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LES DARDANELLES ET LA MEK DE MAUMAKA

Soiiltanie en Asie. Ces ouvrages se eomposeiit, eoiiime les premiers, du colé du canal, de halferies à fleur d*eau, où Ton descend par une double rampe; du côté de la terre, d'inie enceinte flanquée de tours, avec un donjon en forte maçonnerie. Tout cela est mal tracé, maldélilé, mal armé, quoicpron y compte 515 bouches à feu; néanmoins les batteries croisent leurs feux, et Tennemi s'y trouve exposé, à cause des sinuosités et des courants, pendant prés de trois lieues.. Près de Kilid- Babr est la baie de Kilia, on les Turcs firent, en 1556, leur premier débarquement en Europe; prés de Kilid-Soullanie est la petite ville des Dardanelles,

<]ettc défense centrale se lie pres<|ue innnédiatement à la défense intérieure, qui se compose des ouvrages de ^o/ta/ie' en Europe, et de Nagara en Asie, armés de 100 pièces et séparés de !2,174 mètres. Ils ont été construits en 1807. Nagara (.46j/rfo5) est. situé à l'extrémité d'une pointe étroite, hérissée d'écueils et de hautsfonds, où le courant est très-rapide, où se trouve le coude le plus prononcé du détroit, où enfin la navigation est assez diflicile pour (|u'un vaisseau seulement puisse passer à la fois.

Dans les anciens temps, le détroit des Dardanelles était pour les vaisseaux de guerre un obstacle presque infranchissable, et nous verrons, en effet, qu'il n'a été passé de vive force qu'une seule fois, en 1807, par les Anglais; mais, dans sa situation actuelle et avec des bâtiments à vapeur, il serait franchi sans grande perle. Les défenses de ce détroit sont d'ailleurs ouvertes du coté de la terre, et il suflirait de quelques mille hommes de débarquement dans la baie de Cardie, au fond du golfe de Saros, pour les prendre à revers ; la cote d'Europe dominant partout celle d'Asie, la prise des châteaux d'Europe ferait tomber immédiatement les châteaux opposés.

La navigation de THellespont est diflicile. Le courant qui entraîne les eaux de la mer Noire dans la mer Égéc, et (|ui fait 5,560 mètres à l'heure, n'est contrarie que par im contre-courant qui longe la cote d'Asie et vient de l'Archipel. Les vents du nord y soufflent avec une grande violence pendant Tété, et les vents du sud pendant l'hiver.

L'IIellesponl a été traversé, dans des circonstances remarquables, par des armées : par Xercès et son million de soldats, par les croisés de la troisième croisade en H89, par les Turcs en 1556, etc.

Le détroit s'élargit et devient la mer de Marmara, entre Lampsaki en Asie, (^iQallipoli en Europe. Otle dernière ville, qui a un bon port et 12,000 à 15,000 habitants, mais qui est sale, triste, misérable, est le premier point qui ait été conquis par les Turcs en Kurope; elle ronnuande l'entrée du détroit. L'isthme de Gallipoli n'a que deux lieues de large, et était fermée, dans l'antiquité, par un mur flanqué de trois forteresses, Cardie, Lysimachie et Pattiée. La possession de cet isthme est indispensable à qui veut garder le détroit, et par conséquent la mer Noire. On sait ([m» Gallipoli est oceupéc aujourd'hui par les troupes fran-

ruiscs, qui ont forlifié l*isthmc et fait de cette presqu'île la base de leur occupation de ia Turquie d*Europe.

La mer de Marmara a 253 myriamètres carrés de superficie. Elle est profonde, l\)cilement navigable, agitée seulement par le grand courant de la mer Noire ; elle est masquée, à son entrée, par Tile de Marmara, ccicbre par ses carrières de marbre. On trouve sur la côte d'Asie, qui est sinueuse, la.presqu'île de Cywme et les golfes de Moundania et de Nicomédie; sur la cote d'Europe, qui est presque droite, Rodosto, ville de 20,000 habitants, Erikli^ Tancienne Héraclée, qui n'est plus qu'une bourgade, et Silivrij Tancienne Selymbria, port médiocre défendu par une forteresse. C'est entre Héraclée et Selymbria que connnençait le Macron Tichos, ou mur d'Anastase, qui se prolongeait jusqu'à Derkon, sur la mer Noire, et renfermait cet angle de terre qui finit au Bosphore et termine l'Europe. 11 avait été construit sous le Bas-Empire pour défendre Constantinople contre les Barbares, avait quinze lieues de longueur, et formait la base d'un triangle dont Constantinople occupe le sommet : on en voit encore des vestiges. Depuis Silivri, la côte est longée par la route d'Andrinople à Constantinople, route amdentée, coupée de torrents et ayant plusieurs ponts. A lextrémiléde la mer de Marmara se trouvent les îlots rocheux et pittoresques qu'on appelle îles des Princes, et qui renferment plusieurs couvents grecs. Puis la mer se rétrécit dans un nouveau fleuve maritime, le Bosphore de Thrace, à l'entrée duquel se trouve Constantinople.

g IV. — Cooslantiooplc.

Cette ville se compose de trois parties distinctes : Constantinople, Galala et Fera, Scutari.

