‹ Histoire de l'Empire OttomanChapitre 66 sur 83 · MOUSTAPHA III. 7M · texte numérisé non relu

MOUSTAPHA III. 7M

abusés pnr ses pmmesses inent42uses, les raïas purent eoiinaîlre a l'épreuve v.c que vaut la protection de la Russie ; pourtant, ils continuèrent d'invoquer tout bas, avec une foi opiniâtre, le nom de cette grande Catherine, qui avait juré de réaliser les prophéties et de relever l'empire byzantin,

§ Vir — Klat (les provinces asiatiques. — L'Egypte sons Ali-bey. — I^a Syrie sous Daher.

Ce n'étaient pas seulement les provinces d'Europe qui se trouvaient disposées à se détacher de Tempire ; en Asie, l'autorité de la Porte était de plus en plus restreinte et affaiblie .a Le grand pachalik de Bagdad, dit l'Anglais Eton, a toujours été, excepté pendant des intervalles fort courts, réellement indépendant, depuis Ahmed-pacha, qui le défendit contre Nadir-schah. Le sultan ne fait que confirmer le pacha, que le peuple et principalement la soldatesque de Bagdad ont nommé pour les gouverner despptiquement. Quoi qu'il en soit, le firman que l'on envoie dans ces circonstances, porte toujours que ce pacha a été nommé par la Sublime Porte à ce haut et important emploi, en considération de ses vertus et de quelque service signalé qu'il a rendu à l'empire. Cette comédie est continuée par un nouveau firman qui, chaque année, le confirme dans ses fonctions, comme ci rt'ellement la Porte avait le pouvoir de le destituer. Le Grand Seigneur ne tire aucun revenu de cette province, dont l'étendue est immense. Le pacha, qui a toujours à sa solde une armée considérable et qui lui est entièrement dévouée, envoie régulièrement, tous les ans, un compte àe» recettes de son gouvernement. Il ne manque jamais de prouver qu'elles ont été entièrement absorbées par les dépenses de l'armée, que l'on ne peut se dispenser d'entretenir sur un pied respectable, pour préserver l'empire des attaques des Persans et des Arabes, par la réparation des forteresses ( qui existaient anciennement, mais dont il ne reste plus aucun vestige), et par d'autres objets de même nature. Si la Porte est en guerre avec une puissance européenne et réclame du pacha de Bagdad son contingent de troupes, celui-ci prétend ne pouvoir pas en détacher la moindre partie ; que toutes sont nécessaires dans l'intérieur pour se défendre contre les Arabes ; et, afin de donner à ce prétexte quelque apparence de vérité, il attaque quelque tribu. En un mot, le sultan est de nom souverain ; mais le pacha est en réalité le despote de cette province. Dans l'Arménie majeure et dans toutes les contrées voisines, il y a des nations entières ou tribus de peuples indépendants, qui ne reconnaissent ni la Porte ni aucun de ses pachas. Les trois Arabies ne reconnaissent pas non plus la souveraineté du sultan, qui n'y possède que quelques villes de peu d'importance. Le pacha d'Ahiska porte très-peu de respect à la Sublime Porte, et le fameux Haggi-Ali-Yenikli, pacha de Trébisonde, a été maître de tout ce pays. Il pouvait nirthr vn rîmipgitr m ne ^iniiA^^ 'onsiilrnble, et il a souvent

