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L'INSTRUCTION ET LA DISCIPLINE

Très peu de détails ont été conservés au sujet de l’intérieur de ces écoles. Pourtant, on en a assez pour s’en former quelque idée.

En général, elles étaient destinées à donner un enseignement primaire comprenant la lecture et l'écriture: et l’Église était très énergique dans ses exhortations à tous ses membres d’en profiter au moins jusqu’à ce point (1). Mais il était bien entendu que les maîtres devaient être capables de donner une instruction plus avancée. L'Église leur prêtait son concours et son encouragement dans ce but. Elle ordonna l’examen soigneux des talents de chaque élève afin de lui aider à se développer par un enseignement secondaire s’il témoignait un goût ou une aptitude pour les professions libérales (2). Que ceci n’ait pas été une vaine parole est certain. Nous avons déjà eu l’occasion de remarquer que des écoles de grammaire se trouvèrent gènées par le fait que, dans le voisinage, les écoles paroissiales donnaient une instruction déjà comparativement complète (3). Certains Conseils des Anciens s’opposaient à des nominations si les maîtres ne prenaient pas l'engagement de faire apprendre aux enfants non seulement l'anglais, mais le latin (4). On exigeait en même temps quelque connaissance de la musique. Les maitres étaient presque toujours directeurs des chœurs dans l'Église, comme ils aidaient le pasteur dans d’autres circonstances; mais

(1) Pererxin, IL, 271.

CRC ALAS p.420;

(3) Voir plus haut, p. 128.

(4) Lee, Church Hist., II, 431.

il fallait utiliser leurs qualités musicales aussi bien pour l'avantage des enfants que pour les louanges du Seigneur. Le chant, donc, était parmi les matières d’enseignement qu’on attendait d’un bon instituteur (1). Quelques-unes de ces écoles possédaient des bibliothèques que l'Église encouwrageait par des subventions (2). Le catalogue d’une de ces institutions utiles a été retrouvé, et montre les ressources étonnantes de ces humbles écoles de Campagne. La plupart des livres sont des classiques latins ou des commentaires, mais la liste contient aussi des œuvres de philosophie, d’hébreu, d'histoire, de mathématiques, même de pédagogie (3).

Dans les Mémoires de Sir John Clerk (né en 1676), nous entrevoyons un instant les occupations d’un enfant dans une école de paroisse. A l’âge de 10 ans, on l’envoya à l’école de Pénicuik où il se trouva dans les mains d’un maître très soigneux, mais, (suivant la mauvaise cou-

(1) Les, Church Hist., II, 431; Fraser, Sé Mary’s of Old Montrose, p. 205, etc.

(2) Tbid., II, 430.

(3) Le catalogue en est donné par Lee (Church Hist., II, 430, 435-436) ; le yoici :

Dictionarium Calepini ; Terentius, cum picturis : Un vieux Virgile avec notes ; Ciceronis forensia et oraloria opera ; Nixolii Cicero ; Ovidii Epistolæ cum notis ; Cicero de Divinatione ; Observations sur les 6° et Te livres des Commentaires de J. César ; Aristotelis TAN Lambini Plautus ; Une vieille édition des Métanr Mie d'Ovide; Tehmari Erercitationes Rheloricæ ; Buchanani Chronica ; Schrevelius sur Horace ; Martialis Epigrammates cum notis ; Trois volumes des Discours de Cicéron; Schrevelius sur Juvénal et Persius ; Vossii Aristarchus F Scholæ in Epist. Ciceronis; Terentius cum Donati notis ; Vossii Grummalica Lal.; Schrevelius sur Virgile; Arithmétique pratique, par RAwWLIN ; Persius cum notis Bondii ; Ovide en anglais ; Le Maître d’École, par Ascran; Sallustius cum notis Servii; Schrevelii Lexicon ; Le Siège d'Anvers : Velleius Paterculus cum nolis; Terentius cum notis Schrevelii : Flori Historia Romana ; Delvii Senecæ Traj. Synlagma; La Porte de la Langue sainte, Rogertson ; Le Texte hébreu des Psaumes et des Lumentations (sans points); Les Psaumes et les Lamentations en hébreu, en caractères anglais ; Clef à la Bible hébraïque ; Les Épithètes, de Texrer ; La Grammaire, de Linacer ; Erasmi adagia ; Les Commentaires, de J. César, en anglais ; La Rhoe “a BRouxe ; Les Baguettes de Neper.

