‹ Histoire de l'Empire OttomanChapitre 45 sur 83 · OSMAN · texte numérisé non relu

OSMAN

hostiles; un de ces châtelains, Kœse-Michal, seigneur de Chermenkia, se lia d'étroite amitié avec Osman ; plus tard il finit par embrasser l'islamisme, et ses descendants, sous le nom de Michalogli, occupèrent pendant plusieurs siècles un rang éminent parmi les premières familles de l'empire. Osman avait aussi pour allié le seigneur de IJelokoma ou Biledchik ; c'était chez lui qu'il mettait en dépôt ses trésors, quand chaque année, aux approches de l'été, sa troupe nomade regagnait les montagnes ; il était au contraire en perpétuelle hostilité avec le commandant d'Ângelokoma, ou Ainœgel, qui inquiétait ses gens et attaquait ses troupeaux au passage. Vers 1285 il résolut de s'en venger; avec soixante-dix des siens, il essaya de surprendre la forteresse d'Ainœgel, qui commande le défilé d'Ermeni*. Un combat s'engagea dans ce défilé, entre Koutahieh et Brousse, et, malgré le désavantage du nombre et de la position, Osman remporta sa première victoire. Renforçant sa troupe, il s'empara d'un château voisin d'Angelokoma. Bientôt une seconde bataille fut livrée ; les forces étaient plus grandes de part et d'autre; le seigneur de MelangeiaouKarahissar, ville située sur le Bathys, étaitvenu au secours de son voisin. Osman perdit dans ce combat un de ses frères ; néanmoins les Grecs furent vaincus; le vainqueur s'empara de Karahissar. La même année Erthogrul mourut (1288) et Orkhan naquit. L'année suivante Osman reçut du sultan seldjoucide, comme récompense de ses services, ses conquêtes mêmes, le territoire de Karahissar, le titre de bey avec les insignes : un drapeau, un lambour et une queue de cheval.

Cependant la prospérité croissante du nouveau bey portait ombrage à ses voisins ; son allié même, le seigneur de Belokoma, entra dans une conjuration formée contre lui; il l'invita aux fêtes de son mariage, avec l'intention de se défaire de lui. Prévenu par son ami Kœse-Michal, Osman dissimule : il envoie comme à l'ordinaire ses trésors en dépôt dans le château de son infidèle allié ; mais il les fait porter par quarante de ses compagnons déguisés en vieilles femmes. Après s'être ainsi emparé de la place, il court au-devant du cortège nuptial, tue lé traître, enlève sa fiancée, la belle Niloufer (fleur du lotus), et la réserve pour femme à son fils; puis il attaque à l'improviste les châteaux d'Iarhissar et d'Ainœgel, dont les possesseurs avaient organisé le complot, et s'en empare sans beaucoup de résistance.

A cette époque, Alaeddin III, le dernier des Seldjoucides, après un règne qui avait jeté quelque éclat, fut détrône (1307) par Ghazan, khan des Mongols. Sur les débris de son empire s'élevèrent de nombreuses principautés indépendantes, qui prirent le nom de leurs fondateurs, et qui jouèrent un grand rôle dans l'histoire des Ottomans. Ainsi se formèrent les États de Karaman, dans la Cappadoce et

* L*Emieni-Iag)i (mont Moriène des anciens], est un conire-fort des monts Touraanidsch, qui court t'nlre le Bathys et le Mêlas, affluents du Sangarius.

partie de la Cilicie, avec Iconium pour capitale ; de Kermian, dans la Phrygie; de Sarasi, dans la Mysie; de Sarou-khan, dans la Lydie; à*Aidin, dans l'Ionie ; de Mentesché, dans la Carie ; de Tekieh dans la Lycie et la Pamphylie ; de Hamid, dans la Pisidie et la Lycaonie; àe Kastemouniy dans la PaphlagonieS etc. Les possesseurs de ces principautés usurpèrent tous les droits souverains, battirent monnaie et firent prononcer leur nom dans les prières publiques. Osman ne fut pas le moins puissant : maître de toute la contrée, à l'est de l'Olympe, il possédait, avec Eskischehr, Karahissar et les autres châteaux qu'il avait conquis, une partie delà Phrygie, de la Galatie, et le haut bassin du Sangarius. 11 fixa sa résidence à lenitschehr (ville nouvelle), sur la frontière septentrionale de ses États, entre Nicée et Brousse, deux cités déjà convoitées par les Ottomans.

