‹ Histoire de l'Empire OttomanChapitre 47 sur 83 · ORKHAN · texte numérisé non relu

ORKHAN

Les piadés furent conservés,' mais transformés ; on leur donna les terres conquises, à la condition de les défendre et d'entretenir les routes en bon état; ce fut une milice territoriale. Tous ceux qui combattaient à pied en dehors de ces corps privilégiés, sans solde ni fiefs, furent rangés sous le nom à*a%abs (libres ou légers) ; ce fut l'infanterie irrégulière. On créa aussi une cavalerie soldée, divisée en quatre corps : les sipahiSy ou cavaliers ; les silihdars (cavaliers vassaux); les onloufédjis (mercenaires); les ghourebas (étrangers). Ces quatre corps d'élite, qui, sous le nom générique de sipahiSy se sont rendus, dans les guerres d'Europe, aussi célèbres que les janissaires, composaient dans les batailles la garde d'honneur des sultans ; on leur confiait l'étendard sacré. On organisa aussi une troupe de cavaliers possesseurs de terres, h l'imitation des piadés ; on les appelait mossellimans (exempts d'impôts). Enfin les ahindschis furent conservés comme cavalerie irrégulière ; ils furent, pendant plusieurs siècles, com-» mandés par les Michalogli, descendants de Kœse-Michal, qui conduisait les coureurs d'Osman.

Jî IV. — Conquiîtes d'Orklwn. — Les derviches. — Étal de? sciences.

Pendant qu'Alaoddin affermissait Tempire par ses institutions pacifiques, Orkhan l'agrandissait par de nouvelles conquêtes, secondé par les compagnons d'armes de son père et les siens. C'étaient Konour-Alp, Agdjé-Hodja, Abdurraman-Ghazi, Mnrsal le Noir, Ali le Noir, et d'autres encore dont les noms sont restés chers aux Ottomans, ils achevèrent de chasser les (îrecs des bords du Sangarius et des côtes de la Propontide ; tous les châteaux forts dont ces contrées étaient hérissées furent successivement enlevés. Enfin Nicomédie et Nicée restèrent seules, cernées de toutes paris : la première fut prise, en 137)0, par Agdjé- Hodja. L'empereur grec, Andronic le Jeune, fit un effort pour sauver la seconde; un combat fut livré près de Philokrène (aujourd'hui Tawschandschil), sur les bords du golfe de Nicomédie, et les Turcs vainqueurs n'eurent plus qu'îî se présenter devant les portes : la garnison capitula, Nicomédie , qui avait eu tant d'éclat au temps de Dioclétien et de Constantin, avait depuis longtemps perdu son importance. Nous avons déj»à dit qu'elle n'est plus aujourd'hui, sous le nom d'Ismid, qu'une chétive bourgade. Nicée (Iznik), en passant entre les mains des Turcs, resta encore longtemps une ville considérable ; ce fut la seconde capitale d'Orkhan et la rivale de Brousse. L'église du Saint-Synode, où avait été rédigé le fameux symbole de la foi catholique, fut convertie en mosquée, et auprès do cette mosquée furent fondés le premier médressé, ou école supérieure, et le premier imaret, cuisine publique pour les pauvres.

Jusqu'ici les Ottomans ne s'étaient agrandis qu'aux dépens des Grecs ; en 1535,

ils eurent, pour la première fois, occasion d'intervenir dans les aflaires d'un des États musulmans qui les entouraient. Adjlan-Bey, prince de Karasi^, avait laissé deux fils: le plus jeune, qui avait été élevé auprès d'Orkhan, lui proposa de Taider à renverser son frère, promettant de lui abandonner, pour prix de ce service, quatre des principales villes de ses États. Orkhan y consentit, et envahit le Karasi. Le prince menacé s'était réfugié dans la citadelle de Pergame, qui passait pour imprenable ; il entama des négociations, et parut disposé à un accommodement ; mais, s'étant rendu maître de la personne de son frère, il le fit assassiner. Orkhan marcha aussitôt contre Pergame. I^es habitants ouvrirent leurs portes et lui livrèrent le fratricide. On lui laissa la vie, en lui assignant pour séjour la ville de Brousse ; et la principauté de Karasi fut. sans coup férir, annexée aux États ottomans.

