H HISTOIRE 1)Ë L'ISLAMISME
on reeuiiiiaissaiit ses miracles et sa mission divine, en traitant sa mère de vierge sainte et immaculée, il rejette comme une idolâtrie la Trinité des chrétiens. « Dieu, dit-il, ayant demandé à Jésus, (ils de Marie, s'il avait commandé aux hommes de l'adorer lui et sa mère comme des deux : Seigneur, répondit le prophète, leur aurais-je ordonné un sacrilège? »
An dogme de l'unité de Dieu, l'islamisme ajoute rimnmrtalité de l'âme et la rémunération future. Les souffrances de l'enfer, les joies du paradis, sont représentées dans le Koran par des images grossières ; mais après avoir décrit les délices matérielles réservées à l'homme juste, Mahomet ajoute : a Le plus favorisé de Uieu sera celui qui verra sa face soir et matin : c'est une félicité qui surpasse tous les plaisirs des sens, comme l'Océan l'emporte sur une goutte de rosée. »
Le culte est, comme le dogme, d'une simplicité extrême : point de mystères, point d'autels, point d'images d'aucune sorte, pas même de prêtres*. Les pratiques de l'islamisme consistent uniquement en prières, en aumônes, en jeûnes, en ablutions qui sont des obligations d'hygiène appropriées au climat. La prière est un devoir essentiel : elle se fait cinq fois par jour, au lever du soleil, à midi, à trois heures, au coucher du soleil, à la nuit close. Le muezzin proclame les heures de ces cinq prières en criant du haut des tours ou minarets des mosquées : a Dieu est grand ! J'atteste qu'il n'y a qu'un Dieu. J'atteste que Mahomet est le prophète de Dieu. Venez à la prière I venez au salut! Dieu est grand ! il est uni- «jue. » (]'est la formule d'annonce, edhan, adoptée par le prophète. La ligure du musulman en prière dpit toujours être tournée du coté de la Mecque. Enfin la (irconcisiou, empruntée aux juifs, la sanctification du vendredi, le jeune du Rhauiadan, semblable au (larème des chrétiens, l'abstinence du vin, du sang et de la chair de porc, sont les autres pratiques extérieures imposées aux musulmans.
Mais Mahomet ne réduisit pas la religion à ces signes extérieurs. « La chair et le sang des victimes, dit-il lui-même, ne montent pas jusqu'à Dieu; c'est votre piété qui va jusqu'à lui*. » — « La vertu ne consiste pas à tourner son visage pendant la prière du côté de l'Orient ou de l'Occident, mais à croire en Dieu et MU dernier jour, au Livre et aux prophètes ; à donner, pour Ijunour de Dieu, des secours à ses parentî», aux pauvres et aux voyageurs, à racheter les captifs, à oIh server les prières, à laire laumùne, à tenir ses engagements, à se montrer patient dans l'adversité, dans les tenq)s durs et de violence. Ceux qui font ainsi s(»nt justes et craignant Dieu\ » — « La prière, disait le khahle Omar, nous coiuluit à moitié chemin vers Dieu; le jeune nous mène à la porte de son palais; les aumônes nous y font eiilrei . » L'aumône est obligatoire; elle est li\ée poiu*
• l'as «le sjucertloco en Ulam, dit foriiicllciiiciiit'iil le huniii; nous \ciTuns coiimieiil il bcn c>l loi nié un avec les ulémas.
• SKiral XXII, V. 58.
• S. m II. V. \T1
MAUOMET, LE KOUAN. 95
chaque individu uu dixième {zécat} de ses biens. — Ceux don l les largesses sont faites par ostentation ne tireront aucun prolit de leurs œuvres. — Les croyants doivent donner aux pauvres les meilleures choses qu'ils ont acquises, celles-là même qu'ils voudraient recevoir s'ils étaient dans Tindigence. — Louables s'ils exercent publiquement la charité, les croyants le seront encore plus toutes les Ibis qu'ils l'exerceront en secret*. — Le meilleur des honmies est celui qui lait le plus de bien à ses semblables. — L'hospitalité est de même ordonnée par la loi et pratiquée avec la même simplicité. Aussi les États musulmans sont-ils ceux du monde qui renferment le moins de mendiants : la mendicité y est même souvent inconnue.
