‹ Histoire de l'enseignement primaire avant 1789 dans les communes qui ont formé de Département duChapitre 2 sur 37 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Quelques mots sur Thisloire de renseignement élémentaire. — Le Christianisme. — Concile de Yaison. — Capitulaires de Charlemagne. — Concil3 de

* Latran. — Les communes. — La liberté de l'enseignement à Gand. — Lutte entre Tarchidiacre de Tournai et les échevins d' Ypres. — Frères de la vie commune. — Chambres de rhétorique — Le XVI® siècle et la Réforme. — Ecoles de Valenciennes. — Concile de Trente — Enseignement obligatoire. — Ecoles dominicales. — Progrès de l'insiruction. — Congrégations enseignantes. — Le vénérable de La Salle. — Réunion de la Flandre à la France. — Déclarations royales. — Enquête de 1685 sur la situation des écoles. — Rôle de l'État.

Lorsqu'on veut se rendre compte d'une législation ou d'une organisation, il ne suffit pas de l'étudier dans ses prescriptions ou dans sesjrouages, il faut, avant tout, rechercher à 1 suite de quelles phases diverses elle a été conçue.

Aux différentes transformations correspond un travail social, qui en est tout à la fois l'impulsion et le résultat. Il faut donc, lorsqu'on se livre à un pareil examen, tenir grand compte des efforts tentés, des difficultés vaincues, et observer les règles précédentes dans leurs développements successifs.

Avant de retracer l'état de l'instruction primaire, en 1789, dans les communes qui ont formé le département du Nord , il nous a, dès lors, paru nécessaire de rechercher ce qui fut fait antérieurement. Nous essayerons donc de présenter brièvement le tableau des généreuses tentatives qui furent entreprises pour instruire et moraliser le peuple. Les efforts faits par l'ancienne société ne peuvent être d'ailleurs que d'un salutaire exemple pour tous ceux qu'intéressent les progrès de l'enseignement en France et ils sont nombreux aujourd'hui.

Concile Le christianisme , proclamant les deux grands principes de

l'égalité et de la charité, ne pouvait manquer, sans faillir à son rôle civilisateur, d'avoir pour préoccupation constante de répandre l'instruction parmi le peuple. Les Pères du concile de Vaison, voulant donner une règle à l'enseignement élémentaire dans la Gaule, s'expriment ainsi : « Il a paru bon que, suivant la coutume » salutaire que nous savons être observée par toute l'Italie, les » prêtres, qui sont établis dans les paroisses, reçoivent chez eux » de jeunes lecteurs , les élèvent comme de bons pères, leur appren-« » nent à étudier les psaumes , à s'attacher aux livres saints , à » connaître la loi de Dieu, afin de se préparer de dignes succes-^ » seurs et mériter par là les récompenses éternelles (1). »

En même temps s'élèvent les séminaires , dans lesquels se recrute la milice sacerdotale, puis les écoles des mcînastères, oii se fout les hautes études. Ces écoles, nées dans un temps de lutte, prospérèrent, c imme il arrive toujours en pareil cas, et l'Empire , devenu chrétien, ne put que les favoriser. « Ainsi, dit M. Troplong, les

(1) (529) Concilium Vaisonense , II , Gap. I.

écoles ecclésiastiques , loin d'être ébranlées par la chute de l'Empire d'Occident et l'érection des monarchies barbares, s'étaient, au

contraire, agrandies de l'héritage des écoles laïques (1)

Mais, à mesure qu'on avance dans l'histoire de la première race, à mesure que l'on descend , avec le VIP siècle , dans cet obscur et douloureux chaos, d'oii devait sortir, après bien des efforts. la société nouvelle, une grande éclipse couvre de son ombre la littérature, les arts et tous les éléments de la civilisation Il est

inutile de demander ce qu'était devenu l'enseignement au milieu de ce déchaînement de toutes les passions féroces (2). »

L'influence du clergé monastique devait, heureusement, se faire sentir dans le royaume des Francs et pénétrer, ensuite, dans le Nord (3).

Dès le commencement du VIP siècle, les filles du comte Adalard, Saintes Herlinde et Relinde, fondatrices du monastère de Maesyck (730) , étaient élevées dans un couvent de femmes , à Valenciennes : « Afin d'être instruites dans les sciences religieuses et dans les lettres divines. Elles devinrent de parfaites ouvrières en lecture , en écriture, en peinture, en couture, en tissage, en broderie d'or et dans l'art des pierres précieuses sur les étoffes de soie (4)- »

L'avènement de Charlemagne ouvre véritablement une ère capituiaire»

do

nouvelle. L'instruction est la base de toutes les réformes qu'il chariemagne. entreprend. II ramène d'Italie des professeurs capables d'enseigner la grammaire et le calcul et leur confie la charge de restaurer l'enseignement.

Un capitulaire de 789 ordonne au clergé a de former des écoles

(1) Dans les Gaules : u TÉglise et Técole ont été , de tout temps , inséparables « pour le peuple. « Grég. VII. — V. Théry, Hist. de l'Éducation en F)rance, tome I , p. 94.

(2) Du pouvoir de l'État sur l'enseignement en France, Paris , 1844 , p. 33.

(3) Ozanam, la Civilisation, p. 159 et 188. On oublie trop, de nos jours, les services rendus par les moines.

