‹ Histoire de l'Empire OttomanChapitre 38 sur 83 · CONDUITE DES GRECS A L'ÉGARD DES LATINS · texte numérisé non relu

CONDUITE DES GRECS A L'ÉGARD DES LATINS

par le christianisme ; ensuite il a ouvert, par la lâcheté de ses sectateurs, la porte de rOccident à Tislamisme; enfin, il menace aujourd'hui de donner la domination de TEurope orientale aux derniers nés de l'Église grecque, aux Russes.

L'empire byzantin, attaqué dès les premières années de Tislamisme, s'était vu, chaque fois que la ferveur musulmane se réveillait, dépouillé de quelque province et serré de plus près par ses irrécon4:iIiables ennemis. Il n'en était plus séparé que par la largeur du Bosphore, et les Turcs seldjoucides mesuraient déjà des yeux les murailles de Constantinople. Incapable de se défendre lui-même, il sentait qu'il ne pouvait être sauvé que par le secours des peuples occidentaux. Aussi l'empereur Alexis Comnène avait contribué lui-même à provoquer la croisade : en 10i)l2 il avait adressé à Rol)ert, comte de Flandre, qui passait à Constantinople au retour d'un pèlerinage, une lettre pathétique par laquelle il appelait l'aide des Francs : « Si Ton ne nous apporte un prompt secours, disaitil, la ville auguste subira le sort de la plus grande partie de Tempire. L'Occident verra-t-il sans le combattre le lléau qui va anéantir l'Orient? » Puis, après avoir fait le lamentable tableau des horreurs auxquelles sa capitale est exposée : « Si tant de motifs ne vous touchent pas, résisterez-vous à l'ûitérêt qui vous appelle dans nos opulentes contrées ? Elles sont remplies de richesses ; des ruisseaux d'or y coulent; il vous sera permis d'y puiser. Les femmes grecques, ajoutait-il, les plus belles de l'univers, peuvent devenir un digne prix de vos exploits. » Mais, à l'aspect des bandes pillardes de Pierre l'Ermite, Alexis fut efTrayé du nombre de ses défenseurs. Ce n'était qu'à regret et par nécessité que les (Jrccs avaient recours aux peuples de l'Occident, qu'ils détestaient. « Ayons les Francs pour alliés, disaient -ils, mais non pour voisins. » Fièredesa civilisation en lambeaux, de sa science stérile, de sa fastueuse corruption, cette nation abâtardie avait con- .-^ervé tout l'orgueil des anciens dominateurs du monde, et traitait de barbares ces peuples dont elle implorait le secours. Les Occidentaux n'étaient, à ses yeux, que des impies, des idolâtres, à l'égard desquels le parjure était permis et la trahison méritoire. Les armes des Turcs firent moins de mal aux Latins que le mauvais vouloir de leurs perUdes alliés ; et si les croisades n'eurent pas tout le fruit qu'on en pouvait attendre, il faut l'attribuer surtout à la haine jalouse de ceux qu'elles avaient pour but de protéger.

Dès leurs premiers pas dans l'empire grec, les Francs rencontrèrent la malveillance la plus marquée* : l'armée du centre, composée de Français et de Normands d'Italie, ne s'ouvrit un passage dans l'Épire et la Macédoine que par la force ; le frère du roi de France, qui la commandait, fut pris par trahison et retenu pendant quelque temps comme otage. Cependant, quand Alexis vit campée aux portes de Constantinople cette redoutable élite de la noblesse firançaise, il prit soin de dissimuler ses intentions hostiles sous les plus vives démonstrations d'amitié. Il combla les principaux clif:fsde présents et de caresses,

et les éblouit en leur montrant ses trésors et la magnificence de sa capitale. 11 eût été facile aux croisés de détruire à cette époque Tempire grec, de s'établir solidement à Constantinople, et l'on ne saurait calculer les conséquences qu'aurait eues un tel événement pour les destinées de FEurope. Bohémond, fils du conquérant de Naples, en eut un instant la pensée : depuis leur établissement en Italie, les Normands avaient été aux prises avec les Grecs ; ils les appréciaient à leur juste valeur, et les délestaient autant que les musulmans. Robert Guiscard leur avait enlevé les îles Ioniennes et les côtes de l'Épire; Bohémond lui-même s'était emparé de Janina et d'Okhrida, ces deux plateaux de la péninsule hellénique dont nous avons vu toute l'importance. Il avait de là pénétré jusqu'à Larisse en Thessalie, jusqu'à Véria en Macédoine, et n'avait été arrêté dans ses progrès que par les événements qui se passaient en Italie. Il proposa à Godefroy de Bouillon de se saisir de la cité impériale ; le pieux duc de Lorraine refusa en disant qu'il ne s'était armé que pour combattre les infidèles et délivrer le tombeau de Jésus-Christ. L'empereur attira Bohémond dans son palais, l'y logea, l'y combla d'honneurs et finit par le séduire. La plupart des chefs furent de même enivrés par les flatteries et gagnés par les largesses de leur hôte*. Enfin, le rusé monarque les amena à lui prêter serment de soumission et d'obéissance. La cérémonie fut magnifique : Alexis Comnéne put se croire un instant le vrai successeur de Constantin, en voyant les vaillants fils de la Gaule plier le genou devant lui. Il promit de les suivre avec une armée ; quant à eux, ils s'engagèrent à remettre enire ses mains les villes qui avaient appartenu à l'empire et à lui rendre hommage j)onr leurs autres conquêtes. Les croisés passèrent enfin le Bosphore et se mirent en roule à travers la Bithynie. Aussitôt ils se virent harcelés par les Turcs, qui avaient été avertis par les Grecs eux-mêmes de la marche de l'armée. Nous n'avons pas à retracer l'histoire de celte première croisade ; on sait par quelles perles et quelles fatigues l'armée chrétienne ])arvint à s'ouvrir un chemin jusqu'en Palestine; comment elle gagna sur le sultan de Roum, Kilidje-Arslan, la bataille de Nicée ; conunent elle vainquit les sultans d'Alep et de Damas à Antioche. La puisisinwG (les Seldjoncides en fut ruinée, et les Fathiniites en profitèrent pour rentrer en Syrie et reprendre Jérusalem. On sait comment les croisés s'emparèrent de la ville sainte et fondèrent le royaume de Jérusalem, les principautés d'Antioche, de Tripoh, d'Édesse; on sait enfin par quels efforts héroïques, par quels prodiges de valeur ils durent défendre leurs conquêtes.

* Élienno, comte do Rlois, écrivail à sa fomnie : « I/Kmpercur m'a reçu comme s<m fils el m'a comblé de riches présents. De tous les chefs de Tarméc, je suis celui a qui il a témoigné le plus de confiance et à qui il accorde le plus de laveur. U y a plus, ma chère amie, il m'a demandé uu de mes fils ; il veut l'élever à un tel degré d'honneur qu'il n'aura rien » envier aux nfttres. En vérité, il n'y a pas un prince tel qu'Alexis sous le soleil. »

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