LES ÉCOLES DE VILLES
Rapports entre les pasteurs, les propriétaires et les conseils municipaux. — Lutte contre l’ingérence du clergé (1744-1861). — Loi de 1861 : abolition du test religieux. — Études : prograrnmes de quelques écoles. — Unification des différentes espèces d’écoles pour former des « Académies ». — Rapport de la Commission d'enquête de 1866. — Loi de 1872 et les School Boards. — Subventions budgétaires pour l’enseignement secondaire (1892).— Instruction secondaire pratiquement gratuite offerte par les School Boards. — Encouragement pour l’enseignement scientifique.
Nous avons essayé de montrer le développement des moyens d'instruction dans les paroisses (hors des grandes villes s'entend), et l’évolution de l'influence ecclésiastique à la campagne jusqu’au moment où elle se vit mise à l’arrière-plan par l’énergie laïque consciente enfin de ses propres devoirs. Mais les villes, jouissant d’une grande indépendance dans la gestion des affaires publiques, offrant des conditions matérielles plus avantageuses pour un mouvement intellectuel plus éveillé, témoignent de tant de particularités dans leur histoire qu’il faut considérer à part l'éducation dans ces centres.
Quelques indications ont déjà été données pour montrer qu’à l’époque de la Réforme, les villes reconnaissaient quel intérêt public il y avait à soutenir des écoles sous la direction municipale; et, par le fait, ces écoles n'étaient pas des institutions paroissiales, mais munici-
pales. Cependant le clergé gardait encore, dans la plupart des cas, des rapports très intimes avec le conseil de direction de ces écoles, et le maintien et la réglementation de ces rapports ne tardèrent pas à devenir des questions épineuses dont la solution ne comportait pas les mêmes conditions que la situation des paroisses. Nous reprenons cette partie de l’histoire au commence ment du xvu siècle, quand la situation était plutôt embrouillée, s’arrangeant par des accommodements encore à l’amiable, mais particuliers à chaque ville. Trois pouvoirs distincts entraient en jeu dans l’'administration de l’éducation urbaine. Le conseil municipal d’abord réclamait le droit de diriger toutes les affaires ayant une portée publique, les pasteurs n’oubliaient pas leur ancien prestige, les propriétaires avaient des devoirs de par la loi. Les citations nombreuses de Grant (1) établissent clairement le fait que toute ville ayant une bonne situation financière tenait à être ellemême le patron des écoles publiques contenues dans ses murs, et c’est ainsi que les magistrats nommaient les maîtres. Mais, par un accord tacite, cette nomination se faisait presque invariablement avec le concours des pasteurs, ce concours portant principalement sur les qualités intellectuelles et morales du candidat favorisé par le conseil municipal. Le conseil de Perth, s’entendant mal avec les pasteurs, fit en 1632 (2) un effort pour nommer un maître sans tenir compte de l’avis ecclésiastique, mais la tentative était prématurée et le maître dut se présenter pour être agréé par le consistoire. Au courant du xvu® siècle, cet accord entre les deux partis publies restait inattaquable. Si dans
(1) Burgh Schoos, p. 85-109.
(2) Chronicle of Perth, p. 33.
toutes les grandes villes, les nominations devaient leur validité légale à l’unique consentement de la municipalité, le rapport étroit entre ce consentement et la volonté ecclésiastique était partout apparent. Il se montrait par le renvoi d’un maître, s’il ne pouvait pas conduire Îles chants à l’église (1), et par les inspections semestrielles sous les auspices à la fois du conseil et du clergé. Mais, quand une ville n’était encore que peu étendue et ne jouissait pas des ressources de ses rivales, plus prospères et plus riches, elle avait recours à la lettre de la loi. Comme les divisions paroissiales existaient quand même dans les villes, un bourg qui se trouvait dans cette situation pouvait, sans perdre complètement son droit de patronage, réclamer des propriétaires le concours que la loi sur les paroisses leur imposait vis-àvis des écoles. Et, en effet, cette démarche n’était pas rare. Il en résultait que l’éducation était dirigée par des comités représentant les trois intérêts : la municipalité, le clergé, la propriété; et les nominations des maîtres devaient être agréées par tous les trois. Quelques tiraillements se produisirent dans le fonctionnement de cette organisation, mais, en général, l'accord se faisait harmonieusement. Dans les villes qui ne faisaient pas appel aux propriétaires, la prépondérance du conseil municipal — l'influence laïque — dans les écoles tenait à ce que ce pouvoir publie montrait de l’empressement à assumer les responsabilités financières de l'éducation (2). Les maîtres recevaient leurs traitements fixes de la caisse de la ville, le clergé se dévouait aux besoins des pauvres. Dans les autres villes, les trois partis engagés répartissaient entre eux la charge des dépenses scolaires.
