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«adéquatementinstruits»—competently founded— et possèdent le latin parfaitement (1). On a objecté(2) que cette loi a le tort de viser seulement une partie de la société ou même d’une famille, mais la critique est injuste. Vu les conditions matérielles et les idées du temps, la mesure est déjà bien en avance. Il est évident d’ailleurs que ses rédacteurs n'étaient nullement guidés par le désir de limiter l’éducation, mais qu’ils voulaient, avant tout, le bien-être du pays. Ces enfants des barons, après avoir fait leurs études dans les écoles de grammaire, devaient rester encore trois ans à l’Université dans les Facultés de Lettres et de Droit, et le but de toute cette éducation obligatoire ne reste pas douteux. C’est pour que ces représentants de la classe gouvernante « connaissent et comprennent les iois du pays. Ainsi, la justice pourra régner par tout le royaume, et ceux qui sont shérifs ou juges ordinaires sous le roi pourront savoir juger avec équité, de sorte que le peuple pauvre n’aura pas besoin d’avoir recours aux grands juges du Roi. »
Évidemment, c'était là une loi d’une importance capitale pour l'Écosse, tant au point de vue du principe de l'intervention de l’État dans l'éducation qu’au point de vue des résultats probables, résultats que nous pourrions d'autant plus sûrement attendre qu’elle admet le principe de l'obligation, chaque personne qui ne remplissait pas les conditions devant payer une amende de 20 livres par infraction. Étant donné cette clause, il est difficile d'adopter l'opinion de Hill Burton (3), que cette loi exprimait plutôt une exhortation qu’une obligation, quoique d’autres faits semblent donner raison à cet his-
(1) Act. Pari. Scot., Il, 238.
(2) GRanr, Burgh Sch., p. 26.
(3) Hizz Burron, Hist. Scot., IV, 100.
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torien. En eflet, nous n’avons pas de preuves du paiement de la peine d'infraction. Après les espoirs que cette loi aurait pu promettre, il est attristant d'entendre dire par un historien, vingt-cinq ans plus tard, que l’un des deux défauts principaux des nobles de l'Écosse, était le fait « qu’ils n’instruisaient leurs enfants ni en lettres, ni en morale (4) » ; de sorte que le recteur Grant se croit forcé d'admettre que la loi resta, dès sa naissance, lettre morte (2). Il ne faut pas cependant prendre les paroles de Major trop à la lettre. Major était déjà à l'étranger quand la loi de 1496 fut promulguée (3), et l’on pourrait soutenir, d’après d’autres renseignements, que l'Écosse à cette époque, au point de vue de l’éducation, était à plusieurs égards en avance sur les pays continentaux (4). Au commencement du xvi siècle il y avait bien des Écossais très érudits. Si la plupart d’entre eux devaient leurs connaissances aux Universités continentales (5), c'était leur patrie qui leur avait fourni le bagage intellectuel qui leur assurait l'entrée dans ces écoles cosmopolites. En 1520, John Vaux était maître de l’École de Grammaire d’Aberdeen et reçut des louanges de Boëce, le savant recteur de l’Université de cette ville, au sujet de sa connaissance de la langue latine et de son succès dans l’enseignement de la grammaire (6). A l’école de
(1) « Apud nobiles duplex error contingit : alter quidem, si duo nobiles pares parvo intervallo distant, crebro inter se litem et homocidia habent, nec eorum subditi mutuo sine discordia obvii fiunt..…. Secundo liberos suos principes viri in literis et moribus non educant : in reipublicæ non parvam perniciem », etc. — John Mayor, Hist. Maj. Brit. (édit fol. 1521), lib. I, fol. xv.
(2) GRanr, Hist. Univ. Edin., I, 27.
(3) Cunsragze, Histoire de Mayor (traduction en anglais), p. 48, note.
(4) Huwe Brown, Scotland before 1700, p. 59 ; et Life of Buchanan, p. 125
(6) Hizz Burton, Scot. Abroad, p. 240-814.
(6) MCrix, Life of Knox, p. 3. Le nom de Vaus, curieusement, ne paraît pas dans la liste (qui a été conservée) des directeurs de l'École de Grammaire d'Aberdeen (Educ. Comm. 1868, Spec. Rep., II, 274).
