‹ Histoire de l'enseignement primaire et secondaire en Écosse plus spécialement de 1560 à 1872Chapitre 19 sur 74 · ES LE · texte numérisé non relu

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avis à propos de la forme de grammaire qui devait à l’avenir être enseignée dans toutes les écoles du royaume. » Ce comité de grammairiens se réunit à Süirling sous la présidence de Buchanan (1), et, après délibération, rapporta qu’il ne pouvait recommander l’adoption générale d'aucune grammaire existante. Mais pour combler cette lacune, les grammairiens ofirirent leurs services pour rédiger une nouvelle grammaire, en attribuant les parties de cette tâche à des membres différents du comité. Cet arrangement plut au Conseil qui leur donna pleins pouvoirs de faire imprimer l’œuvre qui résulterait de leurs efforts communs et ordonna que, dès que cet ouvrage aurait paru, tous les maîtres d'école l’adoptassent sous peine de renvoi de leurs situations (2).

Cinq ans passèrent avant que les travaux du comité eussent porté fruit. En 1580 (3), les Rudiments, constituant la première division de l'ouvrage projeté, virent le jour. Ils étaient de la main d'André Simson, maître de l’école de grammaire de Perth, et plus tard de celle de Dunbar. Les Rudiments de Simson expliquent, sommairement avec des exemples, les cinq déclinaisons des substantiis, la déclinaison et comparaison des adjectifs, les pronoms, la conjugaison des verbes, et les parties indéclinables du discours. Cela est suivi d’une courte syn+ taxe qui pourtant est peut-être trop brève pour être utile. Toutes les allusions aux genres des noms et les longues listes de noms irréguliers qu’on trouve dans les

(1) CarmicHaëLz, Gram. Lat. de Elym., préface. — Hume Brown, Buchanan, p. 243.

(2) Reg. Priv. Coun., V, 110 et suiv.

(3) Murray, Proc. Philos. Soc.Glasg., vol. XXXVI, p.270. (Le Dict. Nat. Biog., LIT, 282, donne la date de 1587). Voici le titre exact : Rudimenta Grammatices in gratiam juventulis Scoticæ conscripla.

grammaires complètes sont omises (1). Sans que le gouvernement insistât sur son adoption, ce livre gagna bientôt la confiance du corps enseignant, et beaucoup d'éditions en parurent jusque dans le xvrn* siècle.

À James Carmichael, pasteur et maître de l’école paroissiale d'Haddington (2), il incomba d'écrire la partie qui traitait'de l’Étymologie, et, s'étant réfugié en Angleterre pour échapper à des poursuites pour délit politique (3), il le fit paraître à Cambridge en 1587 (4), l’année avant que, réhabilité, il rentràt de nouveau en Écosse et reprit ses fonctions pastorales.

Son livre était, dans son genre, presque un modèle de clarté. Tout y aidait merveilleusement la mémoire et témoignait d’une grande originalité dans son arrangement systématique de tableaux au moyen d’accolades et de classifications. En cinquante pages d’une allure presque attrayante, il décrit la nature, la forme et l'usage des substantifs et des adjectifs. Point de dissertation verbeuse : tout est sacrifié à la mémoire visuelle. Le livre est en latin, sauf les exemples artificiels qui sont traduits en écossais. Il à le tort de commencer comme ses prédécesseurs par un effort pour arriver à démêler les genres des substantifs avant d’entrer dans les déclinaisons ou l’emploi des mots.

* Buchanan lui-même se chargea d’une troisième partie, celle de la prosodie, mais son traité (5) était encore en

(1) Murray, p. 2%.

(2) Un certain « James Carmichael » fut recteur de l'École de Grammaire d’Aberdeen, de 1573 à 1575. Prospectus Aberd. Gram. Sch. (1906-1907), p. 52.

(3) Reg. Priv. Coun., III, 662, 665.

(4) Grammaticæ lalinæ, de Etymologia, liber secundus, ex vetustissimis artis et linguæ auctoribus depromplus, ea methodo quam Senatus Literatorum, Regià auclorilale Slerlingi habitus, Scoticæ Juventuti facilliman censuit, Canteb., 1587, in-4 (Mazarine).

(5) De Prosodia Libellus (1595).

manuscrit en 1593. Les autressectionsnelurent pas exécutées, et on ne sait même pas à qui elles furent assignées.

