‹ Histoire de l'enseignement primaire et secondaire en Écosse plus spécialement de 1560 à 1872Chapitre 6 sur 74 · RES · texte numérisé non relu

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les répétiteurs de chaque classe faisaient des « prélections » particulières. Le maître réunissant de nouveau toute la classe, faisait ensuite une leçon d’une demiheure sur Térence, Virgile, ou Cicéron. De midi à 2 heures, pas de classe. A deux heures, les études reprenaient. Pendant que le maître faisait la leçon, les répétiteurs étaient occupés à corriger les fautes ou les méprises faites par les élèves et à prendre note des négligents. Les règlements prennent un tour très humain pour reconnaître que les répéliteurs aussi sont faillibles et une parenthèse à leur sujet les met sur leurs gardes pour les empêcher de commettre eux-mêmes les fautes qu’ils devaient corriger chez les autres. À #4 heures, le son de la cloche annonçait la fin des leçons générales, et chaque élève se présentait individuellement au pupitre du maïlre pour réciter rapidement les leçons du jour. L'école comprenait plusieurs classes avec des maîtres différents, mais le Directeur était engagé à ne pas borner son attention à la classe la plus avancée. De 5 à 6 heures, on se livrait à des « disputations » qui prenaient fin par une prière chantée en chœur. En plus du latin, les éléments de l’arithmétique étaient prescrits comme sujet d'étude à cette école. Les heures de loisir contribuaient encore à entretenir la connaissance d’autres matières, car jamais un élève n’avait le droit de se servir d’une autre langue que du latin, du grec, du français ou du celtique. La langue maternelle était formellement défendue, saui pour ceux qui venaient d’entrer à l’école et ne savaient pas encore de latin. Une clause quelque peu obscure mettait un autre frein à la langue de ces néophytes. C'était l'obligation pour eux « de garder un silence pythagoristique » pendant une année. La nature du silence ainsi qualifié reste énigmatique, mais vraisemblablement le règlement voulait dire

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qu’en vue de leur métamorphose d’ignorants en savants et de leur initiation aux mystères orphiques de la grammaire, les élèves élémentaires ne devaient pas prendre part aux « disputations » en classe, ou bien à la conversation générale à table, pendant toute l’année qui suivait leur entrée à l’école (1). Le document renferme également des règlements minutieux sur la conduite des élèves, en dehors des classes, à l’égard de leurs camarades et de leurs répétiteurs; et le tout finit par une sanction en forme de citations sur les devoirs des écoliers, tirées d'écrivains romains : Quintilien, Cicéron et Forence

A en juger, donc, par le programme d’Aberdeen, l’enseignement des écoles de grammaire était un enseignement secondaire qui ne comprenait guère que l'étude de la littérature et de la langue latines. Car il ne faut pas se fier trop à la liste imposante de langues citées ci-dessus comme étant parlées par les élèves. Le latin et l’arithmétique étaient les seules matières d’étude en classe. Les autres langues pouvaient s’apprendre plus ou moins facilement par des moyens irréguliers.

IL est probable qu’en effet il y a eu des maîtres ou des répétiteurs à Aberdeen ayant appris le grec à Montrose, et il est encore possible que de temps en temps un élève très avancé ait appris les éléments de ces langues à Aberdeen; mais sans autre preuve, nous ne pouvons pas dire que c'était un enseignement régulier (2). Le cel-

(1) SrEvEN, High Sch. Edin., p. 32.

(2) On lisait encore Aristote en latin, et le fait qu'André Melville, qui est allé à l’Université de Saint-André, en 1559, savait le lire en grec excita l’étonnement de l’Université tout entière. En 1574, son neveu croyait que l’on ne pourrait apprendre ni le grec ni l'hébreu en Écosse. Lui-même apprit à Saint-André l'alphabet grec et les déclinaisons, mais son régent ne savait le conduire plus loin. — James MELvILLE, Diary, p. 34.

tique a dû être la langue d'enfance de beaucoup des écoliers d’Aberdeen.

Il n’est pas étonnant que le français soil enseigné çà et là, à un moment où il y avait tant de liens entre la France et l'Écosse. M. Francisque Michel a montré (1) comment la langue française fut de bonne heure répan due en Écosse par ie commerce fréquent entre les Français de Paris et les « Français du nord ». Des chartes des rois d'Écosse, adressées aux races principales qui habitaient ce pays, nomment en tête de ligne «les Français. » L'importation de moines français dut contribuer à perpétuer l’usage de leur langue dans le pays qui les reçut. Nous avons le témoignage de l'ambassadeur espagnol qu'il y avait dès 1498 « beaucoup d'éducation française ; et bien des gens parlaient français (2). » A Edimbourg, il existait avant 1556 (3), une école pour enseigner le français seul. Le maître recevait, outre les honoraires exigés des élèves, une subvention du conseil municipal. Les maîtres de cette école étaient des Français, et plus tard nous en rencontrons les noms souvent dans les archives.

Un permis royal d'imprimer certains livres avec privilège résume, dans la liste de titres qu'il contient, ces différents côtés de l’enseignement. Le permis est de 1559. La plupart des livres naturellement se rapportent à l’enseignement du latin et du grec; mais ce qui est plus curieux à un moment si reculé, c’est que plusieurs de ces livres nous montrent que déjà le mépris qu'après la

(1) Les Écossais en France, etc., p. 20-23 et passim.

