SÉLIM 111. A7.Ô
successeur, Hadji-Mousiapha, dbnquit le surnom de Mère-Serbe, I^es janissaires, voulant se venger, s'adressèrent à Pasvan-Oglou.
Celui-ci était un mjan de Yiddin, dont le père avait été injustement décapité à* répoque de la pai\ de Yassy; il se réfugia alors dans les Balkans, et, à la tête de 10,000 Krdchalia ou brigands de la Bulgarie et de la Macédoine, il ravagea le pays, s'empara de Yiddin et fit payer à la Yalachie des contributions. Le divan lui offrit en vain son pardon et la restitution des biens de son père; il préféra Tindépendance dont il jouissait, se déclara l'ennemi des réformes tentées alors par Sclim, appela à lui les janissaires, dont il devint le patron, et composa sa garde avec ceux qui étaient bannis de la Servie. Il se mit en pleine révolte, prit Orsova et Silistria,et menaça Belgrade. Le pacha de cette ville, manquant de troupes pour lutter contre un tel adversaire, fit appel aux Serbes, qui levèrent un corps dont le commandement fut confié à un fils d'iieyduque, et dès lors Turcs et Serbos tirent cause commune. Puis le kapoudan-pacha Hussein arriva avec une armée de 81^,000 hommes, assiégea le rebelle dans Yiddin, mais ne put le soumetire. A la fin le sultan traita avec lui, lui donna le pachahk qu'il avait usurpé, et, sur la déclaration du mufti qu*il était contraire aux lois de chasser les vrais croyants pour le bien des rayas, il ordonna au pacha de Belgrade de rétablir les janissaires.
Cette faiblesse eut les suites qu'elle devait avoir : les janissaires, se regardant comme vainqueurs, commirent des exactions de toute sorte, et, aidés de Pasvan- Oglou, s'emparèrent de Belgrade, dont ils tuèrent le pacha. Puis, sous le nom de DahiSj ils usurpèrent toute l'autorité, exigèrent le neuvième des récoltes et se substituèrent aux sipahis. Ceux-ci s'entendirent avec les Serbes pour secouer le joug; mais les janissaires, prévenus, ne leur laissèrent d'autre voie de salut que la fuite. Une députation fut envoyée a Conslantinople par les knès et fit entendre au sultan ces paroles énergiques : a Ks-lu encore notre tzar? viens nous délivrer, et, si tu ne le v(mix pas, fais-noûs-le au moins dire, afin que nous nous sauvions dans la montagne et les forêts, ou que nous terminions notre vie dans les rivières. » Le sultan envoya l'ordre aux dahis de cesser leurs tyrannies; mais ' ceux-ci massacrèrent tous ceux des Serbes qui pouvaient devenir les chefs d'un soulèvement. Le désespoir donna de l'énergie aux malheureux persécutés, qui se levèrent à la voix de Georges Pétrovitch : en peu de jours les janissaires furent chassés de la campagne et réduits aux villes et aux forts. Alors les Serbes se donnèrent pour chef suprême lîeorges Pétrovitch, ancien heyduque, qui, lors de la guerre de 1787, s'était mis au service des Autrichiens contre les Turcs*. Czern'h
* Pour faire connailrc ce l'uliir Hbci-alcur de la Servie, il suRira de citer ce Tait : fuyant la Servie pour se joindre nux Autrichiens, il était depuis trois jours sur les îiords de la Save, près de Douboko, attendant des bateaux hongroui, qui devaient le transiiortcr, lui et ^*s compagnons, de i>ulre côté, lorsque son père, se retournant, regarda les montagnes où il laissait tous les souvenirs de sa vie, sentit
434 HISTOIKK 1>E LA TURIJUIE.
Georges ou Georges le Noir refusa d'abord le coniinandenieut ([u'on lui décernait, parce que, disait-il, il ne savait pas gouverner : les knès lui promirent leur» conseils. H ohjecta alors sa disposition à la colère, qui le porLiit à frapiier plutôt qu'à réprimander : on lui repondit que la sévérité était précisément ce qu'il fallait dans les circonstances où Ton se trouvait.
A peine investi de Tantorité suprême, Georges attaque Belgrade, pendant que deux de ses lieutenants prennent C/.al»at/, Pocharavatz et Scmérévédo. Dans le' même temps, Békir, pacha de Bosnie, sur Tordre du sultan, arrive au secours des Serl>es et se présentcî aussi devant Belgrade. La ville se rend : le pacha, croyanl loutterminé, invile les Serhesà retournera leurs travaux et à déposer Ieui*s armes; mais ceux-ci refusent, car le passé leur a doinié de cruelles leçons. Alors Bekii* se retire cl laisse le pays livré aux ravages des Krdsclialis, qui se le partagent comme une (Conquête.
î^ V. - Ali-l'arl.M.
Nous verrons quelles furent les suites des trouhh^ de la Servie et l'influence qu'ils eurent sur les destinées de Tempire. 11 nous faut maintenant, pour compléter le taldeau de Tanarchie qui minait la Turquie, voir Tétat d'une autre province, la Basse-Albanie, où l'ambition d*un pacha devait amener les érénemcnls les plus graves.
Ali, né à Tehelen dans la llaiite-Epire. ni)parlenail à une famille albanaise depuis longtemps convertie à lislMmiMue. Son père. Vely-boy, persécuté par ses frères, s'éljul fait voleur de grand chemin et n'était rentré à Télndeii (|ue pour exterminer sa finniile, dont les biens grossirent le fruil de ses pillages. Sa mère, Khameo. nvi^it. son mari étant mort, continué le même métier, elle tomba, avec ses enfants, aux mains des habitants de Kardiki cl de Connovo . (jui routragércnt et la remirent en liberté. Fils de tels |)arents, Ali ne dégénéra point : après avoir, dès l'Age de dix-huil ans, mené la vie des brigands, à la tête d'une troupe de palikares. il tenta la fortune en se faisant le serviteur dévoué de la Porte. La révolte de 1770 avait laissé des traces dans rK])ire : un grand nombre de beys s'étaient rendus indépendants ilans leurs montagnes, où ils faisiient les petits tyrans; les roules étaient infestées de brigands; le sultan n'avait plus ni action ni |)ouvoir dans une bonnt» pailie du t>a\s. Ali dénonça successivement à la Porte trois pachas de Delvino. dont l'un était son beau-pére, l'antre
M»ii c«i,'iir .«»«• loiitlir l'I «.oiijui.i NUI lils «!«■ s«; vmmcllir pliilôl <|ur <li.' |».KSsor t'ii Aulrirlie. l'uis, tic la Pii'>r«î \cMaiil A 1.1 im-n;ui*. il ilrrl.iiv iiu'il ii.i ili'iioncLT s.i Inili; cl lollc »i«^ .>u.s cunipu^iions. Gcorircs k* xqiplii' lie U'ïlcr, ol, Il iiKiiil j)n U: llt-cliir, l«.> liiu d'un coup de fu>il. (li^iuil : u 11 \aul mieux que tu péri^^sv^ l'Mit M.'iil «juiî innii' ltMi<. j'
■^T«Vl (CM *iLrJVMW^ I
SÉLIM m. 455
8on boau-frcre, le troisième son ami, et les fit périr. Il obtint en recompense le titre (le dervend-paclia (pacha des rontos), Tautorisation de lever 4,000 Albanais et la charge de purger de brigands toute la province. 11 vainquit la plupart des beys rebelles, confisqua leurs biens, envoya une partie de son butin aux ministres ottomans et obtint en récompense le pachalik de Janina (1788). Alorsil exécuta la promesse qu'il avait faite à sa mère mourante d'exterminer les gens de Kardiki et de Cormovo : il s'empara de ce dernier bourg et le détruisit entièrement avec ses habitants; l'un d'eux, accusé d'avoir fait violence à Kharaeo, fut tenaillé, mis à la broche et rôti à petit feu. Cependant il était exact à payer les redevances à la Porte, et, indifférent sur toutes les rehgions, il flattait également les musulmans et les grecs, faisant la prière avec les derviches et chantant des hymnes à la Vierge avec les papas.
