‹ Histoire de l'Empire OttomanChapitre 75 sur 83 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

RÈr.NE DE MAHMOUD II JDSQO'a LA PAIX d'aKDRINOPLE (1808-18»).

% I*'. — Puissance et chute de Baralctar.

Le nouveau sultan n'oublia jamais dans quelles circonstances il était monté sur k trône ; il avait été le confident de Tinfortuné Sélim depuis sa déchéance, et il était résolu à faire triompher la réforme, mais il savait quels obstacles il avait à vaincre, et il ne marcha à son but qu'avec la plus grande réserve et une profonde dissimulation.

Baraictar fut nommé grand vizir, et ses premiers actes furent de faire périr les assassins de Sélim et les favoris de Moustapha ; il fit encoreétrangleret jeter dans le Bosphore la plupart des chefs des yamaks; enfin, il se débarrassa par la mort ouparTexil de ses plus redoutables rivaux. Alors, devenu seul maître du gou* vernemenl, il reprit contre les janissaires les plans de réforme tentés par SéUm, mais il le fil avec plus de prudence. Il convoqua à Constantinople la plupart des pachas et des ayans de l'empire, et leur demanda d'approuver les mesures suivantes : 1** la destruction de la vénalité des emplois dans les ortas ; 2" l'obligation pour tous les janissaires non mariés d'habiter dans les casernes ; 7° la privation de solde aux janissaires non casernes et ne faisant pas un service actif; 4"* l'obligation pour les janissaires de prendre les armes et de suivre les exercices cpii donnent la supériorité aux armées des infidèles ; 5* la formation de compagnies de seymens, qui seraient choisis parmi les jeunes musulmans, annés à l'européenne, soldés comme les topchys et astreints à l'ancienne discipline des janissaires.

Tout cela fut approuvé; l'ancien chef des nizam-gedittes, Kadi-pacha, s'engagea même à rester à Constantinople avec 5,000 hommes pour appuyer la réforme ; ènlin le nouveau mufti lui donna par son fetwa la confirmation religieuse.

Baraiclar, fort de ces assentiments, se mit à l'œuvre, mais avec une mollesse extrême, et en montrant les passions et la cupidité d'un ambitieux vulgaire. Il laissa le cx>rps des seymens ne se composer que du rebut delà population; il in||^ ..

4^g tnSTOMlK DE LA TUROUIE.

' conienlu ia^ liiiuls rontliorïMairts en leur enlevant à î^on pmlit lestimars, qn hj* s* étaient ap]noi»riés; il nieiia^a les hiens des mostinées, ol mit à l'encan les emplois tin sérail ; enfiti il eut bienlùt contre Uii, non -seulement las janissaires el les oulémas, mai» ceux (\m avaient travaillé avec lui à la tle&tniction des yamaks. Un incident fit éclater inie insnrret^tiou qui devait ntmener au pouvoir les partisans des vieux alms *?t de l'aiieien régime.

Lu troisième jour avaul lu lin du ramazau (14 novembre l*<08), Bar^ijclar, iiUant

fiure visite au mufti, trouva une rue encombrée [ïîir la foule; il ordonna à ses

j tcbiaou\de Técarter u coups de liAlon. Cet acte de brutnlitcdevinl, dans les cafés,

I où a cette époque la population aiïlue, Toccasion de plairiles menaçanlesi ; des

i groupes me fornièrenl, et le^ principaux oulémas^ croyant rturasioii favorable, so

' ntidirent chez l'agu des janissaires, pour y concerter un soulùveraent. Lesjanis*

saires mirent le feu aux maisons qui avoisinflient te palai;* du grand vizir et dis-

pt»r*èrenl facilement la g&ri\i\ tpiî ne se croyait appelée qu'à éteindre 1 inc^tidii ,

Baraictar, réveillé en sursaut, perdit la tète : il se réfu^^ia dans une tour, et y j>érît

sulToqué par le feu. Cependant Ir kapoudim-paclia, qui lui était dévoué, ordonne ii

deux vaisseaux qui étaient daus le port de s*embosser via^-vis de la demeuit de

ra^j^a des janissaires, et de faijH? feu sur loutco qui paraîtrait; d*un autre ciMé, Kadî-

pnclia laisse lu moitié de ses tnmpes pour contenir Scuta ri , et pénétre avec l'autre

dans l'intérieur du swTaiL pour défendre le t^nltan ; enlîn, les canoimicr!» et les

mni veaux seymens itïgulier^ se mmtent en armes, et sont di^poséti sur le« murs

d'enceinte du côté de la ville.

L'aga des janissaires vint lui-même attaquer le sérail : Kadi-pacha lit une sortie à la tête de 4,000 hommes, et repoussa partout les assaillants ; mais, ses soldats s'élant divisés pour se livrer au pillage, il fut oblige de reculer. Cependant Tincendie, que personne ne songeait à arrêter, faisait de rapides progrés. Mahmoud, touclié de ce spectacle, ordonne à Kadi-pacha de cesser les hostilités, et adresse à Taga des janissaires un hatti-shérif qui lui prescrivait darrêter les progrès du feu. La foule, enhardie par ces mesures el par la découverte du cadavre de Baraïctar, demande à grands cris la déchéance de Mahmoud et la tête de ses défenseurs. Le sultan, après avoir fait échapper Kadi-pacha et ses principaux ministres, fait étrangler son frère (17 novembre 1808), et, devenu ainsi inviolable comme étant le dernier descendant d'Osman, il se montre à la foule et lui ordonne de se retirer. L'insurrection s'apaisa, et le mufti étant venu féhciter le sultan sur le triomphe de la religion et des anciennes lois, tout sembla rentré dans l'ordre.

MAHMOUD II. Vo\}

S II — Discussion de Napoléon et d'Alexandre ^ur Tempirc oUoman. — Reprise des hostilités avec h 0 Russie. — Traité de Bukharest.

Ces révolutions contiiuielles, qui ténioignciient si haulemenl l*état déplorable où était tombé l'empire des Osmanlis, engagèrent la Russie à solliciter Napoléon de mettre à ei^éeution le projet de partage de l'empire ottoman. « La Turquie, disait Alexandre, est une succession qui ne. peut manquer d'échoir à la Russie, faute d'héritiers. » Et il ne se contenta plus de la part qu'on lui avait promise, mais il demandait Constantinople et les détroits. L'ambassadeur de France à Saint-Pétersbourg, Caulincourt, s'efforça de faire comprendre à Alexandre l'impossibilité de donner aux Russes Constantinople et les Dardanelles ; il représenta que la Russie deviendrait par là maîtresse du commerce du Levant et même de rinde, et qu'elle serait, quand elle le voudrait, aux portes de Corfou, de Toulon, etc.

(( Alexandre répondit que (Constantinople ne serait pour la Russie qu'une ville de province à l'extrémité de l'empire, que la géographie la lui donn<iit, qu'il fallait qu'il eût la clef de sa maison, » etc. Et, pour amener son allié à cette grande concession, il pria, il caressa, se fâcha, menaça ; il consentait à tout, il promettait tout ce qu'on voulait, il remaniait le monde entier. « Fût-ce sur la brèche, nous sommes à vous, disait-il, c'est dans les circonstances difficiles que l'empereur nous trouvera. >» Jamais Tambition russe ne s'était montrée plus ouverte et plus pressante.

Napoléon n'avait pas été longtemps à regretter les promesses de Tilsitt et à voir la grande faute qu'il avait commise. Il éluda les demandes d'Alexandre et même toute idée de partagedéfinitifde l'empire ottoman. «Nous devons, dit-il, reculer la ruine de cet empire, jusqu'au moment où le partage de ses vastes débris pourra se faire sans avoir à craindre que l'Angleterre vienne s'approprier, par Tacquisif\o^\ de rÉgypte et des iles, les. plus riches dépouilles. »

A celle époque, les armées françaises venaient d'éprouver, en Espagne, leurs premiers revers, et l'Autriche faisait des armements menaçants. Napoléon, étant à bout de réponses dilatoires et voulant à tout prix conserver l'alliance russe, résolut de faire des concessions sur la Turquie : il proposa à Alexandre une en* Irevue à Erfurlh. Une convention (12 octobre 1808) secrèle y fut conclue : l'em- [)ereur reconnut au czar la possession de la Valachie, de la Moldavie, de la Finlande, enlevée récemment à la Suède, et promit de ne point rétablir le royaume de Pologne. Les deux monarques s'ci)gagcrent à ne traiter avec l'Angleterre qu'à la condition «qu'elle reconnaîtrait la Finlande, la Moldavie et la Valachie, comme faisant partie de l'empire russe. »

La cour de Londres eut connaissance de ce traité, où Napoléon abandonnait la

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vraie politique de la France pour satisfaire à ses intérêts du moment, et elle s*en servit pour renouer ses négociations avec la Porte. Cette fois le divan consentit a taUte la paix, pour se bire une protectrice de FAngléterpè : le traité fut signé le 5 janvier 1809. •

La Turquie essaya aussi de faire sa paix avec la Russie; mais, dans les conArenoes tenues i Yàssi, celle-ci montra de telles exigences, que les hostilités, suspendues de fait depuis le traité de Tilsitt, recommencèrent immédiatement

Les Turcs, dès les premières opérations, furent battus à SbhodÂe {l" avril 1809) ; ib perdirent Giurgevo et laakchi, et laissèrent ainsi la rive droite du Danube ouverte aux Russes. Ils essayèrent de prendre leur revanche à la bataiUe de Tartaritza (22 octobre)^ mais raffaire resta indécise, et les deux partis s'aitrîbuèr^t la victoire. Rs ne lurent pas plus heureux ea Asie, où ils perdirent la place importante de Poti, sur le Phase.

Les victoires des Russes, loin d'inquiéter Napoléon, devinrent pour lui une oecasion de foire connaître au Corps l^islatif son alliance intime avec Alexaiidre. Le 3 décembre 1809, il s'exprimait ainsi : ce Les provinces Ulyriennes portent sur la Save les frontières de mon grand empire. Contigu avec FempiredeConstantinopie, je me trouverai en situation naturelle de surveiller les intérêts de mon commerce dans la Méditerranée, l'Adriatique et le Levant, le protégerai la Porte fù la Porte s'arrache à la funeste influence de l'Angleterre ; je saurai la punir si eUe se laisse dominer par des conseils astucieux et perfides..; Mon ami et alUé rempereur de Russie a réuni à son vaste empire la Finlande, la Moldavie, la Valachîe« et un district de la Galicie. Je ne suis jaloux de rien de ce qui peut arriver de bien à cet empire. »

Au printemps suivant, les Russes, commandés par Kaminsky, prirent Varna, Bazardjik et Siiistria. Alors le grand vizir demanda à trailer; le czar lui envoya les conditions de paix suivantes : k La cession de la Moldavie et de la Valachie en Europe, de la (iéorgie en Asie, l'éloignement de l'ambassadeur d'Angleterre et quarante mille bourses d'indemnité ; en outre, Varna, Routschouk, Siiistria et Schoumla seraient occupées par ses troupes jusqu'à parfait payement de l'indemiiité. » (]es conditions ayant été rejetées, Kaminsky marcha sur Choumla, d'où il fut repoussé, mais il remporta une victoire complète sur le grand vizir, venu au secours de Routschouk : deux cents drapeaux, vingt-quatre pièces de canon, la flottille ottomane et tous les bâtiments de transport chargés de vivres pour le ravitaillement de la place assiégée, furent le prix de ce grand succès, qui futbientôt complété par la reddition de Routschouk ("20 septembre 1810).

La campagne de 1811 fut entreprise par les Russes avec de moindres forces, car Alexandre se voyait à la veille dune rupture avec la France, à cause de la Pologne, dont il craignait le rétablissement ; Napoléon pril occasion des demandes que le czar fil à ce sujet, pour lui reprocher ses conquêtes sur la Turquie. « Par le

traité deTilsitt, lui écrivait-il, Votre Majesté devait restituer aux Turcs la Moldavie et la Yalachio ; cependant, au lieu de les restituer, elle les a réunies à son empire. La Moldavie et la Valachie font le tiers de la Turquie d'Europe : c'est Mne conquête immense, qui, en appuyant le vaste empire de Votre Majesté sur le Danube, ôte toute force à la Turquie, et, on peut même le dire, anéantit Tempire ottoman. » Et, dans le rapport que fit M. de Bassano sur les relations extérieures de la France, il déclara nettement que les engagements d'Erfurth étaient oubliés : « L*empereur s'attend, disait-il, à retirer du moins des sacrifices qu'il va faire l'avantage de revenir sur la concession qui assure à 1 empereur Alexandre la possession delà Moldavie et de la Valachie : cette condition est essentielle à obtenir, elle importe à l'Autriche, et elle doit résulter du traité à négocier avec cette puissance. »

Grâce à la diminution des armées russes, les Turcs obtinrent d'abord de grands avantages; ils reprirent Itoutschouk et franchirent le Danube ; mais bientôt, par la faute de leurs généraux, ils se trouvèrent enveloppés et forcés de signer une convention (8 novembre), par laquelle ils devaient, au nombre de 50,IX)0, être désarmés et traités en prisonniers de guerre si la Porte ne consentait pas à faire la paix aux conditions précédemment imposées par la Russie.

