L'ALBANIE
miiienl en esc^irpeineiits gigantesques. Les conlre-forls des Alpes bosniaques et des Alpes de Dalmatié s'y ramifient, de telle sorte qu'ils font de cette région un chaos inextricable de petits plateaux entièrement nus et arides, de petites vallées où les cours d'eau n'ont pas d'issue, enfin de vallées plus ouvertes et qui appartiennent au bassin de la Moracca. Ce pays, très-peu fertile, mal cultivé, ayant de belles forêts et de beaux pâturages, mais où les cours d'eau ne s'échappent qu'à travers des murailles, renferme une centaine de villages ou hameaux bâtis au pied ou autour de monastères qui ressemblent à des forteresses. Le cheflieu est CettignCj bourgade de 80 maisons, situées autour d'un couvent où réside le wladika ou chef de la confédération monténégrine. Cette confédération se compose de cinq cantons, habités par 60,000 individus, de race slave, de religion chrétienne grecque, très-belliqueux, très-attachés au sol, et qui sont parvenus à conquérir leur indépendance sur les Turcs. Nous en reparlerons.
§ m. — L'Albanie
L'Albanie est le pays le plus montueux, le plus confus, le plus difficile de la Turquie d'Europe : les montagnes s'y entassent, s'y croisent, s'y enchevêtrent de telle sorte, qu'il est impossible de suivre leur direction et de les rattacher les unes aux autres ; les vallées y sont tourmentées, déchirées, parcourues par des torrents, et ne s'épanouissent que dans de petites plaines; le terrain cultivable est rare; toute la nature s'y montre âpre, sauvage, et les habitants sont d'un aspect et d'un caractère dignes de cette nature, beaux, grands, robustes, belliqueux, féroces.
L'Albanie s'appuie depuis le Tchar-Dagh jusqu'aux monts Hellovo sur la grande chaîne des Alpes helléniques, dont nous avons déjà vu lesparties principales, les Dibres, les monts d'Okhrida, le Soa-Gora, le Pinde, etc. Elle comprend les bassins mal définis, mal limités de la Bajana^ du Drin, du Mati^ du Scombiy de YErgent, du Voioussa, de VArta, etc.
1" La Bojana descend, sous le nom de Moracca, du montDormitor, qui appartient aux Alpes bosniaques ; elle traverse le Monténégro supérieur dans une vallée profonde, montueuse et inabordable, en sort par une brèche étroite, entre des. escarpements ayant 400 à 500 mètres de hauteur, arrose Podgoritzay petite ville qui sert d'avant-poste aux Turcs contre le Monténégro ; puis elle traverse le lac' de Scutari et en sort près de la ville de ce tiom, peuplée de 20,0(30 habitants, assez industrieuse, et l'une des plus importantes de l'empire : elle est située dans une belle plaine entre le lac, la Bojana et la Drinassa, sert de résidence au pacha de l'Albanie supérieure, et est défendue par le château de Rosapha, qui passe pour
Ml DESCRIPTIO.X DE LA TURQUIE.
\e lioulevani di* rAllianie. La Bojanâ deTient navigable, travenfe une plaine (rcsliirge et lrcs*belk\ la |ilu$ iertile de TAIbanie supérieure, et finit par une embouchure assez difficile. Au nord de celte embouchure on trouve sur la côte Anikmri et Ihêlcigno, petits ports habités par de très-bons marins.
2* Le Drin se comiKise de deux rivières de même nom. Tune coulant diredement du nord au sud, Tautre coulant directement du sud au nonL et semblant ne Tonner qu'une seule et même ligne droite. Le Drin blanc, qui est le* moins considérable, naît dans les Alpes de Bosnie, traverse parallèlemenl à cette chaîne un haut plateau semblable à cehii de Kassova et qui n'est séparé de lui que par th^s hauteurs |>eu marquées; il am^se ainsi les petites villes d*J|pdt, de Jakora, où passe U route tle la Bosnie dans TAIlianie, PrUreni Justiniana prima», ville defondue |)ar un château, autrefois célèbre et importante par sa position an centre do phisieurs rtuites : la prtiHn|Kile est celle qui mène de Scnlari, parTskionp, sur Constautinoplo. Il longe ensuite la masse du Tchar-llagh et se réunit au Drin imii'. — \J^^ Drin noir prvud source dans les montagnes a Test du lac iVOkhridm \L>chnides^, traverse ce lac, qui a 7 lieues de long sur 4 de large, et qui occupe un haut plateau formé par les Alpes Helléniques et un contre-fort parallèle que les anciens appelaient monts Candaves, Sur ce lac se trouve Okhrida, ville de o.tJOO à 11,1)00 habitants, résidence des rois bulgares au huitième siècle, située au pied d*une montagne conique que défend une forte citadelle, importante par la route de Monastir en Albanie. — Le Drin sort du lac à Slrouga, arrose une vallée fertile, Tancienne Dardanie, traverse deux bourgs célèbres, les Dihres, habités par des peuplades turques très-t>eliiqueuses, et se réunit au Ilrin blanc. — I^e Drin tourne alors à l'ouest en décrivant un grand arc de cercle, traverse un pays célèbre dans le moyen âge, le Dukagin, habité par des peuplades denii-sau\'age.< et indépendantes, liasse dans une vaste plaine voisine de la Bojana, arrose Àlessio (Lissusl, petite ville de 5,000 habitants, défendue par un vieux fort el qui renferme le tombeau de Scanderbeg. Il (leut alors porter des bateaux de 50 tonneaux et finit par plusieurs embouchures.
o* I>e Mati (Slathisi et Yischmi dsinos), torrents sans importance qui descendent des monts Grabatz, pai courent la contrée montagneuse habitée par les Mirdiles, peuplades catholiques, indépendantes, qui paraissent descendre des compagnons de Scanderbeg ; leur chef-lieu était autrefois Orocher; aujourd'hui c'est CroWj défendue par un vieux fort. Tout ce pays sauvage, peu fertile, hérissé de montagnes et de rochers, coupé de ravins et de précipices, a été peu visité et est aujourd'hui mal connu. 11 a été cependant illustré par les marches de César et de Pompée, el nous verrons dans cette histoire que des croisi's français s'y établirent au douzième siècle, et que les traces de leur domination existent encore. — Sur la côte on trouve Dnrazzo (Dyrrachium», pelile ville de 5,000 à 6,000 habitants, qui ne fait plus de commerce et avait une très-grande importance du