‹ Histoire de l'enseignement primaire et secondaire en Écosse plus spécialement de 1560 à 1872Chapitre 8 sur 74 · MS: RER · texte numérisé non relu

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dictatorial et leurs propos révolutionnaires, leur ôteraient toute liberté personnelle, les soumettraient complètement à l’Église et les priveraient de tous leurs privilèges aristocratiques traditionnels. Knox et ses amis voyaient pourtant, dans la mauvaise volonté des nobles, des considérations beaucoup plus basses. Voici comment le grand chef du mouvement populaire raconte la réception du Livre de Discipline par la noblesse :

« Par ordre du Parlement, les membres de la commission rédigèrent le Livre de Discipline et le présentèrent aux nobles qui l’examinèrent pendant longtemps. Quelques-uns lapprouvèrent et voulurent qu’il fût promulgué dans une loi. D’autres, voyant que leur liberté personnelle et leur luxe en seraient réduits, S'y opposèrent; de sorte que le seul nom du Livre de Discipline leur devint odieux. Toute chose qui, là-dedans, ne s’accordait pas avec leurs désirs corrompus fut, par moquerie, appelée «imagination dévote. » La cause, nous l’avons déjà déclarée : quelques-uns étaient licencieux ; quelques-uns avaient saisi avec avidité les possessions de l’Église, et d’autres etaient décidés à ne pas laisser «perdre leur part du manteau de Jésus-Christ, et cela même avant qu’il fût crucifié, chose que les prédicateurs leur avaient souvent reprochée (1). »

Les réformateurs avaient basé le Livre de Discipline sur la supposition que l'Église Réformée était devenue l’'héritière de tous les biens de l’Église qu’elle avait remplacée, supposition bien peu justifiée par la réalité. Pendant les luttes de la Réforme, beaucoup de propriétaires avaient repris les biens léguês à l’Église par leurs ancêtres; en d’autres endroits, il y avait eu des appropriations sans même ce semblant de droit. Ces

(1) Knox, Works, II, 128.

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actes de spoliation (1), quelquefois justifiés par des principes honorables (2), avaient de beaucoup diminué le patrimoine de l’Église, et nulle loi ne donnait à la nouvelle Église le droit de profiter des biens qui restaient encore ecclésiastiques. Soit, donc, par une politique habile et prévoyante, soit par intérêt (3), les nobles protestants ayant signé le projet comme nous l’avons dit, sous la seule condition que l’ancien clergé continuât à jouir de ses revenus bénéficiaux tant qu’il soutiendrait des pasteurs réformés dans ses anciens domaines, se méfiaient de plus en plus du projet et finalement refusèrent nettement de l’appuyer auprès de la reine (décembre 1561).

Le projet de réformer tout le système de l’éducation avec l’aide de l’État avait done complètement échoué. Cependant, il avait établi un idéal et, comme l'Église adopta les idées du Livre de Discipline en ce qui concernait les questions purement ecclésiastiques, elle n’en renia jamais la partie pédagogique. Prenant conscience de la haute responsabilité qui retombait sur elle par suite du refus de l'État, elle chercha dorénavant par ses propres ressources à améliorer et à diriger l’éducation du pays, tout en n’oubliant pas de rappeler sans cesse à l’État le devoir qu’il avait de venir à son secours. Le Livre de Discipline restait un idéal vers lequel, de siècle en siècle, les réformateurs dirigeraient leurs efforts pour établir en Écosse un système universel d'éducation démocratique.

(1) Cependant, l’idée traditionnelle que cela se fit d’une façon générale, doit être beaucoup modifiée, C’est ce que montre M. le professeur Masson dans son Introduction au tome 1 du Registre du Conseil privé (New series), p. cxvI-CLxxvI.

(2) Cowanw, Life of Knox, p. 252, note.

(3) Pour la discussion de ce point, voir Hume Brown, Ænozx, p. 100, 169-171 ; GranT, Univ. of Edin., 1, 55-56; et Cowan, Anox, p. 252.

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