Constantinople y Tancienue Byzaîice, la moderne Stambout, la ville de Constantin et de Mahomet II, est située entre la mer de Marmara et un bras du Bosphore, dirigé du sud-ouest au nord-est, qu'on appelle la Corne-d'Or, et qui forme son port, le plus beau de l'Europe, l'un des meilleurs du monde. Elle est à peu près de forme triangulaire, le sommet tronqué du triangle étant occupé par le sérail, dont la pointe se trouve dans une position unique entre la Propontide, le port et le Bosphore, à 1 ,000 mètres de la pointe de Galata, à 1 ,800 mètres de de la pointe de Scutari. La ville est assise sur un promontoire qui verse ses e^x, d'une part, dans la merde Marmara, d'autre part, dans la Corne-d'Or. L'arête, entre les deux versants, divise la ville en deux parties séparées Tune de l'autre par une longue et tortueuse rue qui se prolonge du nord-ouest au sud-est, depuis la porte d'Andrinople jusqu'à celle du sérail. De cette arôle se détachent sept collines, dont six tournées vers le port, et la septième couronnant de ses rameaux le versant de la Propontide «

nONSTANTïNOPLE. T^h

Sur la première collino, on s'élevanl du sud au nord, on voit d'abord le sérail, vaste enceinte qui a près d'une lieue de développement, cl qui renferme un amas confus de palais, de pavillons, de kiosques, cx)upé8 par de magnifiques jardins dont les pelouses et les gradins s'étageni sur la colline, et dont les arbres gigantesques pendent jusque sur la mer. Ensuite on voit la mosquée de Sainte- Sophie, Tancienne église dédiée par Justinien à la Sagesse éternelle, vaste et massif monceau de pierre couronné d'une grande coupole, puis la mosquée d'Achmet, la plus élégante des mosquées turques, voisine de la place de THippodrcme ou de l'Atmeidan, célèbre par la destruction des janissaires.

Sur la deuxième colline on trouve la mosquée d'Osman; sur la Iroisfème, qui est le point le plus élevé delà ville, celle de Soliman et le .vieux sera il. I/aqueduc de Valens joint la troisième à la quatrième, sur laquelle est bâtie la mosquée de Méhémet. Celle de Sélim est bâtie sur la cinquième. Le palais en ruines de Constantin, l'ancien palais des Blaquernes, mieux conservé, et l'ancien quartier de THebdomanse trouvent sur la sixième et la plus septentrionale, voisine du faubourg dTyoub. Quant à la septième, elle n'a pas de monuments, et descend par un talus insensible de la porte d'Andrinople au château des Sept-Tours.

Des trois côtés de la ville, celui qui s'appuie sur la mer de Marmara a environ 7,000 mètres de longueur; il a, vers son extrémité occidentale, le château des Sept-Tours, prison aujourd'hui abandonnée et qui n'a plus que quatre de ses fameuses tours; il est garni d'une vieille muraille haute de 7 à 13 mètres, percée de plusieurs petites portes, avec des tours délabrées, des créneaux démolis, et sur laquelle s'appuient de nombreuses maisons ou cabanes. I^e côté du port est plus étendu, la Corne-d'Or ayant 9,000 mètres de longueur, 600 à 1,000 mètres de largeur, et pouvant contenir 1 ,'iOO vaisseaux; il est garni, comme le premier iMJté, d'une vieille et haute muraille percée de portes et qui est à moitié détruite ou cachée sous les masures. Le troisième côté ou celui de la terre monte, descend, serpente sur le double versant .de la ville pendant 8,000 mètres, et ne se trouve ouvert que par six portes; il est fermé par une triple muraille construite à trois diverses époques, et formant trois gradins très-délabrés et distants de 6 à 7 mètres. La première, haute de 10 à 13 mèlrqs, ost à demi détruite et entremêlée aux maisons ou masures construites avec ses débris; la deuxième a 7 mètres de hauteur et n'est pas en meilleur état; la troisième n'est élevée que de 3 à 4 mètres, et n'a plus que quelques pierres avec un fossé à sec, d'où sort une foret de cyprès, de broussailles et de plantes grimpantes. La triple muraille présente ainsi comme un rempart très-pittoresque de verdure et de ruines; mais, comme elle est dans l'état où la mit le siège de 1453, elle ne peut servir aucunement â la défense de la ville. Tout le terrain voisin de cette muraille est entièrement couvert 3e cimetières, de jardins, de haies, d'arbres, qui cachent presque entièrement la vue de la ville; il est fortement accidenté et se termine par un pla

r>r. I»; s. p.ipTiON i»f. la iiKyriE.

liMii OÙ <\m\ i'i»nMrinlr> «K»ii\ v»is!f< . )s«rnt> |Miiiv;ni1 S4'r\"ir de ciladelles. Le viii>iiK)i;i» iinnuHii.it iK* l.t xillf «>t J<'n* .i^>«7 . iiiiiu- : ni.n>. |»ins inin. lel^^rrain est nu. la |ni|Mil.itiiM) raiv; on n'\ ^fit [in s^iiio .tui inir ii:iliit;itiun. et les dehors de ivtlo i:rande i'a|iit.iK' iv>M*niMfnt à un *U>« it

Si ra>|Vit Av ron^tantin*«|>lt' t-l tn^l» Au ^<'W Av la trrre. du côté de la mer il est ra\i'i>ant. IK'**- k\\\o\\ a dtp.ï'^M l- ùWa^v dr- San Strfano sur lu Propoulide, la villi- s^ do|d<Me rounne un \a>i« ani{*lntih\ili^'. *|ui ><inl»lr sortir du sein des eaux et se «• lUrlnT connue un ii\»i'»>,int depuis i' i liait- ni des Se|it-Tours jusqu'à la [Mijntr- dusrrail. 1 e nun- d'envi nitr. lOii d^* d» !•! is dr nnn> antiques et surmonte de jardins. Av kiosques, de inaiMMUhîlrs de Ivms jH-intes en rouge, forme le pii'UiirT plan du tahleau: au-^lr»u>. d» <* tirr.î>s<*s de mai>«»ns >ans nombre pjramidfut comme di^ iiradins. «'nh\vou|Ks dr tètrs d'oran;;**rs et de flèelies aiguës df cxpri^s: plus haut, srpt ou huit ;:raiidt> niosquit'S couronnent l.i colline, et, Oanquivs de leurs niin.)ivl> sculptfN j jour, de Uurs colonnades moresques, portent dans le ciel lours douiez doii> Les npKs sivulain*s accompagnent ces dônio de leurs rime* innnoliiU'^. v\ lr> piMuture^ de di\t'rst»s tiintes des maisons di* la ville font hriller la xa^^lo rolliue do lonlc* li> couleurs d'un jardin.