Le projet avait ainsi tellement traîné et tardé à se réaliser, que les villes enfin s’impatientèrent et voulurent passer outre et résoudre de leur propre initiative la question qui tourmentait l’enseignement (1). A une Convention des Bourgs royaux en 1593, on discuta longuement ies mesures à prendre. L'idée de choisir une des grammaires actuellement en usage et de la rendre universelle par une entente mutuelle fut écartée, et on adopta un ordre du jour confiant aux principaux ministres et anciens d’Édimbourg, le soin d’en faire préparer une dans un court délai (2). Cette action de la part des bourgs suffit à réveiller la conscience endormie et l’amour propre du Conseil Privé. Au mois de décembre de la même année, il étouffa le projet de la Convention municipale, en constatant que deux parties de la grammaire ordonnée en 1575 avaient déjà paru, et en déclarant que le livre tout entier était complété en manus-

(1) Dans l'intervalle, deux autres ouvrages ayant rapport à l’enseignement du latin, furent publiés par des Écossais : ;

1° Apparalus latine locutiohis in usum studiosæ juventutis.… auclore Alerandro Scot, Scoto, Abirdonensis Academiæe artium liberalium magistro, atque in universilale Turnonensi theologiæ candidalo. Lugd., 1588, in-fol. C’est une édition (fortement changée et augmentée) d’un ouvrege de Nizouvws, et forme un dic+ tionnaire (tout entier en latin) basé uniquement sur les écrits de Cicéron. L'exemplaire que nous avons consulté, à Gray (Haute-Saône), est probablement le seul en France. (Scor était aussi l’auteur d’une grammaire grecque en 1002 pages. Universa grammatica græca. Lugd., 1593. Répert. Ouv. Péd., p. 597: Hizz Burton, Scot Abroad, p. 312-313. Il y en a deux exemplaires, Colon. Allob., 1613, in-8, et Lugd., 1614, in-8, à la Bibl. des Avocats d'Édimbourg).

2° Onomasticon Poeticum.… Thomas Jacchæ, Caledonio, auctore. Édimb., 1592. L’'Onomasticon, écrit en vers hexamètres, est un dictionnaire alphabétique des noms propres se rencontrant dans les classiques, avec des renvois aux sources. L'ouvrage fut rédigé avec l'encouragement d'André MELvirze, et publié après avoir été revisé par Bucxanan. Murray, p. 282-283. — Jack était maître de l’École de Grammaire de Glasgow. Reg. Priv. Coun., II, 229.

(2) Rec. Convent. Roy. Burghs, 1, 411, #12.

— 98 — | crit (1). Lé Cotiseil bornia son énérgie à cet édit et le manuscrit restait manuscrit. Mais, devant la déclaration gouvernementale, les autorités des écoles ne pouvaient qu’attendre. En certains endroits, l’adoption d’une gramfnaire n’était expressément qu’un expédient provisoire en attendant qué celle du gouvernement parût (2). La Prosodie dé Buchanan fut la seule partie du mañuscrit pour laquelle on tint parole (3); et le gouvernement, avec un étrange manque de suite dans ses idées, accorda, en 1595, le privilège du roi à un autre auteur qui éssaya de faire concurrence à l’Étymologie officielle de Carmichael.

Cet homme se nommait André Duncan (4), et dirigeait une école à Dundéë. Dans son Étymologie (5), il exprime quelques idées très sages sur l’enseignement de la grämmaire. Il pose comme principe fondamental de succès dans l’école, qué l’enseignement doit attirer les élèves et ne jamais les repousser.L'’école, s’écrie-t-il, n’est pas une prison ni une salle de tortures, mais un lieu d’exercice agréable. C’est l’amour et non pas la peur ni la contrainte qui doit y régner (6). En grammaire, donc, comme ailleurs, il faut que la méthode soit intéressante. Le pire moÿen pour atteindre ce but n'est-il pas de faire

(1) Reg. Priv. Coun., V, 110 et suiv.

(2) Hurcnison, H: Sch. Stirling.; p. 40.

(3) Première édition, Édimbourg, 1595:

(4) Plus tard; banni de son pays natal, en 1611, avec Melville et d’autres, il devint professeur au collège de La Rochelle. MeCrie, Melville, p. 326.

(5) Latinæ grammalicæ pars prior sive eltymologia in usum rudiorum. Édim., 1595, in-12. Rupÿtman donne la date 1597 (Caazmers, Ruddiman, p. 383), mais Murray la dément et cite 1599 (Proc. Phil: Soc. Glasg., p. 271): Nous citons d’après un exemplaire de l'Univ. d'Édimb.

