l'internonce polonais l'accompagnèrent avec des trompettes et des tambours jusqu'au petit Tschekmedsche , et son envoyé , Giuowski, partit avec une proclamation du nouvel hetman adressée aux cosaques, pour leur notifier le choix de la Porte (5) (3 mars 1677).
fi) De Lacroix, état général , I. it. p. 100. La lettre du ciar à Doroienko est du 15 janvier 1077.
(2) De Lacroix, p. 142. HisL de Georges Kemilutsky.
(î) Rascbid , 1. i , fol. 89.
(h) De Lacroix, 1. il, p. 108 (5) Instractio pro generoao domino Eusbchio Ginowîki Astamalio, vices gerenli noslras et legato
En même temps la guerre fut déclarée à la Russie, et Ibrahim-Pascha reçut ordre de partir comme serdar avec le chan de Krimée, pour la conquête de Cehryn. On adressa au chan une pelisse, un cheval et 5,000 ducats d'argent de carquois (1). Les deux .flottes , qui Tannée précédente étaient parties pour le pont et la mer Egée , étaient rentrées en novembre dans le port de Constantinople ; elles sortirent encore au commencement du printemps. Le kapudan Sidi- Mohammed-Pascha gagna la mer Noire avec vingt-quatre galères; son lieutenant Husein- Pascha se dirigea vers l'arcnipel avec trente bâtiments (2). Le pascha de Damas reçut ordre d'assurer la caravane des pèlerins contre les attaques des Arabes de Balka et d'Hauran , qui avaient pillé la dernière. On assigna une somme convenable à l'entretien de l'exschérif de la Mecque, Saad, qui était venu à Constantinople avec son frère le schérjf Ahmed ; et le scheich des Chalwetis, Miszri , fameux comme poète mystique , fondateur de l'ordre des derwischs Niasis, fut banni dans l'Ile de Lemnos, parce que ses doctrines agitaient les habitants de Brusa.
La défection de Dorozenko , en poussant nécessairement à de brusques hostilités contre la Russie, dérangea les plans de Kara-Mustafa, qui sans vouloir s'attaquer à la Russie ni à la Pologne , dirigeait ses pensées sur une guerre contre l'Autriche ; car déjà sous l'administration d'Ahmed-Kœprili il avait encouragé de tous ses moyens l'insurrection de Hongrie. Maintenant, avec un envoyé transylvanien parurent trois chefs de rebelles auprès de la Porte , Kecser, Rende et un autre encore ; on leur assigna trois écus par jour pour leur entretien. Le résident impérial fit des représentations contre cet accueil ; mais les rapports des paschas de Wardein et d'Erlau, et les plaintes des habitants de Debreczin , détruisirent l'effet de son langage. Les impériaux avaient imposé une contribution en grains aux gens
ad Port, oit. a nobis principe ac doce roinork Russie et L'kraincnsi exercilus Zaporovensis commisso.
(i; Rascbid, 1. i, fol. 8G. Hist du defterdar Mohamed, fol. 42.
(2) Rascbid, i. i, fol. 80.