‹ Histoire de l'enseignement primaire avant 1789 dans les communes qui ont formé de Département duChapitre 8 sur 37 · CHAPTAL · texte numérisé non relu

CHAPTAL

Les réponses des Préfets n'existent malheureusement pas aux Archives nationales et nous n'avons rien aux Archives du Nord. J'ai eu, toutefois, la bonne fortune de trouver les statistiques préparées pour les deux communes d'Armentières et de Linselles (2). D'autres, plus heureux que moi, découvriront peut-

(1) Grazette nationale , Moniteur universel , du 4 germinal an IX, p. 7*78. Une circulaire, rappelant cette dernière, dut être adressée aux Préfets, le 29 fiructidor suivant.

(2 ]Voir ces deux communes.

être UQ jour les docmnents que je signale à rattention des chercheurs. Quoiqu'il en soit, j'ai apporté ma pierre à l'édifice; les renseignements que j'ai recueillis ne laisseront i je pense» aucon doute dans l'esprit du lecteur impartial.

Il y avait, en Flandre, de nombreuses écoles primaires avant 1789-

càbUuB J'ai d'ailleurs des témoins et j'ai tenu à les consulter. itats-04Qéraax. J'ai Commencé par prendre les Cahiers des États-Généraux cette vaste enquête sociale et administrative faite par nos pères J'ai lu , avec la plus scrupuleuse attention , les Cahiers des diver Bailliages qui devaient former le département du Nord. Ta demandé, à ceux qui avaient rédigé ces Cahiers, quels étaient le besoins scolaires; j'ai voulu connaitre leurs vœux, entendre leur doléances.

Voici leurs seules réponses :

Clergé de lille. — a Éducation physique et morale de lait» nessBy 31. — Établir ou multiplier y en raison proportionnelle d la population ou des paroisses, et sous l'inspection des curés, le écoles destinées à l'instruction des enfants pauvres, dont l'igno rance, relativement aux premiers éléments de la religion, qui es une et entière, a les suites les plus funestes pour les mœurs c pour la société; en conséquence, pour remédier à l'abus qt résulte du choix, souvent arbitraire, des clercs des paroisse chargés de tenir les petites écoles, demander qu'il soit établi a concours (1), présidé par celui à qui il appartient de nommei assisté de deux curés à son choix.

Clergé de douai. — « Perfectionner l'éducation et l'enseigne ment de la jeunesse et en confier le soin aux réguliers, qui ofTrei de s'en charger gratuitement. »

Tiers-État de douai. — « Que les députés aux États-<xénérai

(1) On a vu que ce concours avait eu lieu, en 1*764, à BouH>ourg. Chapitre ( Mt^tres, p. 52 et pièces justificatives, 2^ partie, N° 20.

demandent que l'éducation de la jeunesse soit confiée aux communautés régulières.

B Qae les Ordres réguliers ^soient chargés des écoles

dominicales.

Noblesse de la flandre maritime. — a Que l'instruction soit confiée aux Maisons régulières. »

Tiers-État. — a Que l'instruction soit gratuite. »

Noblesse du bailliage de bailleul. — et 45. De confier aux Maisons régulières l'instruction de la jeunesse , en laissant ( dans les endroits oii il n'y a point de réguliers susceptibles de s'y livrer), subsister les collèges qui s'y trouvent, comme seule ressource pour les parents qui, faute de moyens, ou par d'autres considérations, ne voudraient ou ne pourraient pas s'éloigner de leurs enfants. »

\ J'ai voulu encore faire appel à d'autres témoignages. conseug^

L'an XI (le 16 mai 1803), le Conseil général du Nord s'expri- *^^" mait ainsi, au sujet de l'instruction publique, après avoir pris connaissance des vœux émis par les Conseils d'arrondissement lors de l'enquête de l'an IX.

<i L'arrondissement de Lille, en particulier, réclame, en même ^CQips, le rétablissement des écoles publiques et gratuites de mathématiques, d'architecture et de dessin, qui existaient autrefois dans cette ville et qui ont produit nombre de sujets instruits. i> . . . . n existait autrefois, à Lille, des écoles connues sous le nom d'Ecoles domtnicaleê et les autres sous celui de Saint-' Sauveur et des Grisons. D'un c6té, dans ces écoles, les filles des ouvriers allaient, gratuitement, apprendre à coudre et à faire de ia dentelle, en même temps à lire et à écrire, et que, d'un autre cdté, sans perdre un instant sur leur journée de travail, les pauvres garçons pouvaient , à l'heure de midi (1)» s'y faire instruire à lire et à écrire, d

(1) Voir lille.

