‹ Histoire de l'enseignement secondaire dans le Rhône de 1789 à 1900Chapitre 14 sur 51 · LES ÉCOLES SECONDAIRES COMMUNALES ET PHIVÉES JUSQU'A · texte numérisé non relu

LES ÉCOLES SECONDAIRES COMMUNALES ET PHIVÉES JUSQU'A

Le Conseil municipal de Lyon eut d'abord l'intention d'établir deux écoles secondaires, Tune pour la division du Midi, dans l'ancien local * des Jacobins, l'autre, pour la division de l'Ouest, dans l'ancien local du Petit Collège. Il y fut autorisé par un arrêté consulaire du i4 prairial an XI. Mais le projet ne fut réalisé qu'à moitié ; les bâtiments du Petit-Collège ayant été mis à la disposition des Frères de la Doctrine chrétienne pour une école primaire, la ville dut se contenter d'une seule école secondaire, celle de la division du Midi. Un arrêté du 29 vendémiaire an XII (12 oct. i8o3) céda à la commune le local des Jacobins qui était bien national. L'école fut ouverte au commencement de l'an XIII (oct. 1 8o4) : (( Cette institution, disait VAlmanach^^ qui remplace à Lyon le Petit Collège, est utile à ceux qui sont placés entre la médiocrité et le besoin ; car les leçons y sont données gratuitement... Elle est [de plus] commode pour tous ceux qui habitent dans l'arrondissement. » Le programme d'enseignement y était exactement semblable à celui du lycée. Pour attirer la clientèle populaire à cette école, à qui la gratuité donnait une allure moins aristocratique que celle du lycée, l'annonce en signalait l'utilité pratique : « Cet établissement pourra devenir une pépinière d'où l'on tirera des professeurs, parce que la plupart des enfants qui fréquentent cette école, appartenant à la classe des artisans, trouveront dans' cet état des ressources honorables. » Enfin un pensionnat y était annexé.

Elle n'était pas indépendante d'un contrôle de l'Etat. La loi lui donnait un Bureau d'administration où une large part était faite aux fonctionnaires du gouvernement. Il se composait du préfet, du maire, du procureur de la République,

^ Bien national qui n'avait pas trouvé d'acquéreur. 2 Almanàch de Lyon, an XIII, p. 289.

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de deux conseillers municipaux, du juge de paix et du directeur de Fécole ; il était chaîné de la présentation des professeurs ^ et de la surveillance générale. Mais le Conseil municipal n'en mit pas moins d'ardeur à l'organiser. Le 12 fructidor (3o août i8o4), il vota une subvention de 6000 francs. Le directeur (Molard) et cinq professeurs furent choisis, et, le 8 octobre, on inaugura en grand appareil. Il y eut messe dans la chapelle des Jacobins, discours du directeur sur les devoirs des maîtres, puis le préfet s'écria : « Heureuse la cité qui, comme celle de Lyon, trouve dans ses magistrats ce dévouement qui ne connaît aucun obstacle ! Heureux les pères de famille qui peuvent se dire que leurs enfants vont, sous leurs yeux et sous la surveillance d'un directeur estimé pour ses mœurs et ses talents, s'assurer un avenir!... Telle est l'espérance qu'il nous est permis de former d'après les soins paternels donnés par le Conseil municipal de la commune à la formation de cette école ^. » Dans l'année, Fourcroy, accompagné de l'inspecteur général Lefebvre-Gineau, visita l'école. Un élève lui fit un compliment : <( Mécène, sous le règne d'Auguste, fut le prolecteur des lettres et des sciences. Sous un monarque plus grand encore, la France entière vous en proclame le restaurateur. » Fourcroy fut probablement satisfait de sa visite, car il demanda que les locaux fussent agrandis. Mais il est impossible de savoir au juste quel fut le succès de l'école à ses premiers débuts. A la distribution des prix, Deforge, conseiller de préfecture, ^voua que « les commencements furent marqués par un peu d'orage; mais, ajouta-t-il, ce fut l'enfance d'Hercule. Bientôt le zèle des autorités locales, les soins vigilants du Bureau d'administration, les lumières et l'activité, du directeur et des professeurs parvinrent à donner à cet établissement municipal un caractère de vie et de succès dont la ville doit s'honorer et que le temps ne peut qu'accroître. » Il

^ Le ministre choisissait entre deux candidats proposés par le Bureau.

*^ Cité par Bonnel, Réorganisation de V instruction publique en 4802y p. 32.