tume de ce temps-là », trop sévère en fait de discipline. Cette expérience, en effet, lui causa tant d’humiliation qu’elle lui servit de leçon, pour qu’à l'avenir il ne souffrit jamais qu’on traitàt ses enfants ou ses jeunes amis (« Comme étant nés pour être esclaves. » Les garçons, dit-il, qui ont un talent pour apprendre, devraient être attirés vers les livres: mais ceux à qui ce talent fait défaut, devraient être dirigés vers des occu pations mécaniques, où ils deviendraient beaucoup plus utiles pour la société, que si on leur donnait une instruction de savant. Auprès du premier maître il apprit le latin; et, plus tard, un autre dans la même école lui enseigna le grec. Dans ces études il passa sept années de sa vie, et il est à noter que son instruction sous ces maîtres sem ble avoir été limitée à des sujets d'enseignement secondaire. Il regrettait le fait un peu dans la suite, et remarqua Spirituellement que, pour le confort de ses descendants, il aurait mieux valu qu’il consacrât plutôt son temps à apprendre à mieux écrire, car, dans ce Cas, ses Mémoires auraient été moins illisibles. La grande cause pourtant de ce qu’il appelle sa mauvaise écriture élait plutôt l’abus que l’oubli de l’art d'écrire. Cet abus était l'habitude, «très répandue alors dans les écoles », de faire rédiger par les élèves des notes copieuses des sermons de chaque dimanche. Et, cependant, l’usage avait son utilité. «Il nous accoutumait à écouter tout avec attention et nous empêchait de faire des choses plus mauvaises. » Dans sa dix-septième année, Clerk passa directement de cette école à l’Université (2).

I existe enfin un document du plus haut intérêt qui décrit en détail la discipline et tout le règlement intérieur d’une école. Comme celle-ci se trouve dans un

(1) Memoirs of the Life of Sir John Clerk (Scott. Hist. Soc.), p. 10-12.

pays (Ayrshire) où l'éducation était plutôt en retard, nous pouvons croire que ce programme représente assez exactement le minimum de l’enseignement paroissial. Par lui nous pouvons juger de ce qu’on demandait au maître, comment il devait se conduire, les heures de classe, les matières d'enseignement, et même des détails de la méthode. On y prévoit les punitions, la manière deJes infliger, les récompènses, les jeux. C'est, en somme, une visite qu'on fait à une école paroissiale en 1640. Comme tous les détails sont nécessaires pour compléter le tableau, nous le donnerons in extenso. L'historien local raconte qu’en 1640, à une réunion publique, les habitants de Dundonald discutèrent et rédigèrent les détails de la conduite de l’école, que tout maître devait désormais prendre l'engagement d'observer scrupuleusement (1). Il s'agissait évidemment des règlements qu'on va maintenant avoir sous les yeux. Nous les extrayons d'une vieille revue écossaise (2).

Règlement d'ordre que doit signer celui qui sera chargé, dans l'avenir, de l'instruction de la jeunesse dans la paroisse de Dundonald, et qu’il doit s'engager à observer sous peine de renvoi de son poste, en cas de négligence, après enquêle dûment faite et admonestations données :

« 1° Le maître sera toujours présent quand les enfants seront à l’école et ne se permettra pas d’être attiré ailleurs pour boire, pour jouer ni pour aucune autre occupation.

« 2° S’ilest forcé de s’absenter pendant tout ou partie d’une journée, il ne manquera pas de se faire remplacer par un autre pour l'instruction et la surveillance des enfants.

(1) Parerson, Wiglonshire and Ayrshire, I, 429-430. (2) Edinburgh Magazine, vol. IV, mars 1819.

(3° Si par hasard le maitre a des affaires urgentes, qui le retiennent plus d’une journée, il en avertira immédiatement le Conseil des Anciens, ou du moins le pasteur, si l'affaire est trop pressante pour attendre la réunion des Anciens, et demandera la permission de s’absenter.

«€ 4° Pendant les mois d'octobre, novembre, décembre, janvier, février, les enfants doivent être à l’école au lever du soleil et en sortir le soir au coucher, sauf quelques-uns des plus jeunes ou ceux qui sont les plus éloignés de l’école et pour lesquels il faut avoir une certaine considération. Durant le reste de l’année, l’entrée doit se faire à sept heures, et la sortie, le SOI AC LXS Mais ceux qui apprennent le latin doivent se présenter un certain temps avant les autres.

«€ 9° Pour le déjeuner on sortira de neuf heures à dix heures; de même, le temps du diner durera de midi à une heure, autant que possible; il faut donc qu’il y ait un sablier pour mesurer les heures.

