‹ Histoire de l'Empire OttomanChapitre 18 sur 83 · L'ALBANIE. . M · texte numérisé non relu

L'ALBANIE. . M

temps des Romains, à causo de son voisinage de h côte d'Italie. C'est de là qne partait la voie Egnatienne, dont nous avons déjà parlé, et par laquelle tout ce ebaos montagneux de la Grèce centrale se trouvait aplani : elle passait les monts Grabatz, atteignait le plateau d'Okbrida, descendait sur Bitolia, et de là, parla vallée de FErigon, Edesse et Pella, arrivait à Tbessalonique

Tout le littoral, depuis l'emboucbure du Drin jusqu'à celle de TAoûs, est bas, marécageux, malsain et dépeuplé.

4° Le Scombi (Genusus) sort des monts Candave^ et arrose Elbassan (Albanopolis), ville de 4,000 habitants, située dans une plaine fertile au pied d'un contrefort des monts Grabatz, sur la route de Durazzo à Okhrida.

o*" VErgent (Apsus) descend du mont Grammista, qui fait partie des Alpes helléniques; il traverse les gorges montueuses qui coupent le pays appelé Tomo^ ritza, arrose Berat^ ville située dans une belle vallée fertile en grains et en pâtu* rages, sur une colline flanquée de tours et dominée par une citadelle : c'est la résidence du pacha de l'Albanie méridionale. Au-dessous de cette ville, l'Ergent reçoit le Vevol, qui sort du lac Drenovo, dans les monts Candaves, traverse un plateau montagneux dont les pentes contraires sont marquées par les lacs Castoria et Okhrida, arro.se Gorscha ou Goritzay petite ville située sur la route de Berat à Castoria, et qui fait tout le commerce de l'Albanie intérieure.

6' Le Voioussa (Aoùs) prend sa source dans le mont Zygros, près du défilé de Mezzovo; il traverse le canton montagneux du Zagori, peuplé de 40 villages qu'habitent des hommes actifs, industrieux et livrés au commerce, arrose le i)etit fort de Konitza, situé à l'embfauchement des roules de Macédoine et d'Albanie, est alternativement longé ou coupé par des montagnes sauvages ; il passe ainsi à Pr^mî/i, ville de 4,000 habitants défendue par un fort, puis à la petite ville fortifiée de KlissourUy située au confluent de la Desmiza, rivière torrentueuse qui remonte jusqu'à la chaîne du Grammos et ouvre une route dans la Macédoine ; il reçoit le Dryno, torrent qui traverse une vallée très-fertile en grains, en pâturages, et qui passe à ArgyrO'Castro, ville su.spendue au flanc d'une montagne et défendue par un vieux château ; enfin il arrive à Tehelen, petite ville fortifiée, patrie d'Ali- Pacha, défense principale de la vallée d'Argyro-Castro, par laquelle on monte au plateau de Janina. Le reste de son cours n'offre rien de remarquable; mais il n'est pas dans toute c^tte province montagneuse de vallée plus âpre, plus sauvage, plus abondante en positions défensives, plus difficile à traverser par une armée. La ceinture méridionale de son bassin inférieur est formée par les monts de la Chimère (montes Ceraunii), qui sont parallèles au littoral et se terminent par les monts Acrocérauuiens, si célèbres dans l'antiquité par les parages orageux .sur lesquels ils dominent et qui sont peuplés aujourd'hui de brigands et de pirates. Sur la côte on trouve : Avloney ville malsaine, avec \m beau port, qui a pour citadelle, à une demi-lieue de là, le fort de Canina,

T La Pavla descend des monts de la Chimère, longe ces montagnes dans une vallée fertile et accidentée, reçoit un affluent qui passe à Delvino, petite ville située sur un mamelon que couronne un fort, traverse le lac Pelois et finit près de Butrinto, ancienne forteresse vénitienne, située sur une plage basse et marécageuse, importante par sa position en face de Corfou, prise par les Français en 1797 et par les Russes en 1799.

8" Le Calamas (Thyamis) sort d'un lac, traverse une vallée étroite et fertile, partout couverte d'oliviers, de mûriers, de vignes, de champs de blé ; il passe à PhUatès, bourgade habitée par des peuples laborieux et belliqueux, et finit dans le canal de Corfou. 11 reçoit le Terino, qui a vers ses sources les ruines de Paleih Castro, reste de l'antique Passaro, résidence des rois iEacides qui faisaient remonter leur origine à Pyrrhus. — On croit que cette rivière et ses affluents sont le déversoir des eaux du plateau de Janina, qui y arrivent par des gouffres et canaux souterrains.