390 HISTOIRE DE LA TUnçUIE.

doDné des incpiéliides au Grand Soigneur. Dans le pays qui avoisine Smymo, il y a de grands agas : ce sont des seigneurs indépendants qui entretiennent des armées et qui mettent souvent cette ville à contribution. La Porte n'a jamais sur eux qu'une influence momentanée en fomentant de temps en temps parmi eux quelques querelles. Tous les habitants dés montagnes, depuis Smyme jusqu'à la Palestine, sont parfaitement indépendants et considérés par les Turcs comme des ennemis, qu'ils combattent toutes les fois qu'ils en trouvent l'occasion. Ils forment différentes nations, qui ont leurs souverains ou seigneurs particuliers, et qui sont même de religions différentes. Celles qui sont près de Smyme sont mahométanes; plus loin viennent les Kurdes, Us Maronites, les Druses, etc. Daher, pacha d'Acre, dominait sur un territoire très-é(endu qui ne payait aucun revenu à la Porte et pouvait être considéré comme un État indépendant. Entre le pays des Dnisos et celui d'Acre se trouve une nation qui habite les montagnes, derrière Tyr ; ce sont les Metualis de la secte d'Ali, ennemis si déclarés des Turcs, qu'ils massacrent tous ceux dont ils peuvent s'emparer. Le sultan ne possède réellement sur la côte de Syrie que Latakié, Alexandrettc, Tripoli, Sidon, Jaffa et quelques autres places de très-peu d'importance. Les caravanes qui vont «l'Alexandre! te a Alep sont obligées de passer par le chemin d'Antioche, vu que tout le pays qui traverse la route directe appartient aux Kurdes, qui ne permettraient pas aux Turcs d'y passer. Toute l'Egypte est indépendante. Le pacha envoyé au Caire est réellement prisonnier pendant tout le temps qu'il y réside, et n'est pacha que de nom. La Porte n'en tire que peu ou point de revenu, et même point de troupes, si ce n'est quelques fanatiques, quand elle est en guerre avec les chrétiens. Le tribut que TÉgypte doit envoyer à la Porte est souvent retenu dans les coffres des beys, ou du moins il est considérablement diminué par les réparations faites aux canaux, aux forteresses, etc., suivant qu'il plaît aux beys d'en ordonner. Les janissaires et les soldats arabes sont hors d'état de faire respecter dans ce pays rautorité de la Porte. Ils y sont en trop petit nombre et sont presque tous des artisans peu familiarisés avec Tusage des armes. Le |)onvoir réside dans les mameluks ; Icî bey, qui possède à sa suite le plus grand nombre de ces soldats, achetés en déorgie, en Circassie, en Mingrélie. est par conséquent le plus puissant V »

Le dominateur de l'Kgyple était aloi^s le mameluk Ali-bey. Par le meurtre' ou l'exil de ses ennemis, il s'était rendu maître du Caire. « Devenu dépositaire de toute l'autorité (1766), il résolut de l'employer à s'agrandir encore davantage. Son ambition ne se borna plus au simple titre de commandant ni de kaimakan. La suzeraineté de (^oiislantinople offensa son orgueil, et il n'aspira pas moins qu'au titre de sultan d'Egypte. Toutes ses dénian lies furent relatives à ce but ; il

* W. fiton Tabhnu hisioriqve, polilique fl moderyic de Vfmpire ottoman, t. If, p. 7 fl suiv.

moustâpiia m. SOI

chassa le pacha, qui n'était plus qu'un être de représenlatioii ; il refusa le tribut accoutumé; eiifiu, en 1768, il battit monnaie à son propre coin. La Porte ne vit pas sans indignation ces atteintes à son autorité ; mais, pour les réprimer, il eût fallu une guerre ouverte, et les circonstances n'étaient pas favorables. Le divan de Constantinople, occupé dos aflaires de la Pologne et des prétentions des Russes, n'avait d'attention que pour le Nord. On tenta la voie usitée des capidjis ; mais le poison ou le poignard surent toujours prévenir le cordon qu'ils | ortaient. Alibc\ , profitant des circonstances, poussa de plus en plus ses entreprises et ses succès ^ »

L'alliance de l'Arabe Daher doubla ses forces et lui permit de braver la puissance des Turcs. Daher avait d'abord pour domaine la petite ville de Safad ; il y ajouta Tabarié vers 1735. Le commerce qu*il faisait, selon la coutume de tous * les gouverneurs et princes d'Asie, lui avait fait sentir l'avantage qu'il y aurait à communiquer immédiatement avec la mer. Il s'empara d'Acre par surprise, en 1749, tortilla cette ville et se lit pardonner son usurpation par des présents distribués dans le divan et des protestations de fidélité. « La Porte n'en fut pas dupe, dit Yolney; elle est trop accoutumée à ce manège pour ^'y méprendre; mais la politique des Turcs n'est point de tenir leurs vassaux dans une stricte obéissance ;. ils ont dés longtemps calculé que s'ils faisaient la guerre à tous les rebelles, ce serait un travail sans relâche, une grande consommation d'hommes et d'argent, sans compter les risques d'échouer souvent, et par là de les enhardir. Ils ont donc pris le parti de la patience ; ils temporisent ; ils suscitent des voisins, des pa« rents, des enfants; et plus tôt ou plus tard, les rebelles, qui suivent tous la même marche, subissent le môme sort et finissent par enrichir le sultan de leurs dépouilles. ))

Daher obtint, en 1768, delà Porte, pour lui et pour ses successeurs, une investiture durable de son gouvernement, et se fit proclamer cheik d'Acre, prince des princes, commandant de Nazareth, de Tabarié, de Safad et de toute la Galilée.