En 1797, les Français étant devenus maîtres des anciennes possessions vénitieimes, il se mit en rapport avec eux et les assura de son dévouement. Mais, quand la Porte eut déclaré la guerre à la France, il s'empara de Rutrinto, marcha sur Prévesa avec 20,000 hommes et rencontra, àNicopolis, 280 Français qui firent une résistance héroïque. Prévesa fut prise, pillée, et la moitié de sa population massacrée. En même temps il écrivit au gouverneur des îles Ioniennes qu'il n*avait pris Butrinto et Prévesa que pour les soustraire aux Russes et aux Anglais. La Porte le nomma pacha à trois queues, mais elle commença à s'inquiéter de ses usurpations, et Ali ne parvint à apaiser ses soupçons qu'en envoyant de riches présents aux membres du divan.
En 1802 il obtint de la Porte l'autorisation de détruire les Souliotes : c'était une tribu de montagnards chrétiens et indépendants, qui, en 1770, s'était soulevée à la voix des Russes, et contre laquelle il faisait vainement la guerre depuis 1788. 11 enveloppa d'une nombreuse armée les montagnes des SouHoles, et, un traître lui ayant ouvert l'un des défilés, il réduisit les montagnards à capituler (1803). Le traité portait qu'ils sortiraient du pays avec armes et bagages; mais à peine étaient-ils en marche qu'ils furent attaqués et massacrés. Leurs fennnt's se jetèrent dans des gouffres ou dans l'Achéron pour échapper aux vamqueurs. Un petit nombre parvint à gagner les îles Ioniennes.
La destruction des Souliotes eut un grand retentissement, non-seulement à cause de leur énergique défense, mais à cause de la croix que ces montagnards avaient arborée comme signal de liberté. La Porte récompensa le vainqueur en lui donnant le titre de romili-valici. qui lui conférait le commandement des armées en l'absence du grand vizir. Revêtu de cette nouvelle charge, il marcha contre les KrdschaUs de la Macédoine et de la Thrace. Ses ennemis espéraient qu'il échouerait dans cette expédition, mais il réunit 80,000 hommes et força les rel)elles à se soumettre, et à lui donner des otages; deux pachas, accusés de les avoir soutenus secrètement, furent décapités ; les routes devinrent libres, mais
AJi profiU de im poisBance pour aocrcrttre ses ridiesses ea frqipaat des <
tions sur presque toutes les ?illes. Ensuite, sachant que la Porto étak irritée de aeà
succès et soupçonnait ses prqjets d^indépendance, il Uoaicîa son armée, retounMi
dans rÉpire, fit périr les.beys et les plus richei habitante du payc^, et eo diBfhd
ainsi le maître absolu.
8 VI. — MiitHMi de Sébuiitm du» le Lfsnnt.
Pendant que les troubles de la Servie et de rÉpre témoignakmt k rEuropela faiblesse de ^empire ottoman . la guerre allait recommencer dans TOocident» ^1» contre-coup s'en faire sentir sur les rives du Boftphore. - > *^
Napoléon avait pour les pays orienteux une affection rêveuse et instinctrve; 9 ^^ a toiqours regretté, même à Sainte-IIélàie, que l'édiec de SaintnIeaiMi*Acrè hri eût (ait manquer sa carrière d'Alexandre; il savait combien les destinées de rEiii' rope dép^daient de ce mystérieux Levant, qui tient les ctets de [la Méditerranée, les cleb de la route des Jndes, et surtout du maintien ou de la chute de œt empire des Osmanlis, dont l'existence était pour lui, comme pour, les gonvem^ ments précédents, un problène insoluble. 11 regardait donc de ce eété avec i anxiété d'autent plus profonde, qu'il avait ses forces et ses poisées occupées t relflche à l'Occident. Aussi, dès qu'il eut fait la paix avec la Turquie, il s'oceupa-i régénérer notre influence, notre commerce, notre nom dans le Levant, e( à cet effet il envoya dans ces contrées un homme de confiance et de talent, le colonel Sébastiani. Le but avoué de sa mission était de requérir des Anglais l'évacuation d'Alexandrie, d'annoncer aux pachas d'Egypte et de Syrie la paix conclue avec la Porte en 1802, et de les assurer que des commissaires français allaient être envoyés dans les Échelles pour renouer des relations de commerce.
Sébastian! par lit de Toulon le 10 septembre 1802, et alla d'abord à Tripoli, où il força le dey à respecter les bâtiments, non-seulement de la France, mais de la république italienne. De là il aborda à Alexandrie, que le général anglais refu8a d'évacuer, mais où le pacba et les autres autorités turques lui rendirent les plus grands honneurs ; puis au Caire, où il fut reçu avec des acclamations, où tous les souvenirs de la conquête Trançaise se réveillèrent à son aspect : « En Egypte, disait-il dans son rapport, chefs, commerçants, oulémas, peuple, tous aiment à s'entretenir du premier consul ; tous font des \œux pour son bonheur. Toutes les nouvelles qui le concernent se répandent d'Alexandrie et de Damiette aux Pyramides et aux grandes cataractes, avec une rapidité étonnante. » Il déclara qu'il mettait tous les chrétiens du pays sous la protection de la France ; il fit chanter un Te Deutûy où tous les Français assistèrent ; il obtint du pacha le rétablissement des monastères du Sinaï et de TÉgypte dans leurs privilèges. De là il se rendit à
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Saint-Jean-d'Acre, où Djczzar-pacha raccueillit avec empressement, et lui promit de rendre aux marchands français et aux religieux de la terre sainte toutes leurs prérogatives : « Je serai moi-même, dit le pacha, le commissaire français à Acre, et vos compatriotes y recevront l'accueil le plus amical. x> Enfin Sébastiani s'en retourna et toucha en passant aux îles Ioniennes, où il fut accueilli au cri de : Vive la France ! Son rapport fut publié dans le Moniteur^ et fit une vive sensation : les ennemis de la France le regardèrent comme un aveu des prétentions ambitieuses de Bonaparte sur rOrient, et ce ne fut pas une des moindres causes de la rupture de la paix d'Amiens. « Le gouvernement français, dit le roi d'Angleterre à son parlement, a conservé des vues hostiles sur ces deux points, TÉgypte et Corfou, et il a même suggéré ridée d*un partage de l'empire turc. Ces vues sont aujourd'hui devenues évidentes pour tout le monde par la publication officielle du rapport du colonel Sébastiani, parla conduite de cet officier et des a^itres agents français en Egypte, en Syrie, dans lesiles Ioniennes. » L'Angleterre voyait avec dépit que trois années de guerre entre la Porte et la France n'avaient pu rompre les liens qui unissaient ces deux puissances, que notre influence, fondée sur des souvenirs impérissables, allait se ranimer avec notre commerce et notre marine ; que la France républicaine était à même de continuer ou d'exagérer les projets de la France monarchique, soit en régénérant l'empire ottoman, soit en le démembrant à son profit.
g Vn. — Rupture de la paix d'Amiens. — Conduite de la Porle. — Conlre-coup de la victoire
d'Âusterlitz.