Quand on 5 dépasse la pouilo du M'iad. lo panorama dt-xient unique. C'est là, dit le poole auquel nous enqnuntous j» «i piincipau\ traits de celle description '. rt'st là tpie Uieu v\ TluMumo. la nalmv et Tari, ont placé ou crié de concert le piMut de xue le plu^ nior\rill.»n\ qn»* le reiiard humain puisse contempIiT sur la terre... Les lerraNNOs rirruiani^ du j.nxhn du sorail s'élèvent en pentes iiisensihli^ jusqu'au palai> du sullan. dont on aper<iMl le*- dônu-s dorés à travers l»'S LJnii's lîiiiantesqnes di»^ plal.ini's v\ desixpiév. Av di>tauee en di>lance, ces gmup»-^ d'arhrcs sont intornMupuN p.ir d» > p.iMllon^. dos kiosques, des portes >nilpt«*.'s et doriVs. ou tle> halln ion de , .moiis Av lormes l»i/arres et antiques. Piii> l'Iioriïun s'élargit, la côto d \m«' ^r di'>Mno .'i di,iile. toiilo découpée de l.ir^t- ft liautiN collino, dont lo> iuihn Mint di* noires l^réls à tètes aiguës, I'- lljnrs d»'s champs entouré> ilo rian^iN d ailurv^ v^nus de maisons peintes «•n roij^o, i-i |i*s lionls des ravins à pie lapisM^ ,|o pi;niles ^ertes et de sycornon-: plus Inin. les colline> s'olèxeiit davanlai;*'. puis redesivndent en plages v«Tt« -^ il fnrnM nt un larjie rap axanré qui poi lo i'.»niiut' une s;raude ville : c'est Snitari, avw ses grandes casernes hlanrhes, sis mo>qiiées entourées de leurs riiinan-ts respJtMidissanls, ses quais et >e> an>es hordes de maisons, de ha/ars, lie r;iiqiii.s, fi |a sumhrc et piiifonde forèl dee\piès qui eouxre la ville, et où h-H Tinrs de Constanlinnpie se i'oul i-nlerrer Au delà de la pt»inte de Scutari, lerniinie p;ir 1,11 ilôt q„i p,„.|,» ,p^,.,.|,.,p,.||,. I„,.,j„^» ^,^ ^H,,^,^ ;ippelle le Tombeau tir la jpiniéi fille, h* Iîii>plinre, eoinnie un llmne eneais>é. s'enlr'inivre et semhie liiii «Mitre de*i moiitaunes sonihres an piiMl ilesipielle> on ilishn.une à perte de vue

• f. 1111:11 lin/-, Voifitfft etè Oritnt.

CONSTAISTINOPLE. 57

une suite non inlerrompno de villages, de flottes n Toncre ou à la voile, do petits ports ombragés d'arhi'es, de maisons disséminées avec leui's jardins sur In mer.

Si maintenant, de la pointe du sérail, on tourne les regards à roceident, on voit la Corne-d'Or, qui se creuse, se développe, à mesure qu'on avance, en circulant comme un canal entre des flancs de montagjies recourbées. Ce port ressemble à un large fleuve comme ha Tamise, enceint des deux cotés de collines chargées de villes et couvert sur l'une et l'autre rive d'une flotte interminable de vaisseaux groupés à l'ancre le long des uiaisons.

L'intérieur de la ville nc^ répond point à ce splendide panorama ; il n'est composé que de rues étroites, grimpantes, niai pavées, pleines d'ordures, obstruées de chiens sauvages, où trois hoiimies de front peuvent à peine marcher, (jue rien n*éclaire pendant la nuit; de maisons petites, malpropres, bâties eu bois, à un seul étage, peintes de toutes couleurs et percées de petites fenêtres treillissées; on n'y voit d'autres monuments que les mosquées et les fontaines ; on n'j trouve que de petites places, excepté celle de l'Hippodrome; point d'autres boutiques que les marchés ou bazars sales et. populeux, point d'autres lieux publics que les bains et les cafés.

La ville est diviaée en seize quartiers : le Knm-Knpi est le quartier des Armé,niens, le Balai celui des Juifs, le Phanar celui des riches (îrecs, etc. On appelle encore quartier des Janissaires celui qui ét^iit habité par cette milice» turbulente.

En foc^ du promontoire sur lecjuel est assise Constantinople se trouve un promontoire plus élevé, qui domine presque toute la ville, et dont les pentes escarpées descendent brusquement dans la mer : le faubourg de Galata en occupe le pourtour, le faubourg de Péra en couronne le sommet, (les deux villes présentent le même aspect que Constantinople : l(»s rues y serpentent comme des ravines jusqu'au port ; on voft entre elles de grands espaces occupés par des jardins ou par des cimetières. Galata est la résidence des négociants francs. Sur le sommet de Péra s'étend un beau quartier ressemblant à une petite ville européenne : là sont bâtis les palais des ambassadeurs chrétiens. Au pied de Péra, sur le Bosphore, sont les casernes et l'arsenal d'artillerie de Tojhhana,

Les dernières pentes de Péra et les dernières pentes de(]onstantinople, à l'extrémité de la Corne-d'Or, viennent se joindre dans le faubourg à'Eyonby célèbre par sa mosquée où les sultans, en montant sur le troue, vont ceindre le sabre d'Osman. En se refermant, elles ne laissent passage qu'à une étroite vallée et à une petite rivière, réunion du Cydaris et du Berbycès, qui circule, serpente au milieu des plus frais tapis de venlure, des plus beaux ombrages formés par des bouquets de platanes, de sycomores, de peupliers : ce sont les Eaux-Douces d'Europe, la promenade la plus fréquentée de Constantinople.

Constantinople* avec ses faubourgs, renferme environ (MX), 000 habitants, dont

r,8 DEScniniON de la turol'îe.