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paraît bien que si les élèves externes, c'est-à-dire gratuits, étaient nombreux, les pensionnaires étaient rares*. Une note du Bulletin de Lyon ^ annonça que le directeur de Fécole était autorisé, à partir de i8o5, à recevoir des pensionnaires « qui formeront comme une extension de la famille », ce qui implique la suppression ou Téchec du pensionnat privé de 1804.

L'expérience ne fut malheureusement pas assez prolongée pour que Ton puisse formuler des conclusions sur la valeur de cet établissement. Quel qu'ait été son succès, il fut pourtant assez grand pour que le proviseur Nompère de Champagny en prît ombrage. Il obtint qu'elle fût fermée dans le courant de 1806. Un décret impérial du 20 novembre i8o5 ordonna que des mesures fussent prises pour la suppression d'une école « inutile dans une ville où se trouve établi un lycée ». Le Conseil municipal essaya de protester, rappela toutes les raisons qui avaient paru bonnes au législateur de l'anX, de l'an XI, de l'an XII, pour la faire établir, insista sur l'utilité qu'elle avait pour les enfants des quartiers éloignés du lycée dans une ville de plus de 100.000 âmes^. Il n'obtint rien. L'école ne rouvrit pas ses cours en octobre 1806, et, le i®^ janvier 1807, elle fut supprimée officiellement par un décret du Ministre de l'intérieur. Les professeurs fondèrent des institutions privées, et conservèrent la plupart de leurs élèves, car la population du lycée n'en augmenta guère. Le Bulletin an 19 septembre 1807 salua sa disparition d'un mot aimable : « Elle réunissait des professeurs d'un vrai mérite. Leur souvenir n^a point disparu avec elle, et sans doute qu'ils ne sont pas plus oubliés de l'autorité que de leurs concitoyens *. »

La municipalité de Villefranche avait^ elle aussi, fondé une

* Une centaine d'externes et huit pensionnaires.

* Cité par Bonnel; je n'ai pas retrouvé la date exacte.

3 Délibération du Conseil mun., 5 février 1808. (Arch. mun.)

* Elle ne coûtait à la ville que 65oo francs (un directeur à 144° f''»» deux professeurs à 912 fr., trois professeurs à 81G fr. et quelques menus frais). (Arch, nat. Etat imprimé, A D, Vlll, 28.)

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école secondaire (3() thermidor an XII). Elle survécut, ne tombant pas sous le décret du 20 novembre I8c)5^

La ville de Lyon, qui s'était montrée fort empressée à profiter de la liberté que lui laissa quelque temps la loi d'organiser un enseignement secondaire communal des garçons, prit une initiative plus originale en créant une école secondaire communale de filles.

Le 7 ventôse an XI (26 février i8o3), le Conseil municipal émit le vœu « que rétablissement d'une maison d'éducation pour les jeunes personnes du sexe, de toute condition, fût fait dans la ville de Lyon ». Une somme de 24.000 francs fut votée à valoir sur les revenus du legs fait à la ville par le major Martin. Le 3 prairial aif XII, le vœu fut renouvelé. L'établissement fut ouvert au commencement de l'an XIII (décembre 1804).

La direction en fut confiée à M""' Cosway. C'était une Anglaise protégée par Madame Mère et le cardinal Fesch. Celui-ci l'avait recommandée personnellement et chaudement au préfet et au maire du Nord. Ses lettres et celles de son grand vicaire Jauffret ^ la représentent comme digne de tenter l'œuvre et capable de la mener à bien. Lyon était, à les entendre, intéressé à la prendre à son service ; car la ville de Milan (( était jalouse de s'approprier cette institutrice ». Ces pressantes recommandations avaient sans doute influé sur les vœux émis par le Conseil, carie nom de M°^® Cosway se trouvait déjà dans la délibération du 7 ventôse. Et, comme M*"^ Cosway était pressée et très demandée, on se hâta d'aboutir. On

^ Je ne sais rien de ses succès. Son directeur s'appelait Bazin. Elle fut, en 180G, transformée en collège, et prospéra, ainsi (jue nous verrons. Un état de statistique de 1806 donne un total de 275 élèves, dont 85 pensionnaires, pour les deux écoles de Villefranche et de Lyon, mais ne dit pas la part de chacune d'elles. (Arch, dép.f série T.)

* Arch. mun.f M'.