(2) « Car, ajoute-t-il, tous les gentilshommes qui n’ont pas de propriété vont en France et y sont bien reçus, et, pour cela, on aime bien les Français en Écosse ». — Rapport à Fernand et Isabelle, 25 juillet 1498. Calendar of Slate Papers (Spanish), I, 174.

(3) Burgh Rec. Edin., II, 241.

Renaissance l’on prodiguait à la langue maternelle commençait à diminuer, et que maintenant elle occupait son rang dans l’enseignement reconnu. Ainsi l’on y trouve les titres suivants ,Une Introduction courte el élémentaire rangée en sept brefs tableaux pour l'éducation commode et expéditive de ceux qui sont désireux de lire et d'écrire la langue écossaise ; Trilinguis literaturæ Syntaxis; Trilinquis grammaticæ quæstiones ; Une Instruction pour les enfants pour leur apprendre l'écossais et le latin. Le français y prend sa place avec Un abécédaire pour les Écossais pour lire la langue francaise, suivi d'une exhortation aux nobles d'Écosse de favoriser leurs anciens amis. Les éléments de l’enseignement d'histoire nationale sont indiqués par la présence d’Une généalogie des Bretons anglais ; tandis que la culture personnelle et la bonne conduite ne sont pas oubliées, comme le montrent le Régime pour l'Éducation de jeunes gentilshommes en littéralure et en l'exercice de la vertu et les Quotidiant sermonts formulæ. On peut voir la liste complète dans une note (1).

(1) Ane letter maid to Maïister Wm. Niddrye his factouris and assignaris mackand mention That quhair ye said Maister Willm. has set furth, for ye better instruction of young chyldrene in ye art of grammer, to be taucht in scholls diverse volumes following. That is to say, Ane schort Introduction Elementar digestit into sevin breve taiblis for ye commodious expedilioun of yame yat are desirous lo read and wrile the scotlrs toung, Orthoepia trilingquis, Compendiariæ latine linquæ nolæ, Calographiæ index, Tables manuall brevelie introducing ye unioun of ye parls of orisoun in Greik and latene speiches with their accidences, Medilaliones in grammaticam Despauterianam, Medilaliones in publium memograplium el sapientium dicla, Trilinguis literature syntaxis, Trilinguis grammalicæ quæstliones, Ane instructioun for baïrnis Lo be lernit in Scoltis and Lalene. Ane regement for educatioun of young gentillmen in lileralure and virtuous exercilioun. Ane ABC for Scotlis men to reid the French loung with ane exhortalioun to ye noblis of Scotland lo favour yair ald friendis, The genealogie of Inglische Brilonis, Quotidiani sermonis formulæ, E. Pub. Terentii Afri commedis discerpla. Edimb. 26 août 1559, citation du Registre du Grand Sceau. MeCrre, Melville, p. 403, 404.

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Nous aurions voulu connaître la condition matérielle des maîtres qui devaient diriger cet enseignement, mais les détails manquent. Dans les écoles attachées à des églises ou à des cathédrales, les maîtres étaient des religieux à qui leurs congrégations évitaient en quelque sorte toute préoccupation matérielle; mais plus tard, dans les écoles plus ou moins séparées du corps ecclésiastique, les maîtres n’avaient pas les mêmes ressources, quoique très souvent ils fissent partie du clergé. À en juger par les difficultés que l’on a rencontrées postérieurement pour faire donner un traitement sérieux à ces travailleurs dévoués, la vie de maître d'école a dû être très dure, saui dans certaines villes favorisées. Ninian Winzet, lui-même prêtre et maitre de l’École de grammaire de Linlithgow de 1550 à 1560, nous fait entrevoir cet état de choses dans un de ces Traités pour la Réformation de la Doctrine et des Mœurs en Écosse, traités qui prouvent qu'il y avait, parmi ceux qui s’opposaient avec le plus d’acharnement à la Réforme, des idées aussi réformatrices que chez les réformateurs euxmêmes. Dans son troisième traité, après avoir exprimé son sentiment de la grande valeur et de l'importance de l’éducation et pour l’Église et pour le pays, il s’étonne fortement que, parmi les libéralités des riches dotations faites dans les temps passés au profit de la religion et de la science, l’on ait montré si peu d’égards envers les écoles de grammaire, de sorte que, dans beaucoup de villes, même l’immeuble de l’école était aux frais du maître, (ni en presque aucune ville il n’y a une vie suffisante pour un maître (1). » Les archives de plusieurs villes indiquent que, pendant les xve et xvr° siècles, les maîtres recevaient, sur lesfonds publics, des

(1) Traclates, p. 25.

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traitements variant de 5 à 13 livres écossaises (1), mais il est impossible de se faire une idée du confort matériel que ces sommes représentaient. L'attribution de ces appointements semble d’ailleurs avoir été intermittente. La reine elle-même dut intervenir pour rappeler la capitale au devoir qu'elle avait d’acquitter ses promesses a cet égard (2). Les villes, de même, tantôt prenaient la responsabilité du bâtiment de l’école, tantôt abandonnaient le maître à ses propres ressources. Ces dernières se trouvaient augmentées quelquefois par le revenu d’une dotation testamentaire; et les honoraires payés par les écoliers constituaient un autre élément du denier du maître. Peebles y ajouta une subvention spéciale si le maître faisait preuve de grande assiduité (3).

(1) B. Rec. Edin., II, 85, 271 ; Granr, Burgh Sch., p. 36-41. (2) 1563, B. Rec. Hire I, 196, 197 (3) 1559, B. Rec, Ne p. 257.

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