I^a œnqucte du Karasi fut suivie de vingt ans d'une paix profonde. Cette période, sur laquelle les historiens ottomans gardent un dédaigneux silence, paraît avoir été consacrée par Orkhan aux soins de l'administration intérieure et à des fondations pieuses. Partout s'élevèrent des mosquées, des cloîtres, des écoles, des imarets. Brousse fut singulièrement favorisée sous ce rapport, non-seulement par les soins du prince, mais aussi par les libéralités de ses compagnons, que la guerre avait enrichis. Les pentes ombragées et les fraîches vallées de l'Olympe se peuplèrent de derviches et de santons.

Sous ces noms, l'on désigne tous les musulmans qui s'adonnent à la vie ascétique, soit en communauté, comme les moines, soit dans la solitude, comme les ermites ; leur nombre devint considérable sous les premiers princes ottomans. Mahomet avait dit : « 11 n'y a pas de moines dans l'Islam : » paroles qui semblaient interdire toute imitation de l'ascétisme chrétien ; mais le goût des Orientaux pour la vie contemplative l'emporta bientôt sur la volonté du prophète, et une autre maxime . « La pauvreté est ma gloire » servit à légitimer cette infraction à la bi. Trente-sept ans après la mort de Mahomet, Oweis, Arabe de l'Yémcn. fonda le premier ordre de derviches. On en compte aujourd'hui jusqu'à soixantedix dans les divers pays musuhnans ; trenlc-six sont en vigueur dans l'empire ottoman, sur lesquels vingt-quatre ont été fondés depuis l'origine de l'empire. Sous Osman avait pris naissance l'ordre des nakschbeniUs, qui est encore un des plus célèbres ; sous Orkhan furent institués les saadis, qui ont dégénéré en jongleurs ; Iladji-Begtasch, le patron des janissaires, fonda l'ordre AesbeytaschiSy ordre moitié religieux, moitié militaire, auquel les janissaires eux-mêmes étaient affiliés.

Les membres de la plupart de ces ordres religieux vivent en communauté dans

' Cei petits États turcs, dont les noms vont revenir souvent dans cette histoire, n'avaient pas de limites bien marquées. Le. Karasi occupait les pentes méridionales des monts Toumanisch (Tenmus mons) et le bassin du Caîcus. Pergame en était la ville principale.

OHKIIAN. • 13;>

lies cloîtres ; on les :ip|M»lle derviches^ mot qui v(*ul iWw seuil île porte ; les plus élevés en dignité sont appelés scheiks ou anciens. Quant aux sautonSy ve sont de véritables ermites ; cachés dans leurs cellules au milieu des sites les |)lus isolés, ils ont, pour la plupart, une grande réputation de sainteté; leur vrai nom est sahids. Ceux d'entre eux qui ont le plus de renonnnée reçoivent les noms d'abdals ou babaSj c'est-à-dire pères. « II y a toujours, disent les musulmans, quarante abdals sur la terre», c'est-à-dire quarante {icrsonnes d'une sainteté éminente, destinées à occuper dans le ciel une place distinguée; mais il y a toujours |)lus de quarante solitaires à qui l'opinion populaire décerne ce litre; el ce sont bien souvent ceux qui se font remarquer par les extravagances les plus bizarres. Plusieurs de ces saints étaient en faveur auprès d'Orkhan, (|ui InUil des cloîtres pour leurs disciples. Les plus renonnnés étaient (îheilik-Uaba, le père des cerfs, ainsi nommé de c« qu'il habitait au milieu des bois : on disait que, monté sur un cerf, il était venu IrouverOrkhan pour lui annoncer ses victoires; Dogli-Baba, le père potier, qui ne se nourrissait que de lait caillé ; Abdal-Mourad et Abdal-Musa, qui, tous deux, aa'i)mpagnérent le lils d'Osman à la conquête de Brousse, le premier armé d'un sabre de bois, avec lequel il |>orla la terreur dans les rangs ennemis ; le second tenant des charbons ardents sur du colon. On montre encore aux pèlerins le sabre de bois d'Abdal-iMourad; Soliman le Grand en prit, dit-on, un morceau, qu'il fit déposer dans le trésor du sérail.