(6) Schola lüda est, non carcer aut carnificina. Amore alliciendà sunt tenera illa ingenia nôn trahenda limore. La phrase rappelle presque textuellement certaines paroles de Luther dans sa Protestation de 1525. « Ces geaules de la jeunesse captive », disait aussi Montaigne.

absorber quantité de détails et de finesses, avant que l'élève ne soit en état d'apprécier leur valeur ? Et d’ailleurs tous ces détails, même si on les retenait bien, seraient suprêmement inutiles pour la grande majorité des élèves. On sent déjà un avant-goûùt de la critique moderne dans son exclamaiion : A quoi donc les finesses de la graminaire serviront-elles, surtout compliquées par des vers latins, à des jeunes gens qui vont être négociants, matelots, fermiers, tailleurs? Ce qu'il leur faut n’est pas de savoir par cœur des règles et des exceptions, mais de faire la connaissance de la littérature latine. Donnez-leur donc le minimum de grammaire formelle, pour qu’ils soient conduits par le chemin le plus court à la lecture des auteurs, et là, en contact avec l’âme, ils feront avec intérêt et profit la connaissance plus intime du corps, dela langue latine. Une grammaire d’école doit donc être courte, simple et claire. Évidemment, d’un homme d'expérience avec de pareilles idées, on pourrait attendre une grammaire d’une pratique excellente, et c’est ce qui serait sûrement arrivé si Duncan n'avait pas été nourri de Despautère et n'avait pas conservé ainsi, malgré lui, des habitudes de pensée qui le mettaient en contradiction avec ses propres prin- Cipes. On voit, par exemple, qu’il est convaineu de l’absurdité d'enseigner la grammaire en vers latins, lesquels ne lui semblent qu’un obstacle de plus dans une tâche déjà difficile. Ils aident la mémoire à retenir des règles, mais, par le fait même, détruisent l'utilité de ces dernières. Car une règle quine s'exprime que dans une formule où l’on ne peut changer ni un mot ni une syllabe ne peut pas s’apprendre d’une façon intelligente qui la rende assez maniable pour être appliquée dans des cas divers. D'ailleurs, le fait de mettre les règles en vers, leur donne des tournures qui ne font qu’obscurcir leur

portée. Il abandonne donc l’usage de cette méthode. Mais l’idée ne lui vient pas que de pareils arguments peuvent militer contre une grammaire en prose si cette prose est latine; et d’un bout à l’autre de son livre il n’emploie pas un "ot d'anglais. Il garde son admiration pour Despautère comme livre de maître, manuel de savant, mais constate avec véhémènce le ridicule de le mettre tel quel entre les mains des écoliers. Agir ainsi, n’est que plonger l'élève, dès le commencement, dans une obscurité grammaticale et par le nombre des règles et par les listes d’exceptions, et par l’emploi des vers latins. Cela ne l’empêche pas de « prétendre suivre Despautère » tout en le simplifiant à son gré.

On pourra facilement critiquer la liste des définitions et des classifications des différentes espèces de mots, par laquelle, à l’instar de son maître, il commence son œuvre, mais à part cela, on ne peut qu'admirer la simplicité et la clarté qu’il y apporte. Il a su profiter de la disposition de la grammaire de Carmichael et il utilise mieux le système des tableaux pour les irrégularités. Le livre est plus complet que celui de Carmichael en ce qu’il renferme les conjugaisons des verbes. A ce propos, il est à remarquer qu'il fait suivre les mots simples de leurs irrégularités et leurs composés, plutôt que de classer ces derniers, comme c'était jusque-là la coutume, d’après la nature de l’irrégularité même. La méthode de Duncan avait certainement beaucoup d’avantages au point de vue de Ia facilité pour la mémoire. Il n’avait rien traduit dans le texte, maïs la même année il publia un appendice contenant le vocabulaire des verbes, etc., avec traduction (1).

(1) Appendix Elymologiæ ad copiam Exemplorum, una cum interprete. Édimb., 1595, in-8 (Murray, p. 271).

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Mais malgré sa préface intéressante et les attraits de son texte, Duncan ne parait avoir eu aucun succès. Cela ne l’empêcha point de faire paraître, deux ans plus tard, un compendium de la grammaire tout entière (1), où en 51 pages (in-12) il expose, par l’usage de tables et de schémas, tout le squelette de la grammaire, y compris la prosodie. Plus de définitions et peu d'exemples, mais ceux-ci bien choisis. Les verbes ont leurs équivalents en anglais. Nulle règle de syntaxe n’occupe plus d’une ligne. Cette grammaire, à son tour, semble avoir eu le même sort que la précédente.

