‹ Histoire de l'Empire OttomanChapitre 34 sur 83 · HISTOIRE DE L'ISLAMISME · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE L'ISLAMISME

défense. Mais les musulmans s'acharnent après cette proie qui leur est promise : avant la fin du premier siècle de Thégyre, la capitale de Tempire grec a déjà été quatre fois assiégée.

§ V. — LeA premiers khalifes, les Ommiades, les Abassides.

- Pendant cette glorieuse période du khalifat parfait (c'est ainsi que les musulmans désignent le règne des quatre premiers khalifes), les musulmans se montrèrent dignes de la cause à laquelle ils avaient consacré leurs armes : ils mirent au service du Dieu de Mahomet un courage indomptable et des vertus guerrières. Ce fut le beau temps de l'islamisme. Les khalifes, élus par tous les fidèles, soumis à la loi commune, n'ayant d'autorité que celle qu'ils tirent du Koran, nous apparaissent comme les magistrats populaires de l'ancienne Rome. « Me voici chargé du soin de vous gouverner, dit Abou-Bekre en prenant possession du pouvoir; si je fais bien, aidez-moi ; si je fais mal, redressez-moi ; dire la vérité au dépositaire de l'autorité publique est un acte de zèle et de dévouement ; la lui cacher est une trahison; devant moi, l'homme faible et l'homme puissant sont égaux; je veux rendre à tous impartiale justice; si jamais je m'écarte des lois de Dieu et de son prophète, je cesserai d'avoir droit à votre obéissance. »

• Les premiers chefs de l'islamisme, fidèles aux exemples de Mahomet, vécurent avec la plus grande simplicité. Les croyants aimaient à voir le prophète traire ses brebis, s'asseoir à terre, raccommoder de sa main ses vêtements de laine et ses chaussures, allumer son feu, balayer sa chambre, enfin se servir lui-méme^ Abou-Bekre, qui était négociant, continua, pendant les six premiers mois de son khalifat, de nourrir sa famille avec les produits de son commerce. Ensuite il s'appliqua exclusivement aux affaires de l'Etat, et prit jour par jour dans le trésor public ce qui était nécessaire à ses besoins. Avant de mourir, il ordonna de calculer les sommes qu'il avait ainsi employées à son usage. Elles s'élevaient à hiîit mille drachmes. « Je lègue aux musulmans, dit-il, la terre que je possède, comme indemnité des frais que je leur ai occasionnés*. » Omar, en quittant Médine pour aller recevoir la soumission de Jérusalem, partit dans le plus modeste équipage : vêtu d'un habit grossier, n'ayant pour le servir qu'un esclave, il montait un chameau chargé de deux sacs, l'un contenant de l'orge, l'autre des dattes; devant lui était une outre pleine d'eau, derrière lui un «jrand plat en bois.

En GOI, le khalitiit parfait cesse, ainsi que la simplicité patriarcale et le régime électif qui le caraclérisent. Moaviah, dont le père Abou-Sophian avait per-

• Aboulféda, Viedf Mahomet, trad. de Dosvorfrers, p. 95.

• Tabari, II, 152.

LES OMMIADES. m

sécuté Mahomet, se révolte contre Ali, le fail assassiner, prend le titre de khalife, qu'il rend héréditaire dans sa famille, et commence la dynastie des Beni-Ummahié ou Ommiades, qui donne quatorze khalifes pendant quatre-vingt-dix ans. L'empire de rislam subit alors un grand changement. Les Ommiades s'appuyèrent principalement sur les Syriens ; Damas devint la capitale de l'islamisme; l'élément arabe cessa de prédominer; les khalifes prirent les mœurs des peuples conquis ; les musulmans commencèrent à se corrompre, à mépriser les pratiques trop sévères du Koran ; des sectes nombreuses se formèrent et cherchèrent à triompher par la guerre civile, la persécution, l'assassinat. Néanmoins les conquêtes continuèrent : l'Afrique septentrionale fut soumise, Carthage définitivement détruite, l'epipire d'Orient morcelé sur toutes ses frontières; le Koran se répandit dans le Khouaresrae, la noukharie, leSind, etc.; enfin, avant la fin du premier siècle de l'hégyre, la domination arabe était parvenue à se$ extrêmes limites : elle s'étendait, en Afrique, de l'isthme de Suez au détroit de Gibraltar; en Europe, dans la péninsule ibérique et dans les îles de la Méditerrannée; en Asie, de la mer Rouge, des côtes de Syrie et du versant du Caucase aux steppes du Turkestan, aux bords de l'indus et au golfe Persique.