ônO.OnOTurcs, l>M),(100(îivcs, 70.000 ArnuMiions. ,'0,000 Juifs, 10,000 Francs. Lo!< Turcs cl les Grecs lorinant les popiilalions les plus iniporlantes de rempiro, nous allons dire quelques mots de ces deux races.

Les Turcs, concentrés à (ionslantinople et dans les grandes villes, disséminés dans toutes les parties de l'empire, forment une population <pii ne s'élève pas en Europe à i)lus de l,60O,0iM) et en Asie à plus de tO,0(K),0(Xl d'individus. Ils se divisent en deux populations distinctes : le Turc d'Asie, c'est l'Osmanli pur de tout niélange. le Turc primitif, {.Tand,beau, majestueux, le descendant des conquérants, le musulman orgueilleux, batailleur, fanatique: il est plein de dignité, déloyauté, de résignation, grave et mélancolique, et, ju.»<quc dans les dernières classes du peuple, il garde un air de noblesse et de grandeur. Le Turc d'Ein*ope, c'est U' Turc enté sur l'Hellène, le Slave ou le Bulgare ; il diftère du Turc; d'Asie par le sang, les formes, le caractère ; il a pris aux races concpiises tous leui-s défauts et peu de leurs qualités; il est intelligent, noncbalant, oppresseur, d'une ignorance sauvage, et c'est lui qui se livre à ces cruautés et à ces pillages (pii font le désbonneur de riiistoire ottomane.

La race bellénique propreiiient dite a disparu : œ qui porte le nom dllellèncs est un mélange de .sang grec avec des Slaves, des Albanais, des Asiatiques; néanmoins ces Hellènes bâtards ont un caractère, une langue, des^traits particuliers. Us revendi«|uent le titre de successeurs des citoyens d'Atliènes et de Sparte; ils se glorifient du nom d'Hellènes, des souvenirs de l'antiquité, « des dons précieux, dit llicéron, que la Grèce a répandus sur le genre bumain. » Mais ils sont [)lutot les descendants des Grecs du Bas-Empire par leur vanité, leur duplicité, leur servilité, leur esprit d'intrigue, enliu par leur baine contre les peuples de l'Occident et l'Église latine. On estime leur nouibre, dans tout l'empire, à r),r)()0,000, dt)nt 2,000,000 en Asie et 1 ,:)00,000 établis principalement dans la Tbessalie, plus de la moitié de la Macédoine, une moindre pnrlie de la Tbrace, etc.

Les Vlaqui's, dont nous avons dtVjà parlé, sont compris dans le nombre.

^ V. — I.r Posplioro.

Le Bosphore de Tbrace, on détroit de Constanlinople, a 29,815 mètres de longueur et une largeur qui varie de GOO à o,700 mètres. Sa direction générale est du nord-ouest au .sud-est. (]'e.st un fleuve maritime qui li'a pas d'égal au monde pour la profondeur de son lit, la limpidité de ses ciuix. la beauté de ses rives. Ces rives, trè.s-escarpées. sont sillonnées ])ar des vallées mc^aissées au finid d(»s(pu»lles on trouve des baies pré.^entant les plus beaux mouillages: de î^orleque le canal entier peut être regardé connue la rade de Constant inople, rade de S(»pl à huit lieues de longueur, et qui pourrait contenir tous les vaisseaux de l'ETurope. Il est très-

LE nOSPIlORE. 50

sinueux, vi les saillants d'une rive correspondent si exaclenienl nxçi rentrants de Taulre rive, que toutes deux s*end)oiteraient aisément si la niùnie cause» qui les sépîira venait à les réunir. Partout il est horde de roches piltiU'esques, de collines verdoyaiites, d'onihrages niagnili(|ues, de ruisseaux linq)ides, de riants vil laj^'es. de mosquées, de fontaines, de maisons de hois dune architecture légère et lii- 'zarre, et qui sont encadrées dans des plantes grimpantes et des bouciuets de fleurs. On n'y trouve pas un Ilot, un écueil, uii haut-fond ; les vaisseaux de guerre rasent les bords et- les maisons, en ein|)ortant avec leurs vergues le feuillage des arbres; chaque village a son quai, on peuvent aborder les plus gros navires. Ce canal, sillonné sans c^^sse par des uiilliers de vaisseaux, de bateaux, de barques de tout genre, présente le spectacle le plus animé; il doime h Constantinople un nir de vie, de prospérité et de boidieur. Sa navigation n'est pas en tout tenq)s ni partout aisée, à cîmsiî du courant de la mer Noire, qui se brise sur tous les angles saillants et forme des remous qu'il faut vaincre. Il est toujours facile d'entrer dans le Bosphore; il est presque toujoins difficile d'en sortir. Le canal est défendu par des forts places sur le penchant des collines, et des batteries à fleur d'eau , mais toutes ces défenses sont mal construites, peu eflicaces, et il serait aujourd'hui facile à une flotte venant de la mer Noire d'arriver jusqu'à (lonstantinople.

Voici les points les plus remarquables qu'on rencontre sur les rives du Bosphore. A deux lieues de Constantinople, dans un endroit où le canal s'encaisse entre deux caps rocheux qui ne lui laissent que 8f)0 mètres de largeur, on trouve \&i châteaux ir Europe et (/*4si^ (Ivoumeli-Uissar, Anadoli-Hissar), fortifications du moyen âge avec leurs tourelles, donjons, pont-levis, à demi ruinées, mal armées, mal défdées, mais qui semblent jetées là à dessein, au milieu d'une riche végétation, pour embellir le plus frais, le plus riant paysage. (]cs châteaux ont été construits par les Turcs avant la prise de Constantinople, pour affamer cette ville. Auprès du château d'Asie se trouvent les Eaux-Douces, promenade délicieuse sur les bords d'une petite rivière et fréquentée surtout par les femmes de Con8tantino))lc, Au nord du château d'Europe est le village de Baha-Liman, célèbre par la convention de 1849,