Protecteur des sciences aussi bien que de la religion, Orkhan s'attacha par ses HlN'ralités les savants les plus célèbres; il les mit à la léle des écoles nouvellement fondées et les admit à ses conseils. T(»ls étaient les mollahs ou légistes David de CésaréeelTadscheddin leKourde, (|ui renq)lirenl l'un après l'autre les (onctions de premier mouderris ou |)rolesseur à l'école supérieure de Mcée; el le Pei-san Sinan, qui fut traité si généreusement, ipi'on l'appelait, à cause de son importance, Sinan'Pacha *. Du reste, la ville dc! Brousse. hnigt(»nq)s après cpi'elle eut cessé d'être la résidence des souverains ottomans, conserva le piivilége d'attirer les savants. les solitaires el les gens de lettres, (l'est dans ses délicieux environs que les premiers poêles turcs sont venus s'inspirer, que les plus fameux légistes ont médité leurs (mvrages. Leurs tombeaux, mêlés à ceux des scheiks et des alnlals, ont fait delà campagne de Brousse une leire doublement sacrée; c'est, pour les Ottomans. le pays des saints el des poêles, le sanctuaire des arts en même lenq)S que le rendez-vous des élus. Dans les mosquées de la ville s'élèvent les mausolées des six premiei's souverains qui en ont été les fondateui*s ; autour d'eux sont rangés leurs frêles, leui's fds, leurs fenunes et leurs lllles. vingt-six princes de leur sang, leurs

* Ce titre de puclin, sous Iciiuel sont (lési;^iiéi> les ^oiiveriieiirïi de pravincc, ne tiiiiniiie aucune l'onction spéciale; c'est une qualiticaliun Lonoriiique qui, sui-toul dans les premiers temps de l'empire ottoman, était donnée à tous les personnages considérables : Alaeddin, frère d'C>rklian, et Soliman, son fils, portaient le titre de pacha ; sous Osman deux savants Tivaient déjà porté.

plus illustres vizirs et beylerbeys , et environ cinq cents tonil)es de pachas, de scheiks, de professeui's, de rhéteui's, de poètes, de médecins et même de musiciens célèbres. Pleine des souvenirs du premier âge delà dynastie ottomane, Brousse n'est pas seulement une des villes les plus florissantes de l'empire, c'en est, pardessus tout, la ville sainte.

§ V. — Prise de Gallipoli.

Cependant Orkhan, tout en s' occupant avec sollicitude de la pi'ospérité intérieure de ses Etals, ne négligeait pas les occasions d'étendre au dehors sa puissance ou son influence. Ces vingt années, qui ne furent marquées par aucune entreprise militaire, servirent à préparer la plus importante de toutes par ses résultats, le premier établissement des Ottomans en Europe.