La cause de la rupture de la paix d'Amiens fut donc le rétablissement de nos relations avec l'Orient, et voilà pourquoi l'Angleterre s'obstina à garder Malte. (( Cette île, disait lord Pelham au parlement, était absolument nécessaire à la Grande-Bretagne, comme gage de sécurité contre les desseins de la France à l'égard de l'Egypte. » Et Bonaparte répondait : « La France ne serait plus un Etat maritime, si les Anglais, qui ont envahi le commerce exclusif des Indes et de l'Amérique, pouvaient encore, en gardant Malte, chasser la navigation française des échelles du Levant et de toute la Méditerranée. »
La même cause amena la rupture de la Russie avec la France : avec l'Angleterre, c'était Malte; avec la Russie, ce furent les iles Ioniennes, qui en furent Tocoasion ou le prétexte. La Russie y avait laissé garnison; ses agents avaient envahi tous les pouvoirs ; de ce poste ils remuaient les Albanais et les Monténégrins. «La France réclama l'exécution de l'ai^ticle portant que les deux parties contractantes garantissaient l'indépendance des Sept-IIes, et qu'il n'y aurait plus dans ces îles de troupes étrangères, article évidemment violé parla Russie, puisqu'elle a continué à y tenir des troupes et qu'elle a changé le gouvernement de ce pajs sans aucun concert. »
I^ France, attaquée par la Russiie, l'Angleterre et rAolricbe, s'efforça, oonune dans les teimps anciens, d'esciter le diian A- porter la guerre sur le Dannbe, et Brune reçut des instnictionH à cet etfet. La cour, de Censtantinqple était restée^ depuis la paix, sous Tinfluoice des puissances avec lesqpriles elle 8*était alliée contre la France; mais elle supportait avec peine cette dépendance, aurtoot Séitm m, prince éclairé, qui s'irritait du ton arrogant de l'Angleterre et de Tinfluence toujours croissante de la Russie sur ses sigcts. Le moment semblait donc fàvoraUe pour rétablir l'alliance ancienne; mais les membres d« ditan i^ient presque tous pensionnés par l'Angleterre; Tempire étatt, comme noos l'avons vu^ plein d'agitations ; enfin Brune, avec sa droiture républicaine, sa fierté pleilui d'emportement, n'était pas propre A mener une négociation dans cette cour corrompue, où il fallait tant d'astuce et d'adresse : la Porte était tellemait dégénérée, qu'dle n'avait plus de politique a elle, et se traînait A la remorque du fdns fort. Les propositions de Brune furent accueillies avec froideur, et l'on refusa même de reconnaître A Napoléon son nouveau titre d'empereur. L'ansbassadeur menaça de quitter Constantinople; le divan n'essaja pomt de le tetenin il partit. I^a Porte, poussée par la Russie, promit d'entrer dans la coalition et d'en^ voyer des troupes en Italie ; mais elle se garda bien de le bire.
Napoléon fut mécontent do celte conduite de la Turquie, mais il refusa de s'en venger. Ce n'était pas l'opinion de ses conseillers : Talleyrand voulait qu'après avoir battu rAutriche on lui imposât des conditions qui lui auraient laissé sa grandeur, mais en faisant d'elle une puissance tout à fait slave e"; orientale. Pour cela on lui aurait enlevé se» provinces germaniques, et on lui aurait donné la Valachie, la Moldavie et la Bosnie, ce qui Taurait assise entièrement sur le Danube, et aurait fait d'elle une ennemie éternelle de la Russie, et par conséquent une alliée naturelle de la France. Napoléon aima mieux affaiblir l'Autriche, pour se ménager dans l'avenir Talliance de la Russie ; mais en même temps il montra quelle sollicitude il portait aux destinées de l'empire ottoman en se faisant céder, par le traité de Presbourg (26 décembre 1805)^ la Dalmatie, l'illyrie, les Bouchesde-Catfaro, etc. Aussi la Russie, qui continuait à intriguer dans la Grèce, et dont les agents avaient soulevé les Monténégrins, se hâta-t-elle de s'emparer des Bouches de-Cattaro. En représailles la France s*empara de Raguse.
Dès que la bataille d'Austerlitz Teut délivrée de la crainte des Russes, dés que le traité de Presbourg lui eut donné les Français pour voisins, la Porte se rappro* cha de la France, reconnut Napoléon comme empereur et lui envoya un ambassadeur extraordinaire (5 juin 1806), « pour signaler, disait Sélim, d'une manière éclatante les sentiments de confiance, d'attachement et d'admiration dont il était pénétré pour le prince qu'il regarde comme le plus ancien, le plus fidèle et le plus nécessaire ami de son empire. » Napoléon répondit : «Un des plus grands, des plus précieux avantages (pie je veux retirer des succès qu'ont obtenus mes armes,
c est de soulenir et d'aider le plus utile comme le plus ancien de mes alliés. Je me plais à vous en donner publiquement et solennellement Tassurance. Tout ce qui arrivera d'heureux ou de malheureux aux Ottomans sera heureux ou malheureux pour la France. Monsieur l'ambassadeur, transmettez ces paroles au sultan Sélim; qu'il s'en souvienne toutes les fois que mes ennemis, qui sont aussi les siens, voudront arriver jusqu'à lui. Il ne peut jamais rien avoir à craindre de nioi; uni avec moi, il n'aura jamais à redouter la puissance d'aucun de ses ennemis. »
Le général Séhastiani fut envoyé en ambassade à Constantinoplv3 et eut pour instruction d'exciter le divan à faire une diversion contre les Russes sur le Danube. Il emmena des officiers qui devaient l'aider à réorganiser l'armée ottomane. Avant de voir quelles furent les suites de cette ambassade, il faut que nous revenions sur la réforme tentée dans l'armée et sur les troubles de la Servie.
§ VIII. — Troubles dans la Roiimélie. — Insurrection de la Servie.
Ce n'étaient pas seulement la Servie et la Bulgarie qui étaient ravagées par les brigands des Ballums; la Roumélie avait eu sa part de pillages; ses campagnes et ses villes ne purent être protégées par les janissaires, qui subirent de nombreuses défaites; Andrinopic fut menacée (1804). Le sultan saisit l'occasion de faire marcher un des régiments nouveaux formés à Constantinople, avec une compagnie d'artillerie légère, un escadron de cavalerie et trois régiments de la Karamanie : les brigands furent battus partout et la Roumélie délivrée. Sélim, heureux des succès des nizani-geditles, les combla de récompenses; et, voulant pousser plus loin une réforme qui donnait de si prompts résultats, il lança un hatti-shérif (mars 18:)5) qui ordonnait de choisir dans les villes et les prhicipaux villages de la Turquie européenne, parmi les janissaires et les jeunes mahométans de vingt à vingt-cinq ans, les hommes te plus forls et les mieux constitués pour en former de nouveaux régiments. Cet ordre souleva presque partout la population, el (Constantinople ne resta tranquille que parce qu'on n'y publia point le halti-shérif et que le mufti contraignit les oulémas au silence.