Tout prospérait d'ailleurs au fils d'Erthogrul. Protecteur des savants et des saints, il avait, dès ses premières conquêtes, fondé des communautés, des écoles, attiré auprès de lui les hommes pieux et instruits, ranimé parmi les siens le zèle religieux ; aussi avait-il rempli son peuple d'alidace et de confiance. D'après une opinion accréditée chez les musulmans, au commencement de chaque siècle de l'hégire, il doit se produire un homme destiné à régénérer l'islamisme; aux yeux de ses compagnons, Osman devait être la gloire du huitième siècle, qui allait commencer. Son nom même était d'heureux présage. « Les noms viennent du ciel, x) dit le Koran; le sien signifie briseur de jambes; et celte image, chez les Orientaux, se rattache aux idées de force et de grandeur. Ce nom d'ailleurs n'avait été porté avec gloire par aucun prince musulman depuis le second khalife, le collecteur 'du Koran. le conquérant de la Perse et d'une partie de l'Asie. Les soldats fanatisés d'Osman le croj aient donc destiné h renouveler la grandeur des khalifes; ils se firent honneur de porter son nom, et lui-même prit le titre de padischah ou souverain des Osmanlis*.

Sa première entreprise, comme prince souverain, fut dirigée contre le château de Kouprihissar, voisin de lenitschehr. A cette occasion son oncle Dundar, âgé de plus de quatre-vingt-dix ans, lui fit quelques représentations, essayant de modérer son ardeur des conquêtes; Osman, irrité, le perça d'une flèche. On voit encore sur la route le tombeau de ce vieillard, première victime de la férocité des souverains ottomans. Keuprihissar fut pris. De là on s'avança dans la direction de Nicée; une armée grecque, commandée par l'hétériarque ou chef des gardes du corps, fut battue dans les environs de Nicomédie, et dans ce combat périt un neveu d'Osman ; son tombeau, qui subsiste encore, est aujourd'hui un lieu de pèlerinage. Comme les murs de Nicée défiaient toute surprise, on s'arrêta aux portes de cette ville; mais un château fut bâti sur le penchant de la montagne,

* Clialcocondylas, de Rébus Turctcis, 1. 1, p. 7.

• Othman cl (hman sont le même nom ; il en csl de même de Ottomans el Osmanlii.

OSMAN. iî^y

pour tenir en respect la garnison. Six ans plus tard (1507) les gouverneurs (|e plusieurs places grecques, sur l'ordre du commandant de Prusa , se réunirent pour combattre Osman ; ils furent vaincus, et les Ottomans arrivèrent jusqu'aux rivages de la Propontide : tous les bords du golfe de Moudania furent dévastés.

A la même époque, les autres princes turcs de l'Asie Mineure désolaient l'Archipel, mettaient à feu et à sang Chio, Rhodes, Samos, Lemnos, les Cyclades, Candie, Malte, et de là portaient la terreur dans toute la Méditerranée. En même temps ils enlevaient aux Grecs, sur les côtes de l'Asie Mineure, les dernières places qui leur restaient : Éphèse, Tripolis sur le Méandre, Ccnchrée, venaient de céder à cette recrudescence de l'esprit conquérant des musulmans. La tribu d'Osman prit part à ce mouvement général : toutes les places fortes voisines de Nicée furent soumises; leurs défenseurs durent, sous peine de la vie, embrasser l'islamisme ; Kœse-Michal leur en donna volontairement l'exemple. L'empereur grec épouvanté avait imploré le secours du khan des Mongols et lui avait envoyé sa fille en mariage ; une horde tartare envahit en efl'et les États d'Osman , mais elle fut victorieusement repoussée par son fils Orkhan, auquel il avait donné la garde de Karahissar. En récompense de ce premier exploit, Orkhan fut chargé de continuer au nord les conquêtes de son père. Bientôt tout fut soumis jusqu'à l'embouchure du Sangarius; Nicée et Nicomédie se trouvèrent comme emprisonnées, et deux forts furent élevés aux portes de Prusa. Pendant dix ans cette dernière ville fut tenue presque bloquée; enfin, en 1327, on résolut de l'attaquer : Osman, affaibli par l'âge, donna à son fds le commandement de l'expédition. Le fort château d'Edrenos, situé sur l'Olympe et qui dominait toute la contrée, fut assajlli d'abord, emporté de vive force et détruit. Alors, quand les Osmanlis se présentèrent devant Prùsa, ils ne trouvèrent aucune résistance : le gouverneur obtint, moyennant 30,000 ducats, la permission de se retirer avec tous ses biens, et la ville ouvrit ses portes. Ainsi tomba sans efforts la plus forte place de l'Asie Mineure, Prusa (aujourd'hui Brousse), l'ancienne capitale du royaume de Bithynie. Prise au milieu du dixième siècle par les musulmans, puis oaupée de nouveau parles Grecs, elle leur échappa définitivement pour devenir la première capitale des Osmanlis. Elle est considérée aujourd'hui comme la troisième ville de leur empire.