Au delà des châteaux, le Bosphore s'élargit, les montagnes se découronnent de leurs ombrages, mais les bords restent frais et peuplés : on arrive sur la côte d'Asie dans une pn)fonde baie, celle de Beïcos, où les flottes anglaise et française ont stationné en 18rM, et près de hupielle est Unkiar-Skelessi, célèbre par le traité dcl83o; ensuite, on trouve sur la cote d'Europe, d'abord, le charmant viflage de Therapia^ où sont les maisons de plaisance des and)a.ssadeurs de France et d'Angleterre; puis un rentrant aussi profond que celui deBeicos,le golfe daBuyukderé, avec petit port qui sert de relâche aux vaisseaux (pii sortent du Bosphore : \l est renommé pour la beauté de ses eaux et la magnificence de ses ombrages. Vis-àvis, sur la côte d'Asie, se projette une énorme saillie, la montagne du Géant, d'où

•iO l>ESCRn»T10.N DE LA Tl ROUK.

l'on j()iiii(l*uii ravissciiit panorama : d*uiicùlê, c'osl la lin du Bo$phoi*eel Tentri'e niaj(>8tuotisi'. de la nier Noire; de Taulre eolé, ce sont les délicieux paysages du canaK et au loin les minarets de (lonstantinople.

Après Buyukderé, le canal si» resserre, et, dans une partie on il n'a plus que 700 mètres, on trouve les deux Kavak ( Ronmeli-Kavak, Anadoli-Kavak>, châteaux forts mal c^mstruits, ayant à leur pied des batteries à Heur d'eau. Au delà de ces* deux points, les bords s*esc<n'|H;nl, les montagnes se déimdentsur leurs tlancs, le Bosphore s'élargit et devient plus foncé; le i)aysage prend un caraclère plus grave, moins riant et qui sent ra{)proche des cotes âpres de la mer Noire. Une demilieue- avant la iin du détroit, on trouve deux nouveaux forts, construits par le baron de Tott, ambassadeur français, et qui sont les vraies défenses dû Bosphoi-c du coté de la mer Noire; enlin, à Tendroit où cette mer se précipite dans le détroit, se trouvent les châteaux des Phares, éloignés de 4,400 mètres, et qui ne peuvent être d'aucune utilité. Le Phare d'Europe a dans son voisinage les iles Cyanées. •

§ VI. — La Mucéiluiui;.

La Maccdoine est enveloppée : au nord-est, par la chaîne du Rhodope; au nord, par la série de hauts plateaux et de montagnes que nous avons appelée Italkan central et Balkan oriental; à Touest, par les Alpes helléniques; au sud, par un vaste contre-fort de ces Alpes qui se termine par le mont Olympe. C'est un j)ays nettement limité et occupant une position centrale, d'une part, entre la région voisine de la mer Adriatique, ou l'Albanie; d'autre part, entre la ivgion <[ui touche aux détroits et à la mer Noire, ou laThrace; enlin, entre les parties nuTidionales de la péninsule hellénique. Cette position explique le rôle qu'il a joué dans l'antiquité et celui qu'il pourrait jouer encore. 11 est presque entièrement montagneux, mais Avec de vastes plaines très-fertiles, et il est remarquable par la presqu'île qu'il projette, la Clialcidique, si inq)ortante dans les temps an* eiens, et qui sendde, par sa position et ses ports, destinée à dominer lamer Kgée. (]'est d'ailleurs un pa\s dont la géographie est fort mal connue et où il y aurait des ex[j|()rations à faire connue dans les parties ignorées Je rAfriijue.

La Macédoine conq)rend les bassins du Mesto, du Stronma, du Yardar, de la Vhtritzu, et de Vlndjé-Karason.

1** Le Mesto occuik» une grande vallée [)arallèle au lUiodope, vallée sauvage qui est enceinte, à gauche, parla principale crête de cette chahie; à droite, par un contre-fort longitudinal, le /'6'nn-X>Éf<//n les monts Pangéesi, abondant en mines de fer. 11 n'arrose qu'une seule localité importante, Raslouk, débouché du col de Uania, dont nous avons parlé dans le bassin de la 3larit/a.

LA'MACÈDOINE. 41

S' Le Slrouma^ Tancien Strymon, occupe un Imssin très-étendu et presque entièrement montueux, mal habite dans sa partie supérieure, fertile et bien peuplé dans sa partie inférieure. Cette rivière descend du massif si remarquable où se réunissent le Balkan occidental , le Balkan central et le Veliki-Balkan ; elle court dans une vallée profonde, bordée, au nord-est, par la masse du mont Vitoch, arrose Radomh\ petite ville qui se trouve au débouché de la route de Sophia ou de la Servie dans la Macédoine, passe près de Kostendil ou Giustendil, ville fortifiée, qui défend la route dont nous venons de parler, importante par. ses fabriques et ses mines; patrie de Justinien. Puis elle reçoit un afDuent dont le haut bassin se confond avec le plateau de Samakov et que parcourt la route de Samakov à Donbnitza, route qui est celle de la Thrace dans la Haute-Macédoine. Elle passe ensuite à Djouma, traverse une série de gorges profondes et de plaines verdoyantes, et se trouve bordée au loin, d'un côté^ par le Perin-Dagh, d'autre côté par les monts Karatova ( 900 mètres ), montagnes presque entièrement inconnues, qui la séparent du Vardar.

Le Strouma arrive ainsi dans son bassin moyen, où il se trouve circonscrit, à droite, parles monts P/flcAfcari/anf, qui enveloppent son principal affluent et n*ont pas moins de 1,000 à 1,200 mètres. Il n'arrose aucune ville remarquable, mais il reçoit la Stroumnitzaf dont le bassin est fertile et peuplé, et qui passe à Radovich et à Strmimnitza.