(4) Manuscrit de la bibliolhècjue de Bourgogne, N^* 3196-3203.

d'enfants et d'y appeler, non-seulement les fils des serfs, mais » ceux des hommes libres. Chaque monastère, chaque évêché doit » avoir des psautiers, des livres de chant, decomput, degramraaire » et des exemplaires corrects de l'Écriture-Sainte : PsalmoSy notm, » cantus , computum , grammaticam per singula monasteria vel d episcopia discant (i). »

Nous possédons un précieux monument de la sollicitude sincère et éclairée du clergé de l'époque pour l'instruction populaire, dans un capitulaire de 797, de Théodulfe, évéque d'Orléans et collaborateur des réformes littéraires d'Alcuin : « Que les prêtres, dit-il, tiennent des écoles dans les bourgs et dans les campagnes [per villas et vicos), et si quelqu'un des fidèles veut leur confier ses petits enfants pour leur faire étudier les lettres [ad discendas litteras) ^ qu'ils ne refusent point de les recevoir et de les instruire, mais qu'au contraire, ils les enseignent avec une parfaite charité, se souvenant qu'il a été écrit: «Ceux qui auront été savants brille- » ront comme les feux du firmament, et ceux qui en auront instruit » plusieurs dans la voie de la justice, luiront comme des étoiles » dans toute Télernité (2). » Et qu'en instruisant les enfants ils n'exigent pour cela aucun prix et ne reçoivent rien, excepté ce que les parents offriront volontairement et par affection (3). » Celte prescription épiscopale n'est pas isolée: à Reims, Hincmar veut que l'on examine si le curé « a un clerc qui puisse tenir l'école. » Un concile de Mâcon édicté que chaque curé ait un clerc en état de diriger les écoles.

C'est ainsi qu'après les assemblées générales, les évêques faisaient, dans leurs diocèses des règlements particuliers qui étaient, pour ainsi dire, le commentaire des capitulaires généraux.

(1) Baluze, t. I, col 28*7.

(2) Daniel , ch. XII.

(3) Théodulfe, capit. § 20. — Voy. H. de Riancey , Histoire de V Instruction publique et de la liberté d* enseignement en France , t. I , p. 105.

Issu des barbares et élevé à TEmpire par la chrétienté, Charlemagneédicta d'admirables règlements; il fit plus, il les fit exécuter, dit Montesquieu. Après plus de dix siècles, cette grande figure représente encore le génie synthétique de son époque.

Louis-le-Débonnaire et Charles-le-Chauve s'occupèrent aussi de l'enseignement. Le premier rappela aux curés l'obligation qu'ils avaient de tenir école dans leur maison presbytérale. Il leur prescrivit même d'amener au concile de la province quelquesuns de leurs écoliers, afin de donner la mesure de leur zèle pour l'enseignement (1).

D'autre part , les conciles ne cessent de rappeler les prescriptions des capitulaires et le clergé déploie, en faveur de l'enseignement, un zèle qu'il faut constater ; il fait tous ses efforts pour perpétuer l'œuvre de Charlemagne.

Ces textes, auxquels il serait facile d'en ajouter d'autres, ne permettent pas de douter que, dès une époque très-reculée, il n'y ait eu des écoles gratuites attachées à chaque église et confiées aux soins et à la direction des curés.

Lorsque les seigneurs féodaux s'emparèrent du pouvoir, ils abandonnèrent à l'Église toute autorité sur l'instruction, et on la voit encore, au IX® et au X® siècle, préparer les règlements relatifs aux écoles (2). Aussi, le savant M. Guérard a-t-il pensé qu'il convenait de constater ce qu'elle fit : « On doit, dit-il, savoir gré à l'Église de ses efforts pour retirer les populations de l'ignorance et de la bai'barie, et si elle n'a pas obtenu un meilleur succès, il faut en attribuer la faute à l'esprit essentiellement barbare de la féodalité (3). »

(1) Thomassin , p. 630.

(2) On rencontre dans un Ordo du diocèse d'Arras , de ce dernier siècle , un article relatif aux petites écoles de grammaire et de chant, destinées tant aux clercs qu'aux laïques. Histoire littéraire de la France , tomo VI, Mart. II, p 800.

(3) De la formation de l'état social , politiqtie et administratif de la France. Bibliothèque de rÉcole des Chartes, 1851, p. 2138.

Le concile de Latran (1179) rendait plus tard le décret suivant : «L'Église de Dieu étant obligée, comme une bonne et tendre mère, de pourvoir aux besoins corporels et spirituels des indigents, désireuse de procurer aux enfants pauvres, dépourvus de ressources pécuniaires, la* faculté d'apprendre à lire et de s'avancer dans l'étude des lettres , ordonne que chaque église cathédrale ait un maitre chargé d'instruire, gratuitement , les clercs de cette église et les écoliers pauvres, et qu'on lui assigne un bénéfice, qui, suffisant à sa subsistance , ouvre ainsi la porte de l'école à la jeunesse studieuse. Un écolâtre sera établi dans les autres églises et dans les monastères oii il y avait autrefois des fonds affectés à cette destination. Personne n'exigera de rétribution , ni pour la permission d'enseigner , ni pour l'exercice de l'enseignement, appuyâtil son droit sur la coutume, et la licence de tenir école ne sera pas refusée à qui justifiera de sa capacité. Les contrevenants seront privés de leur bénéfice ecclésiastique, car c'est justice que, dans l'Église de Dieu, celui qui, vendant, par cupidité, la permission d'enseigner, empêche le progrès des églises, soit privé lui-même des fruits de son travail. »

Le pape Innocent IIl avait ajouté : « Que , non-seulement dans les églises cathédrales, mais aussi dans toutes les autres qui en auront le moyen, un maître capable soit choisi par le prélat avec son chapitre , pour instruire gratuitement dans l'art de la grammaire les clercs de l'église et le$ autres enfants. » Ces décrets et ces recommandations furent reiouyelés par Grégoire IX (1227-1241), et les évêques rappellent aux curés des villes et des campagnes l'obligation de tenir des écoles presbytérales (1).

C'est donc avec raison qu'un illustre homme d'État, qui fut l'un des plus grands Ministres de l'Instruction publique, M. Guizot, auteur de la loi de 1833, a pu dire : « Du IV* au XIIP siècle,

(1) Les écoles rurales étaient nombreuses au XIIP siècle en Normandie. — Condition de la classe ouvrière au Moyen-Age , par Léopold Delisle.

