BAJAZET
s'en emparer pour eu consacrer les revenus à la construction de sa mosquée d'Andnnople. Le gouverneur ayant relusé d'ouvrir les portes, la ville fut investie par une armée où figuraient les troupes byzantines, commandées par l'empereur ui-mcme et son fils; tous deux montèrent eux-mêmes à l'assaut de leur propre ville, et s'en emparèrent pour le compte des Ottomans! Manuel resta à la cour du sultan.
Maître d'Alascliehr. Bajazet paraissait disposé à envahir la principauté d'Aïdin; le prince turc vint faire sa soumission, se reconnut son vassal, renonça aux droits souverains, et livra Éphèse, sa capitale. Les princes de Sarou-Khan et de Menteschc imitèrent son exemple, et bientôt tous trois, renonçant a un vain simulacre d'autorité, s'enfuirent dans [a principauté de Kastemouni. Ainsi disparurent sans résistance ces trois Etats pT)ur se transformer en provinces ottomanes. Du même coup fut confisqué ce qui restait des principautés de Tekieh et de Kermian. Les princes.de Karaman et de Kastemouni restaient seuls debout. Le premier fut attaqué et Iconium investie : pour éviter d'être entièrement dépouillé, il abandonna la plus grande partie de ses possessions.
Après ces faciles conquêtes, Bajazet se mit en marche pour l'Europe et se trouvait à Brousse, lorsqu'il apprit que l'empereur Jean avait fait élever deux tours neuves à (lonstantinople, à la porte Dorée; il lui fil signifier de raser ces ouvrages, s'il ne voulait voir revenir son fils Manuel aveuglé. L'empereur obéit. Au commencement de l'année suivante (L191 ), il mourut; à cette nouvelle. Manuel s'échappa furtivement de Brousse, où il faisait son service à la porte du sultan. A peine arrivé à Constantinople, il reçut l'ordre d'y installer un cadi pour juger les affaires des musulmans: sur son refus, la campagne environnante fut envahie par une armée turque qui tint la ville assiégée. Manuel résista pendant sept ans, et lut, pendant tout ce temps, prisonnier dans les murs de sa capitale.
Alors Bajazet, déjà maître d'une partie de la Bulgarie, passa le Danube et attaqua la Valachie. Le duc ou woivodc^ Marcea, qui avait figuré à la bataille de Kassova, est battu et contraint d'accepter un traité (1577)) par lequel le sultan oblige « la principauté soumise à ses lois invincibles à payer tribut, et consent qu'elle continue à se gouverner par ses propres lois. » Le roi de Hongrie, Sigrsmond, qui prétendait à la suzeraineté des principautés du Danube, s'avance en Bulgarie ; il est forcer de se retirer précipitamment. L'aimée suivante le vizir Ali-pacha achève la conquête de la province; le prince Sisman, enfermé depuis longtemps dans Nicopolis, capitule avec son lils, qui embrasse l'islamisme (17)94).
* Uuwbelli^ chef de guerre.
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§ VI. — Soumission de l'Asie Mineure.— Bataille de I^icopolis. — Conquête de lafinVe,
La guerre reprit en Asie. Le prince de Karaman tenta un dernier effort : ii se jeta à l'improviste sur les provinces ottomanes^ pénétra jusqu'à Brousse et s'empara du beylerbey Timour-Tasch. A cette nouvelle, Bajazet repassa le^délroit. En vain le prince de Karaman essaya encore une fois de négocier; une grande bataille fut livrée dans la plaine d'Aktschaï en Kirmian; Alaeddin fut pris et mis à mort, toute la KaraiTianie fut conquise et incorporée h l'empire (loOS). Elle devait reprendre son indépendance et embarrasser longtemps encore le développement de Tempire des Osmanlis.
Cette conquête amena la soumission du dernier des Ktat« turcs, le Kast^mouni, qui comprenait , comme nous l'avons dit , Tancienne Paphlagonie avec jime partie du Pont. Amisus (aujourd'hui Samzoun) , Amasia, Sinope, anciennes colonies milésiennes , avaient été des villes considérables aux beaux temps dé l'empire romain et n'avaient pas encore» perdu leur importance ; riche en minc<^, industrieux et peuplé, ce pays florissait sous le gouvernement des Isfendiars, qui y avaient établi leur domination au commencement du quatorzième siècle. Le dernier représentant de cotte dynastie, Bajazet le Perclus, avait donné asile aux princes dépossédés d'Aïdin, de Menlesché et de Sarou-Khan; ce fut le prétexte de la guerre. L'atta(|uc fut si subite que les plus fortes places opposèrent peu de résistance. Bajazet -IsFendiar s'enferma dans Sinope et traita avec le vaiuqueur, qui lui laissa celte ville et son territoire; bientôt, ne se croyant pas en sûreté, il s'enfuit et alla chercher un vengeur auprès de Timour. dont les conquêtes commençaient à retentir dans TOrient. Laissant à son beylerbey le soin d'alfermir sa domination dans ces provinces rec niées, Bajazet revint en Europe pour surveiller de plus près Constanlinople, que ses troupes tenaient assiégée. Il enleva aux (îrecsThessalonique qu'il leur avait rendue, et battit une iloltechri*tienne venue d'Italie, au secours de*la plare.
La puissance ottomane semblait arrivée à son apogée : l'Asie Mineure était entièrement conquise; Bajazet régnait en Asie jusqu'à la chaîne principale du Taurus; en Europe jusqu'au Danube; l'empire grec était à sa discrétion; le moindre effort devait le lui livrer. Ce fut alors que, mécontent du titre d'émir qu'avaient porté ses prédécesseurs, il envoya une ambassade au khalife d'Egypte, vain fantôme que les mameluks présentaient aux musulmans comme le descendant des Abassides, et lui demanda de prendre le titre de siiUan : il l'obtint sans peine.
Jamais la chrétienté n'avait fait de si grandes pertes, ni paru si voisine d'une entière destruction ; jamais une croisade n'avait été si nécessaire. Le roi Sigismond de Hongrie, après avoir inutilement tenté de défendre la Bulgarie.