‹ Histoire de l'Empire OttomanChapitre 10 sur 83 · LA SERVIE · texte numérisé non relu

LA SERVIE

î^ bassin total de la Morava est une région presque entièrement montagneuse i'I l>oi8ée ; les plaines et les'cullures y sont les exce]ftions ; ses montagnes et ses vallées s'enchevêtrent avec tant de confusion, que c'est un Aes pays de l'Europe les moins connus, les plus favorables à la guerre défensive, et c'est ù ce caractère physique qu'il doit son indépendance. Il se compose, nous l'avons déjà vu, de deux bassins assez distincts : le bassin supérieur, ou des Moravas-alTIuents, c'est h haute Servie ; le bassin inférieur, ou de la Grande-Morava, c'est la basse Servie.

Le premier est composé de plusieurs étages successifs de montagnes, entre lesquels se placent d'étroits plateaux, des vallées profondes, et que relient de nombreux contre-forts; au milieu de tout ce chaos montagneux domine la masse du mont Kopaornk, élevé de 1 ,4(X) mètres. En ne considérant, dans cette complication de sommités, que la ceinture du bassin, on trouve que les montagnes dont elle se compose, sont :

I* A l'ouest, un épais contre-fort détaché dtvs Alpes Bosniaques, qui court entre la Drina et la Morava occidentale, (»t «jui est coupé par la grand*» roule de Bosna-Seraï à Kissa : à la hauteur de Oujitza, cette série de montagnes se recourbe de l'ouest à l'est, longe la Morava en gn)upes très-épais, culmine dans les monts Roudnik, qui ont plus de 1 ,^iOO mètres de hauteur, et dont les gorges ont servi souvent de refuge aux insurgés serbes ; enlin elle se termine par le mont DouvOTy situé près du confluent des deux Moravas ;

li* Au sud-ouest, les Alpes Bo.sniaques, dans leur partie la plus épaisse et qui se rattache au Tchar-Dagh ou mont Scardo. (le dernier massif est un nœud de montagnes très-remarquable, non-seulement par son élévation, qui atteint plus de 5,000 mètres, mais parce (|ue là se réunissent l(»s trois grandes chahies des Alpes de Bosnie, des Alpes Helléniques, et des Alpes de Mœsie ;

ô' Au sud, les Alpes de Mœsie, qu'on appelle aussi le Balkan occidental. Ces Alpes sont d*al)ord composées des monts Kourbeizka, cpii ont près de 1 ,700 mètres de hauteur, puis ce n'est i)lus qu'im haut terrain bouleversé, au milieu de plateaux superposés qui font des bassins supérieurs de l'Ibar, de la Morava-bulgare, de l'isker, du Strouma, du Vardar, etc., bassins divergents et coulant dans des mers différentes, une seule et même grande terrasse, dont la pente la plus douce, la plus prolongée est vers le nord, où les bassins ne sont séparés que par des ondulations montueuses, et qui enfin, ainsi que nous l'aviuis déjà dit dans le bassin de l'Ibar, ouvre des passages faciles entre cinq grandes provinces de la Turquie. C'est là le nœud militaire de cet empire ; c'est là où se sont souvent décidées ses destinées ; c'est là ce qui fait de la Servie, qui tient les principaux points de ve plateau, une province si importante. Ajoutons que ce plateau de la haute Mœsie est dominé immédiatement par les plus hautes sommités de lu Turquie ; le Scardo, au sud-ouest, le Kopaonik au nord, le Ilaut- Bîrikan et le Rhodope au sud-ouest. Les Alpes de Mœsie sont traversées par les

20 DESCRIPTIOIf DE LA TURQUIE.

rouies de Pristina à Uskioup, de Vrania à Kostendil, de Nissa à Donhnitza, de

Nissa à Sophia, qui est la plus importante et que noift décrirons en détail.

4" A Touest, le Veliki-Bulkan, — C'est par le plateau à peine ondulé où passe laYoute de Nissa à Sophia que le Veliki-Balkan se rattache très -confusément aux Alpes de Mœsie et au Balkan central, dont nous parlerons plus tard. F.e Veliki-Balkan est une chaîne très-tortueuse, très-peu distincte, qui sépare la Morava-bulgare de Flsker et autres affluents du Danulie; elle se compose d*abord des monts Souva, élevés de 1,200 mètres, montagnes après, boisées, entièrement désertes, et qui longent la Nissava ; puis elle contourne les sources du Timok sous le nom de Mosua, et se trouve coupée par Timporiante route ou défilé de Viddin à Nissa, la seule par laquelle on puisse, de la Valachie, aborder la Servie. Enfin elle atteint sa plus grande hauteur dans le saillant qu'elle forme en se rapprochait de la Morava, vers le mont U^fagn, pyramide triangulaire de l,oOO mètres d'élévation, et d'où Ton domine tout le pays. Nous allons retrouver les dernières parties du Veliki- Balkan dans le bassin de la Grande-Morava .