— Jl —

c'est l'Église qui a marché la première dans la carrière de la civilisation (1 ). »

Dans nos pays, Témancipation des communes, au XIP et auLesCommanes XIIP siècle , ne pouvait manquer d'exercer une influence considérable sur l'enseignement populaire ; le besoin d'instruction devait se faire sentir avec la jouissance des libertés ou franchises communales. Un ordre de choses nouveau a de nouvelles exigences. La commune, avec ses magistrats électifs, auxquels est confié le soin de la cité, devient un nouveau foyer, et lÉglise allait fréquemment voir ses privilèges contestés. Pendant la période de l'expansion communale , on constate l'émulation du clergé et du pouvoir municipal pour la diffusion de l'enseignement. Le premier, chargé exclusivement de l'instruction par les capilulaires de Charlemagne, maintient ses écoles, les agrandit, les multiplie; le second, de son côté, ne veut pas rester en arrière. Il entend justifier son ambition récente : il a donc ses écoles. L'instruction ne peut que profiter de cette concurrence. La liberté de l'enseignement allait exister, pour quelque temps du moins. L'instruction devient générale et l'historien Guicchardini peut écrire : « La plupart des gens ont quelque commencement de grammaire et presque tous, voire jusqu'aux villageois, savent lire et écrire (2). »

A Gand, les bourgeois font un règlement scolaire, qu'ils se con- Écoles tentent de soumettre au souverain. Ils stipulent que « quiconque en a la volonté, la capacité et les moyens, peut tenir école, de plein droit, dans la ville, sans que personne ait à s'y opposer. » Ils proclamaient, dès la fin du XIP siècle, la liberté de l'ensei-

de OancL

(1) Histoire de la Civilisation en France, tome I.

(2) Les éditions flamandes disent tout au moins ( ten allen minsten). Il était rare, au commencement du XVI® siècle, de trouver un enfant, un homme du peuple, villageois ou citadin, qui ne sût lire et écrire. 5ui ne connût les rudiments de la grammaire , et ne fût capable de parler , au moins , deux ou trois languer Lebon , Histoire de l'Enseignement populaire , Bruxelles , 1868 , p. 187.

gfieinent. Mais ils ne jouirent pas longtemps de ce privilège confirmé en 1192, et retiré, en 1235, par la comtesse Jeanne. Le droit de désigner la personne apte à tenir une école, pour une année seulement, fut conféré au chapitre de Sainte-Pharaïlde. Si la désignaticn n*était pas faite avant Pâques, le souverain se réservait le Join de choisir lui-même le maître. Ce règlement fut approuvé par Tévêque de Tournai, qui le rendit applicable au Tournaisis(l).

Ecoles dTpres. A Yprcs, oii il y avait plusieurs écoles dès le milieu du XIIP s'ècle , les échevins et les bourgeois sont frappés d'excomrmunication, par le même évêque, pour avoir contesté les droits conférés par le Saint-Siège aux chanoines de Saint-Martin et en vertu desquels personne, dans les limites des paroisses ecclésiastiques de cette église, ne pouvait tenir école sans l'autorisation du prévôt et de la communauté ecclésiastique (2). Les bourgeois déclarèrent l'archidiacre incompétent et la cause fut portée devant le doyen et officiai de Cambrai. Des conventions intervinrent (1253 et 1289); il fut décidé, notamment, que le droit d'enseigner cîlait libre pour les écoles inférieures, que le taux de l'ècolâge était de 10 sous au maximum et que tout bourgeois pouvait faire instruire ses enfants dans sa maison, par qui il lui plaisait, mais à la c< audition de ne laisser participer à cet enseignement aucun enfant étranger (3).

(1) Lebon, Histoire de V Enseignement poptUairey Bruxelles, 18Ç8, p. 467.

(2) Ibid. . '

(8) Le souvenir de cet accord de 1253 est encore aujourd'hui conservé précieusement àui\a Tantique cité flamande. J'ai vu dans la Halle échevinale , à gauche de la <*.] eminée , un tableau de M. Swerts rappelant ces faits : un maître d*école donne des explications au Magistrat et règle Tordre dans lequel les élèves doivent se présenter devant les échevins.

Anvers, Bruxelles (1), Lille, etc., furent le théâtre des mêmes luttes (2). Le véritable élément. populaire de Tépoque, la bourgeoisie si puissante de nos pays, représentée prir les échevins. s'occupait activement des écoles, et Ton peut aftirraer qu'il y eut plus d'un maître et d'une maîtresse laïques dirigeant ces établissements.

Ce mouvement des communes en faveur de l'éducation populaire, et la concurrence qui en résulta avec les écoles fondées par le clergé, ne fit que favoriser les progrès de l'enseignement. Nos riches bourgeois flamands pouvaient, en effet, facilement soutenir leurs fondations municipales.

Presqu'en même temps paraissait en Flandre la congrégation des Frères Frères de la vie commune^ appelés généralement Jéromites ou i^ vie commB Grégoriens y disciples de Gérard Van Groot, deDeventer (Hollande) (1340-1384)- Chanoine, comme le vénérable de La Salle, il ébauchait l'œuvre du fondateur des Frères des Écoles chrétiennes, avec lequel il eut d'ailleurs quelques points de ressemblance. Ces Frères tenaient des écoles élémentaires et apprenaient aux enfants la Doctrine chrétienne, la lecture, l'écriture, la langue nationale et les éléments du calcul (3). En 1376, l'institut fut approuvé par Grégoire XL

(1) A Bruxelles , le chapitre dut céder et , poir arriver à une conciliation , il consentit à créer de nouveaux établissements Le nombre des écoles fut porté de 2 à 11. A l'occasion de ce conflit le duc Jean III porta le règlement fort curieux du 28 octobre 4820. Le progpramme des écoles inférieures était strictement limité à rintroduction du Donat ; la rétribution scolaire était de 12 escalins par an et par enfieint. — Lebon , ouv. cit., p. 169.

(2) Voir les chapitres suivants.