(iC plateau (ancienne Hellopie)^ entièrement environné de montagnes et ayant une hauteur de 400 à 500 mètres au-dessus de la mer, est occupé par un lac qui a 4 à 5 lieues de long sur 1 ou 2 de large, lac dont l'aspect est généralement triste, mais dont les bords sont riants et fertiles. Sur ces bords, dans un site enchanteur, à l'extrémité d'une plaine magnifique qu'encadrent les plus belles moTitagnes, se trouve appuyée, d'un coté à une étroite presqu'île que défendent deux petits forts, d'autre côté à des collines que couronne une forteresse flanquée de tours, Janina, ville de 25,000 habitants, presque tous Grecs adonnés au commerce et qui étaient réputés jadis les plu^ éclairés de toute la Péninsule. C'était le centre de la domination d'Ali-Pacha, qui y subit, en 1822, un siège où il fut assassiné et la ville à demi ruinée. Elle avait alors des écoles, des bibliothèques, des fabriques, qui n'existent plus. — Le plateau de Janina est la partie dominante de l'Épire et de tout le centre de la presqu'île hellénique : c'est le point de convergence des routes de la Thessalie, de l'Albanie et du littoral ; c'est une position militaire de laquelle on rayonne dans toutes les directions et qu'il est indispensable d'occuper pour être maître de l'Albanie.

9* Le MavrO'Poiamos (Achéron) traverse les gorges profondes qui composent le canton de Souli, aujourd'hui dépeuplé, et jadis habité par une peuplade belliqueuse, aussi célèbre par son courage que par ses malheurs. Cette peuplade, composée de 12,000 à 13,000 individus, occupait 11 villages, les uns situés sur des montagnes inaccessibles, les autres au pied de ces montagnes, et tous mieux défendus par leur site que par les tours dont on les avait abrités. Les Souliotes soutinrent un siège, contre toutes les forces d'Ali-Pacha, de 1788 à 1803, et y périrent jusqu'au dernier. — En sortant des montagnes de Souli, le Mavro traverse le lac de Tchouknida (Acherontia) et va se jeter dans la mer Ionienne au petit port de Cwhjkis. M reçoit plusieurs toirenls, dont l'un, l'ancien Cocijie, passe

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au pied de Paramythia, ville de 5,000 à 4,000 habitants, défendue par un vieux château perché sur le flanc d'une montagne.

Sur la côte on trouve Parga, petite ville défendue par un château fort, élevé sur un rocher environné d'eau, en face de Tile de Paxos, dans un territoire fertile, avec un bon port. C'était autrefois une petite république chrétienne protégée par les Vénitiens ; assiégée, en 1814, par Ali-Pacha, elle se mit sous la protection des Anglais, qui la cédèrent à ce tyran de TÉpirc ; mais tous les habitants abandonnèrent la ville.

10** Le Lourcha ou Lorou coule dans une vallée fertile, passe près de la forteresse ruinée de Rogom et du bourg de Lorou, défendu par un petit fort. 11 finit dans le golfe de TArta.

11^ VAria (Arethon) descend du montZygros ou plateau de Mezzovo, nœud central des montagnes de la Péninsule et d'où s'écoulent des eaux dans toutes les directions, un affluent de l'Indjé-Karasou, le Salembria, l'Acheloùs, l'Arta, la Voïoussa, etc. Il passe près de Mezzovo, petite ville de 5,000 habitants, trèsimportante par sa position entre l'Epire, la Macédoine, la Thessalie et l'Acarnanie. C'est le nœud des routes entre ces quatre provinces, et dont la plus importante est celle de Janina à Tric^la, route difficile et très-fréquentée. Les habitants de ces montagnes sont des Vlaques, actifs, industrieux, hospitaliers, pasteurs ou marchands. — L'Arta coule dans une vallée étroite, profonde, rocheuse, entre la chaîne du Pinde et les montagnes de Janina, longée par la route d'Arta à Mezzovo, qui suit souvent le lit à sec de la rivière. Elle ne sort des montagnes que pour arriver à la plaine fertile et parsemée ae villages où est située Arta (Ambracie), ville de 7,000 à 8,000 habitants, enceinte d'une muraille, défendue par une bonne citadelle, entrepôt du commerce de l'Épire. A 4 lieues de là, l'Arta se jette dans le golfe d' Ambracie ou de l'Arta.

