‹ Histoire de l'Empire OttomanChapitre 73 sur 83 · SÉLIM III · texte numérisé non relu

SÉLIM III

pays. H fut résolu qu'une armée anglaise débarquerait à Alexandrie, et que, pegdant que Méhémet serait occupé à les repousser, les Mameluks marcheraient sur le Caire. Mais les Anglais n'envoyèrent que cinq mille hommes, commandés par le général Fraser: ils s'emparèrent facilement d'Alexandrie (20 mars 1807), el échouèrent contre Rosette. Alors Méhémet, après avoir laissé une partie de ses troupes au Caire, enferma les Anglais dans Alexandrie ; Fraser fut obligé Je capituler (septembre 1807).

A la nouvelle de la prise d'Alexandrie par les Anglais, la Porte leur déclara la guerre, mit le séquestre sur toutes leurs propriétés, et signa son traité d'alliance avec la France; mais l'Angleterre continua à ménager la Porte, et ses flottes évacuèrent même les mers de Syrie et de l'Archipel,

g XIV. — Révolte des Yamakt. — Déposition 4e Sélim.

Cependant Sélim, encouragé par Napoléon, avait fait de grands préparatifs éontre In Russie : lo pacha de Bosnie entra en Servie pour empêcher les insurgés de donner la main aux Russes; le grand vizir, les janissaires el les troupes d'Asie se dirigèrent sur Choumia; le pacha de Routschouk, Moustapha-Baraïctar, avec 15,000 hommes qu'il rtvait organisés lui-même, devait enirer en Valachie. Les nizam-gedittes restèrent à la garde du Bosphore et des Dardanelles et dans leurs cantonnements d'Asie.

Sur ces entrefaites, le mufti, qui était dévoué à SéKm, vint à mourir et fut remplacé par le kadi-asker de Romélie, qui s'était jusqu'alors montré partisan de lu réforme, mais seulement pour gagner la laveur du prince i c'était un ennemi que Sélim s'était donné. En efTet, il s'unit avec Moustapha-pacha, càimacan ou lieutenant du grand vizir, qui élait aussi opposé aux reformes, et tous deux s'entendirent avec les oulémas et les janissaires pour arrêter le progrès des idées européennes.

Depuis le départ des janissaires , on avait adjoint aux nizam-gedittes, pour In garde des batteries, 2, QOO Asiatiques des environs de Trébizonde. Ces auxiliaires, connus sous le nom de yamaks-tabiélU, ou assistants de batteries, recevaient In même solde que lo^ nizam-gedittes et jouissaient des mêmes prérogatives : le sultan espérait que ce traitement et le contact continuel leur inspireraient un esprit de corps avec les niznin-gediltes, et aussi le désir d'entrer dans leurs rangs. Le cnïmncan fit tourner contre le sultan cette mesure qui paraissait si habile. Quelques janissaires se mêlèrent parmi les yamaks et leur persuadèrent qu'ils appartenaient naturellement au corps si glorieux des janissaires, et qu'il y aurait honte à de bons musulmans à s'associer à cette troupe de renégats qui introduisaient dans l'empire les usages et le costume des infidèles. Bientôt des querelles s'éle-

i^ HISTOIRE DE LA TTHOCIK,

>èrent mitrr les hommes ivs deus corps, M le cainiacan, pensnnt qu'une étincelli* surBrail pour amener une collismn , envoya un sos siens, Malmiomi-elfendi, fair*^ aii\ ynmaksla paye rJe leur solde arriérée; il loi fit en même temps emporter quelques uniformes de ni/nam-geditlea, afin d'engager les ynmaks à n^pondni «ii\ di^îrs du sultan en les revotant.

Malimoud-eiTciidi, après nvoir fait, h [^aye, profiU^ delà gaieté des chefs et des soldais pour leitr faiir eoniinihe h désir de Sélini ; puis, comme h vue des costumes étalés et ses paroles cOTtent des murmui'es, il ordonne et menace de punir si l'on n'obéit pas. Desmunniii*es, les yamaks pas.%nt à la révolte, et comme les ni/unigedittes prennent la défense de Mahmoud-effenrli , une lutte s enfçage. Ceci avait lieu au fort de Houmely-Kavak, sur la cote d'Europe; mais les autres forts fur4ïnt hientol instruits der^c qui se passait, et partout les même? collisions éclatèrent* Mahmoud-eftVndi fut tué au moment où, délmrquanl â liujmk-déré, il se croyail sauvé^ et le commandant des forts d'Asie eut le même sort. Les ni?.am-geditte8 se rcFujïièrent dans leurs anciennes casernes, et le divan voulut prendre des iniormatioiis sur T assassinat de Mahmoud-eiïendi : mais le caimacan alhrma que ce n était qu'un malentendu , et qu'il suffirait de faire savoir au^c yamaks qu'on ne les contraignait nullement à entrer dans les ni^am-gediltes pour que tout rentrât dans Tordre : on ne prit donc aucune précaution.