. En 180(5, le divan, à cause de l'état général de l'Europe, crut devoir prendre quelques mesures de précaution, et Kadi-pacha reçut l'ordre d'augmenter les régiments de nizam-gedittes et de les amener à Constantinople avec tous les zaïms et timariots de son gouvernement, et deux corps de cavalerie que fournissaient les puissantes familles de Tchiapan-Oglou et de Caraosman-Oglou. On espérait que ces troupes pourraient, en se rendant sur le Danube, punir les villes qui avaient refusé d'obéir au dernier hatti-shérif. Mais^ d'une part, le sultan Sélim se donna le vain plaisir de les faire mîiiKi.rivii!r peiiJaut un mois; *!, d autn? \mvi, tes janissaires des difiTérentcs villes npjwlùrenl ii eux Irs hrigâmts du RlKidope. de
41» DISTÔiRE de la TURQOlti.
l'Hcmus et du PiuJt;. Purtoiit ks po|>uIii lions, prêveuiies *pïDii albit mellre à' exécuLioLi le liaUlsUerir, se soulevèrent; el, lorsqu'à la mi-jinllel KâJi-jtïichu *c mit en marche, il se trouva dès les premiers pai^ eu prestance de masises ennemies. Il lui fut iniiiossible *le passt^r oulre^ el $c\\m fut oblige do. le renvoyer m Asie avec ses Iruupes. CoiistiiulinopK' àprouva le Lonlre-coii p de cette vmlîiMe guerre civile; les ministres furent obligés de s'enfuir el Vn^i} dL^sj.inissaire^ devint gi-îind vitir. Le mufti lui-même a exila volotilairement à Urousse, pour rendre à Sèltm la pacification plus facile.
Pendant que le cœur de Vcmpire tslait livre ù ces désui^res, les Serbes, se voyant abandonnés par le divan aux ravages des Krdsehalis, avaient împloiv Tinterventiun de la Itubsie (août 1804l. Le c/ar leur repcmditi]ue son ambasï<adeiir appuielait toutes leun* démarches et qu'ils eussent à s'adresser au sultan (ré\ricr 18(V1). l'ne députation dti kncs se ivndit alors à ronstaulinople; tHe demandai î\\w l^s (►hux^s fortes leur hissent remises^ (piuue somnu> do deu\ tnilliotis de juastretï leur fiU pavée comme indemnité pour la guerre qu'ils avaient soutenue contre les Dahis. Ces demandes furent regai-dées wmnie nue insulte; les députés furent mis tn prison» et le paclia de Nissa, Ha Riz, reçu! l'ordre d 'mirer eu Servie. Les Serbes> qui n'avaient songé jusque-là qu'à se débarrasser de Toppression dc£ janissaires, résolurent de faire la guerre pour leur indépendance. Uafliz fut hathi, el un synode convoqué h Sémérevédo appela tous tes Serl)es a la conquête de Iji liberté. Les pachas de Bosnie et d'Albanie enlrérent on Servie et mirent tout ji feu et àjm^it^itii'Goorgos réunit 15,000 hommes, hallit le& deux pachas séparément étremporta enhn sur eux une victoire complète à Czabatz (août 1806). Le pacha de Scutari, qui assiégeait alors Doligrad, leur offrit la paix aux cimditions suivantes : que les Serbes auraient un gouvernement particulier et paveraient une somme de 600,000 florins, qui serait employée à désintéresser les sipahis; que la citadelle de Belgrade serait occupée par une garnison ottomane. Ces propositions furent acceptées, mais les Turcs refusèrent de les exécuter (décembre 1806). A cette époque, la guerre ayant éclaté entre la Russie et la Turquie, les Serbes trouvèrent un protecteur dans le czar. Nous allons voir les causes de cette guerre.
8 l.\. — Hupluic de la Portu arec la Uussic el rAiiglelciie. — Us llusscs cnvahbtsait les proTÎnces
dnnullicnncs.
Napoléon avait essayé de négocier la paix avec l'Angleterre et avec la Russie^ el il avait posé pour première condition des traités à faire « Tindépendance absolue de l'empire ottoman comme élant non-seulement son désir le plus vrai, mais le point le plus constant de sa politique. » Les négociations échouèrent; la guerre conlinua ; la Porte, craignant d'y être entraînée el voulant faire respecter sa ncu-
tralité, ortlonna aux woîvodes de Moldavie et de Valachie d'approvisionner leurs places, et au pacha de Roumélie de rassembler des troupes sur le Danube. I^a Russie prit défiance de ces précautions : elle redoubla ses intrigues pour eiciter des troubles dans l'intérieur de Tempire, fomenta la révolte des Serbes, envoya des armes aux Monténégrins et aux Maïnotcs, enfin usa envers la Turquie des procédés qui lui avaient si bien réussi à l'égard de la Pologne.
Son intrusion dans les provinces danubiennes fut encore plus directe. La révolte de Pasvan-Oglou ayant exposé la Valachie à de grands troubles, les Roumains songèrent à s'appuyer sur la France pour obtenir leur indépendance, et ils envoyèrent des députés à Napoléon pour lui demander son assistance afin de se constituer en État libre sous le protectorat français. Napoléon reiusa de prendre aucun engagement à ce sujet. Alors les boyards valaques élurent pour prince Ypsilanti, qui rêvait de reconstituer un royaume de Dacie avec l'appui de la Russie. Les Moldaves élurent Monisi, qu'on croyait aussi du parti russe. La Porte refusa de reconnaître Ypsilanti et nomma Alexandre Soutzo, que la Russie repoussa à son tour. A la fin, la Porte céda; mais le général Sébastiani, en se rendant à Constantinople, s'était arrêté quelque temps à Bukharest auprès du prince Ypsilanti; il avait étudié avec soin sa conduite, et il dévoila au sultan les manœuvres de la cour de Saint-Pétersbourg en l'excitant à punir la trahison des woîvodes par une destitution. On lui objecta que, depuis le traité de Yassy, ces princes, nommés pour sept ans, ne pouvaient être destitués qu'avec le consentement du czar ; mais, dans une entrevue particulière avec le sultan, Sébastiani démontra que ce consentement ne pouvait regarder que des fautes d'administration et non une trahison notoire; il accusa les woîvodes d'être les instigateurs des troubles de Servie, s'appuyant pour le démontrer sur la liaison qu'on savait exister entre Czemi-Georges et le prince Ypsilanti. Le sultan entraîné révoqua les woîvodes (50 août 1806) et les remplaça par Soutzo et Callimachi. Ypsilanti se sauva d'abord en Transylvanie, puis dans l'armée russe; ses biens furent confisqués et son vieux père décapité. Quant à Morusi, il se retira à Constantinople. ^
Ce succès diplomatique avait été obtenu si promptement, que la Russie n'avait pu rien faire pour détourner le coup; à peine revenue de sa surprise, elle reçut une autre insulte qu'elle dut encore à l'habileté de notre ambassadeur.