Quand Osman apprit cette importante conquête, il était mourant; il voulut qu'on transportât son corps dans la nouvelle capitale où allait résider son fils *. Austère et sans faste comme les premiers soldats du Prophète, il ne laissait ni or, ni argent, ni pierreries ; tout avait été distribué libéralement à ses compagnons. On ne

* Un historien turc, Saadcddiu, met dans la bouche d'Osman, à son Ht de mort, ces paroles adressées à son Gis : a Mon fils, essuie tes larmes, ne t'afflige pas en vain sur mon triste état. Nous devons tous une résignalion parfaite aux décrets du ciel. Les zéphyrs de la mort souillent également sur les jeunes comme sur les vieux, sur les rois comme sur les siyets. Je Ihiis ma carrière avec joie, puisque je considère en toi l'héritier de ma fortune et le successeur de ma puissance. Va propager la loi divine, la pensée de Dieu qui est venue nous chercher de la Mecque au Caucase ; sois charitable et clément comme elle .. » etc.

Ii^ouva dans s<i demeure qu*uti kaftaii brodé, un turban, quelques drapeaux de mousseline rouge, une cuiller et une salière ; des chevaux de prix et plusieurs troupeaux bien entretenus formaient toute sa succession. On a conser>é pieusement la race de ces troupeaux, et les sultans actuels font élever dans les montagnes de Brousse des moulons qui, dit-on, descendent de ceux du fondateur de l'empire. On montrait aussi à Brousse il y a peu d'années, avant l'incendie qui a ruiné son tombeau, le grossier chapelet de bois du père des Ottomans et le tambour qu'il avait reçu du sultan seldjoucide en signe d'investiture. I^ sabre à deux pointes et le drapeau que le sultan lui avait envoyés en môme temps sont encore déposés dans le trésor impérial.

§ ni. — Règne d'Orkhan. — iDstilutiou des jallî^saircs.

Osman avait désigné Orkhan pour son successeur, au pK-judiced'Alaeddin, son lils aîné. Ce dernier, loin de se rét^oller contre la volonté paternelle, ne voulut pas même at*cepter la moitié des troupeaux ; il consentit à être le vizir de son frère et se dévoua tout entier aux soins du gouvernement, t^e titre de vezir signifie portefaix, belle image qui rappelle seulement aux ministres tout-puissants des prince> orientaux leurs obligations, et qui ne fait voir dans l'autorité souveraine qu'un fardeau ! Alaeddin fut vizir de son frère dans la plus belle acception du mot ; c*est le premier législateur des Ottomans, et sa mémoire est aussi vénérée chez eux que celle de leurs premiers souverains.

Chez les nations musulmanes , pour qui le Koran est la suprême ou |)lutôl Tunique loi, la part des K'gislations humaines est assez restreinte : elles ne doivent èlre que le commentaire de la loi divine; elles ne peuvent porter que sur des détails de formes ; mais aussi ces détails ne sont pas sans importance, puisqu'à leur exacte observation se rattache un sentiment de religieux respect pour toutes les institutions en général. C'est ce qui explique l'esprit formaliste des Osmanlis. l'importance qu'ils attachent aux usages extérieurs et au costume. Ces ol>jets. si indifférents chez nous, sont réglés chez eux par des lois, et |>ar des lois qui s'appuient sur le Koran. Trois points attirèrent particulièrement l'attention d'Alaofldin : les monnaies, le costume et l'armée. Osman, depuis son investiture ou nu moins depuis l'extinction des sultans seidjoucides, avait joui des droits souverains de sîJtJt^ et de khoutbe «droit de battre monnaie et droit de se faire nommer dans les prières publiques) ; mais il n'avait usé que du second . et les monnaies seldjoucides étaient les seules employées en Asie Mineure; des monnaies nouvelles furent frap|>ées au chiffre d*Orkhan *. Quant à ce qui concerne le costume, on fixa

* Renurquous qu'il s*agit da chiffre, et non de FeRigie : cm siit que toute rcprcscotatioa a Ui^tùmcs

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