La nouvelle de cette convention irrita profondément lé sultan, qui ordonna la levée d'une nouvelle armée, et sembla disposé à se mettre lui-même à sa tète. Le moment semblait favorable pour prendre une revanche : les hostilités entre Alexandre et Napoléon étaient imminentes, et Mahmoud savait que, par un traité conclu le 14 mars, la France et l'Autriche avaient stipulé l'intégrité de l'empire ottoman. On croyait d'ailleurs que Napoléon ferait entrer la Turquie dans son plan de campagne, et que cette armée de Dalmatie, tant de fois offerte à Sélim, marcherait eniin sur le Danube. « La Turquie, disait-il, est le marais qui empè che de tourner ma droite. » Aussi, des négociations ayant été ouvertes à Bukha rest entre la Porte et la Russie, il s'efforça de les rompre en promettant au sultan la restitution des provinces danubiennes et de la Crimée. Mais le divan, qu'un sacrifice de quelques millions eût décidé, craignit un abandon semblable à celui qui suivit Tilsitt ; de plus il était dominé ou corrompu par les intrigues et l'or de l'Angleterre ; enfin il trahit le sultan Mahmoud, et manqua l'occasion la plus éclatante qui se fût jamais présentée de réparer les pertes de la Turquie, en signant, le "ÎH mai 1812, le traité de Bukharest. Par ce traité les Uusses restituèrent la Valachie et la Moldavie, mais ils gardèrent la Bessarabie, les places situées entre Galatz et la mer Noire, avec l'une des bouches du Danube. La Servie dut rentrer 50U:$ la domination de la Porte, et l'on stipula, en sa faveur, quelques garanties illusoires.

Mahmoud sentit toute la honte et surtout l'iiiopporlunité d un pareil traité : il refusa d'abord de le ratifier; les menaces des janissaires l'y contraignirent. L'a-

m HISTOIRE DE LÀ TURQUIE.

mirai Tchicbakof , qui af ait succédé à Kuiusof dans le commanéenienl de l'année de Moldavie, TouLut pousser la Turquie. a une aUianœ offrnisive et défimsire, qui ai|pit permis d'attaquer lempire français par da Dalmatie. I^e dirao refusa ei persista à rester neutre dans la grande lutte qui allait ensanglanter le iioird de l'Europe. Le traité de Bukharest n'en -fut pas moins l'une des cansei^de la-miae de Napoléon, dont la droite fut tournée par cette armée de Moldavie que les Fra»> (aisen retraite trouYèrent sur les bords de la Béréiinal vL'abandon de Bokhapeat avait tristement' Vengé l'abandon de Tilsitt, et la Turquie s'était; suicidée ellemême en ne secondant pas Ptapoléon dons son audacieuse inramn de k Russie.

g III. — ■ Suite de l'insurreclion de la Scnrie.

Nous venons de dire qu'à Bukbarest la cour de Jliaint-Pétersbeurg avait stipulé en faveur de la Servie : iliious faut revenir eu arrière pour voir ce qu'était deveucK l'insurrection de œ pays. i. 't-.

Nou^ avons vu qu'8près>l» bataille de (>BabatZf^gnée parCsemi-ljeorgee; 4e pacha deScutari avait traité avec lea Serbe», auxquels il laissaîtime sorte d'indépendance, mais que cet accord avait été rejeté par les troupee ellomanes. Ctemi- Georges s'empara de la ville de Belgrade et assiégea la citadelle, lie pacha de Belgrade, Soliman, abandonné par le diwn à sc's pi'^pres ioroes, capitula, à condition qu'il pourrait se retirer avec la garnison ; mais, à quelques lieues de la ville, il fut massacre avec les siens Ce fui le signal de rexpulsion, de la spoliation, ou ilu massacre de tous les Turcs : les Serbes se livrèrent contre leurs anciens maîtres à d'horribles vengeances : les enfants furent coupés en morceaux, les femmes évenlrées ou réduites en esclavage. La Servie devint alors un vaste camp où de nombreux chefs militaires, ou woivodes, étaient indépendants et se partageaient les biens des Turcs : Czerni-Georges dominait dans la Schoumadia, Milan Obrenovich il Roudnik, Vonitza à Semendria, etc. Le pays était délivré de la domination ottomane, mais il se trouvait livré à l'anarchie. On essaya d'y mettre On en élisant un sénat, ox}'soviet, composé de douze membres, qui voulut soumettre à son autorité les divers woivodes ; mais il n'avait aucune force pour faire respecter ses décisions Les uns auraient voulu rattacher la Servie à la Turquie en lui donnant une condition analogue à celle des provinces danubiennes ; les autres chercJiaient une protection, soit dans la Russie, soit dans l'Autriche, soit dans la France. Georges s'adressa au gouverneur des provinces illyrionnes pour offrir à Niipoléon le protectorat des Slaves de Turquie; remjiereur ne répondit à cette oITre qu'en donnant au chef serbe un sabre enrichi d'or. Alexandre envoya aux insurgés un de ses conseillers, des armes, de l'argent, et leur promit son appui s'ils voulaient acce[)ter le protectorat russe avec un prince fanariote.

Cependant, en 18(>i^ les Serbes, conduits par Milosch et Dobriniatz, attaquèrent les Turcs du côté de Nissa pendant que Czerni* Georges entrait dans la Bosnie et assiégeait Novi-Bazar. Mais les deux premiers chefs furent battus; les Ti^cs reprirent tout le pays situé à la droite de la Morawa ; Czcrni-Georges éyacua la Bosnie; les Bosniaques firent le siège de Losnitza. On crut la Servie perdue, et la plupart des woïvodes demandèrent qu'on proclamât souverain du pays le czar Alexandre. Une assemblée générale de la nation eut lieu en janvier 1810 pour décider la question ; on ne put s'entendre, et Ton se contenta d'envoyer des députés au quartier général russe pour demander des secours.

(Cependant le pacha de Nissa s'avança avec 30,000 hommes, ravagea les campagnes, et força ainsi les hommes chargés de la défense des lieux fortifiés à les abandonner pour secourir leurs familles. Georges parvint à le repousser, et il remporta sur les Bosniaques une victoire éclatante dont il rendit ainsi compte : « Nous nous sommes mêlés, et nous nous sommes battus deux heures au sabre ; nous avons tué beaucoup de Turcs et coupé beaucoup de tètes : ils ont perdu cinq fois plus de monde que nous : c'est la plus grande bataille qui ait été livrée. » Les Turcs repassèrent la Drinna, qui devint la limite des deux partis.

Grâce à cette victoire, Czerni-Georgês obtint du sénat plusieurs décrets qui lui donnèrent l'autorité suprême sur tous les woïvodes. Lui-même formula dans une sorte de constitution les libertés et privilèges des Serbes. Tous les opposants furent bannis, et quelques soulèvements furent étouffés par la force. Le pouvoir étant en une seule main, les Turcs, dont les principales troupes étaient d'ailleurs occupées contre les Russes, n'osèrent rien tenter contre la Servie. Le pacha deNissa offrit à Georges de le faire reconnaître comme prince du pays, mais à la condition qu'il répudierait le protectorat de la Russie. Georges; ne voulant pas traiter sans le consentement du czar, envoya les propositions du pacha au général russe; mais il fut mal récompensé de sa loyauté, car, au printemps suivant, la Russie signa le traité de Bukharest, qui rendait aux Turcs toutes les forteresses de la Servie et abandonnait en réalité cette province à leur vengeance.

I.<es Serbes refusèrent de reconnaître ce traité et se préparèi*ent à la résistance. (Îzerui-Georges fit une proclamation où il disait : « Les Turcs ont juré de décapiter les Serbes plus âgés que sept ans, de traîner dans l'esclavage les femmes et les enfants, et de les faire Turcs pour coloniser la Servie avec d'autres peuples; mais ne sont-ce pas ces mêmes Turcs que nous avons battus sans armes, tandis que maintenant les Serbes ont cent cinquante canons, sept forteresses et quarante redoutes trempées de sang ottoman ? » Mais les Serbes n'éprouvèrent que dev défaites. I^s Turcs s'emparèrent de Negodin, de Kladova, dont ils empalèrent les habitants, et de tout le pays jusqu'à la Morava (1813). Czerni-Georges s'enfuit en Hongrie, et de là en Russie; les Serbes se débandèrent; Semcndria et Belgrade furent prises, et les Turcs se trouvèrent maîtres de la Sei^vie. La plupart des woi-

464 HISTOIRE DE LA TUHUinK.

vmlos s'enfuii'<>nl «1 cherclièreiil un icfujjie sur le tornloire autrichien; ils y fiircnt

nrrêléij et Inùlés en pri&oniiiers d'ElnL

CL'pondniit le divan essaya de reailre rjuelque IrfimjuiUiLc au (my^, mais ce fut en enlevant aux Serbes toutes luui-s IiIutI/s; Irs tiiou^âeiims it outres roiidiunnaireà qui s'étaient t^nfuis rentrèrent tliuis leurs emplois ; les sipiilns revinrent et reprirent leurs liniai-s ; th^s hordes irAllmiifiis iniliseipliné^ yarnireiil les tWi-ts et ies buurgs - toute teiihdivr de résistance JVil punie par di^ bupplùe^ ; plus d^- iraU ri^nt^ Serhes furent empalés ou décapités a Bi^Igrade. i- ^ * ^ iiVi^^ * - -ô

Cet étal de choses devait amener une l'évolte; Miloscti Obn'novîîch, îwau-frèrp de C/emi'(ieorges, qui avait refusé de loir avec les aulre^î woïvodt^, avait c'ié nommé par les Tnrlsknê^ dt^ Itoudnik. Le jour des ftanieaux dt^ Tan \H\T}^ it ap- [)elle le peuple au\ armes, bal un corps alignais a ^laklan et fait soulever les districts de Belgrade et de Vallievo; les Turcs sont cha^^sés de leurs positions; les exilés r<Mtlrent de toutes paris. Apres une année de guerre où les trouj)es ottomanes n'ir prouvent que des défaites, un accord est conclu entre Milosch et Maraselili, pacha de Itoumélie, par lequel les hostilités cessent, les insurgés j^ardent leurs positions et leurs arme^; une dépulalion serbe est envoyée à (ionstautinoplo^^ ï . , W

Cette députation fui bien aeeueillie et trouva iïppui ilans Tambassadeur russe, qui lit obtenir aux Serbes k^s c>>Mtlitious suivanlis : aumistie générale, nomination deMuraschli aupachaJikde Bel^^radi-, avrc ordre de «^ traiter les Serbes comme s*^s entants; n levée des impôts |iar h s habitants: recinmaissauee de rauloritc civile et militaire des kncs et du kiiés supéiieur qu iU pouiiuut se donner; iustallatioii à Belgrade d'une assemblée de douze kuès élus par les habitants, qui répartirait l'impôt, jugerait les délits, etc.; respect de la religion et des libertés du pajs, etc. (les conditions donnaient, en réalité, l'indépendance à la Servie. Milosch fut choisi pour knès supérieur, non sans opposition de la part de quelques woïvodes, doiil il se débarrassa par le meurtre ou par l'exil ; il rétablit en partie la constitution donnée par Czerni-Georges, nomma lui-même les knès, auxquels il assura un traitement en argent, et gouverna le pays à peu prés en monarque absolu (181 7 1.

,^ IV. — Les Walwbiles. — euissanco de ^îéhrmcl-xMi. — lU'volle d Ali-Patha.

Pendant que Tem pire ottoman s'amoindrissait par l'indépendance de la Servie, il s'affaiblissait, en Egypte, de la puissance qu'acquérait Méhémet-Ali, et, en Épire, des usurpations d'Ali-pacha.

Vers le milieu du dix-huilicme siècle, il s'était formé dans l'Yémcn une secte redoutable, celle des Wahabites, fanatiques austères et ambitieux, ennemis des mahomélans, et qui prétendaient ramener le Koran à sa pureté primitive. Ils s'étaient mis à faire la guerre aux nuisulmans, avaient détruit les garnisons turques

MAUMOUD n. 4()5

el étendu leur domination dans toute l'Arabie; ils s'étaient même emparés des villes saintes et arrêtaient toutes les caravanes de pèlerins qui se rendaient à la Mecque et à Mcdine. C était une honte et un danger pour l'islamisme, et tous les vrais croyants suppliaient depuis un demi-siècle les sultans de mettre fm à ce sacrilège. Mahmoud, à peine assis sur le trône, ordonna à Méhcmet-Ali de délivrer les villes saintes. Le pacha d'Egypte accepta avec empressement cette mission, qui devait fixer sur lui l'attention des fidèles; mais son autorité n'était pas bien affermie; les Mameluks étaient cantonnés dans la haute Egypte, et il ne voulait pas envoyer au loin ses troupes avant d'être débarrassé de ses ennemis. Pour y réussir, il employa la ruse et la trahison.