§ Vm. — Efforts (le Ja Frauce |^ur décider la Porle à la guerre cotili-e la Kusûe. — Lettres

du roi Louis XV.

L'hostilité mal contenue des Grecs, des Roumains et des Slaves, la désorganisation du gouvernement impérial en Asie Mineure, les prétentions des pachas de Bagdad, d'Acre et du Caire à une indépendance complète, l'appauvrissement du trésor, la diminution de l'armée, la décadence des institutions militaires, la corruption des généraux, l'indiscipline des soldats et l'amollissement des courages,

' Volncy, Voifoge en Syrie et en Egypte ^ peudaiU /et annéet 1783, 1784 et 1785, t. I, p. 109.

3î»2 Hisronu!; de la TUiiyuiE.

toul cola lie présageait point à la Turquie des succès el des vicidires, si elle engageait la lutte contre Catherine. Vergennes, qui connaissait parfaitement la situation de Tempire, mit beaucoup de circonspection dans ses démarches auprès du divan, et il fit des représentations à la cour de Versailles sur le danger d'une guerre à laquelle les Ottomans n*étaient nullement préparés. Mais Choiseul, ayant appris que Catherine soufflait la révolte dans les provinces grecques et (prelle projetait de réunir tous les États du Nord sous son protectorat, ordonna à Vergeiines « d'employer tous les moyens nécessaires pour déterminer ou du moins pour éclairer les ministres turcs. » Il lui envoya les rapports les plus circonstanciés sur toutes les entreprises des Russes, soit en Pologne, soit en Suède, rapports qui furent placés directement sous les yeux du sultan. 11 mit à sa dispositioq jusqu'à quatre millions pour corrompre le divan. Il envoya au khan des Tartares, pour le décider à faire quelque démarche qui engageât la guerre, un émissaire adroit, le baron de Tott, qui possédait toutes les langues de ces contrées et dont le père avait déjà exécuté une commission semblable. Enfin il rédigea pour le sultan un long mémoire (c sur toutes les violenr^es que la Russie exerçait dans la diète de Pologne, sur les projets dont elle y consommait l'exécution, sur cettp incorporation réelle de la république à l'empire russe. » Il reprochait dans ce mémoire aux ministres ottomans <x de ne mettre aucune différence entre deux cours, dont l'une, alliée ancienne et fidèle, se faisait une occupation suivie de transmettre au divan des vérités importantes, et Tautre, au contraire, rivale secrète et irréconciliable, ne s'attachait qu'à le tromper par les plus grossières supercheries. Il ajoutait que le iiionioiit était décisif et il disait au sultan, sur le discrécht dans lequel son empire devait nécessairement tomber, des vérités toutes nouvelles j)our l'oroille d'un prince accoutumé aux llalterios les plus outrées; enlin il prenait, au nom de l'Autriche, rengagement le plus positif qu'elle resterait neutre dans la guerre (ju'il pressait la Turquie de déclarer, et il olfrit la garantie de la France j)Our cette neutralité. »

Le sultan Moustapha 111 fut alTedé de ce mémoire trop important et trop authentique pour (|ue ses ministres osassent le soustraire à sa connaissance, et il se décida à favoriser le soulèvement des Polonais et à exiger de la czarine l'évacuation de la Pologne. Mais ses ministres étaient résolus à ne |)as céder aux insinuations de la France ; ils aidèrent les confédérés polonais, mais en leur refusant une |)r(>lection ouverte; ils demandèrent la sortie des Russes de la Pologne, mais en s'atTommodant de leurs délais et de leurs excuses. Cependant Vergennes, pressé pai" les ordres de Choiseul el plus encore par la correspondance secrète de Louis XV, redoubla ses sollicitations auprès du divan, mais sans employer la corruption, el, avec l'aide de Tott, il arma quelques partis tartares, qui devaient faire une diversion utile à la cause des Polonais.