(3) Le terrain sur lequel les Jéromites fondèrent une école, à Liège, a toujours été, depuis, consacré à un établissement d'enseignement. Lebon, Histoire de l'Enseignement populaire, p ni et 473. Dès le XIV® siècle, les disciples de Van Groot avaient porté les lumières de leur charité sur les deux rives du Rhin. On les trouve en Westphalie , en Saxe . en Poméranie , en Prusse et en Silésie. Ils avaient , à la fin du XV® siècle , 200 élèves à Bruxelles ; Aubert le Mire fut l'un d'eux.

Rhétorique.

A cette époque, on se préoccupait même de faire apprendre les langues vivantes ; les Wallons et les Flamands échangeaient leurs enfants : a Comme, d'ancienneté, ait esté usé et accoustumé oudit païs (de Tournai) , de baillier enfant pour enfant de la langue d'oyl à celle de Flandres et de celle de Flandres à celle d*oyI , pour apprendre les langaiges (1). »

ïifr^r^ Il faut aussi faire mention de Tinfluence incontestable que durent exercer, dans certaines parties de notre pays , les Chambres de Rhétorique y dont les membres, appartenant pour la plupart à la classe des artisans et des bourgeois, s'exerçaient à la déclamation et à la poésie (2).

Je crois que Ton peut dire, avec M. Lebon, ancien chef du service de l'Instruction publique en Belgique, que «dès le commencement du XV® siècle, et contrairement à l'opinion généralement accréditée de nos jours, » il y avait, dans nos contrées, un véritable enseignement populaire (3). «Il y a, tout à la fois, des écoles communales laïques ou religieuses et des écoles entièrement libres. Le nombre en est relativement considérable et le programme de l'enseignement tend, de plus en plus, à se compléter et à sortir

(1) Bibliothèque nationale , mss. lat., N» 5381. J J. 121, N» 318. J'ai recueilli ce renseignement dans le remarquable ouvrage de M. S. Luce, auxiliaire de rinstitut , sur Du Cruesclin et son époque, t- ^ ? P 1^- L'auteur constate que les documents du XI Ve siècle font, à chaque instant, mention d'écoles rurales; il en cite un certain nombre appartenant à diverses parties de la France, u Et Ton ne peut guère douter , dit il , que pendant les années même les plus agitées du XIV® siècle, la plupart des villages n'aient eu des maîtres enseignant aux en&nts la lecture , récriture et un peu de calcul. » Il ajoute : (« L'enseignement que Ton donnait dans ces petites écoles rurales du XI Y° siècle était , sans aucun doute , très -élémentaire, très-insuffîsant, très-précaire, mais ce n'est pas une raison pour en contester l'existence, p IT. •> En 1564, Valenciennes avait de nombreuses écoles particulières payantes , pièces justificatives (2® partie) N°* 4 et 5

(2) Une société de ce genre existe encore à Eecke (canton de Steenwoorde) , et cette commune, ou l'instruction primaire est fort appréciée, possède une des premières caisses des écoles fondées en France.

(3) Histoire de l'Enseignement populaire , p. 175.

do cadre étroit de la liturgie. Tout cela s'était fait eu Tabsence d'aucune législation propre , et la plupart des écoles devaient leur prospérité à l'initiative communale ou à l'initiative individuelle.

L'élan était donné »

n fallait qu'à cette époque l'instruction fût, en effet, assez répandue pour queGerson conseillât aux évêques, dès l'an 1400, de s'enquérir avec soin a si chaque paroisse possède une école , comment les enfants y sont enseignés , et d'en établir là où il n'y en a pas (1). »

Cependant, on ne saurait le méconnaître, aux approches du Lexyi«8ièGit XVP siècle, l'enseignement ne devait pas larder à tomber en laRétorm». décadence. Tout est en souffrance ; l'Eglise et la commune semblent avoir suspendu leur action féconde.

Nombre d'écoles ont disparu et, au milieu de ce siècle, nous entendons les plaintes de tous les évêques de nos diocèses, à cet égard 2). Us ordonnent de relever les écoles n'existant plus et d'en créer de nouvelles. C'est un cri unanime: « Ubi collapsœ sunt , restituantur ; et ubi conservatcBy colantur et augeanturï) (Ypres, 15T7) (3). « Ubi deletœ sunt, restituantur ; ubi conservatœ ^ magis magisque colantur yi ( Saint -Omer, 1583) (4). <f Erectione vel continuations » (Arras, 1584] (5). « Ut ubique locorum scholœ parochiales restituantur » (Ypres, 1609) (6). « Ubicumque scholœ

(1) Tractatus de visitatione prœlatorum et curatorum , Gersonii op. Nous Usons dans une lettre écrite au doge de Venise, en 1535, par Michel Giustiniano, ambassadeur vénitien à la cour de François I^'' : « En France , il n'est personne , si pauvre qu'il soit , qui n'apprenne à lire et à écrire. » Relation des Ambassadeurs vénitiens f tomel, p 45.

(2) A Anvers , le nombre des écoles était diminué de moitié Histoire de la Belgique y sottë le règne de Charles-Quint, Alex. Henné, tome V, p. 351.

(3) Pièces justificatives ( l*"® partie ) , N° 11, cap. 1.

(4) id^m id. N*» 18.

(5) Idem id. N» 14.

'6) Idem id. N» 21, Gap. I.

christianœ , aut dominicales adhûc requirentur , agant decani ehriêtianitatisfetiaminvocato, quatenus opus est^ brachio secularij ut eœ mox erigantur » (Cambrai, 1631) (1).

J'ajouterai que celte décadence paraît avoir été générale; tous les synodes que j'ai pu consulter constatent la même préoccupation (2). Cependant les évoques n'avaient point, je le crois, pour pensée principale le développement de l'instruction élémentaire proprement dite; il fallait combattre la Réforme, dont les doctrines se propageaient dans certaines parties des Flandres et du Hainaut et s'étaient répandues dans quelques écoles et jusques dans les livres; des maîtres les avaient même enseignées (3). «Desconventicules illicites » s'étaient tenus a en aulcunes d'icelles , soubz prétexte d'apprendre enffans (4). » Les réformés et les catholiques portaient, de part et d'autre, leurs efforts sur l'enseignement de l'enfance : cum juventus semen sit reipubliçœ, répètent plusieurs synodes.