11 parvint, à force de caresses et en s'alliant avec le plus puissant d'entre eux, h les faire sortir de leurs retraites; puis il les invita à venir au Caire pour assister à la cérémonie d'investiture de son (ils, qui devait commander l'expédition d'Arabie. Les beys vinrent sans défiance (1" mars 1811); mais quand ils entrèrent dans la cour intérieure du palais, ils furent accueillis par une fusillade à bout portant et qui partait de toutes les fenêtres. Tous périrent dans ce guel-apens. Le même jour, les gouverneurs des villes coururent sus à tous les Mameluks qu'on put surprendre et les massacrèrent. Un petit nombre parvint à se réfugier en Abyssynic; quelques-uns enfin entrèrent plus tard au service du pacha. Ainsi finit la domination des Mameluks en Egypte et commença celle de Méhémet-Ali.

Alors l'armée partit sous le commandement de Toussoun-pacha ; elle s'empara d'YarSbo, d'El-Omlah, de Djeddah, et, après une bataille livrée à Safrah, elle s'empara de Médine ; les clefs en furent envoyées au sultan, (jui fit célébrer cette victoire par de grandes fêtes (30 janvier 1815). Deux mois après, la Mecque fuL prise, et l'on envoya de même à Gonstantinople les clefs de la ville et de la Kaaba. La guerre se prolongea jusqu'en 1815; l'émir des Wahabites étant mort, son fils conclut un traité avec Toussoun-pacha, qui mourut lui-même quelque temps après; mais, ayant refusé de se rendre à Gonstantinople pour implorer le pardon du sultan, il fut assiégé dans sa capitale par Ibrahim, autre fils de Méhémct, qui avait succédé àToussoun; obligé de se rendre, il fut envoyé à Gonstantinople, où il fut décapité (1818).

Gette expédition affermit la puissance de Mébémet, qui commença à utiliser les prennes de civUisation que les Français avaient laissés dans le pays. Il fit creust^r le canal d'Alexandrie au Gaire, commenta la formation d'une armée réguhère ({iii fut instruite et disciplinée par des Français, se donna une marine de guerre, lit construire, par des ingénieurs de la même nation, un arsenal et des fabriques à Alexandrie, etc. En même temps, ses fils faisaient la conquête des pays voisins de ''Egypte : l'oasis de Syouah, le Kordofan, le Darfour, devinirent tributaires de Méhémet, qui commença à nourrir des projets d'indépendance.

Cependant Napoléon était tombé sous les coups de l'Europe coalisée ; mais U

iM IIISTOIKE DE LA TURQUIE.

Turquie n'avait pris aucune part à cette lutte gigantesque où elle eût pu jouer un si grand rôle; elle semblait s* être mise, par ses fréquentes révolutions, la faiblesse de son gouvernement, la îiullité de ses ressources militaires, en dehors de» Etats civilisés; et, en elTct, elle ne fui pas admise au congrès qui remania la carte de TEurope, au congrès de Vienne. Elle regardait tout ce qui se passait autour ou près d'elle avec une incurable apathie, qui semblait Tindieed^une mort prochaine. Ainsi les Anglais, en 181G, [lurent Ijombarder Alger sans qu'elle élevât une réclamation; ils purent s'emparer des îles Ioniennes sans qu'elle témoignât la moindre crainte; elle se crut suliisamment indcnniisée par la cession de Pai^a.

Après la bataille de Nicopolis (17U8), Parga avait été menacé par Ali-paoha, et elle ne lui avait échappé que grâce aux Itusses qui l'avaient occupée; puis elle était revenue, après le trailé de Tilsitt, aux mains de la France, qui y avait mis une petite garnison. Les habitants, cro\anl que cette garnison était disposée a les céder au pacha de Janina, appelèrent secrètement les Anglais et livrèrent leur ville (18iÔK sous la condition qu'elle ne serait jamais cédée aux Turcs. Malgré cette condition, l'Angleterre se couvrit de honte en consentant à vendre l^arga et son territoire à Ali-pacha (1817); mais la population entière aima mieux abandonner la ville el se retirer aux îles Ioniennes que de tomber entre les mains du tjran de l'Êpire.

Cependant Ali-pacha, qui avait cessé de pensionner les membres du divan, n'avait plus que des ennemis à Constantinople. Il refusait les contingents, les tributs qu'on exigeait de lui ; il étouifait dans les supplices les plaintes des populations qu'il pressurait; il semblail, dans ses montagnes et son château de Janina%ii il avait rassemblé, dit-on, un trésor de cent cinquante millions, se rire de toute hi puissance du sultan. A la lin. Mahmoud, qui tVavaillail dans le silence à reprendre .son autorité et à replacer la Turquie, an ranjî des grandes nations, résolut de l'rapper eerel)elle. Ali ayant fait assassiner un d(^ ses ennemis jusque dans les rues (le (lonslantinople, il l'ut déclaré ft'nnmili (exeonununiéi el sommé de comparaître au tribunal du sullan dans (juarante jours. Il essava vainement d'intéresser à sa défen.^e l'Angleterre, qui lavai! toujours soutenu ; alors il chercha de?. les-^ources dans les p()|)ulalions (pi'il avait opprimées, et sa cau.se î>e trouva ainsi liée à celle do l'indépendance de la (irèce.

§^V. — \.Hi'tani^. — liiMinvrli.m «le l:i (.i.ice. — it'ut;nivr .r\|isilaiiti.

Les (jrecs, comme la plupart des peuple> eonquis par les Turcs, avaient accepté avec résignation une autorité qui ne leur demandait que des tributs, (|ui rus[>ectait leur religion et leurs instilutions municipales*, \ussi l'on vil les hommes les

l.e» Tincs hIo|.|.imiI jmiir en\-m.'ni. >, nous I ;ivons dt'jà dil. Ir modo adrniiiisliatil de» viincui. lU imdtiplièrcnl les centres communaux ; ciilin. ils portaicnl un lel l'especl à I inAtiliilion munici}Milo. quVn

plus influents parmi eux se charger volontiers de radministration civile sous le nom de primats ou de khodja-bachis ^ Deux classes échappèrent seules à la domination musulmane, les montagnards, qui, réfugiés dans les gorges du Pinde et du Parnasse, ne purent être domptés, et devinrent, comme ceux de la Servie et de la Macédoine, des brigands sous le nom de klephtes; les insulaires et les habitants des villes maritimes, qui appliquèrent leur vive intelligence au commerce, et devinrent les intermédiaires naturels des Ottomans avec les Occidentaux. Cette seconde classe de la population perdit rapidement Tesprit de localité et de tribu; étant plus instruite, elle se nourrit des souvenirs de l'antiquité; enfin, elle conçut Tidée de la résurrection de la patrie grecque : c'est d'elle que sont sortis les émancipateurs, et si les palikares viennent de la montagne, c'est dans les îles et sur les côtes que naquit Yhétairie.

Notre expédition dTgypte, si brillante et si in^nsée, avait eu pour résultat de ruiner entièrement nos établissements de commerce dans le Levant : ce furent les Grecs qui en héritèrent ; profitant de la grande lutte entre la France et l'Angleterre, qui leur livrait la Méditerranée, à couvert sous le pavillon turc, donnant l'essor à leur aptitude pour les travaux de la mer, ils firent un commerce si considérable, et acquirent tant de richesses, que, en I8i5, ils possédaient 6fM) bâtiments montés par 30,000 hommes d'équipage. La classe nouvelle des armateurs et des négociants disputa Tintluence aux primats; elle envoya ses enfants s'instruire à l'étranger; elle fonda des écoles non-seulement dans les îles, mais dans l'Asie Mineure, et même à Constantinopic ; elle condensa ses forces, ses pensées, ses aspirations, dans des sociétés qui semblaient toutes littéraires, et qui ne tardèrent pas à devenir politiques. La plus importante fut Yhétairie (tT«ip!i«, association), fondée par trois Grecs obscurs, société dont le but semblait être de répandre l'instruiïtion chrétienne et les livres de piété parmi les populations de la Grèce, sa

1820 il y avait c un conseil niuni( ipal centra), représentant les communes de toute la Grèce, qui siégeait comme assesseur auprès de raulorilc déléguée par le sultan. Son intervention était légalement indispensable dans l'administration de la province, et non-seulement ce conseil grec avait des moyens d'appel à Constantinopic, mais ses délégués dans celle capitale y représentaient les intérêts de la province. [Port folio; n" 22 et 25.)

'^ Nous avons di'jà parlé de ces primats (page 17*.!) ; voici ce qu'ils étaient à l'époque de la révolution grecque : u Devenus intermédiaires entre le gouvernement et les raîas, les primais acquirent nécessairement du pouvoir dans leurs provinces, et en abusèrent trop souvent d'une manière bonleuse pour euxmêmes et ràchcuse pour le peuple. A | eu d'exceptions près, les khodja-bachis, pendant tout le cours de la révolution, se montrèrent aussi bas qu'on pouvait l'attendre du système sous lequel ils avaient vécu. Ffleminés par une vie i>assée au milieu des adulations de leurs suivants* rampant sous les Turcs, qui, ne ponvant se passer de leur (Inçssc et de leurs connaissances, les regardaient comme des maux nécessaires, ayant juste ce qu'il fallait d'éducation pour tromper les maîtres et tyiauniscr les esclaves, vivant dans une terreur continuolle, quoique goDÛés d'une vainc puérilité, ils étaient des instruments tout formes d'opprcs siun, et ordinairement partageaient- la proie. Les vues du haul clergé coïncidaient à peu près avec celles des primats, attendu quMs avaient toujours agi de concert, et que les derniers, sous le rapport de la dignité, cédaient la préséance au clergé. Le dessein des uns et des autres, en fomentant rinsurrection. après s'être débarrassés des Turcs, était d'accaparer tout le pouvoir à leur profit et de ronslituçr mie ■ oligarchie. » (Gordon, But. de la Révolution grecqu§.)

m ' msToinK de la tibqiîie,

I caisst^ était à Munich, mais sa tctc était i Saint-Pétersbourg, pt son c*?ntre à Con-

âtantinople; ses éraissairos étaient répnndus dans toutes [es provinces. Les fonda^ ^ teiirs affirmaient que IVmpercur de Hiissie en était le ch<^t'!*iipréme, et qu'elle

^ avait l'appui immédiat de f]:ipo-frislria, minisire du aar- Ui^s 1817, presque tous ^^L leslilpplitCîîiduPinfJe, IcaMamotesdeh Moréi% les primats de rininipur et des cotes ^m

^^ ie-s marchands et les marins dt^rArdiipcl.eUiloiit îdfilii^sàriitkuiriti. CeftiUilorsque ^H

r C/erntOnrfïL>s quitta Kiew où il vivait dans U retraite, et se dirîj;eii seerètcmeti* ^M

' sur la Servie; il devait faire révolter e4i pajs, et, pendant que raUention et les

forées de la Turquie seraient attirées d^ ce cute, la rirecc tnlierc devait se soulever et donner la main aux hétairistes de la V:ilaeliieï les Turcs seraient rejelés en Asie, et la croix rétablie sur le dûme de Sainle-Sopliîe. Mais, h son in rivée sur le territoire serbe, Czc mi -Georges fut assassine par des émissaires de Milosrh : sa têlo fut envoyée à f^nnstantinopte, et Slilosch fut reœncm par le eulLm prince ou knès supérieur de la Servie. La Hussit^ s'empressa de désavouer les projets de Czerni- Geor^^es, et Vbélairie continua ses menées pendant encore truis amiées.

En 18J0. a Topoque où l'Europe presque culièrc était travaillée par les idées

révolutionnaires, où une fièvre de liberté agitiiit tous les esprits^ la propagande

y hétairiste prit les plus graves ]>roporlions, et Icndil presque ouvertement a réman-

1 cipaLiou de la (iréce. La guerre de la Porte contre Ali-pacba précipita le monve-

f menL

\ De grands préparatifs avaient été laits par le divan pour vaincre le rebelle.

Une flotte commandée par le kapoud;m-pacha s'en alla attaquer et prendre ï'ar| puis Prevesa, pendant quune armée de tiU,('»UU hommes traversait la Grèce et rÉpire en les ravageant, et allait assiéger Janina. Dans ce grand danger, Ali, qui depuis longtemps avait des relations avec l'hétairic, appela les klephtes, même les Souliotes à sa défense, et se présenta ainsi comme le patron de la liberté des Grecs. Pour les exciter à prendre les armes, il fit courir une lettre vraie ou supposée d'Halet-effcndi, favori du sultan, dans laquelle était révélé un projet d'extermination de tous les chrétiens. Ceux-ci hésitaient entre la cause du pacha et celle des Turcs; ils avaient môme d'abord offert leurs services au séraskier de l'armée ottomane; mais la dureté avec laquelle ils furent accueillis, et la publication de la lettre d'Halet-etîendi, les décidèrent à se révolter. Les Souliotes, commandés par rhéroïque Botzaris, se retirèrent dans leurs montagnes et formèrent le noyau d'une ligue formidable de tous les annatolis contre les Turcs. Pour rhétairie, le pacha de Janina était le moyen de révolte; pour le pacha, Thétairie était le moyen de résistance : ils ne s'entendaient que dans le but commun de détruire l'autorité du sultan *. Les émissaires d'Ali et de l'hétairie parcoururent toute la Grèce et l'appelèrent aux armes : le moment leur semblait venu d'enlacer

« i:(}rimt (1718-1845), par M. ilç Maltierba. l. H, p. .504.