Le Conseil général constate ensuite l'utilité de ces écoles, a sagement organisées , » dans lesquelles <i les pauvres étaient excités à envoyer leurs enfants par des distributions de pains et par des aumônes. Le zèle de ceux-ci était également stimulé par des prix et autres légères récompenses. » On demanda, en conséquence, le prompt rétablissement de ces écoles, ce qui était d'autant plus aisé « que les biens de toutes ces belles fondations existent encore maintenant entre les mains des Hospices et qu'il suffit de les rendre à leur primitive destination. »

La ville de Dunkerque réclame aussi au Conseil général la réouverture de son école de filles, dirigée par les Sœurs de la Providence.

Déjà , en 1801, lors de Tenquête de Tan IX , le Conseil municipal d'Armentières s'exprimait ainsi sur l'organisation scolaire de cette ville: «Cette commune, avant la Révolution, brillait du plus brillant éclat en éducation , par rapport à ses ressources , tandis qu'aujourd'hui , dépouillée de tout , à peine peut-on y apprendre à lire et à écrire. »

D'autre part, à la fin de l'an II, le rapporteur du Conseil municipal de Douai avait constaté que « les écoles primaires sont dans le plus mauvais état; qu'elles sont confiées, le plus généralement, à des individus dont l'immoralité égale l'ignorance (1). »

A Lille, on assiste à la même décadence, en l'an XIII (2).

(1) Voir Douai.

(2) Voyez cette ville. Cet état de choses ne saurait étonner quiconque a étudié rhistoire de renseignement. Le décret du 28 octobre 1*798 portait : « Les femmes ci-devant nobles , les ci-devant religieuses , chanoinesses , Sœurs-Ghrises , ainsi que les maîtresses d'école qui auraient été nommées ,. dans les anciennes écoles , par des ecclésiastiques ou des ci-devant nobles , ne peuvent être nommées institutrices dans les écoles nationales. »

On fermait la plupart des écoles parce qu'elles dépendaient de la Noblesse et du Clergé, et il était impossible d'improviser, du jour au lendemain, le personnel nécessaire à leur direction. C'est une erreur de croire que Ton perfectionne en anéantissant. Aussi, en Tan IV, Fabre, de TAude, vint-il dire au Conseil des

Enfin , dans la Statistique du département du Nord , M . Dieudonné stottetiqoe retraçait ainsi la situation générale avant 1789: a De petites m. Dieudonné. écoles, destinées à répandre les connaissances nécessaires à toutes les classes de la société, étaient répandues partout. Dans les communes rurales, c'était ordinairement le clerc de la paroisse qui, moyennant une légère rétribution, était chargé d'enseigner la lecture, récriture et les premiers principes de calcul. Dans les villes principales , il existait des écoles gratuites, dont la plupart portaient le nom d'Écoles dominicales, pour les indigents et les ouvriers des deux sexes. » Et plus loin: «Enfin, dans ce pays, commedans d'autres contrées, les communautés de femmes étaient en même temps des maisons d'éducation, pour celles qui pouvaient y payer leur pension. Dans plusieurs de ces maisons, des écoles gratuites étaient ouvertes à des externes (i). »

Telles sont les réponses des contemporains, je les livre au lecteur, les commenter serait en diminuer l'importance.

Ces témoignages, si probants qu'ils soient, ne m'ont pas suffi: Nombre

;»- • , - . .1 , , des conjoints

jai voulu me rendre un compte, aussi exact que possible, du et des conjointe degré moyen de l'instruction, dans les anciennes provinces de^^^^**^ Flandre, Hainaut , etc., pendant les quarante dernières années de denso aim la Monarchie.

I^cs statistiques faisant défaut, j'ai relevé, dans chaque commune ou paroisse existant à cette époque , le nombre des actes

Cinq-Cents : « Vos écoles primaires n* existent que dans vos décrets. » Six années plus tard , Ghaptal , chargé de proposer un projet de loi organisant Tinstraction publique, ajoutait : a L'éducation publique est presque nulle partout : la génération qui touche à sa vingtième année est irrévocablement sacrifiée à l'ignorance , et nos tribunaux , nos magistratures , ne nous offrent que des élèves des

anciennes universités Le système d'instruction publique qui existe aigour-

d'hoi est essentiellement mauvais Les écoles primaires n'existent presque

nuUe part, de manière que la masse de la nation croit sans aucune instruction. »

(1) Tome II , p. 144 et 145.

de mariage (1) , en même temps que celai des conjoints et des jointes les ayant signée de 1750 à 1790 (2). Je me mettais, i à même de comparer le passé an présent.