Fja conséquence de cette charité universelle, qu'on trouve à chaque page du Koran, c'est un sentiment d'égalité et de fraternité qui est aussi profondément dans les mœurs que dans la loi, qui est la base de toute la société musulmane. « H n'y a ni princes ni mendiants dans l'islamisme, disait le premier khalife, il n'y a que des musulmans. » Point de noblesse, point de castes, point de classes, |>oint de privilèges, point de distinctions ; le dernier et le plus pauvre des croyants monte tout naturellement aux plus hautes fonctions de l'Etat par son intelligence ou sa vertu ; il en descend sans honte et rentre aussi simplement dans sa pauvreté.
Ainsi (ju'on le voit, la morale du Koran est celle de l'Kvangile, et dans toutes les questions qui ne touchent pas au dogme, ce livre est presque toujours d'accord avec le christianisme : il reconnnande le pardon des injures, l'amour des uns pour les autres, la foi même envers les infidèles ; il maudit .la colère, l'orgueil, surtout riiypocrisie; mais, par une contradiction qui n'est pas rare dans ce code, il admet la vengeance, la peine du talion, le mal pour le mal. Malgré cela, et en résumé, on peut dire (lue la loi de Mahomet n'est qu'un plagiat de l'Évangile accommodé aux mœurs barbares de l'Arabie. « Aussi, dit un historien du moyen âge, il serait plus exact d'appeler ses sectalems hérétiques qu'infidèles; mais l'usage a prévalu '. »
^ Ul. — Krreurs ilii Koran.
Mais si Mahomet se rapproche du christianisme par sa morale, il s'en sépare par trois grandes erreurs qui dominent et cin*actérisent sa doctrine, qui creusent un abîme de séparation entre les peuples chrétiens et les peuples musulmans, qui sont la cause de l'immobilité de ceux-ci en face de la marche progressive de ceux-là, (pii enfin renferment tout le secret des destinées de rislamisme.
' Sour. 11, \Mi'A\ cl Miivaiils.
• Jaciiuesi de Vilry, Uisloirc {/c« irviautin, liv. 1.
«ti RISTOKL DE L*ISLAM1:^NE.
Ces trois erreur» ^ml : U conbisîoa do b loi cÎTile et de la loi religieuse, U urpii^ÙTïMum fiiUfe. U Tilit^ et b |»Iaralitê de$ iemnies.
r L» K«>r:in eA une fsu^re iii>pirve de Dieu, parfaite et imuiunblc. et ixiuiuic * est un Ciide pi>litiqiie et <m\ «Qtjct que rrllgkaii. iî >'tatsuil gué rien ne peiit •^trp :twn;:e «iac:? l*. nîn^ ^«cui. \A qw: If ¥<iniii 1 1 rr^u s»i?t bi^,.»rir^ vi auns -i^TÛeie" Ce i{ue W ^krvùizctsiiK è T^ssiiarr.. liiiMt » 'Li^v. «î iiiniv/nr ^îritnel et :t? p«MiT>ir wai|«c^.. •* :ria%i ainî« rtMni »* '^inidiiuii. '•♦ \u •riin^'iilrttion te 'if^ -^eiu ^•i<wi£rs i loiMaïf k iH^^nninne i|r iiiiï-. 'e Hwmn ii :ivant **Ut :inii'oes» ;;ic Mioinouff giit itu: inuziiituifc- >% ou»- ui '>fn%e <îe Miiut-ipiis jus. renvn:»« 0* iiiauîr*i»"i^ muimiii-*itiii>; ir-A^n ini'#r»"*tt*i<*u '» *">* !►••*> «'•m liée à une Hu rfv sigr!!iiif «^ nnailiîui» u*u^ :ftu uiiiitii-&» m;> iic'mci^. S4vanl> on lettrés uw ÈS> k,UHine>. ak^ï3iiii;> tar tr^ akuv^ t iu|iwirile>. lUt ohar^és des fonctions -^i^pfOhie^ ^' UÈtttrskrr^ lit is- H: itouv«tt«:9i4 illll^> remplir. *-( ce:^ ulémas, qui sont o:"i^iuî^ ur '•i"3&' TT"s--:fiiiï«ftiii. nn '•i>iit >iUerei î !ai?«er la loi «ivile confondur »^r u M. r!tiuri>ic a. hw -lUso^uMi» HHit <ip|H»M^ ù Iput ehaugcinent ç{ n uaxii nsfrutf