Le bassin de la Grande-Morava est beaucoup moins étendu et moins avantageux que celui des Moravas-affluenls; sa partie la plus fourrée, entre la Koloubara et la Morava, se nomme Schoumadia, pays des bois, parce qu'il ne semble, en effet, qu'une vaste forêt de chênes, dont quelques parties auraient été déboisées et cultivées. Il est enceint d'un côté par les montagnes entre Drina et Morava, qui n'ont que 500 mètres de hauteur^ mais qui se prolongent jusque sur le Danube, d'un autre côté par la dernière partie du Veliki-Balkan, qui sépare le Timok de la Morava. Cette partie, la moins élevée du Balkan, en est la plus épaisse et la plus tortueuse : les montagnes n'ont guère que 500 à 600 mètres de hauteur, mais leurs cimes sont âpres, boisées, escarpées, et leurs contre-forts sont contournés et divisés en mille nervures qui vont harceler le fleuve pendant 10 à 12 lieues, et forment le défilé de la Porte de Fer.' — Le bassin de la Grande-Morava a une grande importance politique comme contenant la grande route de Belgrade à Nissa par Jagodin.

La Servie est habitée par une population qui a joué un rôle de premier ordre dans l'histoire de l'Europe orientale. I^es Serbes forment une branche de la race slave, aussi puissante que vivace, et qui compte 5,000,0(X) de membres disséminés en Servie, en Bosnie, dans le Monténégro, dans l'Hcrtzegovine, enfin dans la Hongrie ; sur ces 5,000,000 de Serbes, la Servie n'en compte que 800,000 à 1)00,000. 3,000,000 suivent la religion grecque, 1,000,000 la religion catholique, 1,000,000 la religion musulmane. Presque tous les habitants de la Servie sont chrétiens-grecs. Les Serbes forment la population chrétienne la plus recommandable de la Turquie par la dignité et la gravité de son caractère, son courage, sa bonté, sa générosité, ses mœurs patriarcales, son attachement au sol, à ses usages et à sa religion. Ils ont d'ailleurs une grande répugnance pour la vie et le luxe de l'Occident ; ils sont nonchalants, grossiers, sans industrie, sans corn*

LA BULGARIE. 2t

meroe, sans aucun goût pour les aisances de la vie. Rien n'inspire plus de tristesse que la vue de ce magnifique pays, avec son beau climat, son sol fertile en blés, en Tins» en pâturages, ses montagnes pittoresques et pleines de richesses minérales, ses nombreuses rivières, et qui n'apparaît que comme une immense Forêt, semée de loin en loin d'amas de cabanes qu'on décore du nom de villes, et dont les habitants, demi-sauvages, ont pour principale industrie, ou plus exactement pour principale ressource, l'élevé des porcs, qu'ils laissent errer librement et par bandes sous leurs innombrables chênes.

La Servie a eu longtemps, comme nous le verrons dans cette histoire, une existence indépendante ; ennemie des Byzantins pendant tout le moyen âge, elle n'a cessé, depuis la conquête musulmane, de combattre les Turcs, et enfin, au commencement du dix-neuvième siècle, elle a reconquis son indépendance, laquelle a définitivement été légitimée en 1854.

La position militaire de la Servie est d'une importance extrême : placée entre la Bosnie et la Bulgarie, elle ferme la communication entre ces deux provinces ; possédant une partie des Balkans, elle peut tourner ces monUignes par leur centre et jeter une amure d'envahissement dans le bassin delà Maritza et sur Constantinople ; située en face de la Hongrie, elle a été le grand chemin des Turcs pour pénétrer dans ce royaume, et comme elle possède la grande route de Vienne à Constantinople, elle pourrait devenir le chemin des Autrichiens vers le acur de l'empire ottoman.

8 V. — La Bulgarie.

H ne nous reste plus qu'à décrire les derniers affluents de droite du Danube, ceux dont les bassins composent la Bulgarie.