Sur ces entrefaites, M. de Vergennes fut rapjK'lé eliM. de Saint-Priesl nommé d

MOUSTAPHA m. - .V.C,

sa place. Voici un extrait des instructions données à celui-ci, par Choiseul, en juillet 17(58':

« Les entreprises des Russes, leurs violences, Fabus insultant qu'ils ont fait de la confiance des Turcs dans leurs promesses, rien n'a pu émouvoir la nonclialance du divan. Les ministres turcs ont été ingénieux à colorer les traits les plus odieux de la conduite de Catherine II ; mais leur sécurité était secrètement fondée sur les' promesses que cette princesse leur avait faites, tantôt de maintenir la liberté de Télection, tantôt de ne démembrer aucun des domaines de la république, et tantôt de faire évacuer la Pologne dès que Taflaire des dissidents serait terminée. Les faits ayant successivement démenti ces assurances, le ministère turc se trouve actuellement dans une crise violente, dont Tissue sera probablement un changement de ministère ou de système. Les Turcs ont cherché à justifier leur inaction en disant que le traité du Prnth, qui défendait aux Russes de s'immiscer dans les afiaires de la Pologne, était abrogé. Le plénipotentiaire russe eut en effet radress(> d'empêcher que ce traité ne fût rappelé dans celui de Belgrade; mais beaucoup de gens, même en Turquie, n'en sont pas moins d'avis que cette stipulation continue à obliger la Russie, et un grand vizir accrédité, qui serait déterminé à faire la guerre, saurait bien faire revivre le traité du Pruth, dont on ne cherche probablement à atténuer la valeur que parce qu'il condamne le système qu'on a adopté. La conjoncture même est aussi pressante qu'elle est iàvorable: le désespoir, renlhonsiasme de la liberté et le fanatisme de la religion ont armé les confédérés polonais ; toute la nation n'attend qu'un mot de la Porte pour se joindre à eux. Si la Porte manque ce moment, tout est perdu pour elle; la Russie aggrave le joug de la Pologne et commence le grand ouvrage de son ambition. La considération de l'empire turc, la seule montre de ses forces, la seule déclaration de ses sentiments, peuvent encore remettre la Pologne sous la protection delà Porte, ainsi qu'elle doit y être, empêcher le démembrement de ce royaume, calmer les troubles de la Suède ; enfin, la Porte, glorieuse, rétablira par quelques démarches vigoureuses sa considération, veillera à la sûreté de ses frontières, sera utile à ses amis de plusieurs siècles et abaissera Torgueil de ses ennemis naturels, qui feignent de la mépriser depuis plusieurs années, en faisant connaître qu'ils enchaînent sa vigilance par leurs séductions.

c< La Russie, par ses artifices, ses hauteurs et ses infidélités, semble travailler elle-même à déchirer le bandeau de l'illusion volontaire que les Turcs se sont faite jusqu'à présent, c'est à nous à hâter le réveil du divan par nos représentations ; le khan des Tartares les seconde ; les officiers des frontières provoquent le ressentiment de la Porte; déjà elle a donné des marques éclatantes d'intérêt aux confédérés. L'ambassadeur du roi ne doit rien négliger pour faire germer et éclore

* La plupart de» iiwtmtlimw diplomatique» que je rite mni inMileA et tirées des «rdûvet des affaire > étrangi&res.

d'aussi heureuses dispositions ; les sollicitations du khan des Tarlares aideronl a

échauffer les Turcs. » .

Ces instructions furent complétées par la correspondance secrète de Louis XV, du 20 avri^ 17G9, correspondance pleine de sens, de dignité, d'esprit national, où le roi l'emportait sur son ministre, autant par sa loyauté que par son intelligence profonde de la situation de l'Europe; car Choiseul ne voyait dans la Pologne qu'un instrument contre les Russes, tandis que Louis XY voulait la sauver pour ellemême, pour le salut de la Turquie, pour l'avenir de la France. Aussi, quand on songe à la triste fin de cette guerre, on ne peut lire dans la correspondance secrète les lignes magnifiques dictées par le roi, écrites par le comte de Broglie, où Y humiliation de la Russie est proclamée comme la pohtique de la France, sans déplorer ce terrible résultat d'une politique où l'intelligence n'était pas soutenue par la volonté, où la volonté était abrutie par les débauches du Parc-aux-CerTs.

Enfin les conseils de la Fmnce remportèrent auprès de Moustapha ; le grand vizir fut changé, et le parti de la guerre prit possession du pouvoir.

g IX. — Guerre contre la Russie (1768). ~ SoulèTemeni de la Morée. — Victoire navale des Ktisscs. — Opérations dans la Valachic.