Dès la fin du treizième siècle, peu de temps après la restauration de l'empire grec par Michel Paléologue, une première horde turque avait passé la mer et s'était fixée sur le continent européen : c'étaient les Turkomans, sujets des Seldjoucides. Us étaient allés s'étabUr sur les côtes de la Bulgarie, dans la Dobroutcha, mais ils n'y restèrent pas longtemps et émigrèrent en Crimée. Nous avons vu que, après la chute des Seldjoucidei», les Turcs des principautés d'Aïdin, Karasi, etc., connuencèrent à ravager rArchi|»ei et les côtes de la Grèce. Les Ottomans, à leur lour, déliarquèrent pour la première fois en Europe en 1321 ; mais ce ne fut qu'une expédition de ])irates; et ce n'est que du règne d'Orkhanque datent les premières relations suivies entre les Ottomans et les Byzantins. Andronic le Vieux avait succédé, en li8:J, à Michel Paléologue; après avoir longtemps lutté contre les Ottomans en Asie *, il fut menacé par la révolte de son petit-fils, Andronic le Jeune, et demanda des secours à Orkhan. Ces secours ne rempcchèrenlpas d'être battu et contraint de partager l'empire avec le rebelle. L'euipire byzantin, tomix; aux derniers degrés de l'avilissement, était gangrené des mêmes vices, delà même anarchie, de la même corruption, des mêmes disputes théologiques, qui avaient conunencé sa ruine. Le peu d'hommes éclairés qu'il renfermait encore, entre autres Michel Paléologue, savaient qu'il n'y avait de salut que dans la réunion sincère et complète avec l'Eglise latine, union qui intéresserait tout l'Occident à leurs dangers et ranimerait les croisades; ils l'essayèrent*; mais leurs efforts échouèrent contre le fanatisme, la haine aveugle, la folie du peuple et du clergé. Jamais nation n'avait mieux préparé et mérité sa ruine.

' Dans cfUe j^ucirc, il prit à sa solde îles aventuriers calalaiiî» qui, après avoir plusieurs foi^ battu le> Turcs, lavagcrent la Tliracc cl la Macédoine, s'établirent dans le duché d'Athènes et tirent trembler lu Grèce.

* Michel l'aléologuc envoya au concile de Lyon, que présidait le [Kipe Grégoire .\, son acte d'uniun si^né de lui et de trente cinq évéques.

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1UB1^ r^fl&î lilium^f TK m ilC t^l /«nfCMî^ a v.'ir -*,y*v' Hf- Avw .>♦ ,\k\^ ,\\«^

trente- mille Tunrs viim'iit w\^4^Mr l'omi^m^ au iumu *I^v\ %Iou\ c^^ismn'^^^x >.\\ \^\t le prince dWidin. nip|H'lè en Asii' |VAr une Ml.i^uo d^v^ \ oimIm^x \ ^Ov^^Is^m^^ ^ \%\^ allié. Orkhan inlenini iilors : il dem^mb ^^ r<iutiou«i^io l>i «m.m» U^' ^.\ uUo \^u sVmpreîv^a de la lui atH^^nler. U^ îuh^s ftuviil ^vIoUiv^^^ou ^imu^Io |^^»|v A \Vl\»»^ Inria, et. Tannée suivante, le >ieil épon\>inl >ÎMlorMM) Usni |u^iv A S^^nl^n « I^N^I \\\^ cette nouvelle allianee. Cantaoujiéne iniposii A hou \\\a\ xww iipptui^nlo iVv«M«vOl(«Uon et rentra dans Constant inoplo. Mais pou dolenipMapi^^^i, m \\\^\\\\ \\%^Y\\\\\\\\\\^\ i>l \\%\n liens de p«irenté, une Immlo irt)llonuu)Hra\ag(Mnl tltMiouxoau !««>« «MIondoli^ThhUi^ Bientôt Oumour-Rey niourul en délendani hok KhilM, ri Orkiiiui no \\m\\\^\ Ii« nmil arbitre de Tempirc grée. Jean Paléologne lui lit tlex nnxttihni^ii i*! i^nmi^ii ilo Tmi traîner dans ses iiiténHs; sollieilé pin* le^ dent pnrIiN, il |iMilllii di> i>i»lli> liiiMhiMHi« position qui lui pennettail de perpétuer liMH'NtliNiMirden |MiunMi ritrunlllh Inhull sans rompre avec son Ix^au-pére, il envi»yii den l'eMliiilN inu lirniila Nim iiMHi>Mil<i* combattit les Vénitiens ses alliés et donna de^i eHpéraMcen A non iiviil

