‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 90 sur 384 · GS · texte numérisé non relu

GS

calvinistes ou ariens, soutinrent aux Turcs que tonte la Hongrie se tournerait de leur côté ; en môme temps Apafy accusa les six députés des trois nations de la Transylvanie auprès de la Porte , dont trois étaient catholiques et trois calvinistes, comme s'ils étaient d'intelligence avec les Allemands et s'efforçaient de détacher la Transylvanie du sultan. Ces députés étaient venus pour exposer des griefs contre Apafy et demander que l'on instituAt Zolyomy en qualité de prince. Lecommissaire envoyé en Transylvanie pour vérifier les faits se laissa corrompre par Apafy , rapporta des suppliques du pays en faveur du prince actuel , et les six députés furent jetés dans les Sept-Tours(t). Le résident génois Spinola, qui devait être renfermé dans cette prison sous prétexte qu'il avait fabriqué chez lui de l'eau-de-vie, racheta sa liberté moyennant 20,000 écus (2) . Les envoyés ragusains furent traités plus durement encore : Kara-Mustafa, si ingénieux en moyens d'extorsions, avait mis le gouverneur de Bosnie aux prises avec la petite république ragusaine, et, sous le titre de réclamation de droits de douane illégalement perçus contre les Bosniens, il réclama d'abord un million et demi qu'il réduisit enfin à 150,000 écus. Un nga fut envoyé à Raguse avec ordre d'exiger la somme sous trois jours, et d'annoncer qu'à défaut de satisfactions le pacha d'Herzegowina envahirait à l'instant le territoire ragusain. La république ayantdéclaré qu'elle était hors d'état de payer 150,000 écus, les envoyés furent renfermés dans le cachot le plus sombre réservé aux plus vils criminels, et la contribution demandée fut élevée à 200,000 écus [mai 1677] (3). Pour obtenir sa première audience et l'abandon d'une résolution de la Porte, qui menaçait de faire apporter à Constantinople 200,000 écus au lion au-dessous du titre, que les Anglais avaient importés à Alep, l'ambassadeur d'Angleterre , lord Finch , dut payer 10,000 écus(V). De telles extorsions ne frappaient point seulement les envoyés européens , c'é-

(1) Rapport de Kindsbcrg , (t) Ibid.

(S) 11 M. mm 1078.

(h) U>id.

tait là l'essence même du gouvernement de Kara-Mustafa. Ainsi il avait taxé le riche Sohak-Efendi à un million en punition de ce qu'il avait donné tant d'élévation à sa maison , afin, disait l'accusation, de pouvoir porter ses regards dans le sérail des sœurs du sultan. Le résident impérial dut être remplacé dans ses fonctions par le secrétaire Satller ; mais celui-ci étant mort en chemin, le conseiller de guerre Hofman fut envoyé à Constantinople comme internonce [ mai 1678] (1). Alors aussi parut un envoyé russe en échange de la mission d'un Tatareque le grand vesir avait adressé au czar après le désastre de Cehrin (2). On assigna six écus par jour pour la table de chacuu des gens de sa suite ; mais on le tint lui-même sous une surveillance rigoureuse. Mandé auprès du grand vesir dans le camp, devant Daud-Pascha, où les étendards avaient été plantés depuis la fin de mars pour diriger l'armée contre Cehrin (3) , on lui retira son sabre , et il dut rester debout pendant l'audience. Comme on lui demanda pourquoi le czar ne cédait pas Cehrin , il répondit par des raisons analogues à celles que les moslims opposaient toujours aux chrétiens : l'abandon de Cehrin était impossible , attendu que la place renfermait des églises que les Turcs transformeraient en mosquées, ce qui était contraire à la foi chrétienne (&). On lui prit la lettre dont il était chargé pour le sultan, auprès duquel il ne fut point admis. Quatre jours après la guerre fut proclamée contre Moskou, et, le 15 avril , en congédiant l'envoyé , on lui signifia que si le czar était prêt , à payer le prix de la cession de l'Ukraine, on voudrait bien traiter avec lui pourvu que le messager porteur de la réponse du czar atteignît l'armée turque à dix marches en deçà du Danube. Dans la note du sultan au czar, la possession de l'Ukraine était réclamée comme celle d'un pays dévasté par le fer et par le

(1) Ilapporl de Kiudsberg et Contarini, 1. 1, p. 46, où il esl appelé par erreur aegretario di atalo.

(2) Canlcrn ir. 1. iv, p. 30.

(3) Itasdrid, l. i, fol. 87. ,

(4J «apport de Kindsberg. La lettre du ciar étail du 6 sept. , vieux style, 1077. La lettre est dans de Lacroix, menu p. 294.

Page 1