Mais les déclarations du Conseil Privé restaient encore stériles, et la patience de ceux qui ne voyaient le salut de l’enseignement que dans l'imposition d’une grammaire unique commençait à s’user. Un décret gouvernemental de 1597 « pour faire enseigner universellement une grammaire unique (2) » ne servit qu’à entretenir le mécontentement général, et les pétitions reprirent. À la longue, elles firent soulever de nouveau la question dans une séance du parlement qui se décida à essayer l'effet d’une loi. C’est celle du 2 août 1607 (3).

La question de grammaire yest, avec quelque exagération, élevée à une importance vitale qu’on ne lui avait pas encore reconnue. Ce n’est plus une simple question de méthode ou de commodité. Be parlement est persuadé, par les représentations qu’on lui à faites que l’enseignement du latin a complètement dégénéré dans tout le royaume. Cet état de choses est un danger et menace de porter grand préjudice au bien public du pays. Si, pour le Cas particulier, la phrase est trop forte, on peut tou-

(1) Séudiorum puerilium clavis müro quodam compendio ac facilitate, latinæ linguæ et poelicæ rudimenta complectens. Edin., 1597, in-12 (Bibl. Univ. Edin.).

(2) Act. Parl. Scot.. IV, 151.

(3) Act. Parl. Scot., IV, 374.

jours savoir gré à ce parlement de s'être rappelé que le rapport entre l’éducation et le bien public d’un pays est des plus étroits et qu’une simple question d’enseignement à un intérêt national. Le parlement, agissant d'après sa conscience du, danger, croit devoir en chercher les causes et y apporter un remède. La Cause principale est le manque’d’un enseignement uniforme et l’usage, par les divers maîtres en ville et à la campagne, de grammaires d’après la fantaisie de chacun. Comme le Conseil Privé, il Cherche le remède en nommant une Commission pour préparer üune grammaire. Les recommandations de la Commission devaient avoir la force d’une loi et chaque maître qui ne s’v soumettrait pas serait passible d’une amende de vingt livres écossaises pour les pauvres de sa paroisse, et serait privé de sa situation. Mais l’histoire se répéla. Le parlement avait devant lui trop d’affaires pour penser à Sa Commission grammaticale, et cette dernière, le premier enthousiasme passé, oublia sa tâche, ou y trouva trop de difficultés. Dans cet embarras, un maitre d’école, qui avait l’oreille du chancelier, vint au secours du pays. C'était Alexandre Hume ou Home. Ancien étudiant de Saint-André, il avait passé seize ans en Angleterre, soit comme étudiant à Oxford, soit comme maître d'école. Pendant son séjour dans ce pays, il s'était naturellement occupé des méthodes d'enseignement. Simson, maître à Dunbar, dont il avait été l’élève, lui avait appris son latin par la voie de Déspautère, mais ayant fait une connaissance intime avec la pratique de Linacre en Angleterre, Hume fut rempli d’admiration et prit la résolution, dès sa rentrée en Écosse, de suivre l'exemple de Sir Thomas Morus en chassant les anciennes grammaires (1). En Écosse, il

(1) Gram., 2e partie, Ad Lecf,

oCcUüpa successivement le poste de directeur d'école de grammaire à Édimbourg (1596-1606), Prestonpans (1606- 1615) et Dunbar. C'est en quittant Édimbourg qu'il trouva assez de tranquillité et d'indépendance vis-à-vis de l'opinion publique (1) pour essayer la réalisation de ses projets. Il écrivit une grammaire qu’il croyait supérieure à celles de Despautère et de Pélisson; et Melville, entre autres, l’encourageait à la publier. Par l’influence de son ami le Chancelier Beaton, il obtint du Conseil Privé la nomination d’une Commission pour examiner son livre en vue de le faire adopter comme grammaire nationale (1610) (2). La Commission, composée de deux cheîs de l’Église, deux avocats, et un professeur de philosophie, approuva l’ouvrage de Hume; et, sur la demande de l’auteur, le Conseil Privé décréta son acceplation suivant les termes de 1607, comme grammaire nationale, à partir du 1% novembre 1612. D'autre part, les peines d'infraction furent aggravées. Ceux qui ne se conformieraient pas à la loi seraient exclus complètement de l’enseignement et l’amende serait de cent livres (3). Hume, done, fit imprimer sa grammaire qui parut en 1612 (4). Il avait déjà publié ses Rudiments (5), et un volume de dialogues à l’imitation de Cordier, destiné à mettre à la portée des élèves le latin qui leur serait utile dans leurs jeux (6).