Dans son bassin inférieur, le Strouma n'est plus circonscrit que par des montagnes de 500 à 600 mètres; ces montagnes, à droite, descendent à 300 mètres entre les golfes de Salon ique et d'Orfano, et s^ relèvent pour former la charpente de la presqu'île Chalcidique. Dans ce bassin inférieur, le fleuve passe à 2 lieues de Sérès; grande ville de commerce et d'industrie, peuplée de 20,000 habitants, et qui est l'entrepôt principal des cotons de la Macédoine. Elle est située dans une plaine de 12 lieues de long sur ô lieues de large, dont le sol noirâtre et salin se prête à toutes les cultures, qui est la mieux cultivée de toute la Turquie et l'une des plus riches de l'Europe, surtout en coton et en tabac; cette plaine est enveloppée de montagnes pittoresques aux flancs couverts de vignobles. — Le Strouma traverse le lac marécageux de Takino, et y reçoit, à gaqche, VAnghista, rivière qui descend du Perin-Dagh et passe cV2 lieues de DrarnUy ville bâtie près des ruines de Tanciennc Philippes et importante par ses forges; puis il se jette dans le golfe d'Orfano ou de Contessa.

Entre les golfes d'Orfano et deSalonique, ou entre les embouchures du Strouma et du Vardar, se projette la presqu'île Chalcidique^ pays montueux et très-fertile qui, après s'clre épanoui entre les deux golfes, se partage en trois péninsules, séparées par les beaux golfes de Cassandre, de Longhous, du mont Athos, et ne tenant au continent que par des isthmes étroits et sablonneux. La plus haute et la plus célèbre est celle du mont Athos, dont le point culminant atteint 1 ,072 mc-

42 DESCRIPTION DE Li^ TURQUIE,

très et sert de fanal aux navigateurs j^e la mer Fg^e; elle est couverte de couvents, de cultures, de bois de chênes et d'oliviers, et presque entièrement habitée par des moines. La Chalcidique, qui pourrait nourrir 150,000 habitants, n'en a pas aujourd'hui 25,000; Potidée, Olynthe, Torone, Stagyre, Apollonie, Chalcis, si célèbres dans l'histoire de la Grèce, n'existent plus.

<T Le Vardar (Axius)a le bassin le plus étendu, le plus confus et le moins bien connu de la Macédoine. Ce bassin est circonscrit, à Test, par les montagnes qui le séparent du Strouma (monts Karatova, Plachkavitza, ete.); au nord, par la chaîne que nous avons appelée Balkan oriental (monts Kourbetzka, Kara-Dagh, Tchar-Dagh); à l'ouest, d'abord par la partie des Alpes helléniques qu'on appelle les DibreSy qui séparent les eaux de la mer Egée de celles de la mer Adriatique, et qui atteignent 1,700 mètres de hauteur; ensuite par les monts d'Okhrida, qui appartiennent aussi aux Al(fes helléniques; enfin, par un chaos montagneux qui le sépare de l'Indjé-Karasou, et dont le Sou-Gora, au nord de Monastir, forme la partie la plus élevée.

Le Vardar descend de la partie orientale et la plus élevée du Tchar-Dagh, coule de l'ouest à Test, dans une belle et profonde vallée que couronnent des masses montagneuses hautes de 3,000 mètres, arrose la petite ville de Kalkandel, élevée de 400 mètres et située dans une plaine qui ressemble à un jardin, traverse une suite de gorges peu profondes, et, un peu avant Uskioup, reçoit du nord le Lepenatz. — Cette rivière torrentueuse naît sur le revers occidental du Tchar-Dagh, traverse un plateau qui est le prolongement de la plaine de Kassova, la séparation entre elle et l'Ibar n'étant marquée que par de faibles collines, arrose Katschanik, petite ville avec une vieille forteresse célèbre dans l'histoire de la Servie, et qui défend l'importante route de Pristina à Uskioup, ou la communication de la Bosnie avec la Macédoine ; il coupe la masse du Kara-Dagh dans une brèche profonde et se réunit au Vardar.

Celui-ci arrose Uskioup ou Scopia^ ville de 15,000 habitants, défendue par un vieux château et très-importante par sa position au débouché de trois routés de premier ordre : 1* celle de Bosnie, dont nous venons de parler; %"" celle de Prisrend ou de l'Albanie dans la Macédoine ; 5° celle de Kostendil ou de la Thrace dans la Macédoine. Au-dessus d'Uskioup, il traverse un pays mal peuplé et mal connu, et reçoit de l'est un torrent qui coule dans une vallée profonde, entre les monts Kourbetska et Karatova; ce torrent, le Kriva-Rieka, passe à Egri-Palanka, débouché de la route de Kostendil.

Le Vardar arrose ensuite Kiupruli, petite ville qui a donné son nom à une famille célèbre de vizirs; il reçoit des afiluents qui traversent des pays montueux et mal connus : le principal est le Tzerna-Rieka^ dont la direction et le cours ne sont connus que par fragments. — On croit que cette rivière prend sa source dans les Dibres; après avoir traversé une vallée montueuse et ignorée, elle passe

LA Macédoine. 43

près de Bitolia ou Motuistir, ville de 10,000 à 12,(K)0 habitants, située dans une sorte de grande cavité dont le pourtour est formé par des montagnes verdoyantes que le Soa-Gora couronne de sa masse neigeuse : celte riche plaine, de 12 lieues de long sur 3 de large, est entièrement déboisée, sillonnée de cours d'eau et couverte des plus riches cultures; elle est habitée par la plus belle population de la Macédoine. De Monastir part une route qui se dirige sur Okhrida, dans TAlbanie : c'était dans Tantiquité la plus belle de la péninsule et celle qui joignait le plus directement Rome à Constantinople, par Dyrrachium d'une part, et, d'autre part, par Thessalonique. Elle traverse la chaîne neigeuse, rocheuse, boisée, des Dibres, par le col difficile de Risna : on l'appelait la voie Egnatienno, et sa solidité lui a permis de résister en beaucoup d'endroits à l'action de dix-huit siè* des. Le Tzerna-Rieka, après avoir passé à quelques lieues de Fdurinay située sur la grande route dont nous venons de parler, traverse dans une brèche profonde les monts Baboussa; puis il remonte au nord dans un pays presque entièrement

' inconnu et se réunit au Vardar.