Le souverain ne se montre pas moins ému que les évêques. Dès 1550, Charles-Quint ordonne aux inquisiteurs de s'enquérir de la conduite des maîtres d'école et de provoquer, au besoin, la destitution de ceux qui , à leurs yeux, paraîtraient la mériter (5).

11 fallait pénétrer à l'origine du mal et procéder, si cela était

(1) Pièces justificatives ( 1"*^ partie) , N® 24, Cap. 1.

(2) Cologne, 1586; Ausbourg, Trêves, 1548; Cologne, Mayence, Trêves, 1549 ; Chartres, 1526; Paris, 15'7'7 ; Tours, 1526 et 1585; Évreux, 1576 ; Rouen, 1581 ; Bordeaux, 1582 ; Reims 1583 ; Bourges, 1584 ; Aix, 1585 ; Toulouse, 1590.

(8) Vers le môme temps, le Parlement de Paris poursuivait les écoles buissonnières f soupçonnées de protestantisme. En 1570, le roi de France ordonne que les maîtres d'école soient catholiques et que l on recherche les livres entachés d'hérésie. En 15*79, TAssemblée générale du Clergé, réunie à Melun, se préoccupe des doctrines nouvelles qui ont pénétré dans les écoles.

(4) Pièces justificatives (2® partie) , N<^ 5

(5) Pièces justificatives (l''^ partie) N° 2. En 1549, on avait exécute, a Gand, un maître d'école v pour avoir conseillé contre la persécution •*

possible, à son « éradication » (1). De là la surveillance sur les hôpitaux et la réglementation des écoles inférieures.

On retrouve la même pensée dans toutes les ordonnances et dans tous les conciles ou synodes ; mais le souverain seul s'adresse aux inquisiteurs, qui s'acquittèrent de leur cruelle mission avec un zèle qu'on ne saurait trop flétrir (2).

La liberté de renseignement disparait.

Sous cette influence, les communes elles-mêmes lancent des âooies

ordonnances. Celle du Magistrat de Valenciennes (156i) est la vaiencienuw.

première connue : «Nous vous disons et faisons assçavoir, dit-il,

o que es républicques et villes constituées, a esté anchieiinement

» très-bien pourveu et polilié de commectre et ordonner bons

» niaislres pour former les jeusnesenffans de leur commenchement,

» et les enseigner et les instruire en bonnes doctrines et mœurs,

» droicte et honneste manière de vjvre, et les maintenir el accous-

)) tumer en toute subjection et révérence , afin qu'iceulx venus en

» eaige fussent tant plus traictables et promptz à donner au

» Magistrat tout honneur et obéissance , et , de porter e>i ce bon

Dsoing et regard, emporte grandement pour le bien publicque,

» tellement que le mectant en nonchalloir, et laissant la jeunesse

» soy conduyre selon sa naturelle inclination , devient fort désor-

» donnée , sans honte et révérence , et bien difficile aj>rès la replier

» et la réduire à honnesteté et droicte manière de \ ivre , comme

» par expérience se poeult voir en la pluspart de la jeusnesse

» présente , provenant , comme faict à estimer , par la faulle et

(1) Voyez Histoire des Troubles religieux à Valenciennes , par Cb Paillard , tome IV, p. 24.

(2) La régente ayant cru devoir adresser d'humbles observations au roi, relativement aux châtiments cruels infligés aux Réformés, Philippe II lui écrivit: « J'aimerais mieux perdre cent mille vies ( si j'en eusse autant I ) qu 3 de consentir aucun changement! «

» négligence de bons maistres, et de leur donner bon exemple et » les bien instruire, de les envoyer à l'escoUe (1). »

Des négociations antérieures avaient eu lieu entre l'archevêque de Cambrai et le Magistrat de Valenciennes ; les archives de Belgique conservent les propositions et les principes des délégués du premier, annotés par le Magistrat (2).

En résumé, le ban interdit « à ung chascun» tant hommes que » femmes , de non tenir escoUe en ceste ville ^ soit de filz ou filles, » sans nouvelle advertance, gré, ou consentement par escript de » Tescollastre de Sainct-Jehan , et suyvant Tinstruction qui leur » sera baillée par ledict escollastre ; faisant aussy commandement )) à tous bourgeois, manans et habitant de cette dicte ville d'en- » voyer à Tescolle leurs enffans jusques qu'ilz soient bien et souffi- )) samment instruictz, sur paine, chascun faisant le contraire, » d'estre pugniz arbitrairement et à la discrétion de la justice (3). »

Le pouvoir civil et le pouvoir ecclésiastique étaient d'accord. Pour raaiàitenir l'unité de croyance, qu'ils considéraient comme la condition essentielle du maintien de la paix dans l'État, ils jugeaient nécessaire que le peuple trouvât, daos le souvenir de leçons récentes, une certaine force de résistance contre le courant, déjà très-pfononcé, des doctrines réformées. L'ensemble des documents que nous avons recueillis témoignent de leur parfaite entente à cet égard.

(1) Pièces justificatives (2® partie; N*^ 5

(2) Cette pièce, non datée (pièces justificatives , 2® partie , N° 4 ), doit porter la date de février 1564, Elle est annexée à une lettre du marquis de Berghes à la Gouvernante , datée du 11 de ce mois : ^^ Quant aux escolles , dit-il , lesdicts de la » Loy ont promis de faire ung édict contenant deffenseque nul ait à tenir escoUo t) sans nouvelle permission de l'escollastre de Sainct-Jehan , auquel lesdicts con- » seilliers ont baillié instruction, pour, selon icelle, se régler, soubz le bon plaisir » de monseigneur le révérendissime de Gambray. » Paillard , ouvrage cité, t. IV, p. 282.

(8) Voir Valenciennes et le chapitre IV de l'Enseignement.