La Grammaire de Hume consistait en trois parties.

(1) Gram., 1° partie, Ad Lect.

(2) Reg. Priv. Coun., VIII, 446.

(3) Reg: Priv, Coun., IX, 272, 278.

(4) Grammalica nova in usum juventutis Scoticæ ad melhodum revocata ab Alerandro Humio, El aucloritale senatus omnibus Reyni scholis imperata. Edin., in-8 (Bibl. Advoc. Edin.).

(5) Prima Elementa Grammaticæ in usum juventutis Scoticæ. Édin., 1612, in-8. Murray, p. 272. STEVEN, 1. Sch. Edin., append., p. 52.

(6) Pamænesis, p. 5.

D'abord la grammaire proprement dite, puis une Parænesis ou lettre aux parents sur l'éducation des jeunes gens (1), et troisièmement ce qu’il appelle une Schola Grammatica, où il donne des annotations et de plus amples détails sur certaines seclions de la première partie. Le livre est écrit en latin, mais continue à s’écarter de la méthode de Despautère en abandonnant les vers, les règles et les explications complexes. Dans son arrangement Humediffère de son prédécesseur Duncan et perd un peu de sa clarté, du moins de sa simplicité, en y infusant plus de science. Et pourtant on pourrait lui objecter que son livre manque d'intérêt : les règles sont données d’une manière sèche qui repousse plutôt qu’elle n’attire. En somme, il ne montre pas beaucoup de progrès sur ses prédécesseurs immédiats, sauf en ce que son livre renferme un enseignement du sujet tout entier. Mais le pays n’était pas encore prêt à abandonner si complètement ses anciens dieux grammaticaux, et Hume, comme Duncan, se trouvait sans appui parmi ses collègues. Son livre ne fut pas accepté et le Conseil ne montra aucun désir de mettre ses menaces légales à exécution. Les évêques, d’ailleurs, pour des raisons personnelles, mettaient des entraves aux succès de Hume; et son successeur à Édimbourg fomentait une opposition acharnée à ses idées grammaticales (2). Le roi lui-même, qui. s’intéressait facilement à de telles questions, en conçut une appréciation défavorable. D’autres savants, à la Cour, restaient les serviteurs fidèles des anciennes méthodes, mais on aurait pu s'attendre à mieux de la part de tels hommes que Casaubon qui, détestant Ramus, voyait en Hume,

(1) Déjà analysée supra, p.'19-83.

(2) M°CRie, Melville, p. 383.

d’un coup d'œil hâtif, un ramiste écossais (1). L'épithète, en ce qui concernait la grammaire, était injuste. Hume lui-même n’approuvait pas la grammaire de Ramus qui lui semblait enseigner plutôt la logique que la grammaire (2), et il avait fait un effort spécial pour raccourcir les « définitions » que Casaubon lui reproche. Mais Hume ne désespérait pas et, jusqu’à la fin de sa vie, semble avoir lutté pour sa propre défense. En 1623, il avait fait des modifications et prétendait que son succès dans sa propre école prouvait les mérites de son SYStème. Sur ses instances, le Conseil prit de nouveau son livre en considération et le posa comme sujet de discussion entre Hume et son successeur à Édimbourg (3). La confrontation des deux maîtres ne donna aucun résultat définitif, et la même année, on ordonna à six maîtres d'école de faire, chacun avec plusieurs de ses élèves, un essai pratique du livre (4). Les détails de cette épreuve intéressante, si elle eut lieu, restent inconnus, mais Hume ne conserva plus son privilège royal (5). Sept ans plus tard, il avait réussi à le faire soumettre de nouveau à une réunion de sept maitres d'école (6) comparaissant devant une commission royale (7); mais à ce moment, Hume disparait de la scène (8) et personne ne continue Sa propagande.

Avant de quitter ce savant intéressant, il sera utile

(1) Isaaci Casauboni Epistolæ, curante Theodoro Jansen, ab Almeloveen. Amsterd., 1709, fol. 526. Epist. 878. Mars., 1613 (Bibl. Ste-Genev.).

(2) Gram., 1e partie, Ad ect. 5

(3) Reg. Priv. Coun., XIII, 264, 265.