Cependant les yamaks s'étaient réunis pré.s de Ituyukdéré, cl avaient élu un chef auquel ils donnèrent droit de vie et de mort : c'était un nommé i^abakchy- Oglou. Trois jours se passèrent dans une inaction apparente ; mais, en réalité, les janissaires en profitèrent pour alimenter la révolte.

Le 27 mai , Cabakchy-Oglou entre dans Conslanlinople à la tête de six cents yamaks, auxquels il a fait prêter serment : 1° de respecter les personnes et les propriétés de tout Franc, raya ou Turc, quel qu'il soit, sous peine de mort; 2° de ne faire aucune démarche qui n'ait été auparavant approuvée par le mufti et par les interprètes de la loi ; 5^ de se rendre tous à VAtmeïdan, et là , réunis en assemblée générale, de former les demandes à présenter à la Porte. Un sabre nu fut placé à terre, tous passèrent dessus : c'est ainsi qu'ils prêtèrent serment*. Rien ne s'opposa à la marche des conjurés, car les nizam-gediltes avaient été consignés dans leurs casernes, et le sultan avait refusé de se mettre à leur tête: sept à huit cents janissaires et environ deux cents marins se joignirent aux yamaks ; enfin, les canonniers se laissèrent gagner par la promesse de la conservation de leur solde et de leurs privilèges.

Cabakchy-Oglou vint alors camper sur la place de l'Atmeïdan, où il fit apporter les marmites de chaque oda des janissaires ; puis il lut une liste de proscription sur laquelle figuraient en première ligne les conseillers et les ministres du sultan. Des

' Lettre de M. Vemazza au g^nt'ral Marmont.

MOUSTAPHA IV. m

groupes se détachèrent aussitôt pour exécuter ces sentences, cl dix-sept têtes des principaux dignitaires de Tempire furent bientôt alignées devant le tribunal du chef de la révolte.

Cependant Sélim , épouvanté, avait publié un batti-shérif qui supprimait le corps des nizam-gedittes ; mais il était trop tard: Cabakchy-Oglou, s*adressant à la foule, lui demande si, pour garantir l'avenir des fautes du passé, le sultan doit conserver le pouvoir. Les rebelles répondent non. Le mufti est consulté sous cette forme insidieuse : Un padischah qui, par sa conduite et ses règlements, combat les principes religieux consacrés par leKoran, mérite-t-il de rester sur le trône? — Non, répond-il ; et la foule acclame aussitôt le sultan Moustapha.

Le mufti alla signiBer à Séliin la déposition qui venait d'être prononcée, et il remplit cette mission avec une hypocrisie qui trompa le prince sur ses sentiments personnels. Sélim se résigna et alla dans le vieux sérail prendre la place de son successeur (29 mai 1807).

8 XV. — Moustapha IV (29 mai 1807 au 28 juilleH808). — Paix de Tilailt. — Projels de parlasse de

l'empire oltoman.

Le nouveau'sultan avait toujours été opposé aux réformes tentées par son cousin, et Ton avait fait courir depuis longtemps une lettre dans laquelle il parlait de la colère du Prophète, de Taudace intolérable des chrétiens, et attribuait la défaite dos armées ottomanes à la prédilection de Sélim pour les usages de l'Europe. « Tout est fini pour nous, s'écriait-il en terminant , le ciel ne peut bénir nos armes. » Jeune d'ailleurs et amoureux des plaisirs, il ne pouvait être et ne fut en effet qu'un instrument.

11 confirma dans leurs emplois les ministres que la fureur des rebelles av it épargnés, remplaça les autres et renvoya dans les châteaux du Bosphore les yamaks , qui reçurent une gratification et virent confirmer l'élection qu'ils avaient faite de Cabakchy-Oglou comme commandant de tous les forts. Les nizam-gedittes n'avaient point attendu , pour se disperser, qu'on vînt les assiéger dans leurs casernes ; et, quand les vainqueurs se présentèrent, ils n'eurent plus qu'à piller.

Cependant les principaux chefs de l'armée ne virent pas de bon œil cette révolution accomplie , sinon contre eux, au moins contre leur protecteur : Taga des janissaires, qui était partisan des réformes, osa dire que les janissaires restés à Constantinople s'étaient déshonorés en se joignant aux yamacks : ses soldats le massacrèrent.

