‹ Histoire de l'Empire OttomanChapitre 23 sur 83 · BASSINS DE L'EUPHRATE ET DU TIGRE · texte numérisé non relu

BASSINS DE L'EUPHRATE ET DU TIGRE

termine au défilé de Malatia ; la partie i>asse ou de la Slésopotamie, qui n*est qu'une vaste plaine.

l/Euphrate est formé de deux rivières parallèles : la plus septentrionale descend du mont Abos dans le plateau d*Erzeroum; elle pa.sse près A' Erzeroutn^ , capitale de l'Arménie turque, peuplée de 50,000 habitants dont un tiers est clm'»lien, et bien fortifiée ; elle est située dans une plaine nu(; à une hauteur de 1,000 mètres, et éprouve des froids très-rigoureux : c'est le boulevard de l'empire ottoman contre la Russie, le centre des routes qui vont du Caucase dans TAsie Mineure el la Mésopotamie, la position militaire et dominante de toute-, l'Asie occidentale. — Au-dessous de cette ville, l'Euphrale traverse plusieurs défdés, passe à Erz-lmjhian^ premier campement des Ottomans au quatorzième siècle, et se joint à son autre source à Kabban.

I/Euphratc méridional ou le Moiirad-Chaï naît dans le mont Ararat, près de Uayazid, traverse un plateau très-i'»levé qui borde le lac de Van, passe à Mêlez- (jhird^ coupe ou contourne plusieurs contre-forts des monts Niphates et se réunit à Taulrc Euphrate.

r/Euphrate, devenu un seul cours d'eau, passe pràs de Mdat'iQy reçoit le MélaSy dont le bassin forme l'ancienne Cappadoce, et sort de son haut plateau par un long et profond défilé qui coupe entièrement la masse du Taurus ; il court tortueusement à travers les contre-forts méridionaux de cette chaîne, arrose Samosate, autrefois ville considérable, et B\r, lieu de passage sur la route d'Édesse. Dégagé alors des montagnes, il coule à travers d'immenses |)Iaines, n'étant séparé de la Syrie que par des déserts; il arrose ainsi les ruines d'fl'tVro/Jo/i.ç, Racca, les ruines de Tapsaque, Felottdjéy où il devient facilement navigable et au-dessous de laquelle s'ouvre un canal qui joint TEuphrate au Tigre, Hella^ ville commerçante sur l'emplacement de Babylone, qui avait, selon Slrabon, 16 lieues de tour. Il va s*unir au Tigre h Kornah, prend alors le nom de Chat-el-Arabj arrose Bassora, ville de commerce où les bâtiments remontent avec la niarée, et finit à ir> lieues de cette ville par deux principales embouchures.

L'Euphrate ne reçoit à droite que des cours d'eau peu importants, mais à gauche il reçoit : F le Bêles ou Billicha, qui arrose Harran, l'ancienne Charrœ^ patrie d'Abrahani, où Crassus fut défait par les Parlhes; il a dans son bassin Offa, l'ancienne Edesse, ville de 2»"), 000 habitants, importante par ses murailles et sa position à l'entrée de la Mésopotamie, sur la route d'Alep »^ Mossoul; c'était la capitale d'un État puissant à l'époque des croisades; 2° le Khaboras, qui a dans son bassin Merdin, ville défendue par une citadelle et située dans l'intérieur des nn)nts Masius; Nisibey aujourd'hui déchue et qui était autrefois la place la plus importante de la Mésopotamie; Sinfimij séjour principal des hordes des Yézides;

' Erzeroum sift^nific, fn arménien : citadelle (lc.<< Romains.

5° le rigre (Didjlet, la flèche) descend du Taurus par plusieurs sources; il traverse un plateau très-élevé, enceint d'un côte par les monts Taurus et (Vautre côté par les monts Masius, contre-fort parallèle au Taurus; il arrose dans ce plateau Diarbékir (Amida), grande ville de 40,000 habitants située sur une montagne et qui paraît aussi forte que florissante. Au-dessous de Djes^ireh et après avoir reçu le Khabour^ qui passe à Sert (Tigranoccrte), il sort des monts Masins |)ar une suite de chutes et de défilés, arrose les ruines de Pfinivey puis la ville de Mossoûl, peuplée de 40,000 habitants, et qui fiiitun grand commerce panre qu'elle est sur la route des caravanes de Tlnde. De là il traverse d'immenses plaines, tantôt très-fertiles, tantôt formées de déserts de sable, et que parcourent le.s Yézides, tribus de pasteurs et de pillards, adorateurs du feu, qui descendentdes Assyriens. Le pays compris entre le fleuve et les monts Médiques se nomme le Konrdislan, nom sous lequel on comprend aussi le plateau du lac de Van jusqu'à Bayazid. De là le Tigre arrive à Bagdad, qui s'élève comme une oasis au milieu des déserts : fondée en 702 par lekhaUfeAlmansour,elledevint la capitale de l'empire musulman et acquit la plus grande splendeur. Elle est aujourd'hui bien déchue, mais renferme encore 100,000 habitants, dont 50,000 Arabes, 40,000 Turcs et 10,000 chrétiens. Elle est défendue par une forte muraille et une petite citadelle, et présente d'ailleursl'aspect sale et misérable de toutes les villes de la Turquie. De là, le Tigre, que plusieurs canaux réunissent à l'Euphrate, arrose les ruines de Séleucie et de Ctésiphon, traverse de nouveau de grandes plaines désertes et se joint à l'Euphrate à Kornah. — Le beau pays où l'Euphrate et le Tigre coulent parallèles et voisins a été le centre des empires des Assyriens, des Syriens, des Parthes, des Arabes : Babylone, Séleucie, Bagdad, situées en quelque sorte au milieu de l'ancien continent sur deux fleuves navigables, devinrent, soit par mer, soit par terre, l'entrepôt du commerce des Indes avec l'Asie occidentale, et ce fut la cause de leur puissance.

Les provinces de l'empire ottoman comprises dans le bassin de l'Euphrate sont : dans la région supérieure, l'Arméiiieet le Kourdistaii; dans la région moyenne, l'Ai - Dje/ireh ou Mésopotamie ; dans la région inférieure, l'Irak-Arabi ou Babylonie. 11 n'est pas de contrées plus fertiles en souvenirs : là erraient les troupeaux d'Abraham et de Jacob ; là s'élevèrent les premières villes et les premiers empires connus ; c'est dans ces plaines qu'Alexandre renversa la puissance des Perses ; c'est là que les Romains de Trajan et de Julien combattirent les Parthes ; c'est là que les Musulmans Shiites et Sonnites se disputèrent l'empire. On y trouve tous les contrastes, toutes les températures, tous les climats, depuis les montagnes de l'Arménie, couvertes de neiges perpétuelles, couvrant de leurs pics sourcilleux l'espace entre les deux mers, et où l'on éprouve les froids les plus rigoureux, jusqu'aux plaines sans ondulation de la Mésopotamie, couvertes de pâturages immenses, jusqu'aux forêts de palmiers et de citronniers de l'Irak-Arabi.

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