LES DERNIERES ANNÉES DU MONOPOLE UNIVERSITAIRE
I. Réformes apportées par le 24 février. — La Révolution et le lycée de
Lyon. — Les mesures prémonitoires de la suppression du monopole. H. — Conclusion.
La Révolution du 24 février ne changea rien au régime de l'enseignement secondaire. « Une des conséquence les plus immédiates (de la Révolution), écrivait Garnot aux recteurs le 25 février, et que vous n'avez pas manqué de pressentir, est de faire cesser désormais toutes les craintes qui avaient inquiété l'Université pendant ces dernières années*. » Deux jours de congé furent donnés aux élèves pour les associer à « l'éclatante manifestation de joie et d'espérance qui, en ce moment, accueille dans toute la France la proclamation de la République^ ». Quelques modifications de détail marquèrent l'esprit du nouveau gouvernement. Les collèges reprirent le nom de lycées (28 février). Les Provinciales furent inscrites au programme (25 mars). L'histoire de l'Europe et de la France de 1789 à i8i4 fut enseignée dès la rentrée d'octobre 1848 (8 octobre). L'enseignement spécial fut organisé en 1848^(7 octobre). Les langues vivantes furent obligatoires de la cin-
* Bulletin universitaire y février 1848, p. 53.
« Ibid.
3 C^était la suite de VEcole de commerce annexée au collège depuis i83o.
quième à la rhétorique. Une agrégation spéciale fut instituée pour les maîtres qui les enseignaient (i i octobre).
Le lycée de Lyon fut sans 'doute quelque peu agité par les événements politiques. Si Ton en croit le professeur de cinquième, Lemaire, orateur de la distribution des prix de 1848, on travailla peu cette année-là : « S'il m'était permis d'attrister, dit-il, par quelques mots fâcheux la joie de cette journée, je vous reprocherais, non pas à vous seuls, élèves du lycée de Lyon, mais à vous, moins peut-être qu'à toute la jeunesse de nos écoles, d'avoir un peu trop prêté l'oreille aux bruits qui venaient du dehors, et d'avoir, au détriment de vos études, permis à des préoccupations étrangères de faire invasion dans le paisible sanctuaire de la science. Peut-être en est-il résulté quelque infériorité dans le résultat ordinaire de vos travaux... Hâtons-nous d'ailleurs de le dire : cette émotion si naturelle n'a rien coûté à la discipline. » En revanche, de bons sentiments s'étaient fait jour chez ces jeunes lycéens touchés par l'enthousiasme républicain. Par deux fois en six mois, ils avaient souscrit pour les ouvriers sans travail de Lyon ; et, quelques jours avant les prix, ils avaient exprimé le désir que l'argent consacré à leur achat, fût ajouté aux premiers dons. « Si ce vœu, exprimé trop tard, disait Lemaire, n'a pu recevoir une satisfaction directe, au moins avez-vous accepté comme dédommagement TofiTre qui vous a été faite de frapper vous-mêmes chaque prix d'une contribution de nouvelle espèce qui pourrait s'appeler l'impôt de la victoire. Gela est bon, jeunes gens, et il est bon de publier de tels actes, car, aussi modestes que généreux, vous n'avez pas songé à vous en vanter ^ ». Et faisant allusion aux colères que suscitait dans le parti
Elle avait mal réussi. En 1844» elle n'avait plus que dix-neuf élèves. La concurrence des Frères l'avait presque anéantie en 1848. Quant à l'enseignenient spécial, il ne servit à l'origine que de refuge aux mauvais élèves de l'enseignement classique. En 1849, il comptait quarante-cinq élèves. Le proviseur Moriau se plaignait que le succès n'eût pas répondu à son attente. (Lettre à l'inspecteur général, 21 avril 1849. Arch. nat. F »7 lï 78491.)
* Lçs collégiens de Lyon avaient, en i83i, demandé que Targent de leurs