CHAPITRE
TURQUIE D EUROPE. — PROVINCES DE LA MER ADRIATigUf;.
Nous avons vu que le versant de la mer Egée était hérissé assez régulièrement (le longs conlre-forls perpendiculaires au littoral et laissant entre eux de grandes vallées/11 n'en est pas de même du versant de la mer Adriatique : les contre-forts y sont parallèles au littoral et disposés en étages ; le versant s'abaisse successivement en terrasses plus ou moins courtes servant d'épaulcments à une autre chaîne de montagnes et qui ne sont rompues qu'en certains points pour laisser passer les eaux dont elles sont sillonnées. 11 résulte de cette configuration une très-grande confusion dans le relief du sol, qui est-plus compliqué que dans tout le reste de la Turquie.
g I. — L*iIcrtzcgovine
liCS Alpes dinariques. comme nous l'avons dit précédemment (page 16), se partagent en deux étages parallèles comprenant entre eux de hauts plateaux : la crête la plus basse ou voisine de la mer, ce sont les Alpes de Dalmatio; la crête la pkis élevée, la plus épaisse, la plus éloignée de la mer, ce sont les Alpes de Bosnie, que nous avons décrites ; le pays compris entre ces deux étages de montagnes, c'est l'Hertzegovine, qui se trouve ainsi limitée, du côté du littoral par la Dalmatie autrichienne, du côté des montagnes par la Bosnie, eniin qui touche au nord à la Croatie, au sud à l'Albanie.
IjHerlzegovine, qui a tant de rapports administratifs avec la Bosnie, présente un aspect tout différent : au lieu des forêts, des cascades, des vallées fertiles et pittoresques de la Bosnie, elle ne présente que des montagnes nues et déchirées, des plaines arides et pierreuses, des cours d'eau torrentueux qui se perdent dans les terres, ou ne s'écoulent à la mer que par de profondes broche«. L'ensemble de» plateaux dont il se compose est parcouru par un bourre-
let montagneux intermédiaire des Alpes de Bosnie et des Alpes de Dalmatie, parallèle à ces deux chaînes^ et qui est la limite naturelle entre les montagnes productives et les montagnes stériles ; sa partie la plus élevée est le Velesh, dans le voisinage de Mostar ; sur son revers septentrional sont des bois magnifiques, de beaux pâturages, des rivières ayant un cours régulier ; sur son revers méridional sont des amas de rochers nus, sillonnés par des vallées sans eau, ou bien des espèces d'oasis que parcourent des rivières qui naissent toutes formées et qui se perdent sans écoulement dans des gouffres : ces vallées sans issue sont inondées ou desséchées suivant les saisons.
Les routes qui partent du littoral et traversent les montagnes pour aller dans la Bosnie nous sont connues; il n'y a que de mauvais sentiers parallèles aux montagnes.
Les bassins les plus importants de THertzegovine sont ceux de la Narenta, de la Pistritza et de la Trebinstizza, ces deux derniers sans issue. Ils sont formés par les Alpes de Bosnie, les Alpes de Dalmatie et les contre-forts détachés de ces deux chaînes.
Sur la Pistritza l'on trouve Livno, ville de 5,000 à 6,000 habitants, au pied du Zizer, gros contre-fort de la chaîne bosniaque ; elle est enveloppée d'une enceinte flanquée de tours.
La Narenta prend source sur le revers septentrional du Valesh, longe le revers méridional des monts Ivan, tourne au sud, coupe la chaîne intermédiaire au-dessus de Mostar, et arrose cette ville, située dans une plaine fertile et qui renferme 10,000 à 12,000 habitants; c'est la résidence du pacha de THertzegovine ; elle a une citadelle avec une enceinte flanquée de tours : son aspect extérieur est pittoresque, mais elle est aussi sale et misérable que les autres villes turques.
Sur la Trebinstizza se trouve Trebigne, petite ville défendue par un fort. Il
n'y a dans toute cette vallée d'autres cultures que celles qui entourent celte ville.
* L'Hertzegovine est un pays pauvre, mal peuplé et dont les habitants, de race
slave, sont presque tous musulmans, mais de ces musulmans grossiers, cruels,
ignorants, dont nous avons déjà parlé.
§ II. — Le Monte-Negro.
La partie la plus confuse, la plus épaisse des plateaux intérieurs que nous venons de décrire se trouve entre le golfe de Cattaro, le lac de Scutari et les soura»s de la Drina : cette partie se nomme le Tzenia-Gova ou Monte'Nefjro. Elle est séparée de l'Hertzegovinc par un contre-fort des monts Ivan, les monts Pessori^ qui se rattachent aux Alpes de Dalmatie, vers le golfe de Cattaro, sur lequel ils se ter-