Nous avons dit que Napoléon avait essayé de négocier la paix avec la Russie; un traité avait même été signé avec l'ambassadeur russe, mais le czar refusa de le ratifier. Sébastiani fit entendre au divan que les principaux motifs de ce reHis étaient les garanties exigées par la France et contenues dans le traité de paix en laveur de l'empire ottoman. Le traité stipulait, en effet, rindépendancc des Septlles, ce qui olait aux Russes le moyen d'attaquer la Turquie de ce eôlé, et, en même temps, il rétablissait l'indépendance de Haguse sous le protectorat de la Porte. « La Uussie voit avec peine, disait le général Sébastiani, qu'elle ne pourra
44i HISTOIRE DE LA TURQUIE.
plus envahir los provinces turques île force, comme la Crimée, ou les lui arracher en temps de paix, connno elle lui a arraché la Géorgie el le passage des Dardanelles. » Kt il demanda, au nom de l'empereur, que le Bosphore fût fermé à tout bâtiment russe de ligne ou de transport, chargé soit de trou|)es, soit de munitions de guerre, déclarant que laisser ce |)assage ouvert aux Russes serait violer la neutralité el donner aux Français le droit de passer sur le territoire ottoman pour les attaquer sur les bords du Dniester. Il déclara, en outre, que tout renouvellement ou même toute continuation d'alliance avec l'Angleterre ou la Itussie serait considéré comme une accession à la guerre contre la France. Enfin il ajouta que Tarmée française en Dalmatie n'avait d'autre but que de maintenir rintégralité de IVmpire ottoman; mais que si la Sublime Porte s'unissait aux ennemis de la France, Témpereur serait contraint de donner à cette armée une destination tout opposée à celle qu'elle avait eue jusqu'alors. La demande de l'ambassadeur français fut accueillie, et, peu de temps apn», un brick russe s'étant présenté pour entrer dans le Bosphore, le passage lui en ftit interdit.
Les ministres d'Angleterre et de Russie furent stupéfaits de ces mesures, qui annonçaient un changement de politique de la part de la Porte. Le premier reprocha au divan d'abandonner ses fidèles alliés pour se livrer à l'influence funeste du gouvernement révolutionnaire de la France; le second déclara que son maître ne pourrait tolérer de telles infractions aux traités : tous deux demandèrent le renouvellement de l'alliance ainsi que le rétablissement des woïvodes. I.ies ministres turcs furent effrayés cl parurent disposés à revenir en arrière. L'alliance delà France les rassurait contre la rupture avec la Uussio, mais nullement contre l'Anulclonv, dont la marine pouvait ruiner le commerce de l'empire, et qui, d'ailleurs, seuihlait jusqu'alors lui avoir prêté une assistance ^notuite. Sébastiani lui rendil confiance en disant que l'Anglelerre ne compromellrait pas sa position coniuM»rciale pour des fails qui no l'alleignaient pas directement.
Le divan essaye alors de traîner en lonjj^ueur la négociation avec l(»s ninlNiss<)deflrs iU' Russie et d*Au«(lel(?rre; mais le premier s'embar(|ue sur un vaisseau de s;i uation et demande ses passe-ports; le second, retenu à Buyukdéré par une lièvre lehle. envoie son second secrétaire, M. >Villiaui Wellesley Pôle, |)Our exiger une réponse calé^nui(|ue. M. Pôle se rend à (ionstanlinople à franc étrier, et, coinnic le temps était mauvais, il arrive au divan tout couvert de boue et la cravache à la maiu; il répète lièremeut les domaiid(\s de son and)assadeur, et ajoute qu'une Ih^tte partie de (lihraltar va passer lés Dardauelles. La teuue cavalière el les paroles menaçantes du jeune secrétaire tirent une profonde impression sur le divan, (pli décide aussitôt le rétablisseuienl des vvoïvodes. M. d'Italinski, représentant de la lUissie, descend alors à terre et reprend ses fonctions.
Sélim fut désolé de la làclielé du divan; il déclara à Sébastiani, avec lequel il eut nue entrevue secrète, a que, pris à Timproviste, il cédait à l'orage; mais
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qu'il nourrissait Tiiivariable résolution de suivre la politique de Teiupereur et de former avec lui des tiens plus étroits que ceux qui, pendant des siècles, avaient uni la France et la Turquie. » Sébastiani assura le sultan que Napoléon comprendrait les dirficultés de la situation et que son amitié n'en serait point diminuée. Sélim, dans son inquiétude, écrivit lui-même à l'empereur ; celui-<;i lui répondit (mars 1807) en lui offrant le secours de son armée de Dalmatic, qui, par la Bosnie, pourrait gagner le bas Danube, et celui de ta flotte française de Cadix, qui, passant le Bosphore, se serait rendue maîtresse de la mor Noire En attendant, il lui expédia de Dalmatie des ofliciers du génie et d'artillerie.
La Porte avait lieu de croire que la satisfaction qu elle venait de donner à la Russie en rétablissant les woïvodes arrêterait toute agression de sa part; d'ailleurs cette puissance était alors appelée à secourir la Prusse, battue à léna ; mais la Russie pensait qu'attaquer la Turquie c'était combattre la France, et le général Alichelson envahit la Moldavie et la Valachie. Napoléon, qui suivait avec anxiété la politique vacillante du divan, crut que le contre-coup 4e ses victoires sur la Prusse se ferait sentir sur le Danube, et, lorsqu'il fut à Berlin : ce Ecrivez, dit-il à renvoyé turc Argyropoulo, écrivez à votre cour pour lui donner la nouvelle de c^ qui se passe ici, et annoncez que les Russes ne tenteront rien contre l'empire ottoman (^8 octobre). » En effet, deux divisions détachées de l'armée de IHichcIson vinrent, sous les ordres du général Essen, renforcer Benigsen et prendre part à la bataille d'EyIau ; mais la Turquie ne fut pas attaquée moins vigoureusement, et Alexandre, qui avait fait le serment de sauver la monarchie prussienne, oublia ce serment pour essayer de saisir en Orient la proie éternellement convoitée par l'ambition russe.
Sélim fut indigné de cette odieuse agression ; M. d'Italinski, interpellé, ne savait quelle explication donner, et M. Arbuthnot était contraint de reconnaître que la Porte avait lieu d'être offensée, s'il n'y avait point d'autre cause à la marche des armées rus.ses. La population de Constantinople devint menaçante, et l'ambassadeur russe ne dut qu'aux réprésentations énergiques de Sébastiani de ne pas être jeté aux Sept-Tours : un vaisseau anglais le reçut a son bord et le débarqua à Ténédos. Pendant que Sébastiani |)rotégeait ainsi M. d'Jtalinski, les Russes enlevaient M. Reinhart, consul général de France à Yassi, et l'envoyaient prisoimier en Russie; mais, par représailles, Moustapha Baïractar, averti à temps, se saisit du consul de Russie k Bukharest.