Tel était Tétat d4*s choses, lorsqu'un coup de iiimn III IomiIn'I im pouvii)» lUn* Ottomans lecliAteau deT/\nqie, sifué n\ir la cùle curo|MVruMv /i mmc ImiH' il liniiuau-dessusdeGallipolf. Le (ils d'Orkhan, S^dimaM-l'acha, nchouvad ntiii\ihii Un de celte ville, non loin de** nmt^ de raricieMffe l^/iqiie, ;« U tttitiii d'«Ml^ itiêti obscure, il lniver<M ledélroil ^nriU"i rmUaut »wi ^^ntaftUtié'fér f^tév ifttttti' ntui pagnon<^. Miqfnt le vU'âU'hiî H ^'it\ t'iu\ntf4 ^u* tUnnuiU- itTfttén ^^tthUt h/*w i^ clama haul^fi^it ihuir**, t-M -AÏU^tti-Ai \^'iît\'4ui t\u t\ iflyffé44ti U ft^ifhêUMt *U Tzymp*'- un ir*^H\Mffu^ti A**, U-tt** d^-^/b fz/uiiv U» OA** d^ *thp4éf A^iftt^*i^ fu parl'fef plo*4*<4ir*)dî^«4#ti ftr$ott*4 1* tuutAAU* 't'4tAi' '|>m U^ h4\M4§4f Pt^^^^J •yfMi^kfà^. W Twf*:» *t4r«Y*tit y^t V^ ift^^i^* 'j»** ^ ft*<'*y 4^40 %'^^j ^'^f^ v^h- <|tt»- lui fTi^ «^ir-j/<^s l^'T

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ir.8 lIISTOïnE DE LA TURQUIE.

Outre celte place, dont la possession suffisait pour leur assurer une libre entrée en Europe, ils s'emparèrent de Boulaïr, d'Ipsala et de Rodosto; ce dernier point n'est qu'à trente lieues de Conslantinople. Dès lors, il ne fut plus question de restitution; en vain Cantacuzcne offrit 40,000 ducats, Orkhan fit tramer la négociation en longueur, puis indiqua une entrevue où l'empereur grec fut le seul à se rendre. A toutes ses plaintes on répondit que ce n'était pas la force des armes, mais la volonté divine qui avait ouvert aux Turcs les murs de Gallipoli. Cette importante acquisition fut annoncée à tous les princes musulmans d'Asie par des lettres officielles, premier modèle des emphatiques circulaires qui sont restées en usage dans la chancellerie ottomane.

Solmian-Pacha ne jouit pas longtemps de son triomphe; il mourut, en 1559,. d'une chute de cheval. Son corps fut déposé à Boulaïr dans la mosquée qu'il avait fait bâtir; de tous les tombeaux que nous, avons signalés comme lieux de pèlerinage, nul n'est plus révéré que celui du fondateur de la puissance ottomane en Europe; nul n'attire une plus grande affluence de visiteurs. Orkhan mourut un an après (lo60), dans la soixante-quinzième année de son âge et la trente-cinquième de son règne. Guerrier Jieureux, sage législateur, il donna de solides garanties de durée h l'empire dont Osman avait jeté les fondements. Né sous la tente d'un obscur chef de horde, Orkhan mourait maître des deux rives de l'Hellespont. et les Turcs, sortis avec son père des steppes de la Tartarie, dominaient maintenant l'Asie Mineure et menaçaient les débris de l'empire de Byzance.

Avant de voir comment ces débris furent absorbés dans la puissance ottomane, il faut que nous disions quelques mots des peuples qui avaient déjà ruiné presque entièrement cet empire; car les Ottomans n'ont eu tant de facilité à s établir en Europe que parce qu'ils sont arrivés à point pour profiter des destructions faites par les peuples de la Servie, de la Bosnie, de l'Albanie, de la Bulgarie, elc.