i' 1.1 imtt^siMiiÊUwî àrfawitH it>«.nie lumne âuii> U; uouiiie lu religion, fslamj Sfitfino/c a tNtu. fi mm^ <^iiu w ^^ ^«vl^leun^. Mo^lem. n^ignés à Dieu. ^- « L oJL, «^aHM k ^.(iriav:. iit îi.tàuuitft. e$t pré«ltf;^iué au Iniulieur ou au malbeir ;wi::ftsC «cjoc .'Uii-vn L rut ^i i\ialre dans le $ein Je leur inéie. » — « Farpii W*s h.*<a«M^ kt ;!«» cvyoa^e. uA ^i^ bienheureux. » — « l/liouimc ne nieiirl ^pM' for b tw«W ^y IWit. Ji*j^rè> le liin» qui lixe le tenue de sa vie *. » - Et ce ii-^iw trtntW IV rv^^r.W pijui^ >euleaieut les individus, mais les nalions ; « Cha<|ui' iveu)*!^ 4 ^M) l«'tK|v^. dit W Konui : quand le terme esl arrivé, les honunes iw. sAur^Kiil ni le rwtiler ni IVnauivr. » tVest ce dogme qui (levait iiispirer à ses sixiJitinir^ lesprtt a\eu):le de la auu|iiète, le niépris de la morl, \{\ fanatisme, niais AU^^i b suunis^'ion abruliss;mle au despotisme, Tapalhie politique, la ré- Mstamvà toute ivtoruic. rinun«dulitéV Opemiant les ultmas, s'appujanl sur Ijintoritè des a«eieu> hmms. ont détlaré plusieurs fois que la prédestination ne n^4:anle que la \ie futuiv, et ipu' le Koran biss*» à Thounne tout son libre arbitre; mais *>4te eivjamv est instin<li>ement tians les mœurs et les idées des musulmans: elle leur plait, **!!** omvient à Irnr nature nonchalante, à leur insouciance native,
* (Ht in^un^it «*«» «*»*»'*' *'*' lifs-iioiiihn'iix oxeiiiplos. .\insi, (iaii5 ce» deniici's ifni(»>. U» ^ioiiM-riiciiiciK MUillMii tr« P*t tnlrvHliiire dans l'empire In vaccine et les qiiaranluiiies qu'en coiiilu-Htaiit los prt'Jugi's poiHiUiitM A l'*'*l«* d'inio iiilerpr^laiioii plus ou moins exacle du Koran
t s,Mir xn. X »"«.
* *^«r XI. ^ !'*''• **" l«*»"vt néanmoins, ^oil dans le Koran, soit dans les hadn ;i«HTt»pios .'illril)ué> ■ 1^ ii^dilion A M«lionn»t), iWn paroles où la volonté et la liberté humaines ne sont pas enlièrcnicnl niées : * S'il lurrivo «pielipie l>«e»i «Ht le Koran, il l'arrivé do l»ieu ; le mal viont de toi. » — « U prophète ! di- «#kml rt Mah"""'* ***'* «lw'»pl««*» puisque Dieu a marqué nos places à l'avance, nous pouvons -avoir confiance f\ inHlIin»*»* "«•" <l«'v«»i<'J« —Non. dit-il, parce cpie les gens heureux font de bonnes œuvres, et les raalheu-
%fêfcU>^
A leur vie orieiilâle; elle leul' doiltié d'ailléUi^â clans Tadversité une singulière dignité, ël inspire aux pauvres, âlix hialheùrëhx, le eonleiUemeiil dé leur àort , l'ai)seribe dé toute envie, une rêsignatlort tjtii a tJueliqUfe chose d'fvangéliqlie.
