‹ Histoire de l'enseignement primaire et secondaire en Écosse plus spécialement de 1560 à 1872Chapitre 4 sur 74 · AVANT LA RÉFORME · texte numérisé non relu

AVANT LA RÉFORME

L'histoire nationale et l’histoire de l’enseignement en Ecosse commencent

en 563. — Influence de saint Colomban. — Organisation des écoles au xure siècle. — Loi scolaire de 1496 : le principe de l'obligation. — Opinions diverses sur l'effet de cette loi. — Développement de l'intelligence générale. — Études dans les écoles : lecture, écriture, chant, latin; rareté du grec. — Règlement de l’école d’Aberdeen. — Étude du français en Écosse. — Les livres d'école. — Le traitement des maîtres.

On peut dire que l’enseignement en Écosse commence, de même que l’histoire d'Écosse elle-même (1), au moment où, en 563, saint Colomban est venu fonder son Monastère à lona et entreprendre sa tâche de missionnaire dans le pays. Les moines de Colomban devaient enseigner aux habitants non seulement les

(1) Huwe Brown, Hist. Scot., vol. I, p. 15.

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dogmes religieux mais aussi la lecture et l’écriture (1). L'influence de Colomban se répandit vite et tous les

SAINT COLOMBAN (d’après un manuscrit du 1x° siècle).

monastères qu’il fonda devinrent des centres d’éducation. Dans les siècles suivants les troubles civils menacèrent à plusieurs reprises l’existence même des monastères, mais la tradition resta, et à nul moment l’Église n’a paru oublier tout à fait cette partie importante de son œuvre. 1 Dès le xr° siècle nous trouvons l’enseignement plus ou moins développé dans tout le pays (2) et nous pou-

(1) Epcar, Early Scot. Educ., p. 13.

(2) Granr, Burgh'Sch., p. 4, 5.

no

vons distinguer nettement plusieurs espèces d'écoles. Les moines représentaient l’élément le plus instruit de la population ; c’est pourquoi les barons, qui, les premiers, éprouvèrent le besoin de s’instruire, avaient depuis longtemps pris l'habitude d'envoyer leurs fils en pension dans les monastères (1) pour y recevoir une éducation les mettant en état, ou d’entrer dans les ordres religieux, ou de savoir prendre part au gouvernement du pays. Non seulement les monastères, mais aussi chaque église avait besoin, pour les offices, de nombreux enfants à qui il fallait donner une certaine éducation, si limitée fût-elle, qui comprit la lecture, l'écriture et quelques notions de langue latine. De ce besoin de pourvoir à la célébration des offices religieux et de former un moyen de recrutement pour l'Église, est né un système d'enseignement destiné à jouer un rôle des plus importants dans l'avenir de l'Écosse — le système d'écoles paroissiales, — car ces écoles, si célèbres plus tard, sont aussi anciennes que le système des paroisses lui-même (2). L'institution du gouvernement diocésain dans l’Église d'Écosse date du premier quart du xue siècle; et les séminaires attachés aux cathédrales ne furent pas exclusivement des pépinières de prêtres, mais aussi de véritables centres de l’enseignement secondaire. Nous devons aussi remarquer que, quoique, dans les monastères, les abbayes et les écoles paroissiales, le chant religieux fût naturellement une matière d'enseignement très importante, peu à peu, à côté des institutions religieuses, se sont formées des écoles spéciales pour la musique vocale, appelées écoles de chant; et, depuis le xur° jusqu’au xvi° siècle, ces

(1) Crazwers, Caledonia, vol. I, p. 767, 768. (2) Encar, Early Scot. Educ., p. 89.

it —

écoles ont conservé plus ou moins leur caractère particulier (1). Nous verrons comment, après la Réforme, elles changent de caractère, tout en gardant leur ancien nom.