Les Russes ayant redoublé leurs violences en Pologne, une ruse du khan âes Tartares amena la violation du territoire ottoman ; des Cosaques, entraînés à la poursuite de quelques confédérés de Bar, entrèrent dans Balta et y massacrèrent

sans distinction Polonais ot Tiin?s. Aussitôt tout le peu|)lo poussa des cris do vengeance; le divan craignit une révolte : il fallut déclarer la guerre.

Le grand vizir llamsa-pacha manda devant lui l'ambassadeur russe Obreskoff, qui voulut justifier son gouvernement du massacre de Balta. « Traître! parjure! lui dit-il, ne rougis-tu pas devant ])ieu et devant les hommes des horreurs commises |)ar vos troupes dans un pays qui ne vous appartient pas? » El il le somma de signer une déclaration portant que la Russie s'engageait, sous la garantie de ses quatre alliés, le Danemark, la Prusse, l'Angleterre et la Suède, à ne plus s'immiscer désormais dans l'élection du roi de Pologne, ni <la lis les débats entre les sectes qui divisaient ce paNS; à retirer ses troupes du territoire de la république et à s'abstenir de toute tentative contre les libertés polonaises. Obreskolï refusa de signer; on le conduisit aux Sept-Tours, et la guerre fut déclarée (octobre I7G8).

Le cabinet de Versailles s'était fait, sur la puissance qu'avaient encore les Turcs, des illusions qui Turent promptenient dissipées. L'armée ottomane, en entrant en campagne, se livra à des pillages et if des massacres capables de dégoiiter à jamais de l'alliance de ces barbares, ses premiers revers apprirent qu'elle n'était que l'ombre den armée» de Soliman, qu'elle n'avait gardé, dod excitations qui

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rendnienl ces armées victorieuses, qu'un fanatisme aussi lâche que sanguinaire. Artillerie, fortifications, discipline, manœuvres, tout était à créer; les premières notions de la géographie éUiient ignorées même des ministres ottomans. La France s'efforça d'éclairer le divan : Tott adressa à ce sujet plusieurs mémoires au sultan, et, j)our se faire entendre de ce prince, il fut réduit à composer des cartes du théâtre des hostilités. Moustapha parut stupéfait de ces révélations, et après beaucoup d'hésitations, car il craignait le mécontentement de ses peuples, il résolut de soumettre publiquement à Tinspection de Tott tous les travaux de rartillerie ottomane, a Quel fut l'étonnement de celui-ci, dit Rulhières, en entrant dans l'arsenal de Constantinople ! Tout semblait y annoncer, à des yeux attentifs, la prochaine ruine de cet empire, et, pour ainsi dire, on y lisait d'avance, sur le bronze et l'airain, ses véritables destinées, les déroutes de ses armées, la prise de ses villes et la destruction totale dont il était menacé. »

Le khan de Crimée, Krim-Gheraï, commença la campagne par une incursion dans la Nouvclle-Servie, et revint à Bender avec 55,000 prisonniers. Il inourut |)eu de temps après et fut remplacé par Dewlet-Gheraï. Le grand vizir Mohammed- Emin-pacha remporta, près de Choczim, un léger avantage sur les troupes de Gallitzin, qui se retira en Pologne; mais il fut vaincu à son tour; les Russes assiégèrent (]lioczijD, défendue par Potocki, Tun des chefs de la confédération de Bar. Le grand vizir vint au secours de cette place ; mais Gallitzin lui ferma le passage du Dniester, et son artillerie décima de loin l'armée turque. Les troupes murmurèrent ; Emin-pacha fut mis à mort.. Son successeur, Moldovandji-Ali-pacha, fit jeter un pont sur le fleuve ; une multitude de Tartares et d'Ottomans assaillirent le camp retranché des Russes; mais une crue subite du Dniester ébranla le pont ; les Turcs, craignant que la retraite ne leur fût coupée, se hâtèrent de repasser le fleuve; alors se passa une scène horrible. Le pont, fatigué par la violence des flots, s'écroula sous le poids des bataillons qui le traversaient en désordre. Cavaliers, fantassins, tout fut précipité, tout s'engouffra, tout disparut dans un eflroyablc péle-méle. 6,000 hommes, placés à la tête du pont pour protéger la retraite, restèrent .isolés sur la rive ; les Russes sortirent de leurs retranchements pour fondre sur cette arrière^garde abandonnée ; ils la culbutèrent dans le fleuve et ranéantircnt. Pendant qu'Ali-pacha ramenait jusqu'au Danube les débris de son armée, la garnison de Choczim évacua la place; Gallitzin trouva les portes ouvertes; de là il poursuivit sa marche à travers la Moldavie et la Yalachie, et nulle part il ne rencontra de résistance (1769).