§ VI. — Histoire de la Servie, de la Bosnie, de l'Albanie, elc.

L'autorité des empereurs ne s'ulendait plus que jusqu'au Strymon au couchant et à la chaîne de THémus au nord. Outre le midi, qui appartenait encore aux Français et aux -Vénitiens, les provinces occidentales et septentrionales, depuis longtemps occupées par des nations slaves ou tartares qui s'étaient souvent rendues redoutables aux cî'sars de Bysancc, venaient d'être, à la faveur des discordes qui affaiblirent Jean Paléologue et son rival, arrachées définitivement à la domination grecque, et la Servie, la Bosnie, VAlhajiie, la Bulgarie, la Valachiey formaient des États distincts et indépendants.

1° Les Serbes appartiennent à celle des quatre branches de la race slave ^ qu'on

i Les trois autres sont les Tchfkeêf qui habitent la Bohême, les Polonais et les Russes.

OR KHAN. I3î*

appelle viilgaireiuenl illyviemiey et qui peuple aujourd'hui la Bosnie, la Servie, la Croatie, la Dalmatie, l'Esclavonic, etc. Vers le milieu du septième siècle, ils occu-r pèrenl le pays des anciens Triballes dans la Mœsie supérieure. Leur conversion au christianisme date du règne d'iléraclius, qui leur envoya des prêtres; mais elle ne lut complète que sous Tempereur Basile , dont ils reconnurent la suzeraineté en recevant un second baptême. Soumis deux fois par les Bulgares, ils rentrèrent avec eux sous la domination des Grecs en 1018, mais ils ne tardèrent pas à s'émanciper. En 1085, Bodin et Voulkan soulevèrent la Servie et la Bosnie et prirent le titre national de Schmpans. Beli-Ourosch , (ils de Voulkan , s'intitula grand-duc de Servie, et eut pour successeur (1 145) Etienne Nemaniay son petit-fils, qui se fit reconnaître par les empereui-s grecs prince indépendant de Servie, et lut le Fondateur d'une dynastie qui dura trois c€ntsaus.>'emania eut trois fils : Etienne 11, qui lui succéda (1197), Volkan, duc de Zeuta et de Choulm, c'est-à-dire d'une partie de la Dalmatie et de l'Hertzegovine; enfin Sava, fondateur du patriarcat de Servie. Etienne obtint de la cour de Rome le titre de roi. Émeric, roi de Hongrie, s'en offensa, le chassa de la Servie et prit momentanément le titre de roi de Rascie * ; mais la dynastie de Nemania fut promptement rétablie et prit un nouvel éclat sous Etienne Ourosch 111. Enfin vint le règne glorieux d'Etienne Douschan (1o53), qui faillit remplacer l'empire grec par un empire serbe, faire avorter la puissance ottomane et changer ainsi les destinées de l'Europe.

Ce prince conquérant et législateur, qui fut en quelque sorte le Charlemagne des Serbes, possédait par lui-même ou par ses vassaux presque toute la Turquie d'Europe actuelle, c'est-à-dire la Servie, la Bosnie, la Bulgarie, la Macédoine, la Dalmatie, l'Hertzegovine, l'Albanie, l'Étolie, etc. Il se fit ciîuronner en 1340, à Uskioup, empereur des Romains et des Triballes, ei conçut le projet de détruire l'empire d'Orient. Après avoir une première fois a.ssiégé Constantinople et forcé l'empereur Andronic à lui demander la paix, il marchait de nouveau contre cette ville à la tête de 80, ('00 hommes, lorsqu'il mourut dans le chemin (1350).

