PRISE DE CONSTANTINOPLE PAR LES LATINS
breiises et continuelles relations unirent alors la Grèce à la France, combien de familles illustres étaient intéressées à cette conquête, que de vaisseaux, d'aventuriers, de marchands, abordaient en ce pays, surtout quand la Morée se trouva inféodée par mariage au royaume de Naples, conquis par Charles d'Anjou; il y eut alors dans cette montrée de beaux faits d'armes et de grandes prouesses, témoin le combat de Prinitza, où vingt mille Grecs et Bulgares furent mis en déroute par trois cents chevaliers français; mais ce magnifique épisode de nos annales n'a eu que des chroniqueurs obscurs, et, par un oubli trop commun dans notre patrie, il n'est pas d* histoire moins connue, inoins populaire que celle de notre domination dans la Grèce. A peine si quelques savants ont cherché à en relever les glorieux débris ^ et lorsque nos soldats, il y a moins de trente ans, venaient donner l'indépendance à la Grèce, aucun historien ne rappela à l'attention publique qu'au treizième siècle la France était maîtresse de ce pays, que la principauté d'Achaïe était alors un État français qui avait une organisation féodale régulière, et pour limites le Pinde, les Cyclades, les îles Ioniennes; que les villes de Misitra, de Klemoutzi, de Karitène, ainsi que les forts d'Âkova, de Geraki, deNicli, d'Andravida, avaient été fondés par nos ancêtres ; que des Français avaient été palatins dcZante, marquis de Bodonitza, baions de Karitène; que les princes d'Achaïe, dont aujourd'hui l'existence est ignorée, avaient eu dans leur cour des Brienne, des la Trémouille, des Châtillon, des Courtenay, et que leurs derniers successeurs furent des Valois et des Bourbons.
On sait que les Français ne restèrent sur le trône de Byzance que pendant un demi-siècle; mais leur domination se maintint en Grèce, avec des fortunes trèsdiverses, pendant deux cent cinquante ans. Au quinzième siècle, Louis, duc de Bourbon, portait encore le titre de prince d'Achaïe, et envoyait dans ce pays l'un de ses chevaliers pour recevoir l'hommage de ses vassaux. Nous verrons que le sabre des Turcs ne détruisit pas toutes les seigneuries françaises, et que les titres en furent portés par des familles de France jusqu'au dix-huitième siècle. Les évêchés latins, fondés à l'époque de la conquête, subsistèrent pendant cinq ou six cents ans; il en reste encore quelques-uns, et le droit de protéger les catholiques de la Grèce est resté à la France jusqu'à nos jours. Enfin, les voyageurs modernes racontent avec quelle émotion ils ont vu en Grèce des traces de la domination française, des murs de vieux manoirs, des débris d'églises latines, des tombeaux français à côté des tombeaux helléniques, et, dans les ruines d'Ârgos et d'Athènes, des armoiries françaises, des fleurs de lis, des croix du moyen âge.
' Voir l'ouvrage de Buchon : Èclaircistement» hittoriquet tur la principauté françaUe de Morée, etc..
g YII — Invision des Mongols. -* Croisades de saint Louis. ^ Enlrepnses de Charles d'Anjon.
A i*époque où nous sommes arrivés, c'est-à-dire au commencement du treizième siècle, l'islamisme était maître presque sans partage de toute l'Asie occidentale; mais, encore bien que les Fathiifiites ne comptassent plus que comme sectaires vaincus et réduits à l'impuissance, il était sans force, livré partout à l'anarchie, divisé en une multitude de sectes, partagé en plusieurs États ennemis. Le khalifat de Bagdad n'était plus qu'un nom. La sultanie d*lconium, composée d'innombrables petites principautés, allait être emportée dans la première tempête. La sultanie du Caire était tombée aux mains d'un homme énergique, Malek-Adhel, qui avait réuni sous sa domination les héritages des fils de Saladin ; mais, après sa mort, son empire fut partagé entre ses fils, Malek-Kamel. qui eut l'Egypte en sa possession, repoussa une nouvelle croisade, la cinquième, conduite par des seigneurs français et allemands (1221); il eut pour successeur Malek-Sahel, dont nous reparlerons. Enfin, il s'était formé dans le Turkestan, le Khorassan et l'Irak persique, un nouvel empire, qui date de 11^7, celui des Khouarismiens , qui renouvela la domination des Ghaznevidcs, et menaça de destruction le khalifat de Bagdad.
Telle était la situation de l'Asie oc<îidentale, quand elle fut lM)uleversée par de nouveaux envahisseurs à l'ombre desquels allaient apparaître les restaurateurs de l'islamisme, les Turcs ottomans.
Ces envahisseurs étaient les Mongols, de la grande famille tartare, et qui avaient conservé toute leur barbarie primitive , leur ardeur du pillage , leur sauvage amour du sang et de la guerre. Ils étaient conduits par Genghis-Khan, né en 1165, sur les bords de l'Onon, et qui, après avoir conquis la Tartarie, la Chinent l'Inde, se dirigea vers l'Occident et rencontra l'empire des Khouarismiens, qui fut bouleversé. Genghis mourut en 1227. Son fils Oclaï acheva la conquête de cet empire; les Khouarismiens, vaincus et refoulés par les Mongols, se jetèrent sur la Syrie, la ravagèrent, s'emparèrent de Jérusalem, et en massacrèrent tous les habitants (1244). Le sultan du Caire, Malek-el-Sahel, fit alliance avec eux; les chrélieiïs s'unirent avec le sultan de Damas, présentèrent la bataille aux Khouarismiens, et furent complètement vaincus. Les colonies chrétiennes semblaient perdues, quand les Khouarismiens entrèrent en lutte avec le sultan du Caire, et furent détruits dans deux batailles. La Syrie retomba sous la domination du sultan d'Egypte.
Ce fut dans ces circonstances que le roi Louis IX essaya de restaurer la puissance française en Orient par une nouvelle croisade. Il avait des plans complets de colonisation pour l'Egypte et pour la Syrie ; il emmena des laboureurs et des