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CONQUÊTES DES MONGOLS

terranée, qui fut presque entièrement anéantie pendant deux siècles. Le roi de yaples s'efforça vainement de restaurer cette domination par les moyens qui l'avaient donnée à la France, c'est-à-dire par les croisades. Il se fil céder par Marie d'Antioche ses droits au trône de Jérusalem; il envoya un de ses barons avec une petite flotte en Palestine pour y recevoir l'hommage de quelques seigneurs qui tenaient encore Ptolémaïs et plusieurs châteaux; il renoua l'alliance avec les Mongols; enfin il obtint de son neveu, Philippe le Hardi, qu'il reprit la croix. Mais le temps des guerres saintes était fini; Charles mourut en 1285, sans avoir rien pu faire pour reprendre son royaume de Jérusalem; six ans après, Ptolémaïs tomba au pouvoir des mameluks d'Egypte (1291), et la population chrétienne de la Syrie fut forcée de se soumettre à l'islamisme ou réduite en servitude. Une partie seule resta indépendante : ce fut le Liban habité par les Maronites et les Druses, populations dont nous parlerons plus tard et qui demeurèrent unies d'affection et de souvenir aux Français, auprès desquels les Maronites avaient glorieusement combattu et dont les Druses prétendaient descendre.

g VIII. — Suite des conquêtes des Mongols. — Destruction du khalifat de Bagdad. — Résumé des six siècles précédents.

Pendant ce temps, les Mongols continuaient leurs conquêtes; et leur empire, à la fin du douzième siècle, s'étendait des extrémités orientales de l'Asie aux bords de l'Euphrate et de la Caspienne. Sous Gaïouk, petit-fils de Genghis, ils passèrent dans les vastes steppes qui sont au nord de la Caspienne, soumirent le Kaptschak (entre l'Oural, le Wolga et le Don), firent la conquête delà Russie, dévastèrent la Pologne, la Silésie, la Moravie, pénétrèrent jusqu'en Hongrie. Ils incendiaient les villes, massacraient les populations, ruinaient tout dans leur marche dévastatrice; ils semblaient avoir pris à tâche, non de se faire un grand empire, mais d'anéantir toute civilisation, tout établissement, et jusqu'à la race humaine. Plusieurs millions d'hommes périrent dans ces invasions gigantesques.

Cependant , comme les Mongols paraissaient principalement acharnés contre les peuples mahométans, comme ils avaient passé à côté de la terre sainte sans y toucher, comme on savait qu'il existait dans le centre de l'Asie, depuis le sixième siècle, certaines peuplades chrétiennes, et entre autres celles qu'on disait gouvernées par le fabuleux Prêtre-Jean, avec lesquelles les Mongols avaient des relations amicales, on crut en Europe qu'il serait possible de convertir ces conquérants idolâtres à la religion chrétienne et de tourner leurs armes à la destruction entière de l islamisme. Ce fut l'objet de plusieurs ambassades qui furent envoyées parles papes aux khans des Mongols, et surtout de celle qui fut envoyée par saint Louis en 1253, et dont fut chargé le franciscain Rubruquis avec plusieurs autres moines. On assurait que le grand khan Mangou, quatrième successeur de Gonghis, venait

de fte convertir au christianisme, à la prière du roi d'Arménie. Nangou fit bon accueil aux envoyés du roi de France ; mais cette ambassade, disent les savants auteurs der.4r^ de vérifier les dates , fut un malentendu perpétuel: les ambassadeurs parlaient latin, et les Tartares leur répondaient dans leur langue. Rubruquis et ses confrères proposèrent au khan de se faire chrétien ; ils lui montrèrent la croix et l'image de la Vierge, qu'ils encensèrent en sa présence; ils étaient revêtus de belles chapes et chantaient le Salve Reyina. L'empereur tarlare, faute d'un bon interprète, prit tout cela pour des hommages qui étaient rendus à sa personne, au nom et de la part de saint Louis. Il en parut fort content, fit boire aux ambassadeurs du lait de jument aigri, boisson favorite des Tartares, et les renvoya avec quelques présents et une lettre à saint Louis, dans laquelle, prenant le titre de Fils de Dieu et de Souverain des seigneurs de la terre, il ordonnait à ce monarque de se conformer aux lois du grand Genghis-Khan, s'il voulait obtenir son amitié. Ce fut tout le résultat de cette ambassade singulière, qui nous a &it connaître, par le curieux récit de Rubruquis, rintérieur de l'Asie.

A cette époque, Mangou était occupé à détruire l'État des Bathéniens ou Assassins^. C'était moins un État qu'une des nombreuses sectes sorties de l'islamisme; mais celle-ci, plus barbare, plus fanatique, ressemblait aux tribunaux secrets qui ont existé en Europe dans le moyen âge. Cette secte avait pris naissance un peu avant les croisades ; son prophète, Hassan, ennemi des musulmans comme des chrétiens, s'était donné la mission.de redresser tous les torts et de punir tous les crimes, en envoyant ses sectateurs assassiner celui qu'il désignait à leurs coups. Elle fit trembler les princes occidentaux pendant deux siècles ; son chef, connu des Européens sous le nom de Scheik-al -Djebel, Vieux de la Montagne y résidait dans les montagnes de l'Irak persan ; ses adhérents, répandus dans toute l'Asie occidentale, exécutaient aveuglément ses ordres sanguinaires, et immolaient tous ceux dont l'association avait eu à se plaindre; trois khalifes furentsiiisi tués par eux aussi bien que plusieurs héros des croisades; enfin ils possédaient des postes fortifiés dans toute la Syrie, d'où ils pillaient les routes et les caravanes. Les Mongols les traquèrent dans leurs retraites, et leur dernier chef vint se remettre entre les mains de Mangou-Khan.

Celui-ci avait réclamé pour cette expédition l'aide du khalife de Bagdad ; il se vengea de son refus en envoyant son frère Houlagou contre la capitale de l'islamisme. Houlagou enleva la ville d'assaut, la saccagea pendant sept jours et en enleva de prodigieuses richesses. Quant au khalife, Mostasem, le cmquante-sixième depuis Aboubekre, et le trente-septième Abasside, il fut mis à mort avec sa famille (1258), et c'est ainsi que finirent la race et l'empire des Abassides.

* C'esl-à-dire buveurs de luuchich, boisson eniyranle dont s'abreuvaient les Bathéniens, et dont les vapeurs leur faisaient croire qn'ils voyaient les délices du paradis.

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