Cependant Catherine, non contente d'attaquer les Ottomans sur te Ihiiestcr, fit partir de la Baltique une flotte qui alla se recruter en Angleterre de matelots, d'officiers et même d'un amiral, et qui de là pénétra dans la Méditerranée, où elle vint faire révolter la Morée. Le divan montra devant ce danger une ignorance et une incurie fabuleuses: l'ambassadeur de France ayant reçu, des projets des Ri:s'

51)6 IIISTOIKË DE LA TURQUlli;.

ses sur la Grèce, des nolions précises, mais par une voie douteuse, en avertit les ministres turcs, mais avec circonspection, de peur d'exposer les Grecs à une i^ersécutioH. Cet avis fut accueilli par l'incrédulité la plus grotesque : « Enseigneznous, disaient-ils en riant, comment des vaisseaux peuvent aller de Saifit-Pétersbourg à Constantinople. » Cependant la révolte de la Morée échoua. La flotte russe, après une vaine tentative sur ce pays, alla chercher la flotte ottomane et la détruisit presque entièrement dans la petite baie de Tchesmé (7 juillet 1769). « La bravoure héroïque de Huceïn -pacha, resserré dans une position mal choisie, ne put empêcher Tincendie des vaisseaux turcs. Cet avantage était dû à Taudace (le trois officiers anglais ; tout Thonneur en fut pour Alexis Orloff, dont Tignorance grossière avait plus d'une fois exposé la flotte russe, et fit ensuite manquer le but final de TexpcditionV Cependant il en reçut le surnom de Tchesmenski; on lui fit construire un palais; on lui. éleva dans les jardins de l'impératrice une colonne rostrale, comme celle que Rome, triomphant pour la première fois de llarthage, avait consacrée à la gloire de Duillius. Vain trophée d'une victoire stérile*! Si les Russes avaient su profiter de ce succès immérité, ils pouvaient passer les Dardanelles, qui n'étaient pas défendues, et arriver devant Constantinople ; mais, malgré les conseils de l'amiral anglais, ils perdirent quinze jours à croiser devant le détroit. Pendant ce temps, Tott ayant offert au divan de se rendre aux Dardanelles, ses services furent agréés. Tout ce que le commerce français avait amené à Constantinople d'ouvriers de vaisseaux fut employé à former sur toutes les côtes (lo nouvelles défenses. Quelques-uns de ses navires furent changés en brûlots; on t'inploja les matelols aux batleries , les charpcMiliers à la construction des affûts. Tott fit transporter aux batteries nouvelles la poudre qu'il fit enlever sur plus de deux cents bâtiments européens. En peu de semaines le passage fut rendu inexpugnable, et la Hotte russe, après un long et iimtile séjour à Lemnos, mit à la voile pour quitter la Méditerranée. Elle n'osa se nionlrer sur les cotes de la Morée, et les enfants de Sparte et de Messène, trompés j)ar tant d'indignes manœuvres, se trouvèrent livrés à la vengeance dos Ottomans. Les Albanais s'étant réunis aux troupe> ottomanes, Patras, Tripolitza, le territoire de Mégalo|)olis, la Laconie, la Jlessénie, dévastées par des bandes furieuses, gardèrent longtemps la trace des représailles exercées par les musulmans sur les cbréliens, que les Russes avaient laissés sans défense.

La Moldavie et la Valaclne n'eurent pas moins que les lirecs à se repentir de leur dévouement à la Russie. « Notre pays est ravagé par la guerre , avaient écrit les habitants à laczarine; il nest |>lus ni provisions ni fourrage; cependant nous ferons tous nos efforts pour subvenir à l'entretien de vos troupes, et nous fournirons mémo quatre mille recrues, tant nous sonunes résolus à tous

' TooKe s Life of Catherine i7,l. 11. p. 44, 4o. - l>espro'fie.% de la pniasancc russe^ p.^iô'J.

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