LIVRE LVII
il loi fut permis de monter ensuite à cheval pour faire le reste du chemin; l'épouse d'Ibrahim, qui avait été nourrice du sultan, w jeta aux pieds du maître irrité, et le malheureux serasker échappa aux Sept-Tours.
Le cban de Krimée, Selim-Girai, auquel pouvait être attribué autant qu'à Ibrahim le désastre de Cehryn, fut déposé et sa dignité conférée au fils de Mubarek-Girai , petit-fils de Selamet-Girai , précédemment nureddin de son oncle Mohammed-Girai et qui avait ensuite été banni à Rhodes; la place de kalgha passa à son cousin Tokatmisch-Girai, fils de Ssafa-Girai, et le frère de celui-ci , Seadet-Girai, devint nureddin [février 1678]. Murad-Girai est le dernier chan de Krimée qai, a l'exemple de ses prédécesseurs, envoya des ambassadeurs à la cour impériale. Depuis 1670, chaque année régulièrement, un envoyé tatare se présentait à Vienne avec des lettres du chan , du kalgha, du nureddin, de l'attalik ou grand vesir et de la mère du chan. Le dernier représentant du chan , qui parut a Vienne en 1680, apporta , outre les dépèches ordinaires, des lettres de la sœur du cban et de sa favorite ; ce fut la viogtcioqoième mission tatare à Vienne dans le cours de ce siècle. Alors un autre Ibrahim, gouverneur de Kaminiec, fut investi à la place de Ssujoldschi-Ali-Pascha du commandement d'Ofen, qu'il avait déjà occupé deux fois auparavant. A cette époque aussi , l'interprète de la cour de Vienne, Meninski, fut envoyé à Constantinople avec une lettre de l'empereur , pour se plaindre des mouvements des rebelles et des irruptions des Turcs dont six mille, passant le Kaab sur la glace, s'étaient jetés sur la Styrie.
Eu attendant l'arrivée du printemps pour l'ouverture de la campagne, les rebelles s'agitaient en Transylvanie et en Hongrie; le grand vesir enfantait toutes sortes de projets pour extorquer de l'argent aux puissances chrétiennes et à leurs ambassadeurs. Le résident impérial mit toujours plus d'aigreur dans ses réclamations au sujet de la douane de Debrcczin, dont les habitants invoquaient l'ancienne charte d'affranchissement de l'empereur Rodolphe que Rakoczy et plus tard le roi Léopold avaieut renouve-
lée (1). Cette franchise du droit du trentième avait été abolie quatre ans auparavant, à cause des intelligences des gens de Debreczm avec les rebelles , puis rétablie par la chancellerie hongroise moyennant la fourniture de mille muids de grains faite à To— kai. S'appuyant sur cette décision , les habitants de Debreczin députèrent Étieone Komarosi et Étienne Posalaki à Constantinople, afin de demander à la Porte l'affranchissementdu trentième pour les marchands et les Heiduques, la suppression des prestations en grains, la répression des incursions des Allemands, et le grand vesir somma le résident impérial de faire droit à ces réclamations^). Cependant Ladislaus Kutasy, l'agent des rebelles près de la Porte, devint aveugle, et l'interprète transylvanien Gyulai se fit renégat. A la fin de l'année parurent an envoyé d'Apafy , Georges Cappi , et un député des États , Christophe Pasko ; ce dernier éleva au nom des États les plaintes les plus vives contre Tœkœli, beau-père d'Apafy, qui, disait-il, attirait de Pologne les troupes étrangères et menaçait ainsi de ruiner le pays. Dans une conférence secrète, Kindsberg dénonça au grand vesir les manœuvres d'Apafy et de Tœkœli avec la France [18 décembre 1677 ] : il produisit les copies de trois patentes dans lesquelles Paul Vesselenyi se remettait aux ordres d'Apafy; en même temps il plaida pour les franciscains, qui voulaient avoir les saints lieux dans la Terre-promise , offrant pour cela au grand vesir un présent de 30,000 écus. Kara-Mustafa, selon sa coutume quand il entendait parler d'argent, donna de belles promesses et fit accorder au résident audience auprès du sultan , pour remettre les lettres de l'empereur, qui se plaignait des mouvements des rebelles. Georges Cappi fut renvoyé chargé d'ordres très-rigoureux pour Apafy (3). Cependant les sept magnats transylvaniens envoyés par Apafy et Tœkœli, qui tous étaient
(1) Le diplôme de Rakcoiy est intitulé : Rakoczy Dei gratiù princeps Transylvaniac , parlinm regni Hnngaria: dominos et vie ootnw. Aib. Jctl. 8 avril
(2) Rapport de Kindsberg.
(3) Ibid.