Les affluents qui descendent des Balkans sont torrentueux, non navigables, bordés de forts escarpements. Le pays qu'ils sillonnent est une région étagée en terrasses traversées par plusieurs chaînes parallèles, et leufc divers degrés sont divisés à leur tour par des ramifications transversales qui poussent leurs dernières éminences jusque sur le Danul)e. Les rivières se creusent dans ces terrasses calcaires d'étroits et ravineux bassins; elles n'ouvrent que de mauvaises voies de communication, et leur passage est très-difficile; les plateaux qui les séparent sont eux-mêmes déchirés de gorges profondément fouillées; là où ils ne sont pas couverts de l)ois, ils offrent des steppes nues, hérissées de ronces et de broussailles, et qu'interrompent souvent des terrains cultivés en blés et des coteaux couverts de vignobles.

On trouve d'abord : V le Timok, qui descend par deux grandes sources de la partie la plus épaisse du VelikiBalkan ; il passe à Gorgonchwatz, débouché du dé-

i2â DESCRIPTION DE LA TURQUIE,

(iléde VrataniUa, qui forme la route de Viddîn à Nissa, garde ses escarpements jusqu'à Bregova, où il débouche en plaine, et finit à Radojevatz. Il n'est pas navigable et n*a qu'une largeur de 15 à 45 mètres; mais il a une grande importance [)ar son bassin montueux que traverse la route de Viddin à Nissa. Il sert de limite à la Servie et à la Bulgarie.

A la suite du Timok on trouve dix torrents qui ont le même caractère : ils Inversent un pays très-favorable à la guerre défensive, et sont coupés, près de leurs affluents, parla route de Viddm à JJicopoli. Le plus remarquable est VArceVy qui passe par BeUjradchik, situé sur la route de Yiddin à Nissa.

2° Lhker, l'ancien Escus, descend du plateiiu central des Balkans, arrose SarnakoVy ville située au centre du plateau, débouché du défilé de Kis-Derbend, qui mène de l'Albanie sur Andrinople; il passe à quelques lieues de Sophia^ l'ancienne Sardica, grande ville de 40,000 habitants, cmiverte seulement par une forte nniraille flanquée de tours, et qui a une position de premier ordre, comme ouvrant le défilé de Trajan, c'est-à-dire la route d'Aulriche à Constantin.ople, que nous décrirons plus loin. C'est une ville sale, tortueuse, mal Imtie, ayant des fabriques nombreuses, et qui çst la capitale de la Bulgarie. — 11 coule ensuite dans une valK'Hî étroite et profonde, formée par les deux contre-fort s principaux des Balkans, l'Klropol-Balkanet le Soumoughou-Dagh ; il sort de ce défilé à JFfropo/, délM)uche <lans les steppes bulgares, et finit au-dessous de Raovttza,

7)° Le Vie, YOsma, etc., sont de grandes rivières qui ne traversent aucune localité remarquable. L'Osma est coupée à lo/ïcfcapar la route de Nicopoli à (îabrova, et finit près de Nicopoli.

V L(» Jantia est formé de plusieurs torrents : le principal passe à GabrovOy débouché de la roule d'Andrinople à Uoutschouk ; il est longé par cette route, passe à Tirnova^ petite ville fortifiée, et finit au-dessous de Sistova.

5° Le Lom est formé de deux rivières et Unit à Routschouk ; la plus orientale contient la route de Routschouk à Choumla et se trouve défendue par la i)etite ville de Rasgrad, située dans une contrée très-fertile.

6** Le TahaUy qui passe à Kutschuk'Kaïnardji, célèbre par le traité de 1774.

Après le Taban on ne trouve plus que des rivières peu étendues qui traversent un pays plat et même marécageux. L'importance passe aux affluents directs de la mer Noire, qui descendent des derniers contre-forts des Rilkans. Nous en parlerons après que nous aurons décrit ces montagnes.

Au point où se détache le Yeliki-Balkan de la masse des Balkans, la chaîne se continue en s'inclinant au sud-est, et forme, jusqu'au défilé de Trajan, une partie qu'on appelle le Balkan central : c'était Fancien Orbelus. Le Balkan central est la partie la plus basse, la moins prononcée de toute cette vaste chaîne. Il est d'abord composé d'une masse rocailleuse et triangulaire, élevée 4le 1 ,500 mètres : c'est le mont Vitoch, situé à 2 lieues au sud de Sophia ;

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