Les décrets du concile de Trente furent le signal d'une nouvelle g*^'^<^«>

de Trente

organisation de renseignement, et les synodes, appuyés des édits confirmatifs , devinrent la base du régime scolaire.

Peu d'années après ce concile, Philippe II ordonna à Marguerite, régente des Pays-Bas, de consulter le Conseil-d'État sur la forme qu'il « convient de suivre pour enseigner et instruire le peuple, afin que , par faute de bonne doctrine , il ne soit séduict et tiré en

erreur, comme il se voit journellement advenir Outre ce ,

quelle reigle s'aura de tenir es escolles , et le surplus de la bonne instruction de la jeunesse, à ce qu'à celle contagion, qui va journellement croissant . soit remédié (1). »

Le Conseil, dans le sein duquel avaient été appelés plusieurs évêque<5, parmi lesquels Martin Ritho vins, évêqued'Ypres, déclara que le concile de Trente avait convenablement pourvu « à l'instruction du peuple , à la réforme des ecclésiastiques et des écoles , et qu'il suffit de mettre en œuvre les prescriptions de ce concile (2).* »

Une ère nouvelle s'ouvrait pour l'instruction populaire. L'ousei- Knseignemei gnement fut déclaré obligatoire et des peines portées contre ceux '^^*'^^*^***^^ qui n'envoyaient pas leurs enfants à l'école ; on alla même jusqu'au bannissement. L'Église caiholique se servait des armes de Luther (2).

A la même époque, s'ouvraient en Flandres les Écoles dites Éooies dominicales (3) , qui rendirent les plus grands services. dominicales

Mais , il ne suffisait pas de multiplier les écoles pour combattre la Réforme, il fallait encore avoir des maîtres présentant toute garantie d'orthodoxie (4), auxquels on inlerditde se servir de livres non revêtus de l'approbation des Universités de Paris ou de Louvain

(1) Recueil et Mémoires des troubles des Pays-Bas du Roy , XXXVII, p. 46.

(2) Voir Chapitre de V Enseignement»

(3) Voir Chapitre des Écoles,

(4) Eu France , l'édit de 1608 prescrit aux maîtres d'écoles d'être approuvés par les curés et autres personnes ecclésiastiques.

Uécole est sous la main de TÉglise, et, en cela , la Réforme agit de même; elle n'attaque, en quoi que ce soit, le principe fondamental sur lequel avait, de tout temps, reposé renseignement du peuple, à savoir Tunion intime de TÉglise et de Técole. Il suffit, pour s'en convaincre , de lire la préface du Catéchisme de Luther (1).

Progrès Dans QQiiQ lutte de TÉglise catholique contre le protestantisme,

au milieu des crises terribles que traversèrent nos contrées sous les règnes de Charles-Quint et de Philippe II, crises dans lesquelles la violence fut trop souvent substituée aux paroles évangéliques , l'enseignement prit une grande extension. Nombre d'écoles s'ou- . vrirent et quelques-unes reçurent quantité d'élèves (2). Dans la suite, l'instruction fit de réels progrès et dépassa, contrairement à ce que l'on croit généralement, les leçons de catéchisme. Il semble même que là où les écoles étaient le mieux suivies, avant la Révolution, il en est encore de même actuellement (3). Ceux de

(1) Ceci est fort bien expliqué par M. Eug. Rendu, Inspecteur général de VËnseignement primaire , ancien député : Be VÉducation poptUair^ dans l'Allemagne du Nordf F** partie

(2) En 1609, les Archiducs , en autorisant la fondation de V École de Bapattme, à Lilli , constatent que u l'instruction et l'éducation des pauvres de ladlcte ville y estant plus que souffisamment pourveu '> les élèves manquent même pour la fondation Déliot. Eii 1613, on remarque qu'un u grand nombre et multitude d'enfants « fréquentent les écoles de la ville (V- Lille).

La fondation Van der Burch, à Cambrai (garçons), recevait 965 enfants, en 1626.

La ville de Bruges avait , en 1628 , 63 écoles de garçons et de filles ; 2 écoles de charité, recevant chacune 120 élèves ( une pour les garçons, une pour les filles); 1 écolj dominicale de garçons et 2 de filles. Pièces justificatives (2® partie) N® 14. Cette pièce est fort importante Elle semble indiquer que les évêques rendaient compte au pape de l'état des écoles de leur diocèse.

(3) L'Etat et l'Eglise , écrivait M. Guizot , sont , en fait d'instruction populaire les seules puissances efficaces. .Ceci n'est pas une conjoncture fondée sur des considérations morales ; c'est un fait historiquement démontré. Les seuls pays et les seuls temps oîi l'instruction populaire ait vraiment prospéré , sont ceux où , soit l'Eglise , soit l'Etat, soit , mieux encore , l'un et l'autre ensemble , s'en sont fait une affaire et un devoir. [Mémoires j t. III , p. 68. )

nos arrondissements les pins avancés aujourd'hui , sont précisément composés des communes dans lesquelles Tinstruction primaire était le plus répandue avant 1789. Nous citerons les deux arrondissements d'Avesnes et de Valenciennes.

C'est qu'en effet, les parents ayant reçu Tinstruction , même la plus modeste, savent en apprécier d'autant mieux les bienfaits. Chaque génération montre à la suivante le chemin de l'école, qui est de plus en plus suivie, et le nombre des illettrés diminue chaque jour.

Dès la fin du XYIP siècle, le développement de renseignement, congréitatioi primaire fut singulièrement facilité par la venue en France ou par «^seignantes la fondation de nombreuses congrégations qui se vouaient à l'instruction du peuple. Parmi celles-ci , nous citerons , pour les femmes : les Clarisses , les Dominicaines , les Ursulines (1] , la congrégation du bienheureux Pierre Fourrier, de Mattaincourt, qui proclamait, dans ses statuts « que l'instruction élémentaire était la chose la plus nécessaire et la plus propre à son siècle ; » les Sœurs de N.-D. , fondées par le vénérable J. de Lestonac; les Dames de Saint- Maur , les Visitandines , les Filles de la Sagesse , les Filles de N.-D. , à Tourcoing; les Sœurs de la Providence ou d'Ernemont (2) , les

(1) En 1*789 , les Ursulines avaient plus de 300 maisons en France. Elles avaient été fondées par César de Bus , à Cavaglion , près Avignon , en 1592. J. JoUy, Histoire du MowJement intellectuel au XVI ^ siècle, t. I, p. 147.