Voici les résultats que j'ai obtenus:

De 1750 à 1790 :

ARRONDiaSBMBNTS.

Nombre % des ooi^nts ayant signé.

Nombre %

dee ooi\]<^tes

ayant aigné.

Avesnes (9)

Cambrai

Douai

Dunkerqae

Hazebrouck

Lille

Yalenciennes

Ainsi, dans les communes ayant formé le département du la moyenne des conjoints signant leur acte de mariage, d(

à 1790, était de 63.97

celui des conjointes , de 36.29

(1) Les actes de baptême ou de décès ne m'eussent pas permis de faire ap aussi exactement, la situation; très-souvent, en effet, les témoins senties ce sont , en général , les notables de la commune et , par censément , '. instruits.

(2) Pour avoir Tétat exact de Tinstruction acquise, au moment de la Rév il eut mieux valu prendre les actes de mariage de 1810 à 1820, par exempl Tai pas fait , tenant à constater la moyenne de l'instruction de nos aïeu l'ancienne France.

(3) La supériorité de Tarrondissement d' Avesnes existe encore aujourd nombre des conscrits illettrés, qui permet d'apprécier plus sûrement 1 d'instruction , n'est que de 1/3 de la moyenne générale du département ( M. Chevalier, ancien Inspecteur primaire, à Avesnes ).

(4) M. Fayet, ancien Inspecteur d'Académie, a obtenu des chiffres ai pour le diocèse de Langres et les diocèses voisins.

Pour l'année 1789, seule, les résultats sont ceux-ci :

ARRONDISSBMBNTS.

Nombre %

des ooDjoints

ayant signe.

Nombre «/o

des conjointes

ayant signé.

Avesnes

Ganibnii

Doaai

Dankerque

Hazebrouck

Lille

Valenciennes. . , . .•

La moyenne, pour les conjoints, est de. . . . 58 . 13 % et pour les conjointes, de 37.28 <^/o

Il est curieux de comparer ces derniers chiffres à ceux que donnent les statistiques modernes pour le département :

ÂNNÉBS.

Conjoints.

Goi:(jointes.

Aw w yvf ...............

*v» ii# \^m*j

Nous avons exposé simplement les résultats de nos recherches ; nous ne nous sommes occupés que d'une contrée , et nous ne pré-

(1) Bn 1830, le nombre des conscrits ne sachant ni lire ni écrire s'élevait à 50 % ; en 1850, il n'était plus qae de 36 %.

(2) Statistiques publiées par la Ministère du Commerce.

(3) Statistique publiée par le Ministère de l'Instruction publique.

jugeons en rien de la situation scolaire des autres. Nous pensons même que nos Flandres étaient au nombre des pays les plus avancés, et quiconque a lu leur histoire ne pourra s'en étonner.

Notre joie a été grande de voir que nos pères appréciaient les bienfaits de Tinstruction , et je crois sans peine que là est une des causes de la prospérité de notre département. U en fut de même dans le diocèse de Rouen (1) , et Tabbé Ternise , vicaire-général , pouvait, en 1746, établir qu'il est d'une bonne politique de procurer aux paysans les moyens de s'instruire, en opposant l'état florissant des campagnes de ce diocèse, oii tout le monde était instruit, à l'état malheureux de quelques pays oii le curé, dans un village, était souvent le seul qui sut lire et écrire (2).

Si il est bon de rechercher, dans chaque contrée, la suite des efforts faits par nos pères , il est encore plus important d'achever l'œuvre commencée. Le progrès est la loi de la nature. Chaque crise politique ou religieuse le suspend, mais elle ne l'arrête pas, et son impulsion s'augmente presque toujours de la résistance qu'il a rencontrée.

Malgré tout ce qui a été fait, depuis plusieurs années, pour le développement de l'instruction primaire ,'la tâche est encore bien grande, je le reconnais ; mais, unissons tous nos efforts ; ne regardons p;is à l'habit de l'instituteur ; ne nous préoccupons que de savoir s'il donne à nos enfants une instruction morale et solide. Marchons la main dans la main et promettons-nous de ne nous arrêter que le jour oii l'on ne comptera plus un seul Français ne sachant ni lire ni écrire.

La tâche est belle , et, pour ma part, je n'y faillirai Jamais.

(1) Voir V Histoire de l'Enseignement dans le diocèse de Rouen^ , par M. de Robillard de Beaurepaire.

(2) Mémoire lu à TAcadémie de Rouen. La question posée était la suivante : Est il avantageux ou préjudiciable au bien de TBtat que les gens de la campagne sacbent lire et écrire ?

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