?i* Malioniel conseille comme lin acte loUable de se boi'nèi* à iihë Veille épousé, rtiais il perhiel d'en prendre qiialre lêjçllimes ël iiiitant d'illégitimes bu d'esclaves qu'bh peut en Hbiirrir. Lë^^ enraUt*; pl'Otëtiaiit de ces diverses Uniôrts sont égaux*. Les femmes peuvent être achetées ; elles sont rèpudiées à Id volonté du mari ; elles Vivent cbhtiniielleitlëht renfëi*niées ; ëllè<; he reçoivent àUCutië iristruction ; elte ii'ont pas de dot ; elles ne sont enllli qîie deâ ihsttuments déplaisir. Sans douté la polygamie n'est pratiquée en Orient que par un petit nonihre d'hommes, seuls cajJîibles de supporter les dé|)eîises ël le luxe (l'un hài'eni; iiiàis le principe de la vililé des lemnies n'en est pas moins dans les liidéurs, avec tbtilës ses conséquences, c*ést-à-dir(î l'état imparfait de la famille. tejlehdaTit il faùl dire que Mahomet améliora la condilioii des feîîimes, qui, avant lui, étaient, eii Arabie. lraitée<i comme des animaux, a Hommes, dit-il, vous avez des droits siir vos feinmes, et vos fenmies ont dés il^oils sur Vbus. Leur devoiir est de né pas souiller vbli^e couche par un commerce fidullère : si elles y manquent. Dieu vous permë dfe tté plus cohabiter dvec elles et de lés battre, mais non pas jusqu'à leur ôler la Vie. Si elles se coilduisent bien, voUs devez les uburHi* et lès Vêtir convenable iiiëht. Traitez-les avec bbnté et dftectioh. ËUéij vous qnt Uvré letiirs personnes sous la fol de Dieu, c'est un dépôt cpie Dieu voiis a confié*. » Avant hii, lé pêré de famille faisait périr ses filles lorsqu'il les iroUvàit à charge; niais un Jbur Un des principaux chefs convertis à l'islamisme lé trouva tendtit sut* ses geilbuJL Une petite lille qu'il caressait : « Qu'est-ce que celte brebis que tu Adirés? lui demanda l'Arabe. — C'est moii enfant, iepartit le prophète. — Par Dieu! l-éprit Cays, fils d'Acim, j'en ai eu beaUcoUp dé petites filles côinme celle-ci, je lés jii toutes eiilerréés vivantes. » 3!îlhbmet àbblil celte exécrable coutume. Lés fiUés n'héritaient point de. leurs parents; il leur attribua la moitié de la portion d'nn héritier mâle. La femme était considérée comme faisant partie de l'héritage du mari; il affranchit les veuves de cette condition humiliante, assura leur entretien aux frais de la succession pendant une année, et leur assigna, en outre de leur mahr ou sedak (don nuptial), Une portion des biens laissés par le mari. H recommanda aux enfants l'amour, le respect, l'humilité envers leur mère, plus spéciaîemèiit encore qu'envers leur père. « 0 musulmans! dit-Il, respectez les entrailles qui voiis ont portés. — Le baiser donné par un eiitint à sa liière égale en dciuceUt* celui qUé nous imprimeroiis sur le seuil du paradis. — Uh fils grtgne le paradis aux pieds de sa mère. »
• Caussin de PhitcvuI, Histoire des ArabeSf l. III. — ŒIsiut, lirt effrtn (U Ui rihgton ih Maho^nei »aT lespritf l«ë moeurs et le (fouveniement dês peuples, elc. » Soiirot-Vaçoiil, l*. Ste8
\Hi HISTOIRE DE L'ISLAMISMR.
Le Koran a\ant été à Torigine une règle immuable destinée à une race particulière, la triple erreur que nous venons de signaler n*eut pas d abord de conséquences graves ; Tijinion du pouvoir religieux et du pouvoir civil était si conforme aux habitudes de la vie patriarcale, le fatalisme si commode à la nature paresseuse de l'Arabe, la pluralité des femmes si convenable sTses mœurs grossières et voluptueuses, que ces prescriptions étaieut propres à maintenir Tordre et le Cnilme chez une nation que sa position exceptionnelle semble avoir vouée h une éternelle immobilité; Tislamisme, demi-chrétien, demi-barbare, était la religion la plus épurée qu'il pût recevoir, et la législation la mieux appropriée à son génie, à ses mœur^ à toutes ses conditions d'existence. Transportés chez des peuples d'un génie différent, à qui le voisinage de l'Europe imposait une vie plus active, ces principes devaient produire les plus funestes résultats. Aussi l'histoire des États musulmans est-elle partout la même : une période de rapides conquêtes et de grand éclat, suivie d'une précoce et incurable décadence; partout la faiblesse et les discordes inséparables de Texcès du pouvoir absolu avec une société qui jette d'abord des éclairs de civilisation, puis s'immobilise, rétrograde et descend peu à peu jusqu'à l'état demi-sauvage. Après avoir réveillé l'antique lutte d el'Orient et de l'Occident, après avoir précipité les peuples dans cette lutte avec une vigueur irrésistible, l'islamisme, « religion du sabre, » dès qu'il a cessé de conquérir, a cessé de se propager; il n'a pas subjugué les peuples pour les convertir et les rendre meilleurs, mais pour les rançonner et les dominer; il n'a rien fondé de durable ; il s'est partout montré impuissant en face de la propagande pacifique et des principes progressifs du christianisme; tous les empires que l'Islam a successivement élevés ont disparu à l'exception de trois : la Turquie, In Perse et le Maroc, tous trois frappés de décrépitude et qui n'ont plus d'espoir, de vie et d'avenir qu'à la condition de .«^e transformer radicalement par l'abandon de la triple erreur contenue dans le code de Mahomet. Revenons à l'histoire.
