CROISADES DE SAINT LOUIS
artisans avec lestiuels il aurait repeuplé la lerre sainte; il devait donner des armes à toute la population chrétienne de ces contrées , réunir à elle les Mongols, qu'on croyait alors disposés à suivre la loi évangélique, et mettre fin a la religion et à Tempire des mahométans. Ceux-ci furent effrayés de ces préparatifs, et «Ton crut partout, dit un historien arabe, que Tislamisme était perdu sans ressource. » On sait comment tous ces projets échouèrent : ils échouèrent parce que les chrétiens croutre-mer avaient été trop décimés par un siècle de désastres pour qu*ils pussent donner aux croisés de sérieux secours, parce que les relations entamées avec les Mongols servirent seulement à démontrer que l'Asie centrale ne connaissait qu'un peuple à l'Occident, les Francs, dont elle recherchait l'amitié; ils échouèrent surtout parce que l'enthousiasme des croisades n'existait plus que dans le cœur du saint roi. Aussi ne fit-il que retarder la perte de la Palestine en se dévouant obscurément pendant quatre* années à relever les murs des dernières places chrétiennes, à assurer l'existence de nos derniers comptoirs de commerce, à bâtir des églises qui sont encore les seules qui existent dans le pays ; mais le héros du moyen âge laissa en Orient des souvenirs de gloire qui sont eiicore pour la France son meilleur titre au protectorat des catholiques d'outre-nier , et les fellahs des bords du Nil répètent encore la chanson qui rappelle, avec la bataille de Mansourah, la bravoure du sultan chrétien.
La croisade de saint Louis amena dans la sultanie du Caire une nouvelle révolution, dont les conséquences se sont fait sentir jusqu'à nos jours.
Le sultan Nedj-Eddyn s'était formé une cavalerie redoutable avec des esclaves qu'il avait achetés en Gircassie, et qu'on appelait mameluks; cette milice, sem blable à celles que les khalifes s'étaient jadis donnée, arriva promptement dominer ses maîtres. Nedj-Eddyn étant mort pendant les batailles livrées aui croisés, le chef des mameluks, liibars, s'empara du pouvoir, massacra le dernier ayoubite, et fonda ainsi une domination qui devait durer jusqu'au commencement du dix-neuvième siècle (12G8).
Avant de suivre l'islamisme dans ses autres révolutions, voyons quelles furent les dernières entreprises faites pour restaurer la puissance française dans la Méditerranée. Ce fut un frère de saint Louis, homme d'un génie audacieux et entreprenant, qui l'essaya. Charles d'Anjou, déjà comte de Provence et seigneur du Piémont, devint protecteur des républiques lombardes, et vicaire impérial en Italie; ensuite il se fit nommer podestat de Florence et sénateur de Rome, c'està-dire chef civil de ces deux États ; enfin il obtint de la papauté, qui en dépouilla la maison de Hohenstauffen, les couronnes de Naples et de Sicile avec leurs annexes. Alors maître de l'Italie, de la Sardaigne, de la Sicile, de Malte, des • lies ioniennes, ayant fondé à Mice et à Messine des arsenaux qui lui permirent d'avoir en mer jusqu'à deux cents vaisseaux, il marcha à la domination
1^ HISTOIBE DE LA TUBQOIE.
«*ntière de la MédHerranée par les Toies qo'aTaient sonries les rois nonnands. Il résolut d'abord de conquérir la côle septentrionale de TAIrique, tributaire, dqniis les Nonnands, des rois de Sicile, et il fit entrer son frère dans cette expédition. C'était, disait-il» le moyen de couper en deux tronçons Tislamisme, qui se trouverait isolé à la fin en Espagne et en Egypte, quand Tunis et Tripoli auraient été rendues à la loi de rÉvangile. L'expédition échoua, et les ruines de Carthage virent pour dernière gloire la mort du plus saint homme qui ait honoré un trône. Mais Charles arriva en partie à son but : un traité fut conclu avec le roi de Tunis, par lequel celui-ci payait aux rois de France et de Sicile un tribut annuel de vingt mille onces d'or, ouvrait ses ports au commerce des Francs et laissait les chréliens de ses États libres d'exercer leur culte.
Alors Charles aspira au trône de Byzance, retombé en 1261 aux mams caduques des Grecs, et il se prépara à cette conquête en faisant passer dans sa maison les principautés d'Achaîe et d'Albanie. 11 obtint la première en mariant Tun de ses fils à rhcriticre des Yillehardouin, et c'est ainsi que la souveraineté de la Morée s'en alla dans la fiaimille des Valois et ensuite dans celle de Bourbon. 11 obtint la deuxième en faisant valoir les droits des rois de Sicile sur les colonies fondées par les Normands, colonies où s'étaient établis plusieurs princes grecs après la dissolution de l'empire d'Orient, mais qui n'avaient pas cessé d'appartenir à l'Église romaine : en eCTet, il fut reconnu (i27!2) comme suzerain ou roi d'Albanie par les chefs demi-sauvages de ce pays; et c'est alors que plusieurs familles provençales allèrent s*établir dans l'Albanie, où des dynasties françaises furent fondées. La plus célèbre de ces dynasties est celle des ducs de Durazzo (Dyrracliium), qui commença dans Philippe de Tarente, en 1294, et eut pour troisième prince le fameux Charles de Durazzo, usurpateur du royaume de Naples. Le dernier duc de cette maison vendit (lo7o) Durazzo à une de ces familles françaises établies en Albanie sous Charles d'Anjou, les Balsa, qui venaient de l'illustre maison provençale des Baux, et étaient seigneurs deZenta, de Scodra, de Croïa, d'Avlone, etc. Les Balsicliides devinrent alors la plus puissante famille de l'Épire; ils s'emparèrent de l'Acarnanie et de l'Élolie, d'une 'partie de la Thessalie et même de plusieurs villes de Macédoine; mais ils perdirent successivement toutes leurs conquêtes de 1583 à 1421 par les armes des Turcs et furent réduits à un petit territoire chez les Mirdites, où l'on croit que leurs descendants existent encore.
Charles d'Anjou, dès qu'il fut assuré de l'Albanie, commença son expédition contre Constantinople; mais l'empereur grec s'était préparé à détourner l'orage par une conjuration tramée avec les seigneurs de Sicile; et l'avant-garde napolitaine venait à peine de débarquer à Avlone, que les vêpres siciliennes éclatèrent (1281). Ce fut un coup terrible, non-seulement pour la puissance de Charles, qui ne fit plus que décroître, mais encore pour la domination française dans la Médi-