Mais la marche conquérante de l'Islam allait, pour la première fois, se trouver arrêtée par la main d'un peuple destiné à jouer un grand rôle dans l'histoire des empires mahométans, et dont le nom glorieux était déjà arrivé à l'oreille des Arabes. •

Avec rislamisme, la lutte entre l'Orient et l'Occident avait recommencé, et l'Occident, sous le sabre des sectateurs du Koran, se trouvait déjà entamé : maîtres de l'Espagne, ils voulaient pénétrer dans la Gaule, pour aller de là en Italie, et d'Italie à Constantinople. L'empire des Césars, ainsi pris à revers, devait être facilement détruit. Mais, si les Romains n'existaient plus, il y avait alors un peuple qui semblait leur avoir succédé dans la domination de l'Occident : c'étaient les Francs. Seuls de tous les barbares qui avaient envahi l'empire romain, ils s'étaient assuré l'avenir en embrassant le catholicisme, en défendant l'Église latine, dont ils se disaient les fils aînés, en gardant au milieu des débris de la civilisation ancienne leur force guerrière et conquérante. Leur renommée était si grande, que seule elle avait déjà arrêté une armée arabe. En effet, au quatrième siège que Constantinople avait subi de la part des Arabes en 718, les Grecs, se voyant perdus, avaient répandu le bruit que les dominateurs de l'Occident arrivaient avec une flotte et une armée à leur délivrance, et, sur ce bruit, le siège avait été levé, dépendant les musulmans entrèrent dans la Gaule pleins d'orgueil et de confiance; mais ils trouvèrent à Tours le marteau des Francs qui les écrasa, et l'invasion asiatique fut à jamais arrêtée par cette bataille libératrice. Ils gardèrent néanmoins un pied dans la Gaule ; ils continuèrent à dominer l'Espagne, ils essayèrent de conquérir l'Italie; mais partout, pendant un siècle, ils rencontrèrent l'épée

MIS niSTOIRR DE L'ISLAMISME.

des Franc», qui les chassa de la Gaule, les refoula en Espagne, les contint on

Italie.

Sous le contre-coup de ces événements, Tunité do Tempire ol de la religion de Maliomet se rompit. En 752, la dynastie desOmmiades fut dépouillée du khalifai (*t détruite par les Abassides, descendants de Toncle du prophète. Un seul rejeton dos Ommiades échappa au massacre de sa famille, se réfugia en Espagne et y fonda à Cordoue un khalifat indépendant.

Avec les Abassides l'empire de Tlslam prend une nouvelle forme : la domination passe aux peuples du Khorassan et de la Chaidée ; le siège de Tempire est transféré dans ces plaines qui ont vu les grands empires de Tantiquité, d'abord h KoulTa, ensuite à Bagdad, et il y reste pendant cinq c^nts ans; le Koran, oublié s(Mis les Ommiades, est remis en tel honneur, qu'on le déclare incréé, c'est-à-dire divin et immuable; le zèle religieux renaît, mais ami du merveilleux, et qui enveloppe de légendes et de miracles l'Islam et son fondateur ; les khalifes deviennent des souverains absolus, despotiques, craints et vénérés jusqu'à Tadoration ; l'Age de luxe, de lumière et de civilisation arabe commence et produit, outre des monuments d'une élégance parfaite, des ouvrages de mathématiques, de philosophie, d'astronomie, de géographie, qui ont éclairé le monde pendant des siècles.