(2) Elles dirigeaient , en 1789 , en France , 19 écoles dans le diocèse de Rouen , 7 dans celui d'Evreux, 3 dans celui de Lisieux , 3 dans celui de Séez, 17 dans celui de Bayonne, 10 dans celui de Coutances, 42 dans celui. d'Amiens , 3 dans celui de Saint-Omer , dont Gravelines ; 4 dans celui de Boulogne , 6 dans celui d'Arras, 1 dans celui de Chartres, 1 à Dunkerque. Ces écoles recevaient 11,660 jeunes filles. Cette congrégation , fondée par le P. Barré, a encore sa Maison- Mère à Rouen.

Filles de Saint- Vinceat-de-Paul (1), les Sœurs de la Chapelle-au- Riboul , près Mayenne , connues aujourd'hui sous le nom de Sœurs d'Évron (2)., etc. , eic.

Pour les hommes, j'indiquerai les Doctrinaires de France, fondés par le vénérable César de Bus; les Clercs réguliers des Écoles ^ pies , et surtout les Frères des Ecoles chrétiennes (3) , fondés par le Le vénérable vénérable de La Stille (4), que je n'hésite pas à regarder comme

de Lb SbIIa

l'un dos personnages les plus considérables de la fin du XVII* siècle. Le premier, il donna une direction à l'enseignement, dans sa Conduite des Écoles chrétiennes (5) , qui nous permet d'étudier aujourd'hui ses procédés d'éducation, longtemps seuls ea usage. L'institut les suit encore, après les avoir cependant modifiés. Toutes les observations recueillies depuis plus de 150 ans, sont

l) l es Sœurs de la Charité avaient près de 500 maisons, en 1789, dont 8 dans ;e Nord: Cambrai (1102), Douai (mo), Sain t-Waast (1772), et 11 dans le Pasde-Calais: Ardres (1714), Arras (1656), Bapaume (1785), Béthune (1764), Boulogne (1687), Calais (1760) , Hesdin (1699), Néelle (1752), Saint-Omer (1695 et 1701), Sain t-Pol (1766). Renseignements fournis parla sœur Lequette, actuellement supérieure générale.

(2) Lors de la loi du 18 août 1792, elles dirigeaient 89 établissements, comptant plus de 5,000 élèves. Ces religieuses ont aujourd'hui 223 écoles et 15,000 élèves.

(3) En 1789, l'institut comptait en^^iron mille frères, dirigeant 129 maisons et instruisant près de 36,000 élèves. (Renseignement fourni , en 1872, par lô firère Galixte, 1®'" assistant de frère Philippe.) Ils avaient des écoles à Calais, Boulogne et Douai.

11 est vraiment pénible de lire ce qu'un homme , tel que M. de La C haletais , ecrivai*, à la fin du siècle dernier, sur l'institut et sur lïnstruction primaire. Il disait des premiers : v Ils sont venus pour achever de*tout perdre ; ils apprennent à lire et à écrire à des gens qui n'eussent dû apprendre quà dessiner et à manier le rabot et la lime , mais qui ne le veulent plus faire. « Il ajoutait : « Parmi les gens du peuple , il n'est presque nécessaire de savoir lire et écrire qu'à ceux qui vivent par les arts , ou à ceux que les arts aident à vivre. »>

(4) C'est à Cambrai qu'il reçut le sous-diaconat, la veille de la Trinité, en 1672, à l'âge de 21 ans.

(i) Première édition, 1720.

venues se condenser en quelques pages el s'ajouter aux règles premières du fondateur, pour les confirmer ou les modifier. On fait un appel plus large à Tintelligence de l'enfant et on se sert de moins en moins de ces procédés mécaniques trop longtemps en usage dans les écoles primaires (1).

Une des premières écoles fondées par le vénérable de La Salle fut celle de Calais , ouverte vers 1700. L'école des enfants des matelots du Court-Gain fut créée peu de temps après. Louis XIV accorda aux Frères, pour cette dernière, une pension annuelle de 150 livres , qui fut portée plus tard à 300 (2).

Notre retour à la France nous plaça sous des règles analogues à Réunion celles que nous possédions déjà. Les déclarations royales de 1695, " * "^^"^ 1698, lîOO et 1724 furent, avec les prescriptions des évêques, notre code scolaire. Ces déclarations organisaient tout un système, ayant pour base une école de garçons et une école de filles par paroisse, avec un émolument de 100 livres pour les maîtresses et de 150 livres pour les maîtres. Les hauts-justiciers étaient tenus de dresser, chaque mois, l'état des enfants qui ne suivaient pas les écoles, et les procureurs-généraux avaient ordre de statuer à leur égard (3). On avait toujours, il faut le constater, pour but de combattre le protestantisme.

(1) Nous avons malheureusemenl encore, à cet égard , à combatlrc la routine des vieilles habitudes et à déraciner bien des idées fausses. On peat , cependant , dire que « depuis quelques années , l'enseignement primaire est entré dans uns phase nouvelle. Partout , il tend , à la fois, à s'élever et à s'étendre. Il ne s'agit plus seulement d'apprendre à lire., à écrire et à compter. Cette étroite formule a fait jJlace à une définition large et généreuse. « ( Mémoire sur l'Enseignement primaire dans le département de la Seine, par M. Gréard , Inspecteur général de l'Instruction publique, membre de l'Institut, 1876. )

Nous ne saurions trop engag3r les personnes qui s'occupent de pédagogie à lire ce remarquable ouvrage.