Le Vardar traverse ensuite une région moins montueuse, bordée de petites plaines fertiles en coton et en tabac , de coteaux pittoresques et de forêts ; il n'arrose aucun lieu remarquable, et, à travers une plaine basse et marécageuse, il finit dans le golfe de Salonique, au fond duquel se trouve l'importante ville de

•ce nom. — Salonique^ ou Thessalonique, est située au pied du mont Courtiah, dans une belle plaine : c'est la deuxième ville de commerce de la Turquie d'Europe; elle renferme des fabriques estimées de coton, d'étofles de soie, de tapis, etc. Elle est défendue par une épaisse muraille, deux forts et une citadelle qu^ datent du moyen âge, est sale, tortueuse, mal bâtie et renferme 70,000 habitants.

4** Le Yistritza (Éorda»us) sort des montagnes qui encaissent le Tzerna-Rieka ; il court dans une belle vallée couverte d'arbres fruitiers et. de cultures, arrose Vodena (Édesse), séjour et sépulture des rois de Macédoine, et, au-dessous de cette vdle, se précipite par quatre grandes cascades de 25 à 50 mètres au milieu d'une plaine délicieuse. Rien n'égale en Turquie la beauté et la grâce de ces cascades, au-dessus desquelles on jouit d'une vue magnifique qui s'étend jusqu'au pourtour du beau golfe de Salonique. 11 passe ensuite près de lénidxé (Pella), position importante qui dominait la riche plaine comprise entre le lac Jénidjé et la mer, ancienne résidence des rois de Macédoine; puis il traverse le lac de ce nom, des plaines fertiles et marécageuses, et finit dans le golfe de Salonique.

5° Le Indjé'^Karasou (Haliacmon) descend des monts Grammes, qui appartiennent aux Alpes helléniques, sous le nom de Biclista ; il laisse à gauche Castoria, située sur un lac intérieur et où débouche une des routes de l'Albanie dans la Macédoine; puis il coule dans une belle vallée couverte de cultures et de villages, et que circonscrivent, au nord, les monts Bourenos (Bermius), hauts de 1 ,OGOmè- Ircs, a l'ouest, les monts Grammes, au midi, la grande chaîne qui le sépare de

la Thessalie et dont nous parlerons plus tard. 11 passe près de Servie, petite ville située <au débouché de la principale route de la Thessalie, laisse à droite Veria (Berœa), ville importante par sa population, ses fabriques et sa position., et finit dans le golfe de Salonique.

La Macédoine est une des plus fertiles provinces de Tenipire ottoman ; elle produit principalement du coton, du blé, de Thuile, etc.; ses montagnes donnent des bois magnifiques et des produits minéraux mal exploités. I^e climat en est excellent, Vair pur et très-sain. Ses habitants sont ce qu ils étaient du temps d'Alexandre, beaux) forts, actifs, intelligents, belliqueux. C'est principalement de là que sont sortis ces Turcs d'Europe, d'origine hellénique, mais convertis à l'islamisme, qui ont agrandi et maintenu l'empire ottoman : nous ne citerons parmi eux que les trois vizirs Kiupruli et le pacha d'Egypte Méhémet-Ali, né à Cavalla, ()etit port fortifié sur la route de Salonique à Constantinople.

La Macédoine a environ 1 ,500 lieues carrées et une population de 600,000 habitants, dont loO,000 seulement sont musulmans; le reste est chrétien-grec.

g vu. — I^ Thessalie.

La Thessalie est comprise dans une vallée quadrangulaire. Tune des plus fertiles du monde, qu'entoure un amphithéâtre de montagnes sur lequel étaient autrefois assises soixante-quinze villes, qui n'existent plus ou sont réduites à de petites bourgades. Cette vallée, qui était probablement un lac avant que sa rivière ne se fût ouvert un passage à travers l'Ossa et l'Olympe, est celle du Salembria ou du Petiée^ dont la ceinture orographique est formée par :

l*au nord, les monts Krouschevo (le Lyncon et le Pœus des anciens), qui se détachent du Pinde et séparent le Salembria de l'Haliacmon ; encore bien qu'ils s'élèvent à une hauteur de 1,500 mètres, leurs arêtes en partie boisées, en partie dénudées, ne forment qu'une barrière imparfaite entre la Macédoine et la Thessalie, et de nombreux défilés les traversent : le plus remarquable est celui de Saranto-Poros, élevé de 800 mètres, qui mène de Servia à Larissa . Le prolongement des monts Krouschevo est le mont Olympey dont les contre-forts s'épanouissent dans le voisinage de la côte, entre les bouches de l'Indjé-Karasou et du Salembria. L'OIympeest une masse montagneuse formée d'une vaste croupe surmontée de trois sommités de hauteur inégale, à laquelle s'appuient de gros contre-forts et qui présente de loin l'aspect le plus majestueux, bien que la cime la plus haute n'ait que 2,036 mètres de hauteur; elle est sillonnée de torrents, couverte de forets et garnie de couvents. De ses sommets on jouit d'une vue ravissante sur toute la Thessalie, le Pinde, la presqu'île Chalcidiquc, Négrepont, la mer Egée. Sa pente orientale est côtoyée par une route importante qui joint la Macédoine à la Thessalie, longe le

LA TllESSALlK. 4:)

golfe Thermieii, passe dans les gorges de Pijdna, traverse le défilé de Tempe : elle est défendue du côté de la Macédoine par le fort de Platamona, bâti sur un contre-fort de rOlympe .

2' A l'ouest, par la partie centrale et la plus élevée des Alpes helléniques et qu'on appelle le Pinde. Cette partie a le caractère des grandes chaînes de l'Europe; élevée moyennement de 2,000 mètres, elle a des sommités qui gardent la neige pendant la plus grande partie de l'année, et elle n'est traversée que par des passages trèsdifliciles. Le principal est le défdé de Mezzovo, qui ouvre la grande communication de rÉpire avec la Thessalie.