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Perth il vavait 300 élèves, des meilleures familles d'Écosse, qui non seulement y apprenaient les éléments de l’instruction secondaire, mais aussi y développaient une intelligence et un esprit de critique indépendant qui ne tardaient pas à se montrer dans des faits publics (1). Nous verrons plus tard ce qu’il y à à dire sur les détails de l’enseignement donné dans ces écoles. À présent nous voulons établir qu’il y avait à ce moment une culture intellectuelle assez répandue en Écosse. En 1538, le célèbre Georges Buchanan rentra du continent dans son pays natal, avec la réputation d’un des hommes les plus savants de son époque et universellement reconnu comme le plus grand poète latin des temps modernes. L'accueil qu’il reçut de ses compatriotes montra qu’ils n'étaient pas incapables de se former un jugement sur son mérite ; et la satisfaction avec laquelle il passa le reste de sa vie parmi eux, après qu'il eut joui de la société des hommes les plus éminents de l’Europe, témoigne de ce qu’ils avaient déjà fait des progrès considérables dans la connaissance des belles-lettres (2). Écrivant quelques années plus tard, en donnant ses impressions d’un voyage en Écosse, Estienne Perlin nous dit : « Les Escossois qui se mettent à estudier deviennent voluntiers bons philosophes et bons artiens et en ay congneu autrefois à Paris deux docteurs en théologie, deux des plus sçavans qu’on eust sceu veoir. Et principalement en philosophie qui tenoyent tous les livres d’Aristote sur le doigt et s’appeloient l’un nostre maistre Simon Saneson demeurant au collège de Sorbonne, et l’autre M. Cranston, qui auoit esté recteur (3); et les-
(1) Voir par exemple MeCrig, Life of Knox, p. 324.
(2) Ibid, p. 171.
(3) À un banquet franco-écossais à Paris, en 1901, M. Paul Melon, secrétaire général de la branche française de la Société franco-écossaise, a constaté que
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quelz deux sont pour le iourd’hui Evesques en Escosse, et en grand crédit et honneur et augment et amplifient le Royaulme de leur honneur ef vertu (4). »
L'expansion de l'éducation se montra par la discussion croissante des dogmes religieux parmi les laïques et en particulier par la lecture des dissertations de Luther. En 1525, apparut la loi contre les « Opinions damnables d'hérésie »; et on jugea nécessaire de défendre l’introduction dans le pays de tout livre de Luther. On interdit à tout le monde la discussion de ses opinions, sauf (aux clercs dans les écoles »; à ceux-ci la discussion ne fut permise que pour combattre les opinions hérétiques (2). Cette tentative de suppression de l’expansion des idées n'eut qu'un succès partiel. En 1542, le principe de la liberté remporta une victoire, quand, nonobstant les protestations de l’archevêque de Glasgow, il fut permis à tout le monde de posséder et de lire l'Ancien et le Nouveau Testament en langue maternelle (3).
Si maintenant, nous essayons de pénétrer dans l’intérieur des écoles qui existaient avant la Réforme, nous pourrons nous faire une idée plus exacte sur l’état de l'instruction en Écosse. Quant aux écoles de campagne, aux écoles de paroisses et de même à toutes les écoles qui dépendaient entièrement de l'Église, appelées soit écoles paroissiales, soit écoles de cathédrales, soit écoles de chant, nous ne pouvons en dire grand’chose. Il a été bien établi (4) que l’on enseignait généralement la musi-
dix-huit recteurs de l’Université de Paris étaient des Écossais. Voir le Scoésman, & juin 1901.
(1) Description des Royaulmes d'Angleterre et d’Escosse, p. 33 (voir aussi Hume Broww, Early Travellers in Scotland, D. 71, où l'on trouvera plusieurs passages du livre rare de PERLIN, traduits en anglais).
(2) Act. Parl. Scot., II, 295.
(3) Ibid, Il, 415.
(4) Encar, Early Scot. Educ., p. 99-102.
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que mais nous n'avons pas d’information précise sur d’autres matières d'enseignement. Les bibliothèques d’abbayes et de monastères citées par Grant (1), nous montrent peut-être ce qu’on y étudiait, mais ne nous apprennent pas ce qu’on enseignait aux enfants. Toutelois, il est probable que l’on y donnait ung instruction élémentaire en outre de la musique. Les hommes remarquables de la Réforme reçurent les premières lumières de la science dans les écoles de paroisse. Comme nous le verrons immédiatement, l'instruction dans les écoles dites de grammaire ét dans les grandes écoles municipales, était plutôt une instruction secondaire, et il est tout à fait naturel que l'instruction élémentaire, telle qu’elle était, se trouvàt dans les écoles ecclésiastiques. Les écoles des cathédrales, remplissant les fonctions de séminaires, enseignaient à la fois la grammaire, la philosophie scholastique et {a théologie.