(2) Histoire du vénérable de La Salle, par M. Ravelet, p. 330, 331 et 332.

(3) Président Rolland , Plan d'Éducation, p. 28 , et pièces just. ( 1'"'^ partie ) , NO» 31, 33, 34 et 35.

Enquête Quoiqu'il en soit, la situation des écoles de nos pays paraît

la situation . ^ ^ i J r

38 écoles, avoir préoccupé nos nouveaux souverains.

Une enquête fut faite, par les soins des Intondants, pour connaître le nombre des écoles et des élèves qui les suivaient. La lettre suivante, adressée par l'Intendant de la Flandre maritime aux bourgmestre et échevins de la châtellenie et ville de Bourbourg, semble du moins le prouver :

DunkerquOt le M avril 4685.

Messieurs ,

Ëstans obligé d'envoyer à la Cour un estât des collèges ou escoles qui sont dans mon déparlement, je vous prie de m'informer incessamment, par un mémoire bien exact, et autant détaillé que vous pourez, du nombre qu'il y on a dans l%s lieux de vostre jurisdiction ; par lequel vous ferez mention des villes , bourgs et villages où ils sont establys; combien il y a de classes , de quelle profession en sont les maistres , c'est-a-dire s'ils sont séculiers ou réguliers ; le nombre, à peu près, d'écolliers.qui les fréquentent et enfin ce qu'on leur enseigne.

Je suis , Messieurs , votre très-humble et affectionné serviteur.

DE MADRYS (1).

J*ai pu retrouver la statistique, dressée à la suite de ces instructions, dans laquelle on indique le nombre des écoles et des élèves de chaque paroisse de la châtellenie (2).

lederÉtat. H ne faudrait pas, néanmoins, donner à l'État un rôle plus important que celui qu'il s'était lui-même attribué ; ce rôle est retracé dans ces paroles du roi , répondant aux plaintes du clergé français : « Je favoriserai toujours l'instruction publique et je me ferai un devoir de confirmer les établissements utiles qui se for-

(1) Archives de Bourbourg , série G. G. Voy. Arrond. de Dunkerque.

(2) Idem. Voy. Arr. de Dunkerque. Une seule communedela châtellenie , celle deLooberghe, n'est point mentionnée, bien que les comptes municipaux nous aient conservé lesou venir des maîtres dès 1628. Voy. cette commune.

meront par des contributions volontaires (1). » Le souverain se bornait à édicter des règles générales, et les municipalités, à moins qu'elles ne bénéficiassent de fondations spéciales, subvenaient aux dépenses des écoles. L'éducation publique n'était point une charge de l'État, ainsi que Fénélon en exprimait, le premier, le vœu (2). Comme par le passé, les communautés d'habitants s'imposaient de réels sacrifices; des gentilshommes et de riches bourgeois, animés de l'amour du bien public, faisaient des legs et des dons en faveur de l'instruction du peuple. Tous, heureusement, ne partageaient point, à l'égard de l'instruction des enfants du peuple, la singulière manière de voir du Magistrat de Douai, qui, en 1772, estimait « qu'un métier étant plus nécessaire à cette espèce de gens » que làjecture et l'écriture, on ne parviendrait jamais à leur faire » employer chez les Frères de la Doctrine chrétienne le temps » qu'ils donnent à l'apprentissage d'un métier. »

Ce sentiment par^t, malheureusement, avoir été celui d'un certain nombre de philosophes du XVIIP siècle. Dans son Essai i éducation nationale^ La Chalotais, revendiquant pour la Nation une éducation qui ne dépendît que de l'État, ajoute ces lignes, qu'on ne peut pas lire sans un profond étonnement et une douloureuse émotion : « Les Frères de la Doctrine chrétienne , qu'on appelle i^'noranfms, sont venus pour achever de tout perdre; ils apprennent à lire et à écrire à des gens qui n'eussent dii apprendre qu'à dessiner el à manier le rabot et la lime, mais qui ne le veulent plus faire; ce sont les rivaux ou les successeurs des Jésuites. Le

(1) Procès-verbaux des assemblées du clergé de France y t. VIII.

(2) Télémaque. Plus tard, en 1762, le Parlement de Paris fera appel à tous les Parlements du roj^aume et aux Universités , pour obtenir l'exposé d'un système d'éducation générale. C'est à ce moment que M. de La Ciiatotais s'écriera , au Parlement de Bretagne : « Je prétends revendiquer pour la Nation, una éducation qui ne dépende que de l'Etat, parce qu'une nation a un droit inaliénable et imprescriptible d'instruire ses membres , parce qu'enfin , les enfants de l'État doivent être élevés par lÉtat. ^>

bien de la société demande que les connaissances du peuple ne s'étendent pas plus loin que ses occupations. Tout homme qui voit au-delà de son triste métier ne s'en acquittera jamais avec courage et avec patience Parmi les gens du peuple, il n'est presque nécessaire de savoir lire et écrire qu'à ceux qui vivent par les arts ou que les arts font vivre (1). »

Telle était aussi la pensée de l'auteur du Plan d'Education publique, II se plaint également du nombre exagéré des écoles dé village : « Il esl peu de curés, peu de seigneurs de paroisses, dit-il en raillant, qui ne s'applaudissent s'ils sont parvenus à soudoyer un magister, et si ce mâgister peut s'élever jusqu'à donner les principes du latin, c'est un triomphe. »

Après ce rapide coup-d'œil , jeté sur les diverses phases de l'histoire de l'instruction élémentaire, il convient d'étudier, autant que le permettent les documents existant encore, l'organisation scolaire elle-même. Nous l'examinerons au triple point de vue de l'école, du maître et de l'enseignement; nous chercherons ensuite à constater l'état des écoles et les résultats obtenus dans chacune des communes qui ont formé le département du Nord.

,^1) A ce sujet, Vollaire (lettre du 28 février 1763) félicitait La Chalotais d'avoir proscrit l'étude chez les labourours!

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