Ces événements rendirent nulles les opérations militaires : heureusement pour la Turquie, toutes les forces des Russes étaient engagées contre la France, et, à la nouvelle de la bataille de Friediand, l'armée de Moldavie se mit en pleine retraite.

m HISTOIRE DK LA rmfJUÏK.

|j» tlcclii'nneo Je Sélim iiU 1 inllLtem^ h plus mallti'un'iifir i;itrln pnlitiqiu' cle >;i]>ol*^an : en ra(nin*n:ïiit, il swTia : h On tu^ peut vwu fniro rtver c<^s h;)rl>:kreîi^ hi IVovidenf<* iiit^ *li''^agf î^»v*'r, rnx ; îimnjît^oiis-iKHiK ii hruri^ ilrpeiis. n 11 eu irviiil ♦\ la politiqiit? tie l^i niur «le Louis XVI, à ^s propres iilôes sur la mine înévitalile de rompipt=! ottomim, à h nêwssité de Titlliïmce russe, iiidispensaMe d'aHIt^urs pour vaincre TAiif^leterre. Aussi \p. Iniile tt*^ Tilsilt fut-il coiidn sur In bas*? dr Va- ' handoii coiMpl<4 <k' U TiJi"*[nie par la Kraiice. Il y fut slipnlé [art. ^1, 2,1, ^4^ qui* les hosliliU^s ^:es^tTaiL'nl (.-nirt^ la Turquie et la lUissie, apK-s ini armistice qni serait conclu entre des négociât euri!* russes et ottomans, en prt'senoe d'un rnmtnissalre français; que. dans Tespiict! de ln*rHo-ei«q jours *[ui «oivrail la sigimlure de rarinistiie, les provinces de Yalachio et de Moldavie seraient *^vacnôes par les Russes sans que les Turcs pussent y rentrer avant la eonclusion do. la ymi entre les deux puissanctîSî enfin que les dilîérends entre la Sublime Porte et la cour de Saint-Péterslionrg seraient ri'fîlés tlnijs un traita délimtif sons la ni/*<)ialion de la France.

Les Turcs furent stupéfaits du traite dr TtlsitL de Vabandoii dr la France, de hi manière dont Nnpolêon rejetait sans eu\ leur différend avec la Ru(*we, eux à cjii l'on avait fait espérer la reprise de la Bessarabie et de la Critnee! Qn'anraî**nt*ils dit s'ils avaient connu le Iraité secret qui eonteiiait cet «rticlc : « Si, par sïiile i\t^ changements arrivés à flonstanliaople, la l\uie ottomane n'rfcceptail pas la médiation de la France^ ou si, après lavoir acceptée, il arrivait que, dans b' délui de tpni& mois après les négeriations, elles n'eussent pas conduit h un résultat sn* tisfaisant, la France fera cause commune avec la Russie contre la Porte ottomane, et les deux hautes parties contractantes s'entendront pour soustraire toutes les provinces de Tempire ottoman en Europe, la ville de Conslantinople et la province de Roumélie exceptées, au joug et aux vexations des Turcs ^? »

La cour ottomane s'était plainte souvent de l'abandon où la France Tavait laissée au milieu des guerres suscitées par elle : ainsi avait-elle fait quand Louis XIV

* Voici, d'après la correspondance de Napolt'on avec Sébasliani, comment le parltige aurait eu lieu ; la France aurait eu la Bosnie, l'Albanie, TÉpire, toute la Grèce, la Thessalie cl la Macédoine ; rAuirichc aurait eu la Servie: la Russie aurait eu la Valaehie, la Moldavie, la llulg;iric et la Thrace jusqu*à la Marizza. Il serait resté à la Turquie (en Europe) Constantiuoplc , avec la partie de la Thrace comprise entre Bourgas et Enos.

Ce projet de partage semble conlirmu par les instructions données à Marmont, qui devait faire connaître à Napoléon par des ofliciers: 1** les renseignements géographiques et administratifs qu'il pourrait obtenir sur la Bosnie, la Macédoine, la Thrace, l'Albanie et la Grèce. — 2** Quelle population turque, quelle popii> lation grecque? — 3*^ Quelles ressources ce pays oiTi irait en habillements, vivres, argent, pour une puissance européenne qui posséderait ces pays? — Enfin quel revenu on pourrait tirer de suite au moment de l'occupation? 11 demandait encore : Si deux armées européennes entraient à la fois, une par Cultaro et U Dalmalie dans la Bosnie, l'autre par Corfou dans la Grèce, quelle devrait être la force de toute arme, pour être sûre de la réussite? Quelle espèce «l'arme est la plus avantageuse? Comment passerait Tarlillerie? Comment pourrait-on la remonter? Gomnu'nt so recruterait-on? Quel serait le meilleur temps pour agir?

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