8 X. — Napolcou envole des secours à la Porte. — Départ de l'ambassade anglaise. -» L'amiral Duk>Voi'lli
passe les Dardanelles. ^
Na|)oléon fut vivement ému de l'attaqlie non Inotivée des Russes : il en prit occasion pour intéresser l'honneur français au soutien de la Turquie, pour dévoiler
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les projets de la Russie sur cet empire et déclarer que la seule condilion de paii qu'il fiiisait au czar était le maintien de l'indépendance et de l'intégrité de la Turquie. « Je ne traiterai jamais avec Alexandre, disait-il hautement, si les Russes n'éracuelft la Yalachie et la Moldavie, occupées contre la foi des traités, w^-m Qui pourrait calculer, écrivait-il au sénat (29 janvier), la durée des guerres, le nombre des campagnes qu'il faudrait faire un jour pour réparer les malheurs qui rimiUeraient de la perte de l'empire de Constantinople, si l'amour d'un liche rqpos et les délices de la grande Tille l'emportaient sur les conseils d'une sage prévoyance? Nous laisserions à nos neveux un long héritage de guerres et de malheurt. La tiare grecque relevée et triomphante depuis la Baltique jusqu'à la Méditerranée, on verrait de nos jours nos provinces attaquées par des nuées de fanatiques et de barbares; et si, dans cette lutte trop tardive, l'Europe civilisée venait à périr, notre coupable indifférence exciterait justement les plaintes de la postérité et serait un titre d'opprobre dans l'histoire. »
Il donna à Marmont (29 janvier), qui commandait en Dalmatie, l'ordre d'aider de tous ses moyens, comme conseils, armes et munitions, les pachas de Bosnie et de Sculari; de leur envoyer des officiers d'état-major, les uns pour résider auprès d'eux, les autres pour parcourir les provinces turques, exalter les tètes en promet^ tant les secours de la France et recueillir des renseignements utiles. Pour le cas où le sultan demanderait des troupes : « L'empereur n'est pas trcs-âoigné, dnait le major général Berthier, de vous envoyer avec 25,000 hommes sur Viddin, el alors vous rentreriez dans le système de la grande armée , puisque vous en feriez rexlrcme droile... Mais tout cela n'est qu'hypothétique. Dans cette grande circonstance, les Anglais hésitent et paraissent vouloir rester en paix avec la Porte. Cette dernière puissance s'est ser\'ie pour cela de la menace de transporter 40,000 hommes jusqu'aux portes d'Ispahan, et nos relations sont telles avec la Perse, que nous pourrions nous porter sur l'indus. Ce qui était chimérique autrefois devient assez simple dans ce moment où l'empereur reçoit fréquemment des lettres des sultans, non des lettres d'emphase et trompeuses, mais dans ce véritable style de crainte contre la puissance des Russes, et portant une grande confiance dans .la protection de l'empire français. »
Cependant M. Arluithnot restait seul pour lutter contre l'influence française, car le baron deSturmer, inlemonce autrichien, gardait la neutralité, et le baron de Bilfeld, chargé d'affaires de Prusse, avait perdu toute influence depuis les désastres de son pays; quant à l'Espagne el à la Hollande, elles suivaient notre impulsion.
Sélim, croyant le moment venu de venger les malheurs du régne précédent, déclara enfin la guerre à la Russie (50 décembre). Alors Sébastiani pressa le divan de fortitier les Dardanelles et le Bosphore ; qn de ses oHiciers, Juchereau de Saint- Denis, chef du génie militaire, lit un rapport sur l'étal des fortifications exis-
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tantes, et un ha tti-shérif ordonna la prompte exécution des travaux qu'il avait indiqués ^
L'ambassadeur anglais, voyant les tendances de la Porte, ne ménagea plus rien : il osa demander l'expulsion de Sébastiani, la cession de la Moldavie et de la Yalachie à la Russie, et In remise de la Hotte turque à l'Angleterre ainsi quedesforts et des batteries des Dardanelles. Le divan rejeta ces demandes avec indignation. Arbuthnot crut que, dans ces circonstances, il pouvait y avoir du danger pour sa personne à rester à Constantinople, et il s'embarqua clandestinement sur VEndymton. Sous le prétexte d'un dîner, il y avait fait appeler les principaux négociants anglais, auxquels il déclara qu'ils ne communiqueraient plus avec la terre, que l'Angleterre les indemniserait de leurs perles et que leurs familles avaient été recommandées par lui à H. Sébastiani. VEndymion franchit les Dardanelles sans encombre, grâce à la négligence du kapoudan-pacha. A peine arrive à Ténédos, l'ambassadeur anglais s'empressa d'écrire au divan qu'il se considérait toujours comme étant sur le territoire ottoman et que les négociations n'étaient pas rompues. On lui désigna, pour traiter avec lui, le kapoudan-pacha et Feyzi-etTeudi, qui se trouvaient aux Dardanelles pour y faire exécuter les travaux ordonnés par le sultan; il envoya auprès d'eux son premier drogman, qui avait pour mission de détourner leur attention des fortifications en leur faisant espérer une solution pacifique. En vain M. de Lascours, aide de camp du général Sébastiani, s'efTorça d'éclairer les deux fonctionnaires turcs; ils ne croyaient point au danger. Tout à coup Tescadre anglaise appanit et jeta l'ancre dans la rade de Ténédos, où elle se réunit aux trois vaisseaux de l'amiral russe. Puis, le 19 février 1807, à la pointe du jour, profilant d'un vent favorable et de la fête du beïram, qui rendait les Turcs plusinaltenlifsà la garde des batteries, l'amiral Dukworth franchit les Dardanelles. Le kapoudan-pacha, averti, essaya de réparer sa négligence; mais, effrayé par (pielques boulets anglais qui pénétrèrent dans la batterie où il se trouvait, il se retira sous le prétexte de donner des ordres à la flotte. Aussitôt les canonniers jettent les refouloirs et les écouvillons, et les officiers français restent seuls. Cependant la flotte anglaise trouve la flotte turque près de la pointe de Nagara et l'incendie; un brick seul s'échappe et va annoncer à Constantinople Tamvée de l'ennemi. A quatre heures, les Anglais stationnaient auprès de l'Ile des Princes, et un parlementaire remettait l'ultimatum de M. Arbuthnot. Peu de temi^s après, les officiers français arrivent des Dardanelles où on les avait laissés, et font connaître la conduite du kapoudan-pacha et de Feyzi-effendi : le divan prive le premier de ses biens et de ses dignités, et condamne le second à moii; puis, croyant tout perdu, il décide qu'il faut se soumettre aux conditions des Anglais.
* Juchereuu de Saiiit-Dciiis. depuis gi;ii6i'at de brigade ut aiiibjMadeiir en Grccc, « ^rit uue Btêtowt (le Vtmpirê ottoman depuis iliHju*qu*en 1S4I.
g XI ^ ScbuUani décide le sulUn i li rcsisUncc. — Mesure» de déTeuiC. ^ Retraite de< Ansfaui.
Sélim eavoya un messager à Sébastian! pour l'engager à quitter la capitale; il protestait de son amitié pour la France, et s'excusait sur la nécessité où il se trouvait, Constantinople étant sans défense ; d'ailleurs, le peuple accusait Tamlioiisadeur firauçais d'être la cause de la guerre* et à peine le gouvernenieot pouvaîlil répondre de sa vie. Sébastiani reçut le messager au milieu de tous ses officiers et de ses secrélah*es, et répondit qu'il était à Constantinople par les ordres de no souverain, qu'il n'en sortirait que par ces mêmes ordres, à moins qu'on ne l'en arrachât par la force. « U ne s'agit ici, dit-il, de rien moins que de rhonneu* et de l'indépendance de l'empre ottoman. La flotte de l'amiral Dukworlh peut incendier une partie de la ville, foire périr un certain nombre d'hommes ; mais, privée de l'appui d'une armée de terre, elle ne peut s'emparer de cette capitale, alors même que vous voudriez lui en ouvrir les portes et li^ lui livrer sans d^enae. Vous su(qportei tous les ans les pertes occasionnées par de fréquents incendies, les pertes |^us cruelles qu'amàne la peste : montreriea-vous moins de fermeté pour |a défense de votre religion et de votre patrie? L'empereur Sélîm ne voudra pas, par une faiblesse indigne de lui, descendre du haut rang où l'ont fdacé ses aoeè* très. Vos remparts ne sont pas armés, mais vous aves du fer, des munitions, des vivres, des bras ; ajoutez-y du courage et vous triomi^icrez de vos cnnemia. Je vous prie de dire à votre auguste maître que j'attends avec couliaucc une résolulion digne de lui et de l'empire qu'il gouverne ^ » Ensuite il envoya des lettres et des agents aux ministres, aux membres du divan, aux oulémas, pour lesi engager à faire révoquer la fatale résolution, et il parvint à réveiller leur orgueil et leur contiance en eux-mêmes.
