‹ Histoire de l'Empire OttomanChapitre 63 sur 83 · MOUSTAPHA II · texte numérisé non relu

MOUSTAPHA II

TEurope, songea h faire la paix ; il en avertit le divan et lui offrit son intervention pour le faire admettre dans les négociations qui allaient, s* ouvrir. Le sultan refusa : il espérait recouvrer les provinces qu'il ^ait perdues pendant la guerre, et il se défiait de l'ambassadeur qui lui faisait les propositions de la France. Cet ambassadeur élait M. de Fériol, qui avait succédé à Chateauneuf; mal instruit des usages de la Porte, malgré tes sept campagnes qu'il avait faites avec les Turcs, il avait mécontenté la cour ottomane par sa conduite pleine de morgue, et avait insulté le Grand Seigneur hii-môme en se présentant à son audience Tépée au côté.

Louis XIV signa le traité de Ryswick (1698), mais il conseilla au divan de continuer la guerre, en disant que la paix qu'il venait de faire n'était qu'une trêve, et que la mort prochaine du roi Charles II allait rouvrir une lutte où la France déploierait toutes ses forces contre la maison d'Autriche. La Porte fut mécontente de la conduite du roi de France, qu'elle regarda comme un abandon ; elle prêta Toreille aux sollicitations de Guillaume d'Orange, qui gagna à prix d'or, dit-on, les membres du divan, pour leur faire accepter la médiation de l'Angleterre et de la Hollande ; enfin elle fit à l'Autriche des ouvertures de paix. Louis XI Y montra au divan la faute qu'il allait commettre; que, vaincue, la Turquie ne pouvait obtenir la paix qu'à des conditions d'où dépendait son existence même; car les Turcs, dans toutes leurs guerres avec les chrétiens, n'avaient jamais reculé, et, s'ils icommençaient à le faire, le prestige attaché à leur puiss«înce était dissipé ; il sollicita la Porte de prolonger la guerre jusqu'à ce que la France pût reprendre les armes; il s'engagea à ne pas les déposer jusqu'à ce que la Turquie eût recouvré la Hongrie et toutes ses provinces perdues. Mais ces représentations du grand roi étaient transmises par M. de Fériol, homme en qui le divan n'avait nulle confiance et qu'on regardait même comme attaqué de folie; de plus, les ambassadeurs de Guillaume s'étaient rendus maîtres des principaux ministres par leurs intrigues et par la peur. On répondit à Louis XIV que la France avait fait la paix à son heure et à son gré, que la Porte en ferait autant. Et des négociations furent entamées sous la médiation de l'Angleterre et de la Hollande, qui, dans leur haine aveugle contre la France, traitèrent complètement la Turquie en ennemie. Fériol essaya de traverser ces négociations : « Il mit tout en œuvre pour cela, dit Cantemir, mais il n'y réussit pas. Le divan finit même par l'inviter à ne pas se donner de mouvements inutiles; qu'on voulait la paix, que la paix serait faite. » Elle fut, en effet, signée à Carlowitz (1699).

La Turquie céda à Léopold la Hongrie et la Transylvanie avec ses limites naturelles, depuis la Podolie jusqu'à la Valachie; elle conserva seulement le territoire entre la Theiss et la Maros. Dans le Syrmium, on traça une ligne conventionnelle, marquée par une suite de fossés ou de poteaux, depuis le cuiifli de la Theiss et du Danube jusqu'à l'embouchure de la R<>ssut dans h Save/ partir de ce point, le cours de la Save forma une frontièr*^ naturelle, roTUînTiA*^

(msnitc par rUiina. La Pologne recouvra Kaminiec, la Podolie et l'Ukraine. La' Russie garda la place d'Azof. Venise ne rendit que les conquêtes faites par elle au nord du golfe de Corinthe, et retint la Morée jusqu'à THexamilon, presque toute la Dalmatie, Tile de Sainte-Maure, etc.; elle évacua Lépante. mais après en avoir détruit les fortifications. Tous les tributs payés par les puissances chrétiennes à la Porte Ottomane furent abolis.

La perte de la Hongrie et de la Transylvanie, de la Morée et de la Dalmatie, de la Podolie, de l'Ukraine et d'Azof, fut le premier ébrèchement de l'empire ottoman ; à dater de ce moment, il cessa d'être redoutable à l'Europe ; il se trouva mêlé à toutes les affaires de l'Occident, lui qui avait dû à son isolement sa grandeur; enfin, au lieu d'être dominé par les conseils de son antique et naturelle alliée, il eut à subir l'influence de voisins ambitieux ou d'amis intéressés. Sa décadence ne devait plus s'arrêter; les Russes, en acquérant une entrée sur les mers du midi, venaient de commencer leur existence européenne.

« La paix de Carlowitz, dit Hammer, contint les Turcs, du côté de la Pologne et de la Hongrie, dans les limites du Dniester, de la Save et de l'Unna. Ce traité proclama hautement la décadence de l'empire ottoman, qui, suspendue quelque temps par le bras de fer d'Amurat III et les remèdes sanglants du vieux Kupruli, ne put être arrêtée ensuite par la sagesse politique des grands vizirs de .la familli' de ce dernier, ni dérobée aux regards du monde par les nuées de soldats indisciplinés que lançait la Porte dans sa détresse. Un siècle s'écoula entre ta soumission de la Hongrie à l'oppression de la tjrannie turque et l'établissement du nuami" (IschedUl par le sage et vertueux ftlouslaplia-Kupruli pour le soulagement des raïas. Un siècle passa encore avant que, sous le règne de Sélim 111, cette nouvelle institution fut rappelée et mise en vigueur dans un cercle plus étendu. Si l'exemple du troisième Kupruli, dans ses mesures d'humanité envers les sujets chrétiens, avait été suivi par les grands vizirs ses succcesseurs ; si Ton eût appliqué réellenient le système de réparation et d'équité (pi'il avait conçu, et qui tendait à ramener l'oidre et réconomie dans Tadminislratioii publique, l'existence de la Turquie n'aurait pas été compromise. Par l'effet irrésistible du temps, qui transforme tout et qui amène partout le progrès inévitable et nécessaire, le dominateur mahométan n'a plus d'autre alternative que de renoncer à son pouvoir sur les chrétiens ou de l'exercer avec plus de* douceur et de niodéralion, suivant les conseils de l'intérêt et de la prudence. »

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