Enfin, dans les grandes villes, les écoles des abbayes ou des monastères n'étaient pas seules à s'occuper de l'instruction du peuple. Depuis de xnu° siècle, nous voyons s’éléver des écoles municipales distinctes des institutions religieuses, employant des maîtres laïques, et dont les dépenses étaient, en tout ou en partie, supportées par la ville, quoique les chefs de l’église y aient gardé plus ou moins longtemps le droit de nomination ou de patronage. D’après les uns, cette initiative laïque a été la conséquence naturelle de ce fait que l’on manquait de place dans les abbayes pour recevoir le nombre d'élèves qui se présentaient, par suite du sentiment croissant de la valeur et de la nécessité de l’éducation (2); d’après les autres, c'était la suite de la dégénérescence du clergé et du fait que l'instruction n’était plus la propriété exclusive des ecclésiastiques (3). Quoi qu’il en soit, il est Certain que les villes de Perth, Stirling, Aberdeen, Dumbarton, Peebles, et d’autres possédaient des écoles dites de grammaire, qui, au xv° siècle, étaient déjà devenues célèbres (4). L'existence d’un

(1) Granr, Burgh Sch., p. 6%, 60.

(2) Encar, E. Scot. Educ., p. 112.

(3) MeCrrz, Life of Knox, p. 2.

(4) Perth, 1173 (Educ. Comm. 1868, vol. II, Special Reports, p. 283). Aberdeen, 1262 (ibid., p. 274).

Brechin, 1264 (1bid., p. 34).

Ayr, 1264 (ibid., p. 262).

Dundee, xu° siècle (ibid., p. 44).

Glasgow, 1300 (ibid., p. 304.

Montrose, 1329 (ibid., p. 27).

Renîfrew, 19396 (ibid., p. 119).

Peebles, 146% (Extr. from Burgh Rec., p. 152). Dumiries, 1481 (GRanr, B. Sch., p. 6).

Kirkwall, avant 1486 (Spec. Rep., p. 800).

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nombre suflisant d'écoles de grammaire est d’ailleurs supposée par la loi par laquelle l'État intervient pour la première fois en Écosse en matière d'éducation.

Cette loi date de 1496 et elle est caractéristique du milieu historique qui l’a produite. Le règne de Jacques IV, {ant au point de vue des entreprises générales qu’au point de vue de l’expansion intellectuelle, forme une époque dans l’histoire de l'Écosse. Ce règne vit l’apaisement des jalousies locales pour préparer un élan de patriotisme; il vit une réorganisation de l’administration de la justice; il vit s’accroître le commerce de l'Écosse, il vit naître la flotte écossaise. Si à cela nous ajoutons que, pendant ce règne, l’art de l'imprimerie fut introduit en Écosse, que la littérature nationale eut une floraison sans précédent, que la troisième Université du pays, celle d’Aberdeen, fut fondée, il n’est pas surprenant qu’il ait aussi vu paraître la Loi éclairée de 1496 sur l'éducation. En effet, il paraît probable que c’est à l'influence du savant fondateur de l’Université d’Aberdeen, l’évêque Elphinston, que nous devons cette loi (1).

Il est remarquable que ce premier statut sur l’éducation a pour but de la rendre obligatoire pour une certaine partie de la population. La loi ordonne que tous les barons et propriétaires fonciers envoient leurs fils aînés et héritiers aux écoles de grammaire, à partir de l’âge de 8 ou 9 ans, pour y rester jusqu’à ce qu'ils soient

Dumbarton, 1486 (ibid., p. 127).

Stirling, Haddington et Killearn, avant 1500 (M°Crie, Ænox, p. 3). Édimbourg, 1519 (Spec. Rep., p. 203).

Lanark, 1557 (ibid., p. 112).

Dunfermline, « longtemps avant la Réforme » (tbid., p. 97. Gran, B. Sch., P. 23).

Falkirk, avant la Réforme (Spec. Rep., p. 160). (1) Granr, Hist. Univ. Edin., I, 27.

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