‹ Histoire de l'Empire OttomanChapitre 4 sur 83 · LE DANUBE · texte numérisé non relu

LE DANUBE

vont à la rencontre Tune de l'autre et étranglent la vallée du Danube en trois endroits différents ; elles forcent ainsi le fleuve à changer successivement de niveau, et à parcourir, pour ainsi dire, quatre vastes gradins. Des provinces septentrionales de Tempire ottoman, la Bosnie et la Servie occupent une partie du troisième bassin ; la Valachie, la Moldavie et la Bulgarie la presque totalité du quatrième.

Le Danube, après avoir traversé plusieurs États de TAIlemagne et la plus grande partie de Tempire d'Autriche, entre dans l'empire ottoman à Belgrade. C'est alors un fleuve majestueux, profond, rapide, coupé de grandes îles, coulant entre des rives basses et des plaines fertiles, ayant jusqu'à 800 mètres de largeur, et pouvant porter même des navires de guerre. La première ville turque qu'il arrose est l'une des plus célèbres de l'empire sous le rapport militaire : Belgrade^ située au confluent de la Save, en face de l'endroit où la Temes, en se jetant dans le Danube, le coupe en plusieurs bras marécageux, sur la grande route qui joint Vienne à Cohstantinople, à égale distance (200 lieues) de ces deux villes, à l'entrée de l'importante province de Servie, est le boulevard de l'empire ottoman contre l'Autriche, et était autrefois l'avant-poste des Turcs contre la Hongrie. Elle a la forme d'un triangle irrégulier, dont un C(Mé est couvert par la Save, un autre par le Danube, tous deux réunis par une citadelle ; le troisième côté, tourné vers la campagne, a une enceinte bastionnée et un châtenu. Cette ville a subi des sièges très-nombreux, dont les plus importants sont ceux de 1521^ où elle fut prise par Soliman le Magnifique ; de 1658, de 1717, de 1789, où elle fut prise par les Impériaux; de 1806 et de 1813, où elle fut prise pat les Serbes, etc. Aujourd'hui c'est encore une place très-forte, mais ayant une position singulière : elle est située dans la Servie, Etat presque indépendant de l'empire ottoman, et, bien qu'ayant garnison turque, elle est entièrement isolée du reste de l'empire. Elle renferme 20,000 habitants. Turcs, Serbes, Grecs, etc.

Le Danube, au-dessous de Belgrade, a sa rive droite assez élevée et bordée de coteaux qui produisent d'excellents vignobles ; il sert de limite à la Hongrie et à la Servie, et il arrose ainsi Krotska, village célèbre par la victoire des Turcs sur les Impériaux en 1739; puis Semendria, ville de 10,000 habitants, ancienne résidence des rois de Servie, défendue par un vieux château ; il passe près de Passarowilz, village célèbre par la paix de 1718, entre les Turcs et les Impériaux, et arrive à Columbatz. Là le fleuve, pressé à gauche par les contre-forts des Carpathes, à droite par les contre-forts des Balkans, qui viennent, comme nous le dirons tout à l'heure, se joindre, et, pour ainsi dire, se souder dans son lit, commence à bouillonner, à mugir, à former des rapides. Ses deux rives s'escarpent également et forment deux murailles de 300 mètres de hauteur ; d'énormes rochers se montrent à sa surface ; des tournants dangereux embarrassent son cours. Les bateaux à vapeur qui sillonnent le Danube depuis Vienne s'arrêtent;

L'EMPIRE OTTOMAiN

DEPUIS Uf TEMPS ANCIENS JlSyUA NOS JOURS

THÉOPHILE LANAUÉE

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<f DESCRIPTION DE LA TURQUIE.

siège, plusieurs assauts et une bataille gagnée par eux à Battin, village situé

près du Danube, à mi-chemin de Sistova à Itoutschouk.

Au-dessous de Boutschouk, le fleuve, qui avait coulé jusque-là dans un lit unique et parsemé d*îles, commence à former de grandes dérivations qui vont inonder le pays à 15 ou 20 kilomètres de distance. La rive droite continue à commander la rive gauche : la première est bordée par les derniers gradins des montagnes de Bulgarie , qui se terminent en collines pittoresques ; la deuxième est bordée de terres basses, marécageuses, coupées par des bras secondaires ou des flaques d'eau stagnante, semées d'îles boisées ou couvertes de roseaux gigantesques. Le Danube reprend ensuite un seul lit et arrive à Tourtoukai, petite ville située en face du confluent de TArdjich et qui vient d'être récemment fortifiée à cause de sa position remarquable ; elle lie en effet les deux grandes places de Boustchouk et de Silistria, et se trouve au seul endroit où, entre ceê^^Mx villes, les deux rives sont également basses et présentent des points de passage faciles, surtout de la rive gauche à la rive droite. Vis-à-vis d'elles, près du confluent de l'Ardjich, et à quelque distance du Danube, se trouve le village valaque à'Oltenitza, qui dans toutes les guerres a été signalé comme le point de passage le plus commode de Valachie en Bulgarie. Les Turcs, au commencement de la guerre actuelle, se sont emparés momentanément de ce point et y ont livré un combat remarquable.

Le Danube arrive ensuite à Silistria^ l'une des trois grandes places turques du fleuve, au débouché de la route principale des Balkans par Choumla ; elle a 20,000 habitants et fait un commerce considérable. Elle est enveloppée d'une muraille demi-circulaire flanquée -de tours et se trouve protégée au sud par une ligne de redoutes que relie un fort château. Elle a été vainement attaquée par les Busses en 1773 et 1809, et prise par eux après un long siège en 1829. Boutschouk, Silistria et Choumla sont les sommets d'un triangle trèsremarquable qui est en quelque sorte la citadelle de la Turquie en avant des Balkans.

Après Silistria, le fleuve continue à se diriger vers le nord et ses dérivations recommencent. La plus considérable prend le nom de Berchlcha, longe le vrai Danube pendant 25 lieues, est ordinairement distante de lui de G à 8 lieues, et s'y réunit de loin en loin par de grands bras formant des îles marécageuses ; toute la rive gauche jusqu'à Hirschova est impraticable. Le fleuve passe ainsi sur la rive droite à Rassova, petite ville défendue par une mauvaise enceinte en face de laquelle sont d'inabordables marais. On suppose que, dans des temps très-éloignés, le Danube, arrivé à ce point, continuait directement sa course de l'ouest à l'est, pour se jeter dans la mer au petit port de Kosteudjé, dont il n'est éloigné que de 15 lieues; mais, comme il est bordé sur sa droite par une série de petites collines, et qu'il n'y a pas à Kostendjé la moindre

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