MAHMOUD II. iOi»

la puissance ottomane dans une série d'insurrections depuis la Maïna jusqu'à la Moldavie.

Des troupes turques, qui marchaient de la Morée sur Janina, ayant outragé les habitants de Palras (12 février 1821),. la ville se révolta, et Tinsurrection gagna Gastouni, Kalavryta, etc. Le caïmacan de Tripolilza enjoignit à tous les évoques et primats de la Morée de se rendre près de lui dans Tintention de les mettre à mort, L'archevêque de Fatras, Germanos, arrivé à Kalavryta, déclare qu'il n'ira pas plus loin, que les temps sont accomplis, que le règne de la croix commence (mars 1821). Quinze cents Grecs se rangent sous l'étendard sacré ; les Turcs sont chassés de toutes parts et se réfugient à Lépante. La citadelle de Fatras l)ombarde la ville, qui n'est bientôt plus qu'un monceau de ruines; elle est assiégée par iO,OCO Grecs, que commande Germanos, et ce prélat fait appel à l'Europe par cette lettre adressée aux consuls chrétiens. « Les Hellènes, disait-il, livres à l'oppression croissante des Turcs, qui ont juré de les anéantir, ont unanimement pris la résolution de secouer le joug ou de mourir. Nous nous sommes levés en armes pour venger nos injures et soutenir nos droits. Nous sommes pourtant persuadés que les puissances chrétiennes reconnaîtront la justice de notre cause et nous prêteront assistance et secours, en se rappelant combien nos aïeux ont été utiles à l'humanité. » Yousouf, pacha de Sérès, accourt, met en fuite ces bandes indisciplinées, et massacre toute la population ; 5,(M)0 Grecs sont sauvés par le consul de France, Fouqueville, l'historien de celte horrible guerre. Malgré celte catastrophe, In Maïna, l'Arcadie, la Messénie suivent le mouvement; la Béotie s'insurge; ses habitants prennent Livadie et y massacrent 2,000 Turcs; Odyssée soulève la Doridc ; Dikaïos, la Mégaride; Procope, l'Elide, etc.

Cependant l'insurrection avait commencé dans le nord. L'hctairie avait alors pour chef Alexandre Ypsilanti, fils de l'ancien hospodar de Yalachie, aide de camp de l'empereur de Russie, qui avait consacré toute sa fortune à l'œuvre de l'émancipation grecque. 11 avait, assure-t-on, l'assentiment du czar, qui, consulté sur l'opportunité de l'insurrection, aurait répondu : « Si la Grèce entière se lève, mes Cosaques iront la seconder. » Ypsilanti se rend alors à Yassi [b mars 1821), et y fait afScher cette proclamation : « Hellènes, l'heure a sonné; il est temps de secouer le joug et de venger notre religion et notre patrie. Partout nos frères et nos amis sont prêts à nous seconder; les Serviens, les Souliotes. toute l'Épire, sont en armes et nous appellent. En avant, Hellènes, en avant! et nous verrons une puissance formidable protéger nos droits. »

A cet appel, Michel Soutzo, hospadar de la Moldavie, dépose son autorité entre les mains du chef de l'hétairie, et s'enrôle sous le drapeau de l'indépendance avec une troupe des jeunes gens des premières fa milles. Ypsilanti leur laisse la direction du mouvement, passe en Yalachie, y foi*mele bataillon sacré, entre à Bukharesl, mais \\'\ trouve réellement d'appui que dans la. jeunesse lettrée et dans la popu-

m HlSTniRE DE LA TlMiyilE.

lace : k-s Koumïiiiis ;ivaiciïl peine \\ reronnaJti^ leiu' cause thu^ un soiilèvtituenl initauriiiin de THtjlléiue. Quelques jours ;»pR'îi IcdcpnrhrYpTiLlaïUKlea^ii^ulrus^e proteste, parronlreilesongoiivernemeiil, Lonlrerentreprise, el déclare u qu'elle esl TefTel de re\all<i1ion qui canalënse l'époque prési nie ainsi qu^ de Tinexpê* nence et de la légèreté d'ua jeune homme, w l,e surlrndemairif Sllchel Soutzo est chassé de Yassi par les boyards mold-ives. Bicutûl après un ukase du czar prire d« son grade Ypsilanti, el le ministre de Itussie a Consljutinople assure le ï^ullan de la ueutrnlité ol de l'amiliê de son maître. 1/Autrirlie déclare hantetnent qu*ellfl désapprouve rinsnrreetion.

Cependant , a la t*ou>elledu soulèvement de laMorée, le divan s'était T-éuni, eC il avait prononcé le dcsarmeEnenl de tous les tirées et rexternùiialion de tou:s ceux qui ne se soumettraient pas. Cedéeret réveille le fanalit^me et la férocité des Ottomans. l.es familles gix'cques de Constanïinople prennent la fuite ; mais la plupart tombent sous les coups des janissaires; les églises sont pillt'es, les raïas pour* suivis partout; le patriarche Crégoirc, accusé de pactiser avec Tinsurrection, *isl arrêté avec son synode et pendu â la porte de son palais. Trois archevêques, qua- Ire-vingls évèques, exarques et archimaudrites ont le même sort. Le cadavre du patriarche est mutilé par les Jnif^. trahie dans lui égout et jeté dans le Bosphore, Les Turcs prétendirent que ce massacre était fait en représailles des atrocités commises par les insurgés sur un vaisseau turc, qui portait le mollah de la Mecque avec son harem.

La nouvelle du martyre du patriarche acheva de soulever toute la Grèce. Hydra et Psara adhérèrent à l'insurrection avec un dévouement héroïque. « Depuis trente ans, dit Lazare Condorioutis, je travaille pour amasser des trésors. Je les ofTre à la patrie, et je m'estimerai heureux s'ils peuvent servir à rindépendance de la Grèce. Je pense que mon exemple sera suivi par tous les riches d'Hydra el des îles qui nous sont alHées; mais s'ils reculent devant des sacrifices d'argent, ne perdez pas courage, mes frères, je suis en état de faire à moi seul les dépenses de la marine. » En effet, Hydra donna seule cinq millions pour les frais de la guerre; Psara, Spezia en firent autant ; la croix fut arborée sur tous les navires grecs ; Tombazis, nommé navarque, fit soulever toutes les îles, excepté Chio ; il courut sus aux bâtiments turcs, el vengea par d'horribles représailles les cruautés des musulmans.

Cependant Ypsilanti, depuis qu'il s'était vu abandonné par la Russie, avait perdu courage, et s'était retiré près de Rimnik; mais Athanase d'Agrapha, avec cinq cents hommes, tint tête aux 20,000 Turcs qui passèrent le Danube à Galalz,

MAiniouh H. 47<

et, dans un dernier combat héroïque, sur le Pruth, il périt avec tous les siens. Ypsilanti fut attaqué à son tour près du couvent de Dragochan ; il fut défait. Le bataillon sacré, fort de douze cents hommes, périt tout entier ; le reste s'enfuit ; Ypsilanti chercha un refuge sur le territoire autrichien et fut enfermé dans la citadelle de Munkacz (juin 1821 ).

C'était à rAutriche qu'était due la tin désastreuse du soulèvement : lorsque Ypsilanti s'était vu maître de Yassi* il iivait écrit une lettre pleine d'enthousiasme et d'espérance à Alexandre, qui était alors au congrès de Laybach. M. de Metternich plaça alors sous les yeux du czar la correspondance vraie ou fausse du chef de l'hétairic avec les libéraux français, les constitutionnels espagnols et les carbonari napolitains : il obtint un désaveu, et l'insurrection grecque se trouva abandonnée à ses propres forces.

Cette insurrection contiimait à faire des progrès dans le Midi. Les Turcs de la Morée, laissant les campagnes aux insurgés, se réfugient dans les forteresses, qui sont toutes assiégées. Kourschid-pacha, qui bloquait Ali dans J.anina, envoie un corps albanais sur TripoUlza : il est battu et mis en déroute. Démétrius Y'psilanti, frère d'Alexandre, arrive en Morée; on l'accueille avec enthousiasme et on le proclame chef de l'insurrection. Arcadia et Navarin sont prises : les vainqueurs vengent le massacre de Constantinople par le massacre des musulmans. De là Ypsilanti marche sur Tripolitza , qui a dix mille hommes de garnison : des Français, accourus à la défense de la Grèce, dirigent les travaux du siège. Baïrampacha, avec une armée de douze mille hommes, essaye de pénétrer en Morée pour délivrer Tripolitza : il est battu et son armée détruite par les bandes de Gouras et d'Odyssée. La ville, désespérant d'être secourue, demande à traiter ; mais une trahison la livre aux Grecs, qui l'incendient et en massacrent la population ; les primats et les chefs de l'armée se déshonorent en prenant part au pillage.

Cependant la discorde paralysait Tinsurreclion; les insurgés de la Grèce continentale, de la Morée et des îles, étaient ennemis les uns des autres et refusaient de concerter 'leurs efforts; chaque bande voulait agir à part, et ne cherchait que le pillage et la vengeance ; les îles seules et les villes maritimes désiraient sincèrement le rétablissement de leur patrie et demandaient la formation d'un pouvoir central. Enfin une réunion des envoyés et des chefs miUtaires eut lieu à . Epidaure, et, grâce aux efforts des hétairistes, elle parvint à constituer un gouvernement, qui se composait d'un corps législatif, présidé par Ypsilanti, d'un conseil exécutif, présidé par Mavrocordato, avec Negris et Coletti pour ministres (13 janvier 18i2). Cette division des pouvoirs ne mit pas fin aux prétentions des partis.

i73 UISTOIHE m: LA ILHOUIE.

A c«ltu tipoque, Ali-[URlKi, <]ut tenait eti ^rher dan;^ Jtiniiia li plus grande par^ ht' dt^s resijOun:osdt2 lu Pi>rU% poril piir tnjliison ^ appelée une iN^Mlerente, il fui )K)ign£irdc fvir ses ennemis, qui nivo\tiicTil init tcU' à Coiislanlinoplc lô février I8'i2\. Aloni le divan, siiulenu d'ailluur* par t' Autriche et rAiigletcrre. qui ne voyaient dans les tirées que des rebelles, pul poj-ler toutes ses forces contre cui. Les insurgés delà tirèce continentale eiivcïvèrenl Bet/aris, le héros de? Suuliote.s, pour demander aide à ceux de Ui Moree : les Pebponésienis répondirent â c^*t appel, niuiE^ ils e^nbircnl u leur lour plusieurs^ dél'uites ; Mavrocordalû fut hntlu ;t Petn: Drom-Ali, à lalùledeiî5,IK)0 hommes, pénétra dans laMégnride.et occupa* I Acro-i]orinlli<\ abjiuloniiêe par sa «^arniHiTK l-.ej;iïuvernei rient grec se rêrut;id iur uue goélette Indriote; les haliilants de TArgolide s enfuirent d^ins les montagnes, Vpiïilanli reU'va les courages et st^ retira dans Argos. Divin- Ali vinl \\ a&.siégcri mais il Tut repoussé, et iTgagnu TAcro-liorinthc , jjour \ attendre Koui'schjtipacha- chaque pas de sa retraite tut marqué par un combat, et il mourut de& suites de ses blessures. IJe son urmée, une partie s'etiibarqua, une autre partie essaya de gagner Patras. en longeant la ente, miiis dix huit ceiitiï hommes seulement y arrivèrent. Kom^hid-pacha, qui venait au secours de Dixin-Ali, fui coinplêlemeul bnttu^par Odjsst^e au défilé de Davi, et, désespéré de sa déraite, se donna la mort.

Chio avait refusé de prendre parti pour la Grèce : elle fut effroyablement punie de sa neutralité, que les Turcs refusèrent de reconnaître : dL\ mille Asiatiques débarquèrent sur ses côtes, pillèrent, incendièrent ses villes et ses campagnes, massacrèrent sa population mâle et emmenèrent les femmes en esclavage. De cent mille habitants il en resta neuf cents ! Un cri d'horreur s'éleva dans toute TEurope à la nouvelle de ces barbaries. Les Grecs en tirèrent une éclatante vengeance : Canaris de Psara, et Pepinos d'Hydra, conduisirent deux brûlots au milieu de la flotte turque, mouillée entre Chio el la côte de Tchesmé; le vaisseau amiral fut incendié, trois mille Turcs périrent, et parmi les morts se trouva le kapoudan-paclia. La Hotte se réfugia dans les Dardanelles, et, après avoir réparé ses pertes, elle sortit pour ravitailler Nauplie, qui était assiégée depuis un an ; mais elle fut forc^\ par le navarque Miaulis, de s'abriter derrière Ténédos. Là, Ganariset Kyriokos. vinrent encore l'incendier (novembre 1822) ; une tempête augmenta le désastre, et les Turcs perdirent la moitié de leurs vaisseaux. Nauplie se rendit et devint la pnncipale place d'armes des Hellènes.