Sur le compte des Grammar Schools nous avons plus à dire. Ces écoles furent dites de grammaire, parce que le fond de l’enseignement que l’on y donnait était la grammaire latine; et lorsque l’on en parle avant ou après la Réforme, on les trouve aussi souvent sous le nom d'écoles latines. Elles étaient des établissements d'éducation secondaire à un moment où l’idée de cette éducation se bornait à l’étude des écrivains romains, ou de traductions d'œuvres grecques en latin. Cette étude exclusive du latin représentait si bien l’idée d’une éducation parfaite de l’homme, que la chaire de latin aux Universités écossaises, porte aujourd’hui encore le titre de «Chaire d'Humanité », de literæ humaniores. En 1531 le maître de la High School d'Edimbourg, devant le
(1) Burgh Schools, p. 44, 45.
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Maire et les Magistrats (1), promit solennellement, avant d'entrer dans ses fonctions, qu'il ferait de ses écoliers des « grammairiens parfaits au bout de trois ans (2). » Quoique cet espace de temps eût paru démesurément long aux parents qui se plaignirent auprès de Mathurin Cordier (3), l’on eût été néanmoins content d’avoir quelques données sur cette méthode royale, mais malheureusement la promesse est tout ce qui nous reste pour satisfaire notre curiosité. L'enseignement de la grammaire était non seulement la caractéristique, mais aussi le privilège de ces écoles secondaires, privilège dont, dans maintes occasions, les maîtres ou les conseillers municipaux empêchaient d’autres institutions de s'en parer. Ainsi, à côté des institutions publiques dont nous avons fait mention, il y avait, surtout dans Îles villes, de vieilles dames ou d’autres personnes qui tenaient des écoles particulières ; il y a plusieurs cas d'intervention directe de l'archevêque ou des autorités civiles pour supprimer de telles écoles qui essayaient de rivaliser avec les institutions régulières en enseignant aussi la grammaire (4).
La langue latine garda longtemps sa suprématie absolue et le grec resta inconnu en Écosse bien des années
(1) On sait que plusieurs membres de chaque conseil municipal en Écosse exercent certaines fonctions de magistrats, et, par extension, on désigne souvent sous le nom de « magistrats » de la ville le conseil municipal tout entier.
(2) Extracts from Records of Edinburgh, 1, 48.
(3) Eux auraient voulu que la chose se fit en un an. Voir Corderii Colloquia, LIL. Cou. XXXI, p. 107 : (Præceplor et Laterninus) P : Latine loquentes attente observa, teque ad eorum imitationem diligenter accommoda. L : At istud longum est præceptor. P : Non fiunt nisi longo tempore præclara ædificia. L : Experientia nos istud docet. At pater meus vellet me annuo spatio doctum videre. P : Ego vero istud unius diei spatio videre vellem. Sed quid agas ? omnibus in rebus expectandum tempus est. Pater tuus quia non didicit literas, nescit quid doctrina valeat, neque quantis laboribus illa comparetur.
(4) Granr, Burgh Sch., p. 32, 35.
après qu’on se fût mis à l’étudier sérieusement en Angleterre. D'après M‘Crie (1), il n’y avait pas d’enseignement régulier de cette langue en Écosse avant 1534, époque à laquelle John Erskine de Dun amena un Français dans “la ville de Montrose, pour y ouvrir une école privée destinée à l'enseignement du grec. M‘Crie rappelle que déjà plusieurs Ecossais avaient appris cette langue à l'étranger, quoiqu’elle n’eût pas encore été enseignée en Écosse. Cela pourrait expliquer les connaissances grecques attestées dans la première partie du siècle, en quelques occasions citées par Grant (2), mais il est intéressant de noter que cet enseignement se répandit vite. Déjà en 1553, les écoliers de l’École de Grammaire d’Aberdeen étaient censés parler grec entre eux (3).
Un des rares documents qui nous reste de l’enseignement des écoles secondaires de l’époque se trouve dans les Siatuta et Leges Ludi Literarii Grammaticorum Aberdonensium publiés à Paris en 1553 comme appendice à une grammaire latine, celle de Vaus. Cette description de la vie de l’école d’Aberdeen en 1553 nous est donnée par Théophile Stuart qui en était à ce moment le maître. D’après ce document, le travail de chaque jour commençait par une courte prière faite par chaque élève. À 7 heures on se mettait à l'étude. Les devoirs du jour terminés, le maître entrait, corrigeait ces devoirs et punissait ceux qui les avaient mal faits. Le maître alors, prenant la parole à 8 heures, faisait un cours d'explication sur toutes les leçons, jusqu’à l'heure du premier déjeuner. De 10 heures à 11 heures et demie,
(1) Life of Knox, p. 8.
(2) Burgh Sch., p. 41.
(3) Regulations of Aberdeen Gram. Sch. (Miscell. Spald. Club, V, 400).