3° Au sud, par lesmontsfl^//oyo(Othryx)et Goura, contre-fort détaché du Pinde qui sépare le Salembria de la Hellada. Lç Hellovo a 1 ,150 mètres de hauteur et le Goura 900 mètres; ce sont des montagnes entièrement couvertes de forets. Le Goura est traversé par la route de Pharsale à Zeitoun, principale communication de la Thessalie avec la Grèce, et qui passe au défilé de DaoukK, élevé de 800 mètres.

4* ^ l'est, par les monts Pélion et Ossa. — Les monts Goura se réunissent au Pélion par une ligne de collines qui enveloppent le golfe de Volo et qui ont pour contre-fort les hauteurs dites Cynocéphales , si célèbres dans l'antiquité, et où se livra la bataille entre les légions romaines et les phalanges macédoniennes. Le Pélion, aujourd'hui le Plessidi, etl'Ossa, aujourd'hui le Kissovo, forment une belle chaîne distincte et bordant la côte, depuis le canal de Trikeri jusqu'à l'embouchure du Salembria : le premier a 1,200 mètres, le deuxième 1,500 mè» très d'élévation. Leurs pentes maritimes comprennent l'ancienne Magnésie, aujourd'hui le canton de Zagori, le pays le mieux peuplé, le plus industrieux de la Thessalie, et l'un des plus prospères de l'empire ottoman : il est entièrement peuplé de Grecsjouissant de grandes libertés et qui se trouvent placés plutôt sous la protection que sous la dépendance du sultan, auquel ils payent seulement tribut. C'est la culture et la filature du coton qui ont fait la richesse de ce pays, dont les produits s'écoulent principalement par le port de Volo, l'ancienne Démétriade, autrefois l'une des clefs de la péninsule, situé sur le beau golfe du même nom, et qui fait un commerce très-important avec la Turquie d'Asie et l'Italie.

Le Salembria ou Penée descend du Pinde et traverse d'abord un ravin profond qui forme la route du défilé de Mezzovo ; il laisse à droite les rochers escarpés des iféiéoreSf obélisques ou pyramides isolés, au sommet desquels sont construits des couvents, où l'on ne peut atteindre qu'en se faisant hisser dans des paniers; puis il s'encaisse entre de hautes montagnes boisées, arrose Stagons, autrefois Gomphi, bourgade importante par sa position. Alors les montagnes s'abaissent et s'éloignent des deux c'»tés. Le fleuve, plus libre, se détourne vers le sud; puis, revenant vers l'est, il entre dans une grande plaine, où un terrain gras, de beaux

pâturages, des bosquets de noyers et de mûriers, des vignes grimpant sur tous les arbres, des oliviers couvrant tous les coteaux, annoncent une des plus fertiles contrées de la Grèce. Il arrose ainsi Tncala, petite ville de 7,000 à 8,000 habitants, importante par sa position, défendue par un mauvais fort et Tune des clefs de la province ; puis il traverse la haute plaine de la Thessalie, plaine élevée de 100 mètres seulement au-dessus de la mer, formée d'un sol profondément noirâtre et qui donne les plus riches récoltes de maïs, de blé, de coton, de tabac. Après avoir côtoyé les hauteurs des Cj-nocéphales, le fleuve entre dans sa basse plaine, où il arrose Larisse, grande ville de 20,000 habitants, ayant des rues larges et un aspect de propreté qu'on ne trouve nulle part en Turquie : cette ville est le centre des routes du bassin. La plaine où elle est située, qui s'étend jusqu'au défilé de Tempe, n'est plus élevée que de 20 à 30 mètres audessus de la mer; elle est encore plus fertile que la haute plaine et produit en plus des oliviers, d'excellents fruits et de magnifiques pâturages. Au sortir de cette plaine, le fleuve, après avoir passé à Ambelakia, l'un des principaux centres de rindustrie zagorienne, entre dans un ravin profond, creusé entre l'Olympe et l'Ossa ; des deux côtés pendent d'énormes rochers, tantôt nus et déchiquetés à leur base, tantôt tapissés de gazon ou ombragés de platanes et de chênes. C'est là le délilé de Tempé^ qui présente en hiver l'aspect le plus sombre et le plus sauvage, mais qui, en été, est égayé par le vert des gazons, la fraîcheur des eaux. La partie la plus pittoresque est celle où débouche un grand torrent bordé de murailles verticales, au-dessus desquelles trône la masse du Kissovo, haute de ooO mètres. Le défilé s'ouvre peu à peu, et l'on sort de cette gorge profonde pour entrer dans une plaine fertile, au milieu de laquelle le fleuve se replie sur luimême en larges détours, avant de s'enfoncer dans la mer près du petit port de Caritza. Ce passage brusque d'une nature sombre et sauvage à une nature parée des plus brillantes couleurs a fait toute la célébrité de la vallée de Tempe, qui n'est réellement belle que par ses contrastes *.

Le Salembria reçoit de nombreux affluents qui ont le même caractère que lui et traversent, comme lui, des vallées fertiles; le plus considérable est le Saiaïdjé (Ènipéc), traversant de belles plaines qui ne sont séparées du golfe de Volo que par les hauteurs qui joignent l'Othryx au Pélion; les petites vallées de ces affluents ressemblent aux ondulations de la mer faiblement agitée, et le pays qu'ils traversent n'est composé que de plis de terrain aux contours annelés et mollement ondulés. Sur cette rivière est Pharsale, petite ville de 6,000 habitants, célèbre par la bataille entre César et Pompée*

LaThessahe a une surface de 550 Heues carrées; sa population estestnnée à 250,000 âmes, dont 50,000 musulmans. C'est le pays le plus hellénique de l'em* pire ottoman.

* Dcaujour, Voi,age dam l'empire ottomant t. I, p. 187.

L'IIEniZEGOVINE. «

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