Les succès de l'insurrection continuèrent. Missolonghi, assiégée depuis longtemps, el qui avait subi plusieurs assauts, fut délivrée. Une armée de 20,rNM>

Turos qui avûit franchi les ThcrmOpyles, fut ncpoussée dans la Thessalie ; une autre fut battue â Karpenitza avec perte de 2,000 hommes. Les Grecs souillèrent trop souveut leurs victoires par des cruautés ; mais ces cruautés ne furent que de faibles représailles des barbaries commises par lesTures à Smyme, en Chypre, en Syrie, partout où il y avait des chrétiens. Toutes les atrocités qui déshonorent l'histoire ottomane furent renouvelées en plein dix-neuvième siècle, en face de l'Europe civilisée.

Cependant les insurgés ne cessaient de demander des secours à leurs frères de la chrétienté, au nom de la croix qu'ils portaient sur leurs bannières, au nom des lumières que leurs ancêtres avaient versées sur le genre humaiu. Un congrès étant réuni à Vérone, ils y envoyèrent des députés. Les souverains de l'Europe, qui s'étaient rassemblés pour étouffer les insurrections de l'Italie et de l'Espagne, refusèrent de les entendre, et ils invitèrent même Mahmoud à envoyer un représentant au congrès. « On nous traite de révolutionnaires, écrivait l'un des députés, quoique nous ne ccflnbattions que pour nous soustraire au joug affreux de nos tyrans, sans nous occuper de ce qtli se passe chez les autres nations. Si nous • étions révolutionnaires, aurions-nous fait la démarche de nous adresser à des têtes couronnées pour leur demander un clief? »

Mais si les rois étaient hostiles à la cause des Grecs, l'opinion des peuples se prononçait très-vivement en leur faveur; en France, en Allemagne, en Angleterre, des sociétés de philhellènes s'étaient formées qui avaient ouvert des souscriptions, et envoyaient aux Grecs de l'argent, des armes, des munitions; des défenseurs accouraient à leur aide, et parmi eux on comptait lord Byron, le colonel Fabvier, le comte Rosa, etc. Mais les Grecs perdaient le fruit de leurs victoires par leurs luttes intestines. Le sénqt avait nommé Cpndouriotis chef du pouvoir exécutif; celui-ci fut obligé de livrer trois combats au parti péloponésien pour faire reconnaître son autorité, et il n'installa le sénat à Nauplio que par la force.

g VIII. — Intervention des troupes du paclia d'Égyple. — Prise de Missolonghi.

Cependant les Turcs étaient fatigués et effrayés de cette lutte où leurs armées s'engloutissaient depuis trois ans sans résultat. Mahmoud essayait vainement de faire des levées dans les provinces ; on ije répondait plus à son appel; il se décida à demander des secours au pacha d'Egypte, qui, plus heureux que lui, n'avait point pour unique armée des bandes de pillards féroces et indisciplinés, mais des troupes formées à la tactique et aux armes de l'Europe. Un (irman (16 janvier 1804) lui fut adressé à ce sujet en même temps qu'un hatti-shérif qui lui donnait les pachaliks de Morée et de Candie. Méhémet répondit avec empressement a l'ordre de son maître, et son ûls Ibrahim partit avec une armée de 15,000 hommes,

MA HISTOIBE l)B LA ÎUHQOIE.

HUfMrîmspnrinenl ticsnavins auU'iciru^na t:l malfwis, d niic Iloltcilei^oîxantc-iroi^ bùliinents île gueriv. Il se tlirign il «liord sur Caiiflit*» que Ips Crets n esiJa\èn*fU pas de ijecourir; VU** fui fîicilcimnt conquise^ Ln lltïlle ôgyptietine, oyaul fait sa jonction avfîc la floltc turque, se disposait à env^Uiir la Moi^tV^uiflis fllo fut nttaqihV dans h rîidtMrnatjfarnassi.' par I;i llolti^ grP^^Jllt^ liatlue, liarcflCv, poiirsuivii' daiislnoskslieiiv on L'Ile tlierclia un r<*fn^t\ pntîii form^ de i"*^ntriTà Alexandrie, oij Jliauliâla t^ondutsit jusqu'à la wiv. du [tort.

L*armemeid du pacha d*Êgypto avait MispeiuUi les luttrs intestiues des tîrws; mais, à peiue les vicloires ih^ la flotlt^ rnreut-t;'lles roniuies* que les dissciisionsi rrl'ommenctTent. Une bataille livive etitre les deuv pnitis sous les muj^ de Corinllu' laissa le puuvttii m CondourioUs, que secondaient Gouras, (loletli et tous lest cht- fs de la Grèce continentale; les vaincus (\irent riiis en Fuite, exilés et dépouilles di* leurs Mens.

Uuahim profita de ces déplorables troubles ; il débarqua a Modon a\cc lïi^OOO hommes de troupes régulières, baltit les Gi^ca qui aectoiraioul a sa eeiicontri*, prit Navarin (18 mai i82rM, Tripolilza et toutes les places de rintérieur ; il |

nVehoua rpic devant >auplie, tpie Ypsilanti parvint habilement à sauver, l-es (iretv^ étaient déroulés par les uiautruvros de leur îolversnire et In soliditi^ de S4.^s trou|H?s: ils désespérèrent de leur cause rt pejiserent à se livrer h l'Auglelern?. l

M ne leur restail que trois places importantea : la citadelle d'Atliènes^ Nauplie **l I

Missoloni^hi. i

Pendanl (pilhraliini contpjérait laMorée, Reschid-paiha, assiste d*ingênieura '

autrichiens, venait mettre le siège devant Missolonghi ; il multiplia les assauts et épuisa ses forces devant une place que les Grecs ravitaillaient incessamment par mer ; alors il appela à son aide Ibrahim. Celui-ci s*embarqua à Fatras avec 10,000 hommes et un matériel immense ; il essaya d'abord d'enlever la place par un coup de vigueur; repoussé avec perte, il Tisola en s'emparant de tous les points qui dominaient la rade et la priva ainsi de tous les secours du dehors. Les assiégés, réduits aux dernières extrémités, après une défense héroïque et qui fut admirée de toute 11 uropC; se décidèrent à abandonner la ville; mais, dans leur retraite, ils furent enveloppés par Ibrahim et résistèrent pendant quatre heures dans une lutte inégale. 1,800 seulement parvinrent à s échapper ; tout le reste périt; on trouva dans la ville, au milieu des ruines, 8 à 900 femmes ou enfants : c'était tout ce qui restait des 15,000 habitants de Missolonghi. Ibrahim rentra dans la Moréc. Reschid alla mettre le siège devant la citadelle d'Athènes.

,^ IX. — Discussions de la Poric avec la Russie.

La cause des Grecs paraissait perdue : le deuxième congrès d'Épidaure nomma i:ne commission chargée de négocier avec la Porte par l'intermédiaire de l'ambas-

MAHMOUD 11. m

sndeur aiigluis ; il demandait que la Morée fût coustituée en Etat tributaire. Yp* silanti cl les députés de la Grèce continentale s'opposent à cette résolution : une scission a lieu et les Péloponésiens s'assemblent à Hermione. L'amiral anglais Cochranc, auquel le congrès d'Épidaure avait donné le commandement suprême des armées de terre et de mer, parvient à réconcilier les deux partis, et une assemblée générale est convoquée à Trézène. Cette assemblée nomme pour président de la république le comte Capo d'Istria, et, enjiltendant son arrivée, confie le pouvoir à une commission présidée parMauromichali.

I*/ amiral Cochrane, qui veut justifier son élection, tente de délivrer la citadelle d'Athènes et subit une défaite complète, à la suite de laquelle les assiégés capitulent (jum 1827). Le sultan croyait son triomphe complet, lorsque les ambassadeurs de la France, de l'Angleterre et de la Russie lui signifièrent le traité conclu entre ces trois puissances le 6 juillet 1827. Cette intervention lui enlevait le fruit de ses patients efibrts. Nous allons indiquer les motifs différents qui, depuis le commencement de la lutte, avaient déterminé la conduite des souverains alliés.

Nous avons vu que l'hétairie s'était développée en quelque sorte à l'ombre de la puissance russe . c'était le nom d'Alexandre que les frères Ypsilanti invoquaient, et Capo-d'Istria, ministre de ce prince, connaissait évidemment le but politique de la société. Tout le passé de la Russie disait assez quelles étaient ses tendances, et l'on ne peut douter que, sans l'espèce de sacerdoce dont AlexandiT se croyailT revêtu depuis la formation de la Sainte-Alliance, il n'eût profité de l'occasion si belle qui lui était oflerte de s'emparer de BjTcance, cette véritable Rome delà rehgion grecque. M. de Mettcrnich le comprit bien, et, lorsqu'à Laybach il peignit à celui qu'on appelait Vange blanc de l'Europe et du monde l'édifice social menacé par cette levée de boucliers, Alexandre déclara que son armée ne franchirait point le Pruth, et qu'il maintiendrait purement et simplement les traités existant entre la Russie et la Turquie. Mais le divan, ne croyant pas au désintéressement de son voisin, soumit à une visite tous les vaisseaux qui passaient les Dardanelles. L'ambassadeur russe, StrogonofT, protesta au nom de son souverain contre cette mesure; le reiss-effendi, de son cùlé, récrimina conire le czar, qui violait les traités en donnant asile aux sujets rebelles du sultan.

Sur ces entrefaites, Donési, banquier de l'ambassade, est arrêté et jeté aux Sepl- Tours, comme accusé d'avoir fourni des fonds aux insurgés : Strogonofl' proteste contre cette violation du droit dés gens , demande ses passe-ports et rentre en Russie. « Si le gouvernement turc, écrivait l'ambassadeur, témoignait, contre toute attente , que c'est par suite d'un plan librement arrêté qu'il prend les mesures touchant lesquelles le soussigné lui a déjà exposé le sentiment de. son auguste maître, il ne resterait à l'empereui' qu'à déclarer dès à présent à la Sublime Porte qu'elle se constitue en état d'hostilité ouverte contre le monde dirétien . qu'elle légitime la défense des Grecs , qui , dès lors, combattraient uniquement

Aie HISTOIRE DE LA TURQUIE.

pour se soustraire à unu perle iuévilable ; et que, vu le caractère de celle lutte , ta Russie se houverait Jîuis h\ stritle oblif^ation <le leur offrir asile , parce qu'ils seraient persécutes; prolcrlinii , piirce qii\^l!e en iiurnil le droit; :issistflncc avt^c toute h elirétieuté, pnrce qu'elle ne pOEirrail pas consentir à livrer ses frères de religion à la merci d'un aveugle fanalisiue. » La guerre semblait imminente, lorsf|ue Alexandre remil a TEurope la solution de la question ; une note rendue publique disait : h Sa Majeyté , n'ayant jrien tanl à cœur que la pacitïcatinu de TKurope, était dispi>see à fain-, pour la conservation dti la pai\ , les plus grande sacrifices, suppose que les cabinets europi^ens trouvassent dans leur sagesse de^ moyens ellicaces pour obtenir de la Porlc Ottomane de tnellre les cliréliens de la Turquie à Vabri d'une répclilion des sccn es violentes dont ils avaitinlelé victimes; et, telles étant les dispositions de S. M. L, le^ cours de TEurope étaient priée* d'aviser incessamment aux moyens propri^ d'atteindre le but désiré, et de lu dispenser ainsi d'olilcnir par la force des amies l*acconiplissement des conditions que rtionnenr de sa couronne, le maintien des traités, la prottM:lion de la religion clw^étienne et rbumanité lui oui IhU un devoir d'exigtir de la Porte. »

Etj à Tappui de ç^iXe note, Alexandi-e disait, au congn>s de Vérone, à M. de Chateaubriand : » Auricz-Tous cru, comme le disent nos ennetuis, que rallianctï n*est qu'un mot qui tic sert qu'à couvrir des ambitions? Cela peut-être eut étr vr,ii dans Tançien état de choses : mais il s'ayiit bien aujourd'hui de quelques intérêts* particuliers quand le monde civilisé est en [>énll 11 ne peut plus y avoir do }K>)ilique anglaise, française, russe, prussienne, antrirbienne^ il n'y a plus qu*nne politique générale qui doit, pour le salut de tous, être admise en commun par les peuples et par les rois. C'est à moi de me montrer le premier convaincu des principes sur lesquels j'ai fondé ralliance. Une occasion s'est présentée, le soulèTcment de la Crcce. Rien sans doute ne paraissait être plus dans mes intérêts, dans ceux de mes peuples, dans l'opinion de mon pays, qu'une guerre religieuse contre la Turquie; mais j'ai cru remarquer dans les troubles du Péloponèse le sigRe révolutionnaire; dés lors je me suis abstenu... La Providence n'a pas misa mes ordres huit cent mille soldats pour satisfaire mon ambition, mais pour protéger la religion, la morale et la justice, et pour faire régner ces principes d'ordre sur lesquels repose la société humaine. »

Cependant Mahmoud refusa de traiter avant que la révolte ne fut comprimée; l'Angleterre, inquiète et voulant empêcher une rupture, obtint de lui une promesse d'amnistie; mais les récriminations entre I9 Russie et la Turquie continut*"rent, sans que la diplomatie pût les mettre d'accord. Enfin, en 1824, Alexandre envoya à Conslanlinople un simple chargé d'affaires qui lit les propositions suivantes : La Grèce serait divisée en trois principautés soumises aux mêmes conditions que la Valachie et la Moldavie : la Thessalie, la Béotie ell'Attique formeraient la première; l'ancien littoral vénitien, l'Epire et l'Acamanie, la deuxième;

la Morée et Candie, la troisième; les puissances alliées seraient déclarées protectrices. La Turquie exprima son mécontentement en voyant les quatre puissances accepter la discussion sur un pareil plan ; et les Grecs, de leur c^té, disaient, par l'organe d'un de leurs ministres, qu'ils préféraient une mort glorieuse au sort honteux qu'on leur préparait.

g X. — Convenlion d'Ackeniian. — Traita du 6 Juillel 1827.

