DESTRUCTION DU KIIALIFAT DE BAGDAD
Dans le même temps, un autre lieutenant du khan s'était avancé dans TAsie Mineure et avait tout soumis jusqu'au Bosphore. Les Seldjoucides d'iconium conservèrent néanmoins pendant trois générations le vain titre de sultans, sous la domination des Mongols; le dernier, comme nous le verrons, fut renversé en 1307. Apres Mangou-Khan, Tempire gigantesque des Mongols se divisa: |)endanl qu*une dynastie s'établissait en Chine, une autre branche de la famille de Genghis régna sur la Perse et TAsie occidentale ; mais cet empire ne prit pas grande consistance : toutes ses forces furent employées à disputer assez malheureusement aux sultans d'Egypte la possession de la Syrie. Peu faits d'ailleurs pour fonder, les Tartares ne régnaient que sur des ruines ; ils étaient restés, au bout d'un siècle, aussi ignorants 'et aussi barbares que du temps de Genghis-Khan. Leurs chefs protégeaient tantôt le mahométisme, tantôt le christianisme, tantôt le judaïsme; ils flottèrent toujours entre ces religions rivales et n'en adoptèrent aucune déûnitivement. Plutôt campés qu'établis dans les provinces qu'ik avaient i^ndues désertes, ils n'essayèrent pas de les gouverner. Toute leur action se concentra bientôt sur la Perse, où ils résidaient, et sur les provinces voisines ; les plus éloignées du centre de leur domination furent abandonnées aux ravages des hordes errantes ; de toutes parts, des gouverneurs devenus indépendants, d'anciens émirs musulmans, essayèrent de s'y former des États réguliers; et c'est ainsi qu'au milieu de cette anarchie grandit inaperçue la puissance des Ottomans.
Avant d'entrer dans l'histoire proprement dite des Ottomans, il est nécessaire de jeter un coup d'œil en arrière sur les six siècles que nous venons de parcourir. - Dès l'abord, le premier sentiment qu'on éprouve, c'est l'épouvante, c'est l'horreur : ces révolutions perpétuelles, ces empires qui s'établissent, se succèdent, se culbutent avec tant de facilité; ces guerres, ces^ batailles, ces massacres qu'on ne saurait énumérer : cette eflroyable consommation d'hommes, où l'espèce humaine '8i9||ble uniquement le jouet du génie du mal ; ce péle-méle d'événements sans suite, sans pensée, sans résultat, donneraient à croire que l'islamisme n'a produit que des ruines et n'a régné que sur des cadavres. Mais, s'il faut attribuer à cette religion du glaive, de la guerre, de la conquête, une bonne part de ces grandes calamités, il ne faut pas oublier que les pays qui en furent le théâtre sont ceux où les révolutions sont les plus fréquentes, les empires les plus éphémères, les conquêtes les plus faciles; c'est le pays où, avant les Omar, les Saladin, les Gcnghis- Khan, les Sésostris, les Cyrus et les Alexandre se sont fait encourant de vastes dominations et une sanglante renommée ; c'est le pays où les peuples se laissent insouciamment subjuguer, où ils changent de maîtres comme de vils troupeaux, où ils tendent le cou au bourreau sans regret comme sans murmure.
La cause de tout ce mal est donc moins dans les institutions que dans les hommes. Le Koran ne l'a pas produit ; il n'a fait que le continuer; mais il serait souverainement injuste d'oublier qu'il a fait autre chose que du mal, que l'histoire de
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la civilisation lui doit une de ses plus belles pages, que le génie arabe a ouvert de nouvelles voies à l'esprit humain, et continué Tœuvre intellectuelle des Grecs et des Romains. Il a produit une vaste et merveilleuse littérature, des ouvrages de mathématiques et de philosophie, qui ont fait sentir leur bienveillante action sur toute l'Europe, de précieuses inventions dans les arts, de fécondes industries, des édifices qui sont la traduction calme, élégante, voluptueuse, des doctrines heureusement interprétées de l'islamisme ; une architecture spéciale, qui est sortie du Koran, comme l'architecture gothique de l'Évangile.
Nous allons, après ce rapide exposé des empires nés de l'islamisme et de leurs relations avec la France, raconter l'histoire du dernier héritier de ces empires, de celui qui, après avoir longtemps menacé l'Europe chrétienne, semble appelé aujourd'hui à de nouvelles destinées et à se fondre dans la civilisation occidentale.
Nous verrons que si les Ottomans, sectateurs de cette religion qui a produit la civilisation arabe, n'ont paru jusqu'à nos jours qu'une nation campée au milieu de ses conquêtes, un peuple stationnaire, rebelle à tout progrès, voué à une mort certaine, on ne saurait l'attribuer au Koran, qui n'est plus ce qu'il était au temps des Abassides, qui, livré depuis longtemps à l'interprétation d'un corps imbu de préjugés, et dont nous verrons l'origine et les progrès, a changé d'esprit, est devenu un obstacle pour les sultans de Byzance, héritiers des khalifes de Bagdad ; mais que rien ne s'oppose à ce que ce code religieux et politique, composé de fragments épars et naturellement rempli de contradictions, ne' devienne de nouveau, ramené à sa source chrétienne, un instrument de progrès et un moyen de civilisation, comme sous les règnes merveilleux d'Haroun-al-Raschid et d'AImansor.