11 eut pour successeur Ourosch V, qui n'hérita pas de ses qualités; et sous les attaques des vassaux qui cherchaient à se rendre indépendants, l'empire serbe se démembra. Nous verrons ce qu'il devint pendant le règne d'Amural 1*^, et comment les Turcs profitèrent des conquêtes des Serbes, qui leur avaient frayé le chemin vers Constantinople.

2° La Bosnie, ainsi que nous venons de le voir, habitée par des peuples de race slave, avait suivi les destinées de la Servie jusqu'à l'époque (1085) où Voulkaii en fit un État tantôt indépendant, tantôt vassal des rois de Hongrie. Elle fut com* prise dans l'empire d'Etienne Douschan, s'en sépara après sa mort, forma un

* Voir sur ce pays, page 18.

royaume indépendant en 1376, sous le ban Etienne Tvarko, et enlin tomba,

comme nous le verrons, sous la domination des Turcs.

3* Nous avops dit, dans la description de la Turquie, que les Albanais étaient de race ancienne. Faiblement attachés à l'empire grec, ils avaient repris, dans la décadence de cet empire , leur indépendance , lorsqu'ils furent subjugués passagèrement par Etienne Douschan ; ils rentrèrent après sa mort dans leur isolement, se divisèrent en plusieurs petites principautés qui prirent part à toutes les guerres des Serbes contre les Turcs.

4* Les Bulgares, d'origine tartare, s'établirent vers la fin du septième siècle dans la Moesie, et furent pendant trois siècles la terreur des empereurs byzantins. Domptés par Jean Zimiscès (971) et convertis au christianisme, ils se rendirent de nouveau indépendants en 980 et formèrent un royaume qui fut en guerre continuelle avec les Serbes et les Grecs. Basile II les annexa de nouveau à son empire. Quand Constantinople lut tombée au pouvoir des Latins, les Bulgares reprirent leur indépendance et firent une guerre acharnée aux empereurs francs. Ils tombèrent ensuite sous la domination des rois serbes, qui leur laissèrent néanmoins des chefs nationaux. A la mort d'Etienne Douschan, ils formèrent de nouveau un état particulier sous le prince ou kral Sisman , et suivirent les Serbes dans toutes leurs guerres contre les Turcs.

5" Il ne nous reste plus qu'à parler de la Valachie. Nous avons dit ailleurs quelle était l'origine des peuples qui s'appellent Roumains et qui sont répandus dans la péninsule hellénique, la Hongrie, etc. Ces peuples, dans le dixième siècle, devinrent tributaires des Hongrois ; ils reprirent leur indépendance sous Radoiil le Noir (1290-1314); mais ils rentrèrent bientôt sous la domination hongroise. Leurs princes ou woivodes eurent de nombreux rapports d'amitié avec les krals de Servie, et luttèrent avec eux contre les Ottomans jusqu'à la fin du quinzième siècle.

Ainsi que nous venons de le voir, de tous ces peuples, le plus important était sans contredit le peuple serbe : en ettét, il avait absorbé une si grande partie de la race hellénique, que la population qui porte aujourd'hui le nom de Grecs n'est réellement composée que de Slaves hellénisés ; il s'était mêlé aux Albanais, il avait donné sa langue aux Bulgares, qui sont aujourd'hui confondus avec lui; il était répandu presque par toute la péninsule hellénique. Un tel peuple semblait appelé à de grandes destinées; mais la race slave n'a rien fondé dans le moyen âge, et la branche illyrienne , brave, poétique, mais insouciante, légère, sans conviction, sans pensée d'avenir, n'a jamais vécu qu'au jour le jour, gardant ses mœurs vagabondes, ses instincts primitifs, ne songeant pas à s'assimiler les restes de la civilisation anticiue, enfin étant entachée du défaut qui a perdu tous les peuples chrétiens de l'Orient, son isolement de l'unité latine. Nous allons voir comment ce peuple si intéressant, auquel l'héritage de Constantin semblait prédestiné allait laisser cette proie facile aux heureux Osmanhs.

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