Les négociations continuèrent sans résultat jusqu'à la mort d'Alexandre 11" décembre 1825). Nicolas 1*', qui lui succéda, dès le 17 mars 1826, fit cette déclaïation : « La Russie ne demande pas mieux de renoncer à la direction exclusive des affaires de la Grèce et h la perspective du protectorat qui en résulterait pour elle ; mais il n'en peut être ainsi de ses différends directs avec la Porte. L'empereur Nicolas n'entendra jamais traiter comme une question européenne une affaire entre lui et cette puissance , et touchant à la foi des traités et à l'honneur de sa couronne. »

En effet, le 7 octobre suivant, la Russie, appuyée par l'Angleterre, qui voulait à tout prix empêcher une collision, im|)osa à la Turquie la convention d*Ackerman, par laquelle le traité de Bukharest était confirmé et la navigation sur la mer Noire ouverte à la Russie. Un article séparé stipulait, au profit de la Valachieet de la Moldavie, que leurs hospodars seraient nommés par les boyards, agréés par la Porte et investis du pouvoir pour sept années, sans qu'ils pussent être destitués que du consentement de la Russie. Un autre article sépaaé donnait l'indépendance à la Servie en stipulant pour elle la liberté du culte, le choix de ses chefs, la liberté d'administration et de commerce, l'interdiction à tout musulman de s'établir dans la provmce, etc.; il ne restait aux Turcs que les places fortes.

Cependant la question grecque restait à résoudre. L'Angleterre envoya à Saint- Pétersbourg le duc de Wellington, qui parvint à signer (4 avril 182l>) un protoeole où il était stipulé que les deux cabinets uniraient leurs efforts dans le but de réconcilier les Grecs avec la Porte, et de mettre un terme à la lutte dont l'Archipel était le théâtre ; la Grèce resterait une dépendance de l'empire ottoman , et payerait un tribut annuel. Ce protocole fut communiqué aux cabinets de Paris, de Vienne et de Berlin, qui se montrèrent offensés du secret qu'on avait gardé vis-àvis d'eux ; mais ils finirent par le signer. Le 5 février 1827, M. Strafford-Canning offrit à la Porte la médiation des puissances signataires du protocole ; mais le reisseffendi répondit que a Sa Hautesse n'admettrait jamais d'intervention entre elle et ses rayas, et qu'à l'avenir elle ne répondrait plus à des propositions de ce genre (10 jum) : » c'était la prise de la citadelle d'Athènes qui valait cette réponse, contre

hÉtuJclli* lit Vi'MHV el lu llussie piotestntul itnssiltM. Kniin, lir (ï jiiiilj»! 1H^7, TAivglclerïv, la Frain:^^ el lu Kussie sigiim'iit un IryiU'i ou rlli^s ï^lipuliiit'ni Tï^tlh* Ji* leur Miriliul ion |>otir uiuirmiâtice iunuodial etilro It^s ])arliet> wmteinlatittîs , et ptnir U coticJu»ii>u d'im arran^ciiieot bnsti stir la sê{motiùn civile i*nLre les tleux populations. La Porte nrsteruii aur^rainc, eilaGrrcp p^'crail mie r6de^*HmT {nnitidli^; mit» coïivenlion ultérieure Hxt^ruil l:i dolimilulion tles di^ux pays. Ijiï article secrcl donnait un mois a la Pnrt*^ et à la (irocc pour accepter v^s coiiditious, el^ aprcs ce terme, les puissunet^s aviseraient.

« .fusquà Lctte époque, quelque halMlcE^. heureuses et életiilues qu'eiiss^^nt iHé les intrigues de h Russie, cette pnissuncen :igiï^.sail c^peodanl que duns son caractère individuel, et avait coiistauinient à se prénmtùr c«t!li*e les chanc^ci; qui, d'tiii iiiomenl a l'auti-e, pouvaient i'itire éelioner Ions ^es plans, savoir : Tunion de la Fiance et i\v rAiigteterre contre elle, on, ee qui elait encore plus à craitidre, K? rapproehemeni de rAiiplelerreet de h ïurquit*. V\\v le truite du tîjnillel. la Uuj^îsic se vit délivjve de ses daugei-s : la Turquie lui privée de toul xerotirs possible de la part des pnissanecs eui'opéetnirs; l'Europe hit mise eu op)Kïsitioii , [>oiir ainsi dii^^^ ^v^*^ ^*^ Turquie, et ta rhrétienlé avec Ti^ilanjisme ; entiii. rintliiriiev' morale* et , par suile, les aimes de TAuglelerre et de la Fnujciv l'nrenl mises à la dis[ïosiiimi de la Uusaie '. a

La Triiic laissa cconler le délai li\é ; les ambassadeurs lui adres.sèreiil une note eolleetivc, mais elle répondit qu'elle s'en nMérait â an note du tn juin et n'avail rien à y ajouter. Les coiïmR'i<vants chrétieûs Turent avertis de se prépaner à (*arlir, et les amiraux des flottes alliées reçurent ordre ^'agir.

§ XI. — Balaille (le Navatiii. — Déclara(iun de guerre à la Hussie.

Ibrahim reçut connuunicalion du traité du 0 juillet et notification de cesser les hostilités : il consentit à attendre de nouveaux ordres de son père et du sultan , ce qui équivalait de fait à une suspension d'armes de vingt jours. Mais deux leiilatives de sortie de la part d'une portion de la flotte turque et la nouvelle qu'Ibrahim s'était mis en marche avec ses troupes de terre amenèrent les flottes alliées devant le port de Navarin , où elles pénétrèrent bientôt sans résistance : des deux eôtés on était décidé à ne pas combattre; mais un coup de feu parti d'un briilot turc lue un parlementaire anglais : un combat imprévu s'engage; il dure cinq heures, après lesquelles soixante-deux bâtiments de la flotte turco-cgyplieiine n'existaient plus. (120 octobre IH'iT. i

La nouvelle de ce désastre n'arriva à Conslantinople que le 2 novembre : le reissell'endi appelle aussitôt les drogmans des trois ambassadeui*s dés puissances alliées

• rorl-folio.

BiAiiMOun II. m

pour savoir si la Porte doit se considérer comme élanl en état de guerre avec elles. Les ambassadeurs répondent qu*Ibrahim est seul coupable de ce qui est arrivé. Alors le reiss-eflendi leur communique les propositions suivantes : 1° les alliés devront se désister de toute intervention dans les affaires de la Grèce ; 2* la Porte recevra une indemnité pour les vaisseaux de guerre détruits à Navarin, avec des excuses pour l'outrage qui lui a été fait , etc. A la suite de cette communication, les rapports avec les trois puissances furent rompus, et les ambassadeurs s'embarquèrent (8 décembre).

Quelques jours après (18 décembre) parut un hatti-sherif qui attribuait l'insurreclion grecque « à la haine de la Russie, depuis un demi-siècle la constante ennemie de la Porte ; » il déclarait « qu'accéder aux propositions des puissances, ce serait encourager la rébellion des rayas et livrer la religion et Vempire aux infidèles, qui n'ont d'autre but que d'anéantir l'islamisme et de fouler aux pieds la nation musulmane; les concessions faites jusqu'ici par la Porte n'ont eu lieu que pour gagner du temps; désormais le combat est un devoir pour les vrais croyants et la guerre est une guerre nationale religieuse, n

De plust une communication contidentielle fut adressée par le divan à tous les pacbas et aux ayans des principales villes : « Les autres guerres, disait ce document, n'avaient pour but que de nous enlever quelques provinces ; mais celle-ci est destinée à opérer la destruction complète de l'empire ottoman, à réduire les Osmanlis à l'état de rayas, et à changer toutes les mosquées en églises. Que tous le* fidèles musulmans, riches ou pauvres, ne perdent pas de vue que dans la nouvelle lutt** c'est pour eux un devoir sacré de combattre. Sacrifions volontiers dans cette guerre sainte nos personnes et nos propriétés. Les disciples du prophète n'ont pas d'autres moyens d'obtenir leur salut dans ce monde et dans l'autre. »

La Russie répondit par ce manifeste (26 avril 1828) : « Seize années se sont écoulées depuis la paix de Bukharest, et seize années ont vu la Porte enfreindre les stipulations qu'elle venait de conclure... Une amnistie avait été promise aux Serviens : elle fut remplacée par une invasion et d'affreux ravages. Des immunités étaient garanties à la Moldavie et à la Valachie : un système de spoliation acheva la ruine de ces malheureuses provinces. Les incursions des peuplades qui habitent la rive gauche du Kouban devaient être réprimées par les soins de la Porte : elles furent hautement encouragées... Les vaisseaux sur lesquels flottait le pavillon russe furent arrêtés dans le Bosphore, et toutes les stipulations du traité de commerce de 1785 ouvertement violées... Un soulèvement général de la Morée et l'irruption en Moldavie d'un chef de parti vinrent réveiller dans le gouvernement et la nation turcs tous les transports d'une haine aveugle contre les chrétiens, ses tributaires, sans distinction entre l'innocent et le coupable... Les conférences d'Akerman aboutirent à la conclusion d'une convention additionnelle au traité de Bukharest. Malgré les engagements de cette convention, la Porte a chassé de ses

mi iiisToiHt: nu ia TifRoi-tfi.

ï.Uiis Itïus Its sujets russes; elle a lenné le Bosphore à Ions les navires russes tlans les porls de la mer Noire... Plaù^L* Uès lors <lans une position on son bonuenr et ses intérêts en souffrance ne lui pcnneltent [ilus de rester, la Ilusi^ie déclare la guerre à lu Porte Otloinanc, j)

(iette (iéclaralion Tut précipitée par Tes^poir qu'avait h Kussie de surprendre la Turquie sans âruiêe^ en eiïet, â celte époque les junisïsaires^ n'exii^taient pins. ?ioas devons revenir sur ceL événement cjui ne fut pas sans influence sur les résultat.^ de la guerre el d'où date une ère nouvelle pour Tetnpire ottom^tn.

^ XTI ^- ricGÏmclion fies jnnîffluires.

Nous avons dit, en commentjant le régne de Mahmoud, que ce prince, élève d<* Sélim 111, s'était promis de poursuivre Tœuvre de son cousin, et, avant tout, de débiiTrasserTempirede l'insolence des janissaires : a Ces coursiers fougueux, bon* distant en lil>erlé dans les pâturages du désordre, dit un historien turc, se considéraient comme les rois du pays, entretenaient te feu sons la chaudière de Tinsul>ordLnation et limaient le collier de l'obéissance*. » Autour de Mahmoud, tout était animé de la même pensée et une étude sérieuse du Koran \ avait Tait trouver la juslificaLion des rérormes que Ton méditait , « La guerre est un jeu au plus fm... Combattez Vennemi avec ses propres armes. » Ces paroles du prophète s'appliquaient, disait-on^ â Tinstruction des troupes et à la nécessité d'empruTiler aux infidèles leurs moyens de combattre. D'ailleurs, Topinion était complètement hostile à un corps que sa conduite devant rennemi rendait l'objet des moqueries des autres soldats. « Ce sont de vieilles femmes qui parlent sans cesse de leur ancienne beauté ôl ne sont bonnes à rien, » disait un pacha. Pillards ou voleurs, adonnés à la débauche, à l'ivrognerie, ils ne respectaient plus les oulémas, qui, seuls, avaient pu jusqu'alors justifier leurs nombreuses révoltes en les proclamant les fils chéris du prophète.