€ 6° Tous les matins, avant de commencer le travail du jour, le maître doit, gravement et religieusement, faire une prière devant les élèves; et de même, le soir avant la sortie des classes.

« 7 Tous les matins, un devoir soit dans le Paler, le Credo, les commandements, les gràces ou le catéchisme, doit être prescrit pour chaque élève selon son àge et ses progrès; ces leçons doivent être répétées le lendemain matin avant d'entamer le travail ordinaire.

€ 8° ITfaut apporter un soin particulier à ce que les écoliers assistent aux sermons le dimanche, qu'ils s’asseyent autour du maître, silencieux, écoutant modestement et révérencieusement, et qu’ils retiennent ce qu’ils ont observé pour le dire le lundi matin. À ce moment, comme le samedi avant de les renvoyer, le maître doit

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consacrer au moins une demi-heure à l’explication des bases de la religion.

« 9° Ceux quiapprennent le latin doivent montrer qu’ils ont retenu la leçon de la veille en faisant une répétition chaque matin. Cet examen soigneusement fait, on doit leur enseigner la léçon du jour dans l’auteur et la grammaire, s'ils sont avancés à ce point, en notant et expliquant chaque difficulté qui s’y rehcontre. On dira, en les parcourant avec eux, toutes les parties de la leçon sur lesquelles ils seront examinés, soit dans l’étymologie, soit dans la syntaxe de l’auteur, avec tout ce qui peut leur paraître obscur dans la grammaire.

10 Les élèves expliqueront et discuteront ensuite leur leçon entre eux jusqu’à neuf heures. Après déjeuner, en rentrant à dix heures, ils liront et expliqueront leur livre devant le maître pendant une heure. Celui-ci doit surtout donner son attention à l’auteur lu, à cette heure. S'il a dù omettre une partie de la lecture expliquée, il la reprendra à une heure, de sorte qu’à la fin de l'après-midi il ne restera que la grammaire à examiner. Journellement, entre onze heures et midi, ils feront un thème. (On en profitera pour consacrer cette heure à l’écriture pour l’école tout entière). On doit examiner et corriger le thème tout de suite après sa rédaction, ou du moins avant la fin du jour. Avant les dévotions qui finissent la journée, on fera répéter la leçon du jour, de sorte que les épreuves du lendemain matin soient plus assurées.

« 41° On ne peut pas fixer exactement d'avance le nombre des leçons pour ceux qui apprennent l’écossais (la lecture anglaise), puisque cela dépendra toujours de la saison de l’année, du nombre des élèves, et de leurs progrès différents, qui font que les uns auront beaucoup plus à dire dans une leçon que les autres, et exi-

geront, par conséquent, plus de temps. Cette partie est donc laissée à la discrétion du maître, qui est tenu de faire de son mieux. Cependant, pour empêcher toute négligence, le pasteur et les gentilshommes les plus savants de la paroisse assisteront aux leçons une fois par trimestre au moins, et après avoir entendu tous les élèves d’écossais et mesuré le temps nécessaire pour chacun au moyen d’un sablier, exprimeront leur avis concernant le nombre de leçons à donner matin et soir. Cet avis, le maître doit le suivre aussi fidèlement que s’il était ici contenu. Aux mêmes époques, d’ailleurs, les inspecteurs sus-nommés prendront connaissance de l’état général de l’école, du progrès des élèves, de la diligence et de la fidélité du maître en tous points, et en feront un rapport au Conseil des Anciens, afin que le maître soit loué et encouragé, ou blâmé et admonesté, suivant le cas échéant. Si l’on découvre que le maître a employé quelque fraude pour tromper les examinateurs, comme par exemple, de faire faire des leçons plus longues cette journée que d'ordinaire, ou autrement, celte faute sera considérée comme méritant la peine de renvoi.

« 12° Pour que les élèves fassent plus de progrès, ceux qui sont plus avancés dans la lecture écossaise, soit de l’imprimé, soit de l'écrit, seront chacun responsables d’un jeune écolier, qui restera à côté de son moniteur et que celui-ci aidera à se perfectionner dans sa leçon en vue de la répétition devant le maître, aux risques et périls de celui des deux qu’on trouvera coupable de négligence. Les écoliers plus âgés demanderont au maître de leur aider pour les mots qu’ils ne comprennent pas dans leur propre leçon. Dans nul cas, on ne doit permettre que l’aide donnée par les plus âgés aux plus jeunes empêche les premiers dans leur progrès.