Cependant, à Tapparition des vaisseaux anglais, le peuple de Constantinople n'avait pas partagé la frayeur du gouvernement; les janissaires avaient couru aux armes, les topchys avaient armé les batteries; tous paraissaient disposés à périr plutôt qu'à se soumettre. Sébastiani va trouver secrètement le réis-elTendi, lui fait lemarquer que les vents sont contraires, que quelques jours sufliraicnt à la mise en état de défense et que les Anglais ne peuvent rien tenter de sérieux. Le ministre se laisse convaincre et persuade le grand vizir, qui obtient pour Sélias-
* Si l'on en croit un témoin oculaire (le baron I^révosl, CoMiantinoph en 1806» dans la Revue conltm-^ poraine de 1854), Sébastiani avait cru, un instant, à un échec complet, et, malgré la fierté de sod laiiga^re, il prépara tout pour un départ. En vain M. Ruffin, qui connaissait les obstacles que la mer opposait à une floUe venant des Dardanelles, essaya de le rassurer. Sébastiani détruisit ses instructions, sa correspondance et ses papiers importants; sa précipitation était si grande, qu'il brûla aussi sdn contrat de mariage. Un petit bfitimeiit fut secrètement préparé, et madame Sébastiani, aîoi-s sur le |K)inl d'accoiicher, l'ut recommandée par une lettre au ministre d'Autriche.
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iiani une audience immédiate du sultan. Séliym accueille avec Ix)nhcur la perspective qu'on lui ouvre, et, quelques conseillers ayant été appelés, une discusdon s'ouvre où le général expose chaleureusement les raisons qui devaient décider le sultan à la résistance. « Vous ne pouvez accéder, dit-il, à Tinsolente intimation des Anglais sans être rayés du rang des nations! La flotte anglaise brûlera votre ville, dites-vous? Eh bien, vous la rebâtirez, et votre honneur, du moins, sera demeuré intact. Mais, remarquez-le bien, l'ennemi ne peut vous attendre sans s'exposer à vos batteries, et ses dangers sont centuples des vôtres. Eût-il anéanti votre glorieuse capitale, comment l'occupemit-il avec une poignée d'hommes? Votre agresseur a contre cette chance les hasards du combat, de la mer, des vents surtout. Qu'ils lui manquent, non-seulement il ne peut agir, mais il demeure à votre merci. Temporisez donc, négociez lentement, car le temps est pour vous; votre salut et la honte de vos ennemis dépendent uniquement de votre conduite M »
Ces paroles furent appuyées par un courrier venant des bords de la Yistule et apportant une lettre de Napoléon, pleine d'exhortations pour le sultan, ce Généreux Sélim, lui disait-il, montre-toi digne des descendants de Mahomet! Voici Theure de t'affranchir des traités qui t'oppriment. Je suis près de toi occupé à reconstituer la Pologne, ton amie et ton alliée. L'une de mes armées est prête à descendre le Danube et à prendre en flanc les Russes que tu attaques de front. L'une de mes escadres va partir de Toulon pour garder ta capitale et la mer Noire. Courage donc, car jamais tu ne retrouveras une pareille occasion de relever ton empire et dMllustrer ta mémoire! » Le divan, revenant alors sur sa première décision, opine en faveur de la résistance, et Sébastiani est chargé de la préparer et de la diriger.
Cependant la flotte anglaise, ayant le vent contraire, avait mouillé aux îles des Princes, et l'ambassadeur, croyant que sa présence suffirait pour vaincre les irrésolutions du divan, négociait au lieu d'agir. Une note, dictée par Sébastiani, fut envoyée à M. Arbuthnot et lui donna l'espoir d'un prompt succès; on gagna ainsi du temps. Sébastiani fit dresser sa tente dans les jardins du sérail; de là, il dispersa ses officiers et une centaine d'autres Français dans les batteries pour diriger et animer les travailleurs. Turcs, Grecs, Arméniens, Juifs, portaient des terres, élevaient des parapets, traînaient des canons avec une activité et un zèle qui tenaient du prodige; les travaux avançaient comme par enchantement. A la fin du premier jour, le port était fermé par un double rang de chaloupes canonnières et sept vaisseaux de ligne; trois cents canons étaient dans les batteries ; en moins de cmq jours, il y en eut près de douze cents : la ville était inabordable. L'enthousiasme allait croissant; le sultan visitait à pied les l)atteries qu'on élevait, et les
' Baron Prévôt, Conatantinople m 4806.
i4M HISTOIRE DE LA TURQUIE.
ministres, avec leurs principaux employés, animaîeni les traTaillenrs par leur pr^ aence. Des marins, montés sur de frêles embarcations, osaient se glisser au milieu de la flotte anglaise et enlever les canots qui se rendaient d'un vaisseau à Tautrc; enfin, on eut beaucoup de peine à empêcher le nouveau kapoudan-pacba d'aller attaquer la flotte anglaise.
Arbuthnot, étant tombé malade, laissa la dii*ection diplomatique à ramiral, qui faisait sommation sur sommation ; mais, à mesure que les travaux avançaienl, les réponses des ministres turcs, d'abord incertaines et évasives, devenaient de plus en plus fières et menaçantes. Enfin, voyant ses efforts inutiles, et apprenant que derrière lui on garnissait les Dardanelles, il se décida à la retraite (i*' mars). En repassant le canal, il Tut rudement salué par les châteaux, et perdit deux corvettes et six cents hommes. ^
Arrivé à Tile de Ténédos, Tamiral anglais fut rejoint par l'amiral russe Siniavin, qui lui proposa de recommencer ensemble la tentative qui venait d'échouer. Dukworth refusa. On fit alors des tentatives pour renouer les négociations avec la Porte; mais Sébastiani, devenu tout-puissant, faisait lui-même les réponses, et les deux amiraux comprirent bientôt qu'il n'y avait rien à espérer. Dukworth partît pour TEgypte, où il rejoignit une expédition qui allait en tenter la conquête.
Constantinople était dans l'allégresse ; tout le monde félicitait Sébastiani. L'enthousiasme de Sélim pour l'alliance française était à son comble ; voulant manifester sa reconnaissance, il vint à la batterie du kiosque vert, où Sébastiani fut appelé pour recevoir ses remercînienfs publics ; là, le sultan le décora de Tordre du (iroissanl de première classe, ainsi que le marquis d'Almenara* et le conseiller Rufïin, dont rexpérieiice et les avis avaient, autant que Ténergie de S<'basliani, amené la vietoire qu'on venait de remporter.
A peine était-on délivré, que plusieurs officiers français, déli^chés de l'armée de Dalmatie, arrivèrent à (Constantinople : parmi eux, on remarquait les colonels Foy. Haxo, Sorbier et le capitaine de Tracy ; cinq cent-i canonniers, qui étaient déjà en Thessalie, reçureni Toidre de se dirii^er sur la capitale.
§ XII — (.es Turcs alUiqueiU ia llolle russe. — UofroiiiissomaU onlre h Poile ol la Fr.nuv.