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l'installa au palais Saint-Pierre, en attendant mieux, car cette solution provisoire ne satisfaisait personne. M*"® Cosway désirait « une localité à sa disposition exclusive, et en même temps plus retirée, plus salubre, et beaucoup plus étendue que la partie qu'elle occupait dans le palais * ». La ville, d'autre part, avait besoin du palais pour y loger la Chambre de commerce, le Musée, la Société des arts, le Conservatoire, les écoles de dessin, d'architecture et de sculpture^. Mais il n'y avait pas d'autre local municipal disponible. Il eût fallu en acheter un. Et la rentrée des fonds, du major Martin était encore très douteuse. On installa donc précipitamment M"^® Cosway à Saint-Pierre sans prendre le lemps de bien définir sa situation vis-à-vis de la ville. On ne prit avec elle aucun engagement précis. L'école « peut être regardée comme une école secondaire », disait ÏAlmana,ch de l'an XIV. En effet, un bureau d'administration de cinq membres, nommés par le préfet, surveillait son budget. Mais, d'autre part, M"® Cosway était laissée maîtresse des programmes et du personnel. Et, de ce point de vue, l'école semblait sa propriété privée. Cette situation fausse fut fatale à l'établissement. En 1806, Fay de Sathonay, devenu maire unique de Lyon, était très préoccupé de faire les économies dont les finances de la ville avaient besoin. Or, M""^ Cosway demandait de l'argent. Elle avait dû, pour attirer des élèves, abaisser ses prix de pension de 1200 à 800 et de 600 à 3oo francs ; mais cette mesure l'avait presque ruinée. M'"° CosWay insinua « que la ville aurait peu à faire pour achever de remplir les engagements qu'elle avait bien voulu prendre avec elle ». Fay de Sathonay déclara qu'il n'y avait point eu à sa connaissance d'engagement pris. C'était la vérité. Le Conseil municipal s'offrit simplement à intervenir auprès du gouvernement pour la tirer d'affaire ; il tâcherait d'obtenir pour elle la cession du bâtiment des Carmélites : manière polie de se débarrasser d'une personne assez

* Bulletin de Lyon, janvier i8o5.

* Rapport du maire au Conseil municipal (Arch. mun» M-).

Uxiv. DE Lyon. — Chabot kt* Charléty. <»

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encombranlc. Aux (]arniëliles, elle serait chez elle, tout *i\ fait indépendante ; puisque les Honaparte s'intéressaient à elle, ils pouvaient bien lui faire ce cadeau.

Mais M"*' (]osway tenait à être fonctionnaire. En restant à Saint-Pierre, elle avait encore Tair de Tèlre. Aussi n'avaitclle plus envie de déménager. Il fallut un ordre très sec pour la faire partir et l'obliger de céder la place à TEcole de dessin. Elle émigra enfin aux Carmélites (octobre 1806), et y passa les deux années suivantes. En septembre 1808, elle s'associa avec les sœurs Saint-Charles qui, chargées déjà de renseignement primaire, n'étaient j)as fâchées d'élendre leur clientèle. La direction des études resta confiée à M""* CosNvav, Tadministration et Tinstruction religieuse aux religieuses. Le condominium ne dura qu'un an. M"™^ Cosway ouvrit en 1809 une école dans la rue Sala. Deux ans après (12 décembre 181 1), elle demanda ses passeports pour Milan.

Si Ton mesurait ses talents de pédagogue à son succès, il y aurait à penser qu'ils furent médiocres. Nous n'avons, d'ailleurs, sur la valeur intellectuelle de M"^^ Cosway, aucun renseignement. Quant à son ambition et à sa capacité d'intrigue, elles sont peu contestables. Elle ne mettait pas en doute qu'on ne dût beaucoup de faveurs spéciales à un talent dont Madame Mère et Eesch se portaient garants. En réalité, elle lassa vite ceux qui la connurent. Fesch semble l'avoir laissée partir sans regrets. La municipalité, à qui il n'aurait pas déplu d'organiser sérieusement une école secondaire communale de jeunes filles, et qui en eut probablement l'idée parce que M^°® Cosway la lui suggéra, cessa de s'y intéresser dès qu'elle l'eut vue à l'œuvre. De telle sorte que M'"® Cosway eut peutêtre à la fois le mérite d'une idée heureuse, celle de créer un enseignement secondaire public et laïque pour les jeunes filles, et la responsabilité de son échec'.

* I/inslilulion, en ses plus beaux jours, ne complail pas plus de trente pensionnaires et ((uaranle externes. On y apprenait la lecture, récriture, la gram-

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