(1) B. Rec. Dumbarton, p. 30, 86, 87, etc.
(2) Crarke, Short Studies in Educ., p. 44.
Il est hors de doute que vers la fin du xvime® siècle, le clergé avait perdu beaucoup du prestige et ne faisait plus preuve du tact qui lui avaient jusque-là conservé la bonne volonté des conseils municipaux. Le cas de Bothwell, que nous felatons ailleurs, représentait un état d'esprit qui se révélait dans les villes comme dans les paroisses. En 1744, la ville d'Elgin” destinée à acquérir plus tard une certaine célebrité sous ce même rapport, était aux prises avec l’Église à propos d’un maître qui avait encouru la censure ecclésiastique. Le conseil presbytéral exigea son renvoi. Les magistrats répondirent d’abord par une fin de non-recevoir, et le clergé, sentant l’atteinte portée à son prétendu privilège s’il se laissait ainsi repousser, demanda au tribunal suprême de faire exécuter l’avis exprimé par l’Église. La Cour aurait pu rendre un jugement, désirable à tous les points de vué, qui aurait défini les pouvoirs de l'Église dans la gestion des écoles de villes, mais, avant que la chose en fût arrivée là, le conseil municipal d’Elgin reconnut que le maître dont il s'agissait avait d’autres torts que celui que les pasteurs lui reprochaïient, et dans ces circonstances, le conseil décida de mettre fin au litige par un arrangement particulier entre les intéressés. La dispute avait néanmoins duré quatre ans. Trente-trois ans plus tard, elle fut soulevée de nouveau dans la même ville à propos d’un maître qui, en plus de ses classes, faisait de la prédication. Portée encore une fois devant la Cour suprême, la question de la juridiction ecclésiastique ne put être encore légalement résolue, le maître incriminé ayant sur les entrefaites donné volontairement sa démission (1782) (1).
Dès 1794, les archives de l'Église témoignent d’une
(1) Saw, Hist. of Moray, p. 383.
inquiétude considérable au sujet de cette surveillance de l'éducation urbaine. Le clergé se plaignit de ce que l’on n’y tenait pas compte de ses désirs et de ses recommandations (1). La décision judiciaire dans le cas de Bothwell (2) établit, de la façon la plus absolue, la juridiction des conseils presbytéraux, et dut empêcher pendant longtemps toute tentative de secouer ce joug dans les villes. Cependant la loi scolaire de 1803, qui consacra cette décision, ne devait expressément pas s'appliquer aux bourgs dits royaux.
Une quinzaine d'années passèrent sans qu’on enregistrât un seul cas de révolte. Quand un pareil cas se présenta enfin, le conseil presbytéral tint ferme à ses prérogatives. Ce fut la ville de Brechin qui tenta ce premier engagement en 1817, en refusant d'ouvrir ses écoles aux inspections pastorales. La cause municipale fut perdue sans qu’on ait eu recours aux tribunaux, les magistrats confessèrent humblement leur erreur, et le conseil presbytéral reçut les félicitations de l’Église tout entière (3). Ce premier revers d'avant-garde retarda de onze ans l'ouverture du feu sur toute la ligne. En attendant, les munitions s’entassaient, l’opinion publique se portait dans la direction de l'indépendance municipale. Une escarmouche de 1828 annonça l'attaque générale. Les édiles de Montrose remplacèrent dans les rangs les échevins de Brechin et, se dissimulant derrière les susceptibilités de la confession anglicane, essayèrent de miner la forteresse de l’ingérence presbytérienne. Ce fut un vain effort suivi d’une reddition humiliante (4).
Les mouvements tournants ayant échoué, on décida
C. L. S., p. 846, 847, 880. Pererxin, IL, 293-295. Voyez plus haut p. 183-186.