En 1826, au moment où les victoires d'Ibrahim, mises en regard des défaites précédentes, démontraient la supériorité de la discipline et de la tactique europértmes, Mahmoud résolut d'agir et tint à cet effet, avec ses ministres et quelques pachas, des conférences où il fut décidé que l'on tirerait de ïodjak même des janissaires les hommes qui, sous le nom d' echkendjis ou soldats actifs, seraient exercés à l'européenne. On gagna les principaux chefs des janissaires, qui tous s'engagèrent à soutenir la formation du nouveau corps. On consulta les oulémas, qui donnèrent un avis favorable, el une grande assemblée, composée de tous les hauts fonctionnaires de l'empire, se tint chez le mufti, où le grand vizir, Mohammed-Sélim-pacha, exposa le plan de la réforme : « La honte de nos défaites, dit-il,

* Esaad-efffendi, Bi*t. delà deitrvction de* janissaire*.

MAUMOUl) II. i8l

la perte de sommes considérables et d'un matériel immense ont plongé le cœur (le la nation dans la douleur et les regrets. Quel sujet amer de réflexions que le spectacle des Grecs, ces raïas insurgés, ces Faibles roseaux que le torrent impétueux du courage mahométan aurait dû renverser en un instant, nous donne actuellement en résistant avec succès et en arrêtant nos efforts, sans que nous ajons pu, jusqu'à ce jour, éteindre letieu de leur rébellion!... Les r les des janissaire> sont surchargés de noms d'hommes à la solde de TÉtat ; mais des hommes de guerre, on en cherche et on n'en trouve pas. Un oda est-il désigné pour faire une campagne, les officiers partent à la têle d'un ramassis de gens de toute espèce, qu'ils ont eu beaucoup de peine à rassembler et qui sont étrangers au métier des armes comme à toute idée de subordination et d'instruction militaire. Les espions de l'ennemi se cachent parmi eux... » Les réformes proposées étaient : 1° que chacun des cinquante et un odas de Constantinople fournirait cent cinquante hommes propres au service; 2^ que chaque oda des nouvelles troupes aurait le même nombre d'ofiiciers; ô" que Tavancement serait régulier; 4° que des pensions de retraite, prises sur les douanes, seraient payées aux ofTiciers et soldats qui les auraient méritées, etc. Elles furent adoptées. Le inufli déclara que quiconque tiendrait des discours malveillants contre ces réformes et chercherait à exciter des troubles méritait un châtiment sévère; puis tous les membres de l'assemblée signèrent la déhbération. Elle fut portée au palais de Taga des janissaires, et lue aux officiers et aux soldats délégués du corps, qui la signèrent aussi connue s'engageant à l'exéc^uler.

Les ennMements commencèrent immédiatement, et, le 1^ juin 1826, quatre instructeurs musulmans, dont deux avaient appartenu au corps des nizam-gedittes, conunencèrent à enseigner le maniement des armes et la marche aux officiers. (]omme au temps de SéHm, la nouvelle ordonnance excita des murmures, des plaintes et enfin un soulèvement. Le 15 juin, pendant la nuit, les officiers subalternes et les soldats se réunirent sur la place de l'Atméidan ; on apporta les marmites, et des chefs furent choisis; puis on se mil à la recherche de Taga Djélaleddin, qu'on ne trouva point, mais dont on saccagea la maison. Au point du jour, le bruit fut répandu que les principaux fonctionnaires étaient pris ou tués, et aussitôt tous les pillards, les gens sans aveu, vinrent se joindre aux révoltés pour partager le fruit de la victoire. Le palais du grand vizir et la maison de l'agent du pacha d'Egypte furent pillés. Les rebelles criaient : « Mort aux donneurs de fetwas! » et, voulant gagner la population, ils déclarèrent que le plus petit vol serait puni de mort.

Le grand vizir, ayant appris ce mouvement, quitte à la hâte sa maison de cam pagne, se rend au sérail et envoie prévenir Mahmoud, qui était à Beschiktasch, une de ses résidences d'été. Sur son ordre, Hussein, commandant des châteaux du Bosphore, et les autres chefs de corps, amènent promptement leurs troupes. Le

Jm HISTOIRE DE LA TURQUIE,

mufti, qui s*esl empressé d'accourir, appelle les docteurs, les maîtres et les étudiants des collèges, à la défense du sultan. BientM le grand vizir a réuni toutes SCS forces; Mahmoud arrive avec Tétendard du prophète et convoque, tout le peuple des fidèles sous cet étendard. En moins d'une heure, la population, coa-* duite par ses imans, entoure le sultan, qui lui fait remettre aussitAt des armes et des munitions. On marche aux cris répétés de : Allah ! AUak l vers la mosquée du sultan Achmet, où Ton déploie le drapeau du prophète; puis le quartier général est établi à la mosquée du sqltan Mahmoud.

Cependant les janissaires avaient placé, dans les rues voisines, quelques avantpostes, qui furent promptement rejetés sur la place deTAtmâdan; Hussein et le grand vizir, renforcés d'un corps de troupes amené par Hedjjib-effendi, agent dû pacha d'Egypte, les cernèrent sur cette place, ainsi que dans leur principile caserne. Une sommation de se rendre étant. restée infructueuse, le feu comnienca; la principale porte de la place, que les janissaires avaient barricadée, hit tmaée du premier coup de canon, la place immédiatement envahie, la caserne prise et incendiée. De toutes parts les rebeHes se dispersent et s'enfuient : quelques coups de mitraille avaient suffi pour détruire un corps qui, depuis soixante ans, dondinait tout l'empire.

1^ sultan rentra au sérail, au milieu des acclamations de la foule,. Puis les ezécu? tiens commencerait, en vertu de jugements sommaires rendus par le grand viûr et par Hussein-pacha : on évalua à six cents le nombre des victimes. Alors Mah» moud publia le hatti-shérif suivant : a Tous les musulmans savent que c'est à lu puissante influence de l'esprit religieux que la monarchie ottomane a du sa fondalion et ses développements, qui ont embrasse successivement l'Orient el l'Occident. Les janissaires, régulièrement organisés, ont rendu ù l'Etat de grands services, et ont souvent procuré la victoire à nos armes. Mais un mauvais esprit s*est introduit parmi eux ; leur obéissance s'est changée en insubordination ; depuis un siècle ils ont souvent refusé d'obéir aux ordres de leurs généraux, cl, prenant la fuite, ils ont livré, par leur lâcheté et leur indiscipline, nos places fortes et nos provinces aux ennemis de la religion. 11 était indispensable de mettre un terme à ces désordres. . . Kn conséquence, le mufti, le grand vizir, les oulémas et tous les grands deTempire, réunis en assemblée générale, auprès de l'étendard du prophète, dans la mosquée du sultan Achmet, ont décidé à Tunanimité que l'odjak des janissaires serait supprimé, qu'on organiserait, pour les remplacer, des troupes nouvelles, qui, formées à la discipline et «à l'instruction militaires, seraient capables de tenir tête H l'ennonii sur les champs de bataille. Les nouvelles troupes ont été créées sous le nom de soldats victorieux de Mahomet. L'illustre vizir Hussein-pacha a été choisi pour être leur général en chef, en prenant le titre de séraskier-paclia... Tout individu qui se permettra une action ou prononcera une parole contraire au vœu général, sera frappé à l'instant j)ar le glaive. » Les pachas el gouverneurs de

Mahmoud ii. 485

province reçurent communication de ce hatli-shérif, et durent remplacer partout les janissaires par des troupes dévouées au gouvernement.

L'institution des janissaires était liée intimement à celle des derviches, moines fanatiques, d'une ignorance barbare, d'une saleté hideuse, ennemis de toul^ progrès, de toute réforme, et néanmoins ayant une grande influence sur la population. Ils essayèrent de fomenter quelques troubles en faveur de leurs frères de l'armée. Mahmoud les frappa du même coup : le 10 juillet il fit saisir et eisécuier leurs trois principaux chefs, abolit Tordre entier, fit détruire leurs tekiés et chassa de Constantinople tous les membres, avec défense de porter leurs ancieus costumes.

A la suite de ces mesures capitales, le sultan se mit à l'œuvre des réformes, aidé d'une commission qui siégeait sous des tentes dressées dans la cour du sérail : t< Les obstacles que les janissaires opposaient à toute amélioration n'existent plus, dit-il. Je veux désormais, ne plus m'occuper qu'à faille le bien de mon peuple, et à reconstruire, sur les bases de la religion, et d'après les principes de la loi, l'édifice qui doit assurer le bonheur et le repos de mes sujets. » A la fin de l'année, Mahmoud avait déjà 20,000 hommes exercés à l'européenne, et il voulait en avoir, l'année suivante, 120,000.

La destruction des janissaires, et la réforme qu'allait subir la constitution militaire de l'empire, firent craindre à la Russie que cet empire ne fût consolidé et moins facilement vulnérable, et l'on ne saurait douter qu'elles n'aient influé sur la déclaration de guerre de 1828 : le czar comptait trouver la Turquie privée de son ancienne armée et n'ayant pas encore eu le temps d'en former une nouvelle *. Ces prévisions, comme nous allons le voir, parurent d'abord se réaliser; mais, avant de commencer le récit de la guerre, il est nécessaire de .savoir ce qu'était devenue l'insurrection grecque.

* C'est ce qui résulte de cette dépêche de Pozzo di Borgo, ambassadeur du czar à Paris, sous la date du 10 noTembre 1828 : « Lorsque le cabiuet impérial a eiaminé la question de savoir si le cas était arrivé de prendre les armes contre la Porte à la suite des provocations du sullan, il aurait pu exister des doutes sur Turgenc de cette mesure, aux yeux de ceux qui n'avaient pas assez médité sur lus (Hfels des réformes ^nglantes que le chef de l'empire ottoman Tenait d*exécuter avec une force terrible, et sur l'intérêt que la consolidation de cet empire inspirait aux cabinets de TKurope en général, et notamment à ceux qui sont moins bien diéposés envers la Russie. Maintenant, l'expérience que nous venons de faire (^c'était après la premiêr4* campagne) doit réunir toutes les opinions en faveur du parti qui a été adopté. L'empereur a mis le système turc à l'épreuve, et Sa Majesté l'a trouvé dans un commencement d'organisation qu'il n'avait pas eue jusqu'à présent. Si le sultan a pu nous opposer une résistance plus vive et plus régulière tandis qu'il avait à peine réuni les éléments de son nouveau plan de réforme et d'amélioration, combien l'aurions nous trouvé formidable, dans le cas où il aiïirait eu le temps de lui donner plus de solidité, et de rendre impi'nétrable cette barrière que nous avons tant de peine à franchir, quoique l'art ne soit encore qu'imparfaitement venu au secours de la nature. » (Port-folio, n* 7.)

g XïU — Kïppflifion des Françflififtn Mi^rée.

Un gouvernement iTgiiiii*r \\\i\\V i'U' fiiV-é rous la pnittidence du comte Caj^ in.^tria, assislé dim st^rnil iW vingl-st^pl iiicmbrei«(ril j.'nivier I828i. La FrancL\ VAngielenv et la llussio, sr fin*nt i*jirês*'nler auprès tic c^ gouverntmeiil, el facilitmal son uilminislniliikn par ilescinoisirargeut. tne dislribnlion mtelligenle df*s commandemt^nts rendit «{[iHquc calim» jtupays, l.esTiitt:*, renfermés dans leâ places d<? Navarin, dt* Modon, de Cunui i^t de Palras^ oc tenlaienl plus aucune entreprise ni conimen^aicnL à souffrir de hi faim, les QoLtef^ alliées interceptant Loutecoaimunication, et le pays ravage n'olTrnntpluF ancune ressource. Enfin un rorps d'armée française se dispnsail à dékn (juer dans l;i Morêe, pour forcer Ibra* him a Tevacuer. Dans cettt- situation, ci^ général signa ^5 août 18ti8| une couvt^nl ion d'évacuation par Lu]iudle il devait s*emliarc]uersnr ses propres tiàlinients, vendre les prisonniers, ut ne laisser que dou^ cents hommes dans les place^i occupées par les Tur(;s.

Cett(*cniiv<M»lit>n élail i^ peine sii^nét^, ipie T armée française ^ commandée parle général Maison, appimit en vue de >ava]-in \^1\S août», et débarqua a Pélalidi. l/armée égypliennecoïnmença son ejnbarquemcnl |7 seplembrei ; les places quelle tenait encore se rendirent sans résislance ; il n'y eut i]ue Pal ras que les Turcs essayèrent de défendre. A Tomlire du drapeau des Bourbons, la liréce pouvait 8*5 lunsidéif^î' cnnnnr ;ilTî;(utliM^. Li'S lioi^ pnissann'sdét Lirririit ' Ui novi nibre IH'JKj que l'expédition de Morée n'avait en pour but que de faire cesser Teffusion du simg; qu'elles plaçaient, jusqu'à un accord définitif, la Grèce sous leur garantie provisoire ; que la Porte était invitée à senlendre amicalement avec les trois cours. On décida en outre que la (irèce payerait à la Porto un Iributde 1,5(K),000 piastres, que le gouvernement serait confié à un prince chrétien choisi par les trois puissances, que des indemnités seraient payées aux propriétaires musulmans expulsés du territoire grec, etc. A la suite de celte déclaration, les ambassadeurs rentrèrent à (lonstantinople (18 juin 18:291 ; mais la Porte et la (irèce refusèrent toutes deux de reconnaître l'arrangement des trois puissances, et les insurgés continuèrent leurs attaques sur le territoire turc. Les victoires des Russes, en 18'i8 et 1829 , allaient arracher déhnitivement la (irèce à l'empire ottoman.