Celui des khalifes abassides qui personnifie pour nous cet âge si remarquable dans l'histoire de l'Orient, c'est Haroun-al-Raschid, que nous connaissons surtout à^Muse de ses relations avec Charlemagno.

liOs Francs, depuis la bataille do Poitiers, étaient devenus pour les musulmans, comme ils l'étaient déjà pour les chrétiens, le grand peuple de l'Occident; l'islamisme no connaissait l'Europe» que sous le nom do Franfiistan ou Fi'ankistan, pays dos Francs, nom que les Orientaux n'ont pas cessé do lui donner ; des relations paciii(pios commoncorent avec les Arabes, et qui eurent principalement pour objet ces chrétiens d'Asie, que les (lésars de Byzanco étaient désormais incapables de défondre.

(Iharlomagno remplissait l'Occidt^nt do sa gloire, quand le patriarche de Jérusalem réclama st\s sjocours contre les infidèles qui profanaient les lieux saints. Il accueillit trs plaintes, lit passif on Palestine do grosses sommes d'argent dostinét^s à la réparation dos églises; puis il envoya une ambassade et des présents au khalife llaroun, on le priant do regarder les chrétiens avec indulgence. Le khalife, qui avait besoin do rallianco du (lésar de l'Occident contre les musulmans schismatiquos d'Espagne, répondit à st»s lettres on lui envoyant les clefs du saint sépulcre, comme pour témoigner qu'il abandonnait la souveraineté dos lieux consacrés par la mort du Christ. Alors, dit Éginhard, Charles prit ouvertement sous sji protiHiion les chrétiens d'outn^mer ; il fit construire à Jérusalem un hospice pour les pèlerins et le dota mémo d'une bibliolht»que ; enfin, il conclut avec Haroun des conventions de commerce par lesquelles on arrêta des tarifs de douanes

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et l*on assigna des lieux de sûreté pour les marchands francs en Egypte et en Syrie. Ces conventions furent respectées au moins pendant cinquante an^ car on trouve qu*au neuvième siècle les habitants de Lyon et de Marseille avaient, à Alexandrie, des facteurs qui envoyaient en Europe toutes les marchandises de l'Asie ; un bazar français était établi à Jérusalem ; enfin, les troupes de pèlerins qui se dirigeaient chaque année vers les lieux saints devinrent de vraies caravanes de commerce.

L'ère des Abassides marque la fin des conquêtes arabes; l'islamisme se relire dans ses possessions d'Orient, et en même temps Tempire se démembre en plusieurs États indépendants jusqu'à ce que des peuples nouveaux convertis à l'islamisme lui rendent son esprit guerrier et envahisseur.

Nous avons déjà dit que l'Espagne avait son khalife à (iordoue. Dans le neuvième siècle la Mauritanie, sous les Madratites, la Libye, sous les Aglabiles, la Transoxiane, sous les Samanides, le Khorassan, sous les Tahérides et ensuite sous les Soflarides, formèrent des Ktats séparés reconnaissant à peine la souveraineté religieuse des khalifes de Bagdad. Au milieu du dixième siècle, la plus grande partie de la Perse obéit aux Boujides; la Géorgie", l'Arménie, la Syrie, étaient indépendantes ou soumises de nom à l'autorité des vicaires du prophète, et ceux-ci n'avaient plus de puissance réelle qu'à Bagdad, dans la Mésopotamie et dans l'Arabie. Le plus considérable de ces États fut celui des Fathtmites ou descendants d'Ali, qui, après avoir cherché longtemps à renverser les Abassides, réunirent tous les shiiles de l'Afrique septentrionale et de l'Arabie, et finirent par conquérir l'Egypte; ils y fondèrent (968), au Caire, un khnlifat indépendant qui fit à celui de Bagdad une guerre acharnée, s'emparèrent de la Syrie et furent reconnus par une partie de l'Arabie.

Dans ce démembrement, l'histoire des Abassides n'est qu'un monstrueux récit de révoltes, de cruautés, de batailles, d'exécutions, de barbaries de tout genre ; vingt-huit khalifes périrent de mort violente. Enfin un nouveau peuple apparut qui se fit une large part dans l'empire des Abassides et qui devait un jour recueillir leur héritage : c'étaient les Turcs.

104 H1ST0IRE.de la TURQUIE.

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