(Cependant les Turcs voulurent poursuivre leur succès : ayanl appris que la llolle russe était encore à Ténédos, le kapoudan-paclia. Se\d-Ali, alla lui oITrir le combat; mais, malgré la bravoure de ses équipages, il fut défait et forcé de rentrer dans le canal des Dardanelles. (Quelques signaux mal faits ou mal compris furent la cause de cet échec, et le vice-amiral paya de sa tête la faute que lui attribua le kapoudan- pacha. (Celle tentative de la marine» turque eut pourtant un
' Anibassaileur d'Kspagne qui avait socondr l'ambassadour de Frjnce.
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résultat avuiitageux : tes Kusses, qui avaient beaucoup souttert dans le combat, Turent obligés de se rendre aux iles Ioniennes pour se radouber, et laissèrent libre la navigation entre Constantinople et les possessions turques de la Méditerranée. Napoléon était alors au camp de Finkenstein,oùil reçut les ambassadeurs de la Perse et de la Turquie. Un traité offensif et défensif fut conclu avec le premier, et Ton envoya en Perse le général Gardanne avec des officiers pour discipliner Tarmée persane. Un traité fut aussi conclu avec la Porte; mais Napoléon refusa d*y insérer que les deux États ne pourraient faire la paix que de concert, tout en déclarant qu'il saurait ménager les intérêts de son allié, et que « la main droite et la main gauche n'étaient pas plus inséparables que l'empereur Sélim et lui. » Ce refus indisposa le divan, et sa défiance se manifesta lorsque Napoléon demanda de nouveau à diriger 25,000 hommes contre les Russes, par la Bosnie, la Macédoine et la Bulgarie. Pourtant cette demande avait déjà été accueillie, et le oi mars Sébastiani avait pu écrire à Marmont : <x La Porte consent au passage des troupes; la seule différence qu'il y aura dans l'arrangement de cette affaire, c'est que la Sublime Porte désire que la demande du {lassage des troupes soit faite par Sa Majesté. . . Du reste, des ordres ont été donnés pour la formation des magasins de vivres... Le gouvernement ottoman se trouve aujourd'hui dans une position à désirer, plus que jamais, votre appui sur le Danube. La prise de l'île de Ténédos par les Russes, et les mouvements des Serviens, qui paraissent vouloir se joindre à l'armée de Michelson, donnent à la Porte les plus vives inquiétudes. Ici tout est arrangé pour votre entrée. . . Les pachas de Bosnie et de Scutari ont reçu ordre de vous seconder de tous leurs moyens, et même de se réunir à vous pour combattre les Monténégrins et Cattaro. » Le 8 mai, une nouvelle lettre fit connaître à Marmont le changement survenu dans les résolutions de la Porte : « L'oifre qu'on avait faite à la Porte d'envoyer un corps d'armée sur le Dniester, pour combattre les Russes, n'a point été acceptée. Le Grand Seigneur y aurait probablement consenti, si le passage de ce corps à travers les États ottomans eût pu s'exécuter avec assez de rapidité, pour ne pas donner des inquiétudes à ses peuples. Le bruit de sa marche s'étant répandu de toutes parts, l'imagination en a grossi le nombre, la malveillance l'a peint comme dangereux. On a fait craindre au Grand Seigneur que ses propres amis ne voulusseut l'opprimer, quand ils seraient an cœur de ses États. Peut-être même les janissaires, qui se sont opposés l'année dernière avec tant d'obstination à l'organisation de l'armée régulière, ont-ilb redouté que ces troupes ne fussent employées contre eux-mêmes... »
La maladresse de César Beilhier, gouverneur des Sept-Iles, sembla justifier cc.> craintes, car il somma tout à coup le pacha de Janina de lui remettre Parga, Prévesa et Butrinto, anciennes possessions de Venise, dont celui-ci s'était emparé à l'époque de notre expédition d'Egypte, et pour lesquelles nous n'avions fait aucune réclamation. La sommation intempestive de Berthier donna de la consistance aux
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suppomtiopii HialveiUaatas que notre demande de pa8sag»:af«ft 0iiiKStléecf,jl^ ie
ftivan pria l'empimir de suspendre la marche des !25,0(X) hommes.
S XIU — Lijïédjliûii des Kn^Uh <*ti É^'ptc. — Mobéraet-Ali.
Nmis avoriïî dit ({u'apros sïa Hoiiie de» Durdunelles l'ïunirnt lïukworlh s'étail dirigé vers TEgypte, où l'An^lôterixï envoyait une cxpûditiou. Cellg puissance n'avait cessé d'entreleuir des [^pfioils avec les Mameluks, et ellt^ pensait que Toccitsion de d'emparer de ce pays élail arrivée. Un cuup d'œil jeté sur le*^ événeinonU qui &y élaïoiU pasîisés depuis que nous reiime^i évacué Jera to m prendre les motils qu*eUe avait de croire celle conquête facile. t4 les causes qui ta tirent échouer.
Notre defiHil avait laissé l'I-jt^yple iiu jn>uvi>ii^ àt\s Turcs , des ti'ouiws anglaisêii débarquées par laaiiral Keilh et des Mameluks. Lu Porte , espérant achever l'œuvre «i hieii commencée par les hVançais, ordonna à sou pacha Mahanimed- Kliof^re^v d'iiilerdirc la vente di:^ esclaves circasBiens et j^éoi-gieDs^ qui ulinientiiient le corps des Mameluks et lui rendaient incessaiiïnieut lavigueni' que le Hnleil de l'Orient semble enlever aux population» fpi'il éclaire. Le pacha olieU : Miai^ les Maineluks, réuni» sous leurs deux principaux Imys, Osiuaii-Bardiss} et Mohammed- TEiry, remportéi^ent sur lui» ii Sai-é-Cliesmé, ûtïc victoire complète. Il imputa cette détaite à l'abï^euce d'un coitunaiidaul de mille Albanab» et l'appela auprès de lui dans le dessein de le mettre à mort. Ce chef, nommé Méhémet-Ali, et qui était né à Cavalla, dans la Macédoine, prévenu à temps, s'allia aux Mameluks et leur ouvrit les portes du Caire; puis, se mettant à la solde de Bardissy, il marcha contre Khosrew, Taccula dans Damiette, dont il s'empara, le lit prisonnier et l'envoya au Caire (juillet 1803). Les Mameluks se divisèrent; Méhémet profita de leurs discordes pour augmenter ses troupes et en même temps sa popularité parmi les Égyptiens. (Cependant Bardissy ayant levé des contributions énormes sur les habitants du Caire , ceux-ci le chassent et rendent le pouvoir à Khosrew ; mais Méhémet et les autres chefs albanais refusent de reconnaître le pacha et le font embarquer pour Conslantiuople. Kourschid lui succède, et essaye de se débarrasser des Albanais; mais la population, qui a trouvé un continuel appui dans Méhémet, s'oppose à son départ, dépose Kourschid et le nomme à sa place pacha d'Egypte.
La Poile sanctionna cette usurpation (D juillet 1805), sous la condition d'un tribut de sept miUions. Le nouveau pacha réunit une forte armée, rétablit l'ordre dans le pays, et se vit soutenu par le gouvernement français.
Cependant les iMameluks, retirés dans la Haute-Kgypte, appelèrent les Anglais pour chasser Méhémet et les Turcs, et ils firent avec eux un traité de partage du