(4) Reg. Priv. Coun., XIII, 318 ; Sreven, 1. Sch. Edin., p. 47.

(5) Hurcrison, H. Sch. Slirling, p. 63.

(6) Ext. B. Rec. Aberd., p. 30 (1630); Grant, Bur. Sch., p. 365.

(7) Le roi Charles Le recommanda l'enquête dans une lettre datée du 16 juillet 1629, et le Conseil Privé nomma la Commission le 8 juillet 1630, Reg. Priv. Coun., New Series, 111, 596, 597.

(8) MeCrre, Melville, p. 473; Sreven, I. Sch. Edin., p. 29, 40-46,

de faire remarquer un ouvrage qu’il a introduit en Écosse quand il dirigeait l’école d'Édimbourg, et qui longtemps après passait couramment pour une de ses propres créations. Nous voulons dire le Bellum Grammaticale (1) qu'il faisait jouer, comme pièce de théâtre par ses élèves et qui gagna une longue popularité. Il se rattache au chapitre présent parce que c'était un essai destiné à apporter un peu plus d’imérêt dans l’enseignement de la grammaire, et qui y joua un rôle assez remarquable.

Le Bellum n’est nullement l’œuvre de Hume, quoique à lui revienne l’honneur de l'avoir fait connaitre en Écosse. L'auteur en était Andréas Guarna, qui l’écrivit vers le commencement du xvi® siècle. Des éditions en parurent à Anvers, à Venise et ailleurs (2). Son objet était de rappeler les détails de la grammaire sous forme d’une guerre entre les différentes parties du discours. Écrivant naturellement en latin, l’auteur nous décrit la beauté et les attraits de la Province de la Grammaire, région intéressante et importante, puisque tous les voyageurs à destination des pays de la Philosophie, de la Dialectique, ett., doivent la traverser. Il n’est donc pas inutile de se familiariser avec l’histoire de ce pays. Dans les temps très reculés, on raconte que les habitants vivaient en paix sous le régime de deux princes qui s’appelaient respectivement Verbum (amo) et Nomen (poela). Mais un beau jour la discorde vint troubler ce paysage tranquille. Un grand banquet avait été organisé auquel assistaient les deux princes régnants. A la chaleur des vins généreux, une discussion se soulève à propos

(1) Gram., 1, ad lect.; Seven, A. S. Edin., p. 37, append., p. 52. (2) De Bello Grammaticale ab innumeris mendis repurgatum ac postillis auctum : Andreas Guarna, Palritius Salernilanus. Venetiis, 4381 (Bibl. Nat.).

de l'importance de l’un et de l’autre dans le discours. La question de prééminence est difficile, le débat tourne à l’aigre, les esprits se montent, le banquet finit en désordre et l’échange d’injures devient si violent, que le gant est jeté et une guerre civile éclate. Les deux partis rassemblent leurs armées. Les parties du discours se rangent d’un côté ou de l’autre, et forment leurs bataillons d'après les classifications et lés règles de grammaire. Ainsi, par exemple, les Prépositions, qui soutiennent le sübstantif, forment trois phalanges, suivant qu’elles régissent l’accusatif, l’ablatif ou les deux cas. Par ce procédé, l’ordre de bataille présente le spectacle des règles grammaticales. On donne le signal et le combat est livré. Une lutte acharnée commence dans laquelle la victoire semble toujours douteuse, mais partout on subit des pertes énormes. La confusion s’accroit aux rumeurs de défection dans les deux armées, et il ne semble y avoir aucun espoir de terminer le combat autrement que par l’anéanlissement complet de toutes les parties de la grammaire. Heureusement, à ce moment un orage épouvantable éclate sur le champ de bataille et force les deux armées à se retirer dans leurs camps respectifs. Arrivées là, elles ont le temps de se reposer et de se rendre compte de leurs pertes. Celles-ci (qui expliquent les exceptions qu’on trouve maintenant aux règles) sont alarmantes et donnent à réfléchir. Ainsi, par exemple, les chirurgiens rapportent que pas un seul combattant dans la colonne composée des superlatifs des adjectifs en er n’est rentré sans avoir perdu sa terminaison issimus dont il ne lui reste que le membre mutilé rèmus. Le spectacle attristant d’une foule de tels blessés rend le substantif à la raison, et il envoie à l’autre Camp un ambassadeur avec des propos de conciliation. Le principe d’une cessation d’hostilités est accepté,

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