CHAPITRE
I,ES TURCS OTTOMANS JUSQO'aU RÈGKE DE BAJAZET l** . (1231 - i389.)
§ 1 — Origine (les OUouiaus. — Erlliogrul.
A l*époquc où Genghis, en renversant Tempire du Khouaresme, ouvrit l'Asie occidentale aux invasions des peuples de TOrient, Soliman-Schah, fds de Kaialp, chef d'une tribu des Turcs Ogouses répandus dans le Khorassan, quitta ce pays avec cinquante mille" des siens, et vint s'établir en Arménie aux envifons d'Erz-Inghian, sur l'Euphrale. Quelques années après, regrettant le sol natal, la horde en reprit le chemin ; mais, en voulant passer TEuphrate auprès du château de Djabcr, son chef se noya (1231); son tombeau'existe encore sur le bord du fleuve, et est connu sous le nom de Turk-Mezari^ tombeau du Turc. Les familles qu'il avait sous sa conduite se dispersèrent; les unes, avec ses deux fils aînés, retournèrent en Khorassan; les autres, avec ses deux autres fils, Dundar et Erthogrul , et qui étaient au nombre de quatre cents familles, errèrent pendant quelque temps dans la vallée du Ilaut-Araxe et sur le plateau d'Erzeroum, vers les sources de TEuphrate, séjournant l'été sur les hauteurs, descendant l'hiver dans les plaines, selon la coutume des peuples nomades. Bientôt Erthogrul s'avança plus à l'occident ; pendant qu'il cheminait avec sa tribu sur les frontières des Seldjoucides de Roum, il rencontra dans une plaine deux armées aux prises; sans savoir quels étaient les combattants, il résolut de secourir le plus faible contre le plus fort, et sa valeur décida le gain de la bataille. Les vaincus étaient des Mongols, elle vainqueur Alaeddin, sultan seldjoucide, qui, pour reconnaître l'utile secours ([u'il avait reçu du chef nomade, lui donna une résidence dans ses Etals : il lui assigna pour séjour d'été les pentes orientales des monts Toumanidsch , dont fait partie le mont Olympe de Bilhjnie, et pour séjour d'hiver les plaines de Sœgud sur le Sangarius.
Vassal du sultan , Erthogrul le servit dans ses guerres contre les Grecs, qui occupaient encore quel([ues villes dans celte région extrême de la Péninsule. Après
i2(i lllSTOlttE DE LA TUftOUIE.
une bataille où ses akindschis (coureurs ou fourrageurs), placés au front de l'armée, avaient rendu des services signalés, il reçut en récompense un petit territoire, dans le district de Bosœni, non loin à*Eskischehry ranciemieDorjlée. En même temps le district de Bosœni (front de glace) changea de nom; Alaeddin l'appela Sultan-OËni (front du Sultan), en Thonneur de sa brave avant-garde. Ce nom est resté longtemps celui d*un deâ dix-sept sandjaks ou provinces actuelles de la Turquie d'Asie ; l'étroit canton qui le porta d'abord fut le berceau de la puissance ottomane.
Toutes les nations, et surtout celles de l'Orient, se plaisent à entourer leur origine de circonstances merveilleuses ; il n'est pas de fondateur de dynastie dont la grandeur n'ait été miraculeusement annoncée. Ainsi l'on trouve dans les annales ottomanes qu'Osman, fils d'Erthogrul, que les sultans regardent comme le fondateur de leur dynastie, eut un jour un songe qui lui révéla les brillantes destinées de sa race. U était épris de la belle Malkhatoun (femme trésor), fille du pieux et savant scheik Edebali ; et depuis deux ans il la demandait vainement pour épouse : car le scheik, homme sage, redoutait une alliance aussi disproportionnée. Une nuit qu'Osman avait reçu l'hospitalité chez le scheik, il lui sembla, pendant son sommeil, voir s'élever du sem de Malkhatoun le croissant de la lune, qui bientôt, se courbant vers lui-même, vint se perdre dans sa poitrine ; puis, de ses reins naissait un arbre immense qui, croissant en force et en beauté, couvrait de son ombrage les terres et les mers, et abritait des montagnes comme le Caucase et TAtlas, le Taurus et l'Hémus ; du milieu de ses racines sortaient le Nil et l'Euphrate, le Tigre et l'Isler, qui, chargés de vaisseaux, arrosaient de riches campagnes et traversaient des villes florissantes. Aloi's un vent violent s'éleva, et les feuilles de cet arbre, semblables à des lames de sabre, se tournèrent vers les villes, et principalement vers la cité de Constantin, qui, placée à la jonction de deux mers, comme un diamant enchâssé entre deux émeraudes, formait la pierre la plus brillante d'un anneau qui donnait la domination du monde. Après avoir entendu le récit de ce songe merveilleux, le scheik donna sa fille à Osman, et la belle Malkhatoun fut mère d'Orkhan, son successeur ^
g 11. — Uègtie d'Osman.
Erthogrul vécut jusque dans un âge avancé ; mais son fils le remplaça longtemps avant sa mort à la tête des armées seldjoucides. Il y avait dans la contrée plusieurs châteaux grecs dont les commandants, entièrement indépendants, entretenaient avec leurs voisins musulmans des relations tantôt amicales, tantôt
' llammer, 1. 1, p. 66 de Irad. française^