^ I\'. — Mort cl«« >I;iliomPt. — CoiiqiH'Ies «los Arnl>rs.
Mahomet prêcha d'abord sa doctrine à la Mecque ; il y fut persécuté; condaïuur à mort par le cheik Abou-Sophian, il se réfuoiaà Médine avec ses disciples {{)±1). De cet événement date l'ère des mahométans, appelée /i^jj/re ou fuite. Médine reconnut le proscrit comme prophète et comme souverain. Alors il déclara que Dieu lui ordonnait de propager sa religion par le glaive, « le glaive, disait-il, qui ouvre le ciel et l'enfer. » — « Soyez humains et justes entre vous, disait-il aux siens, tous les musulmans sont frères ; mais ne laissez pas subsister en Arabie deux religions : l'idolâtrie est pire que le meurtre. — Les mois sacrés expirés, tuez les infidèles partout où vous les trouverez. » — Au bout de dix ans. « le pro-
CONQUETES DES ÂHABES. 97
phète, qui était à la fois un flambeau pour éclairer le monde, un glaive pour frapper rimpiété, » avait soumis toute I*Arabie à sa doctrine et à ses armes.
Il ne s'arrêta pas là. c< J'ai mission, dit-il, de combattre 1i|b infidèles jusqu'à ce qu'ils disent : // n'y a de Dieu que Dieu. Lorsqu'ils ont prononcé ces mots, ils ont sauvegardé leur sang et leurs biens de toute atteinte de ma part; quant à leur croyance, ils en rendront compte à Dieu. » 11 partagea donc la terre en deux parlies, Dar-ul-hlam, la maison de l'Islam, et Dar-ul-Harb, la maison delà guerre ou le pays des infidèles, et il dit aux siens : « Achevez mon œuvre, étendez partout la maison de Tlslam; la maison de la guerre est à Dieu/Dieu vous la donne. » C'était proclamer le djihad ou l'état de guerre permanent, état qui peut être suspendu par des traités, mais qui subsiste en droit tant qu'il reste un seul infidèle sur la terre qui ne soit pas converti à l'islamisme ou qui n'ait pas consenti à payor le tribut*. 11 traça même le plan de la conquête, régla d'avance la condition des nations vaincues et promit aux croyants la possession de Constantinople. Mais, au moment où il se disposait à entrer en Syrie à la tête d'une armée, il mourut (652), ne laissant de ses dix-sept femmes qu'une fille, nommée Fathime, mariée au premier de ses disciples, Ali. Son œuvre s'accomplit après lui : il avait fait passer dans l'àme de tous les siens son fanatisme guerrier. « Le musulman, dit le Koran, est un soldat au service de Dieu; il s'enrôle par conscience; le maniement des armes est pour lui un acte de religion. » Une fois sous les drapeaux, il ne peut refuser de combattre, même en duel, lorsque son chef l'ordonne. La désertion ou le refus de contribuer aux frais de la guerre sainte sont mis au rang des crimes les plus odieux. Les enfants, les fous et les furieux sont seuls dispensés de combattre; et comme la guerre est une œuvre sainte, elle ne doit être faite que par des sainls; point de jeux, point de débauches, pas même de paroles oiseuses dans le camp des fidèles; la prière doit seule les distraire des combats*. « Combattez, dit Mahomet, jusqu'à extermination. Quelques-uns d'entre vous tomberont dans la lutte : à ceux qui périront, le paradis; aux survivants, la victoire. » — Le paradis est devant vous, et l'enfer derrière; avec ces seuls mots, les successeurs de Mahomet entrahièrent les croyants à la conquête de l'Orient et de l'Occident.
Les chefs arabes élurent pour succéder à Mahomet son beau-père Abou-Bekre, qui prit le litre de khalife y reçoul Allah, vicaire du prophète de Dieu. La guerre saillie commença contre l'empire des Grecs et celui des Perses, empires affaibhs par les factions, défendus par des troupes mercenaires, divisés par des sectes religieuses dont l'esprit était favorable à l'islamisme. Mahomet n'avait été intolérant qu'en Arabie, où il voulait que sa religion régnât sans partage; mais, pour
' Ubicmi, Lettrée nir la Turquie.