Ce golfe, dont l'entrée n'a pas plus de 1,000 mètres de largeur, forme un bassin de 4 à 5 lieues de largeur sur 10 à 12 de profondeur ; sa côte septentrionale est basse et marécageuse, sa côte orientale est doucement inclinée vers le mont Callidromc ; sa côte méridionale est accore, dentelée, découpée : on trouve sur celleci le promontoire d'.4c/twm, où se livra la bataille navale entre Octave et Antoine, la forteresse de Vonitza et le port de Lotitraki. A l'entrée septentrionale de ce golfe se trouve Prevesa, ville de 5,000 à 4,000 habitants, défendue par deux forts, et qui a appartenu jadis aux Vénitiens; prise par les Français en 1798, et par Ali-Pacha en 1799. Sur l'isthme était Ificopolis, bâtie par Auguste en mémoire de la bataille d'Actiuni et dont l'Acropolis existe encore en ruines ; près de ces débris, en 1 798, 400 Français soutinrent une lutte héroïque contre 1 1 ,000 Turcs.

L'Albanie, qui comprend une partie de l'ancienne lllyrie et toute l'ancienne Épire, renferme une population de 1,600,000 habitants, dont 200,000 catholiques, 500,000 grecs, 900,0(K) musulmans. Les Albanais, appelés Aritaouts par

les Turcs, Skipelars (homiTies des rochers) par eux-mêmes, descendent des lUyriens et des Épirofes, et se divisent encore en deux populations distinctes et ennemies : les Guègues, habitants de la haute Albanie, les ToskeSy habitants de la basse Albanie ; le Scombi ou la voie Egnatienne forme la limite entre c^s deux pays. Les (juègues se sont mêlés aux Slaves voisins de la Bosnie et de la Servie et cependant n*ont presque rien pris de leurs mœurs et de leur langue; les Toskes se sont mêlés aux (îrecs beaucoup plus intimement, parlent leur langue, et ont avec eux de nombreuses affinités. Les Guègues sont musculeux et trapus, les Toskes, sveltes, élancés, les uns et les autres forts, vigoureux et composant la plus belle race de l'Europe. Les caractères communs aux deux peuples sont Tamour de l'indépendance, l'amour de la guerre, l'esprit de vengeance, la férocité. Ce sont des soldats pillards, sauvages, infatigables, vendant leurs services et leur sang h qui mieux les paye; mais vifs, gais, aventureux, sobres, généreux et héroïques des qu'il s'agit de la défense de leur pays, de leur tribu, de leur famille. C'est une race de fer, aussi dure que les rochers qu'elle habite. Ils ont été les plus intrépides soldats des armées de Pyrrhus, d'Alexandre, de Dioclétien, de Scanderbeg et enfin des sultans de Byzanc^. Ils ont été à la solde des Etals d'Italie, principalement de Venise, et, sous le nom de Stradiotes, se sont rendus fameux par leur valeur et leurs cruautés.

I^s Albanais catholiques sont les habitants de la Mirdita et du Dukagin : ils sont presque entièrement indépendants, ne payent aucun tribut, ne souffrent aucun Ottoman sur leur territoire, et se contentent de servir dans les armées turques, mais pour la solde; le catholicisme n'a pas adouci leurs mœurs et leur férocité. Les Albanais grecs sont principalement dans l'Èpire, et partagent les idées et les passions des (irecs. Les Albanais musulmans occupent le milieu du pays : ce sont des sectateurs du (]oran très-peu zélés et (|ui n'ont adopté le mahomélisme q!ie pour échapper à l'oppression turque et garder leur lil)erlé. Les Albanais grecs cl musulmans sont mieux soumis que les catholiques à la domination ottomane ; mais, en réalité, ils se gouvernent par eux-mêmes et sont divisés en tribus qui jouissent d'une grande indépendance.

L'Albanie, composée entièrement de montagnes, de défdés, de gorges, deprécipia»s, où l'on ne tro!ive de larges plaines que dans le bassin inférieur du Drin, est un pays très-di(ïicile à conquérir, très-lavorable à la guerre de chicane, et presque entièrement isolé de l'empire ottoman. 11 est généralement peu fertile et mal cultivé, ne produit que des oliviers, des fruits, un p(»u de blé, un peu devin, des pâturages abondants, des chevaux peu nombreux. Son commerce est presque nul.

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