§ XIV. — Cainpa<nies de 1828 et 1829, — ' Traité d'AndrinopIe. — Indépcndimrr

de la Grèce.

L'armée turque, commandée par le séraskier Hussein-pacha, n'était point encore réunie, que déjà les Russes avaient franchi le Pruth, occupé Yassi, et pris

rhospodar Jean Stourdza ; le 13 mai, Bukharest tombait en leur pouvoir :' dès lors, les deux provinces furent administrées pour le compte de la Russie. Le général Roth se porta ensuite sur Silistria, tandis que le général Voïlof attaquait Braïla ; enfin un troisième corps devait passer le Danube entre Braïla et Ismaîl, et marcher vers la mer Noire et les Balkans. La flotte, maîtresse de la mer Noire, puisque la Turquie n*avait plus de marine, secondait les mouvements de l'armée.

Le 27 juin, Braïla, après une résistance honorable, capitule et entraîne la soumission de Matchin, qui ouvre le passage du Danube. Isaklchy, Toultcha et Kostendjé se rendent presque sans combat ; Varna est assiégée. L'empereur Nicolas vient lui-même se mettre à la tête de ses troupes et établit son quartier général à Bazardjik, puis il se porte contre Choumia, défendue alors par 45,000 hommes sous les ordres du séraskier, et occupe Eski-Stamboul, qui ouvre la route de Constantinople. Mais son armée souffre bientôt de la disette et des maladies; une sortie des Turcs oblige le général Rudiger à abandonner la position d'Eski-Stamboul. Cependant Ickapoudan-pacha, Izzet-Méhémet, parvient à ravitailler Varna dont il dirige la défense : le siège est poussé avec vigueur par les Russes que l'empereur anime de sa présence, et que de nombreux renforts sont venus rejoindre ; mais le grand vizir Sélim- pacha, avec un corps de 20,000 hommes, essaye vainement de secourir la place. Yousout-pacha la livre (10 octobre), on, plus exactement, la vend aux Russes ; le traître se retire en Russie où il vécut dans Topulence.

Mahmoud récompensa la courageuse conduite d'Izzet-Méhémet en le nommant grand vizir; mais, à cause de son incapacité, il fut bientôt remplacé par Reschid* pacha. Les Russes concentrèrent alors toutes leurs fbrcesà Varna, mais les attaques d'Hussein -pacha les décidèrent à abandonner le siège de Silistria.

Pendant celte même année, en Asie, le prince MentschikolT avait pris la forteresse d'Anapa, puis celle de Poti, qui donnaient aux Russes les bouche.^ du Phase ot le littoral maritime de TAbasie, de la Mingrélie et de l'Imérétie. Paskewitch, qui prit ensuite le commandement, s'empara de Kars, d'Akalkalaki, de Kertvis, battit une armée de 30,000 hommes, près d'Akhaltzik, emporta ensuite cette placefdéfendue par une nombreuse garnison, et ne prit ses quartiers d'hiver qu'après avoir conquis Ardagan, Toprakkalé et le fort de Diadine.

En résumé, cette campagne de 1828 n'avait pas donné aux Russes ce qu'ils en espéraient, et ils avaient pu déjà voir la supériorité que Tarmée turque, de nouvelle création, avait sur celle où dominaient les janissaires. Néanmoins, l'Europe s'inquiétait, et la cour d'Autriche sollicitait les cabinets de Londres, de Paris et de Berlin, de se joindre à elle pour sauver la Turquie, et lui procurer une paix dont les conditions seraient d'autant meilleures que le succès avait été moins décisif. Le gouvernement britannique fit bon accueil à cette proposition ; mais celui de la France avait d'autres tendances. « Je veux, dit Charles X, rester

m ïirSTCUBE M LA TUHOUIE.

mil à h lUîssie ; si rtnipcTi'iir .Xiiulas ïitlaqur l'Anlrichtr. jr m^ tiendrai <?ii nu*siiri^ t!l itit* ruglerai solon les circonstajice^ ; m»i$ m l'Aiitriclit^ l'aMaijiitN ji* lerai inurdiLU* hurnédialement i^mlre die. » Le czar, prévenu de ces* di&|>osition8, résolut de hîiKr U reprise flos hostilités et de marcheT droit sur Constanliiioplf.

Dans ]ar»inpîigriede 182i:1 Jes Russes, cm ainaiidts par Ir ronih^ Diùliilch, eeportùn^utsurSilistrii», nwé leI>anubi*déliord*Wil olistacle à leiirmarcfie» rt les abords de la |ïlace furtnil vigotiicuseiiH'nl défciidus, Reschid-paclia, pour la délivrer, bat le g6nùral Roth <^i tiivcslïL Pravadi, A celle uouvelly, UiébiU^h Iajsî*(? le Roin du sî^gc de Silislria un griiêral Krassofsky, hI se porb^ au stK'^tUi? du ^énéi-al Itolli ampiel il s(* réunit, La* 1 1 juiriil remporte à KtilerUcba nue sufiglanle viclûircsur Reseliid-pacha. qui rentre a Choumlii. Le ^iége de Silislna l'sL alors pouâsi'^ rnpidenienl, el^ vingt jours après, la ville se rend sms conditions. Alors DJébttch, ayant ses derrières assurés, laisse devant Chouuda un toips sutïisant pour contenir lt*s Turcs, ttmrne celte posilinu ronnidablc, passt^ Ir Kauiielnk, et arrive successi venieni à Messenibria et à Bourt^as. Cependant le grand vi/,ir, ne soupçonnant rien de ces mouvements, envoie, le ^1 juIIIcIt un eorps considériible pour dé-- Tendre Kopnikoï, où larmée russe, depuis le It), avait franchi le Kamtchik. l-es chefs de ce rorpjsf, iustrnits alors de la marche des Husses, pa&seut les Balkans par le dêlilé de Nadir-Derbeml eL arrivunl a Aidos. Ils ne lardent paâ à rire écrasés. Les lîalkans étaient franchis; le grand vi/ir st^ hàle de reculer jusqu'à Sélivno ; il y est battu, et Diébiteh arrive sans olwlacle devant Andnnople. Lu ville avait 10t),UOO habtlaiits el lô,tlUtJ biKumcs de garnison : dh capitub^ sans essayer la moindre résistance. L'avanl-garde russe occupe aussitôt Kirk- Kilissia, et tient ainsi la route de Constantinopie.

Cependant la flotte russe, longeant les cotes de la mer Noire, avait pris successivement Vasilikos, Agathopolis et Ainada; Diébiteh fit occuper en même temps Enos, Démotica et Ipsala, de sorte que sa gauche s'appuyait à la mer Noire et sa droite à l'Archipel. La terreur était dans Constantinopie. Les Russes obtenaient des succès aussi marqués en Asie; au commencement de la campagne, les Turcs avaient attaqué Akhaltzik, mais ils avaient été battus et poursuivis vigoureusement par les lieutenants de Paskéwilch ; celui-ci, par une habile manœuvre, détit successivement le séraskier d'Erzeroum et le pacha de Tréhizonde, puis il franchit les monts Saganlouk, et, après plusieurs combats, s'empara d'Erzeroum (8 juillet). Déjà il marchait sur Trébixonde lorsqu'il apprit que la paix était signée.

La Porte, effrayée de la marche de Diébiteh, lui envoya des commissaires pour traiter de la paix, et, avant tout, d'un armistice. Celte dernière demande fut accueilhe ; puis les négociations commencèrent sous la médiation de l'envoyé de Prusse*. « Il ne tenait qu'à nos armées, dit M. de Nesselrode, de marcher sur Con-

[ * Les envoyés d'Angleterre et de France se eonlealêreni d'écrire au général Diébiteh, le 9 septembre . a Nous croyons de noire devoir de vous annoncer qu'à la nouvelle de votre marche sur Constantinopie, U

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stantiiiople et de renverser reiiipire turc : aucune puissance ne s'y serait opposée, aucun danger immédiat ne nous aurait menacés, si nous avions porté le dernier^ coupa la monarchie ottomane en Europe ; mais, daus l'opinion de l'empereur, cette monarchie, réduite à n'existerque sous la protection de la Russie età n'écouter désormais que ses désirs, convenait mieux à nos intérêts politiques et commerciaux que toute combinaison nouvelle qui nous aurait forcés, soit à trop étendre nos domaines par des conquêtes, soit à substituer à l'empire ottoman des États qui n'auraient pas tardé à rivaliser avec nous de puissance, de civilisation, d'industrie et de richesse*. »

C'est d'après ces principes que le czar consentit à signer le traité d'Andrinople, le 14 septembre 1829. 11 se montra modéré quant aux exigences territoriales : le Prutli resta la limite di*s deux empires en Europe, mais les bouches du Danube lurent cédées à la Russie, et la rive turque, dans le delta que forme le fleuve, dut rester inhabitée sur une lieue de profondeur; la navigation était libre pour les Russes, de la mer Noire dans la Méditerranée. En Asie, le czar ne se réserva dans le pachalik d'Akhallzik qu'un faible district enclavé dans la partie supérieure du bassin du Kour et qui renferme la place de même nom ; mais cet agrandissement isolait les populations belliqueuses du Caucase de la Turquie, fermait les ports par lesquels elles pouvaient recevoir des secours, et préparait la soumission des pays compris entre la mer Noire et la mer Caspienne. La Yalachie et la Moldavie conservaient les droits et privilèges reconnus par les traités précédents ; leurs hospodars étaient élus à vie et ne pouvaient être destitués que pour des cas graves et par une décision spéciale et commune de la Sublime Porte et de la IVussie. La Servie jouissait de tous les droits qu'avait stipulés le traité d'Akerman. La Turquie s'obligeait à payer environ seize millions de francs pour indemnité des pertes éprouvées par les marchands russes dans la guerre actuelle ; les sujets russes résidant ou voyageant en Turquie devaient dépendre uniquement de la juridiction et de la police des ambassadeurs et des consuls de Russie; aucun bâtiment russe ne pouvait être visité par les autorités turques, soit en mer, soit dans les purts appartenante la Sublime Porte. Quant aux affaires de la Grèce, le sultan déclarait qu'il donnait son entière adhésion aux stipulations -du traité signé à Londres en juillet 1827. Aussitôt après les ratifications du traité, il nommerait un ministre plénipotentiaire qui s'entendrait avec ceux de la France, de la Grande-Bretagne et de la Russie, pour le règlement de ces affaires.

l'urte iiuui» u déclaré, et nous reconnaissons la vérité de la déclaration, que, daus ce cas, elle cesserait d'exister, et que la plus terrible anarchie succéderait à sa destruction et eiposerait Teiistence de la population chrétienne et musulmane, sans diiïérence et sans défense, à tous les chances les plus malheu^ reuses, bi nous voulions vous laire cette position, nous croirions piendre sur nous une responsabilité que * nous repoussons de toutes nos l'orccs. Maintenant, nous n'avons qu'à nous occuper des moyens qui peuvent préserver les chrétiens de cette capitale des malheurs qui planent sur leur tête. » Dépédic du 1*2 février 1850 au ^i*and*^nc ConManliu.

lin acte supplémentaire portait à l!25 millions de francs Tindemmlé pour ft-aij» de guerre. La somme stipulée pour les marchands devait être payée en quatre termes ; celle que réclamait le gouvernement russe devait Tëfre en dix années à raison de 12,500,^)00 franco par an. Après le payement du premier terme, Aadrinople serait évacuée; après le second, les Balkans seraient franchis; après le troisième, les Bussçs repasseraient le Danube ali évacueraient la Bulgarie ; enfin, au dernier payement seulement, ils quitteraient entièrement le territoire ottoman. La Valachieet la Moldavie devaient donc être occupées pendant dix ans« et la Porte serait ainsi privée de leurs revenus. Aucun sujet musulman ne pouvait résider dans les deux principautés, et dix-huit mois étaient accordés pour la vente des biens des Turcs.

Ainsi qu'on le vmt» ce traité, en. apparence modéré, était calciné pour porter le dernier coup à la Turquie, déjà mortellement atteinte pai* la bataille de Navarin : dans l'état d'épuisement où était cet empiré, la contribution deguerre<ie lt!5 millions devant mettre le sultan dans l'impossibilité de recréer une flotte et une armée,, la Bussie pourrait bientôt' compter un vassal de plus. - . La dernière conséquence du traité d'AndrinopIe fut l'acte 4' iujdépendance de la Grèce. Au^mois de mai 18^0, le sultan annonça qu'il adhérait à la déclaration de Londres, du 16 novembre 1828, et aux autres déclarations des puissances qui fixaient les limites et le territoire du nouvel État grec ; qu'il reconnaîtrait le prince choisi par leç trois puissances, enfin que la Tucquie n'aurait plus avec la tirèce que des rapports d'amitié et de voisinage.

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