‹ Histoire de l'Empire OttomanChapitre 37 sur 83 · CAUSES POLITIQUES DES CROISADES · texte numérisé non relu

CAUSES POLITIQUES DES CROISADES

crifier leur vie pour leurs frères. Les Italiens el les Français oui, par l'inspiration divine, accueilli mes conseils. Déjà plus de cinquante mille sont prêts, s'ils peuvent m'avoir pour chef dans cette expédition, à se lever en armes contre les ennemis de Dieu... » Cependant Grégoire VII n'eut pas la gloire de commencer les croisades. L'idée de la guerre sainte fermenta encore vingt ans; enfin, quand celte idée fut devenue la passion de la foule, quand le monde chrétien tout entier fut convaincu que c'était un devoir pour les Latins de porter leurs armes en Orient, il suffit de la voix d'un pauvre ermite pour soulever des milliers d'hommes et les précipiter sur l'Asie .

Les croisades furent donc pour les masses des guerres toutes religieuses qui n'eurent d'autre but que la délivrance du saint tombeau; mais, pour les papes et les princes, on pourrait dire qu'elles furent des guerres autant politiques que religieuses, si l'on pouvait, à cette époque, séparer la politique de la religion, qui était l'àme de l'état social, la mère de toutes les pensées, l'inspiratrice de toutes les actions. En effet, malgré les chroniques naïves et ignorantes qui nous représentent les chevaliers et les soldats de la guerre sainte comme animés du même zèle aveugle et barbare, on ne saurait douter que les chefs et surtout les conseillers de ces expédition^ héroïques n'en comprissent au moins la portée humaine et la nécessité politique, s'ils n'y voyaient pas, selon nos idéeà modernes, une réaction légitime de l'Occident sur l'Orient. Ils sentaient qu'il fallait, pour sauver l'Europe, conquérir une [Kirtie de l'Asie; que la délivrance des chrétiens d'outre-mer était pour les Latins, non-seulement une question de charité, mais une question d'existence C'est ce que témoigne la lettre du patriarche de Jérusalem, portée par Pierre l'Ermite au pape et aux princes chrétiens : « Les royaumes de l'Occident se croient en sûreté, disait le prélat ; mais qui peut répondre du nom chrétien quand Jérusalem est gardée par les infidèles et qu'ils menacent de prendre Byzance? » — De même, Urbain II disait aux Francs dans le concile de Clermont : « Nation d'au delà des monts, aimée et chérie de Dieu, comme le prouvent vos exploits, nation distinguée de toutes les nations par votre foi et l'honneur que vous rendez à l'Église, que vos âmes s'émeuvent au souvenir de vos ancêtres! La terre que vous habitez a jadis été envahie par les Sarrasins, et l'Europe aurait reçu la loi de Mahomet sans la valeur de vos pères. Rappelez à votre esprit leurs dangers et leur gloire ; ils ont sauvé l'Occident de la servitude ; vous aussi volis délivrerez l'Europe et l'Asie. . . » Les mêmes pensées se retrouvent dans les lettres de Grégoire VII et, plus tard, dans celles de saint Bernard et de saint Thomas d'Aquin. « Ce sont les infidèles, disait saint Bernard, qui nous ont attaqués les premiers; noire glaive ne fait que repousser le leur. » — a Nous ne voulons pas les contraindre à croire, disait saint Thomas, mais les empêcher de nuire et de persécuter. » — Et après la prise d'Antioche, quand les sultans de Damas, d'Alep et de Mossoul vinrent attaquer les croisés, l'ermite Pierre, envoyé pour négocier avec

eux, les invita iiaïveiiieiii à laisser la Syrie au christianisme : « Les provinces que nous conquérons, leur dit-il, ont appartenu de tout temps à des peuples chrétiens, et comme tous les peuples chrétiens sont nos frères, nous sommes venus en Asie pour venger les outrages de ceux qui sou(ri*ent et défendre le patrimoine du Christ. Je vous adjure donc au nom de Dieu de nous laisser ce pins et de retourner dans les terres d'où vous sortez; nous conclurons avec vous une paix durable. »

Ainsi les croisades furent pour l'Europe chivtienne des guerres de défense et non . d'agression, des guerres justes et nécessaires, des guerres de dévouement et de civilisation; elles eurent tous les résultats politiques qu'on devait humainement en attendre. Elles portèrent un coup si décisif a l'invasion mahométane, qu'il fallut ensuite à celle-ci trois siècles et demi de combats pour revenir devant les murs de Byzance, d'où les premiers croisés l'avaient chassée: et lorsque cette ville fut prise, la civilisation chrétienne, gnko à ces trois siècles et demi de combats, était si fortement assise, si invinciblement consolidée, que l'islamisme ne put aller plus loin, et qu'il est resté isola dans le coin de terre européenne qu'il avait conquis. Le peuple qui contribua le plus à rendre à la chrétienté ce grand service fut le même qui l'avait déjà sauvée à Poitiers. La France était aloi*s la première nation de l'Europe, le pays le plus chrétien et le plus guerrier, celui qui avait l'initiative de toutes les grandes actions ; c'était elle, fille aînée de l'Église, que TOrient appelait depuis trois siècles à sa délivrance. Les croisades furent, en effet, des guerres toutes françaises : les armées chrétiennes se comp jsèrent presque entièrement de Français; on appela les croisades les gestes de Dieu par les Francs, et, plus tard, la Franàade; la destinée de la terre-sainte fut immédiatement liée pendant plusieurs siècles à celle de la France, et son histoire n'est, pendant cette période, qu'un épisode de notre histoire.

1^ III. — Cuiuluite de:» Grecs à 1 égard des Laliiu».

Les établissements de la France en Asie n'eurent, comme Ton sait, qu'une durée éphémère. Des causes nombreuses amenèrent ce résultat : leur éloigneinent, l'affaiblissement de l'esprit religieux, les divisions des conquérants; mais la principale fut l'inimitié d'un peuple qui était intéressé plus que tous les autres au succès des croisades et qui a tout fait pour les rendre inutiles ; nous voulons dire les (îrecs.

Le schisme grec est l'élément le plus funeste de toute l'histoire moderne, celui qui a enfanté presque toutes les calamités de l'Europe, celui qui menace encore d'en accabler l'avenir. D'abord, il a brisé l'unité du monde romain, continuée

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