• Sour. IV, V. 73, 79, 103; IX. 38, 39, etc.
98 HlSTOltE DE L ISLAMISM
tàyoriier les» conqoéieâ extérieured, il a^ajl recommaiidè l*iiidii%eiice envers les Kitabi, ou les peuples qui ont reço des firres, c esl-i-dire les chrétieos et les Jinis. « Les naliofis, avail-^ dit, qui embrasseroot Toire foi seront assimilées à ¥ous-mèmes: eDes jouiront des mêmes avantages et seront soumises aux mêmes deroirs; à celles qui voudront oonserver leors croyances imposez seulement l'obligation de se déclarer vos sigets et de tous payer un tribot, en échange duquel vous les couvrirez de votre protection: mais ceBes qui refuseront d'accepter l'islamisme ou la condition de tribotaires. coaibattez4es jusqu'à ce que vous les ayez exterminées. » Partout les discipks de Motse et de Jésos furent donc exhortés à admettre c la rèvébtion phis parfaite de Mahomet : partout les hérétiques chrétiens montrèrent pour les mahomclaiis on attachement sincère et cordiale » Nestoriens, ariens, eutychéens. des la première sommation', les accueillirent en libérateurs, s empressèrent d'embrasser la religion nouvelle el d'étouOer leurs discordes dans une oommnne apo^taâe. Quant à ceux qui ne voulurent pas renoncer à leur foi, ils s'acconmiodèrent EKÎkment des conditions que les conquérants leur oiïraient.
Jérusaleffl hit la première liBe rendue tributaire (657), et l'acte qui consacra b soumtsfi^ion de b Tille sainte servit de modèle à toutes les transactions des musulmans avec les peuples qui, devenant ratas (troupeau), voulurent conserver leur religion moyennant un tribut. Voici les principales clauses de la capitulation : Les chrétiens payeront une rente annuelle; ils ne pourront ni monter à cheval, ni porter des armes« m changer d'habits ; ils ne placeront point de croix sur leurs églises et ne sonneront point leurs cloches; ik ne bâtiront point de nouvelles églises, ni dans la ville ni dans son territoire; ils n'empêcheront point les musulmans d'entrer dans leui^ églises, soit de jour, soit de nuit; ils en ouvriront les portes à tous les pass;)nts et à tous les voyageurs. Si quelque musulman, étant en route, passe par leur ville et y séjourne, ils seront obligés de le défrayer pendant les trois premiers jours de son arrivée. Ils ne parleront point ouvertement de leur religion; ils n engiigeront personne a Tembnisser et n'empêcheront point leurs parents de se Ëiiro musulmans *.
t>s concessions, il est vrai, furent souvent rendues illusoires par les emporte-
* iUbUui. ITmIomy 4t h% décadtHct de Tempirt romain, t. X, |i. 335.
* YoHÙ «|uelle ^Uii celle 8«>iiuiuiiiou :
« SmiIi^ «I |vro9périté i duicun de ceux qui suivent le droit chemin et ctx>ieut eu Dieu et en son apôtre. NiMi» nHi« d«iiMindons de reconiiailrc qu'il u'y a qu'un Dieu et que Mahomet est son prophète; et quand ^i»*i» amva remiu ti^)U>i^M^ de celte vérilê. il serait injuste de noire part ou de répandre votre sang, ou iltp iHm« t>«i)|v»rt'r do vw lùens el de vos enfanU. Sinon, consentez à payer le tribut et soumeltca-vous à IHH» Miu» latiler ; autrcnienl» j*envei*rai contre vous des hommes qui aiment la mort plus que vous n'aimei k viw et h i^iair de iM»re. cl je ne tous quitterai point, s il plait à Dieu, que je n'aie écrasé ceux quicom- Ull^l jHHir viHis el que je n aie fait des esclaves de vos enfants. » {Hùtoire de la décadence de Vempirr »^MÉi4%H. t^mio II.)
* C^r ^\^u^iu, m^toirt de la riralil# «I du yrotectorat des èglùea chrétiennes en OrietU.
\\>kK\ ^^ qui un rtV'UV rclalivenienl aux églises ou synagogues des villes conquises : « Il n'est point