« 13° Il faut donner un soin tout particulier à ia classe d'écriture. Tous les jours la dite heure, à savoir de onze à midi, doit être consacrée à cet exercice : et pour ceux qui en font un but spécial, on doit trouver du temps additionnel. Le maître doit faire ou réparer les plumes, régler le papier, écrire les exemples à copier, inspecter l'écriture de chacun individuellement, montrer lesfautes, et apprendre par la démonstratioh oculaire comment les réparer. Le maître doit conduire les mains des jeunes commençants, regarder par-dessus leurs épaules pour les diriger, et faire tout dans le but de les avancer.

« 14° Comme le maître doit être soigneux et consciencieux dans l’enseignement de la science, de même il faut qu’il enseigne aux enfants les bonnes mœurs et comment ils doivent se comporter devant autrui. Dans cette intention, il doit leur apprendre les formes de courtoisie à employer envers lui-même dans l’école, envers leurs parents, chez eux, et envers les gentilshommes, les anciens et autres honnêtes gens ailleurs. Il doit mettre dans leurs bouches les paroles qui conviennent au rang de chaque personne à laquelle ils peuvent s'adresser, et les habituer à bien arranger (maîtriser) la figure, les mains, les pieds, quand quelqu'un leur parle ou vice versa, et à abandonner tout geste mal élevé, comme de secouer la tête, les bras, etc.

« 15° Et puisque beaucoup de personnes, à plus forte raison les tout jeunes, ne peuvent pas soutenir un travail intellectuel sans répit, on leur permettra un peu de récréation pour conserver et aiguiser leur esprit. Dans l'hiver, depuis le mois d'octobre jusqu’à celui de février, on peut leur donner une heure dans l’aprèsmidi, le mardi, le jeudi et le samedi, sauf les jours de fêtes religieuses; le reste de l’année, on doit avoir deux heures au lieu d’une, Mais le maître veillera à ce qu’ils

ne jouent à aucun passe-temps illicite ou obscène, ou à des amusements qui puissent facilement salir ou déchirer leurs vêtements, ou nuire à leur corps. On doit choisir un endroit convenable tout près de l’école, mais jamais dans le cimetière ni dans aucune de ses dépendances, car il est dormitorium sanclorum, lieu dont on ne doit pas se servir pour aucune occupation ordinaire, à plus forte raison légère. C’est un endroit de deuil plutôt que de jeux ou d’amusement et il doit être rigoureusement affecté à son propre usage.

« 16° Et finalement, attendu que sans discipline nulle compagnie ne peut être tenue en ordre, et d'autant moins la jeunesse sans bride, il sera nécessaire d’avoir dans l’école un censeur commun pour prendre note de toutes les fautes, et les dénoncer au maître, qui s’en fera rendre compte une fois par semaine. Et pour que la conduite des enfants soit encore mieux connue, il faut avoir aussi un censeur secret qui, à l'insu de tous, donne des informations au maître. Pour toutes ces fautes, rapportées publiquement ou par délation, le maître peut administrer une correction corporelle suivant la gravité de l’offense. Par le moyen d’une canne ou d’une lanière, les uns seront frappés sur la paume de la main, les autres sur... une autre partie, selon leur démérite; mais il est absolument défendu de Îrapper sur la tête ou les joues, en aucune circonstance ni dans aucun cas. Et ici surtout le maître aura besoin de tout son tact pour développer ou corriger les penchants divers de ses élèves, soustrayant au vice et encourageant à la vertu, les uns par des éloges, des paroles gracieuses et de petites récompenses, les autres par une sévérité modérée si leur opiniâtreté l’exige. Le maître sage, tout en ne négligeant pas la férule, quand c’est nécessaire, doit réprimer l’insolence et gagner tous les enfants

à leur devoir, plutôt par une contenance grave et sévère que par des coups. »

On voit que déjà la fonction de maître d’école demandait non seulement une variété de connaissances intellectuelles, mais aussi une étude raisonnée de la méthode, une faculté d'organisation, une prudence et un tact bien assurés. L'éducation était comprise comme un entraînement vers les bonnes mœurs et une conduite modeste, autant que éomme l’acquisition de connaissances intellectuelles. Si l’on s'étonne de l’idée d’un censeur clandestin (institution assez fréquente alors), notre surprise devient plus agréable en contemplant le vif intérêt pour les affaires de l’école révélé par la minutie de ces règlements discutés et adoptés dans une réunion publique.

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