LES DERNIÈRES ANNÉES DV MONOPOLE UNIVERSITAIRE
clérical le libéralisme de l'Université, Lemaire ajoutait heureusement : « Il y a longtemps qu'on accusait notre système de préparer des républicains à la monarchie ; il donnera des républicains à la république. »
C'est probablement là ce que craignit le gouvernement de 1849. Dès le 16 novembre, le ministre de Parieu se préoccupa de donner un gage au « désir de conciliation salutaire qui était dans tous les cœurs », et il supprima le certificat d'études exigé des aspirants au baccalauréat. Il était « une marque d'origine demandée au savoir et que nos mœurs repoussent* ». Cette suppression était la préface de la loi du i5 mars i85o. Un nouveau régime de l'enseignement secondaire résulta de son application.
Le lycée de Lyon n'en souffrit pas immédiatement *. Mais le collège de Villefranche en mourut (i854).
Il est difficile de tirer des conclusions précises de cette histoire du monopole universitaire dans le Rhône. Les documents, souvent insuffisants, ne satisfont pas toutes les curiosités. On ne sait presque rien de la valeur des maîtres, des résultats de l'enseignement.
On est également peu renseigné sur la place que tenaient dans l'opinion publique les établissements d'Etat en face des institutions libres. Les statistiques d'élèves ne disent pas la situation sociale des familles clientes de l'Université ou du clergé, et, par suite, on ne peut pas savoir dans quelle
prix fût versé au comité polonais. Le recteur jugea ce sacrifice inutile. (Le recteur au ministre, 9 août i83i, Arch nal. F »» H 78489.) * Rapport de Parieu au Président. (Bullet, univ., nov. 1849.) 2 « La prospérité du lycée de Lyon, je ne la ferai pas consister uniquement dans ce nombre considérable d'élèves qui, à lui seul, égale presque les chiffres réunis de tous nos autres enseignements libres. » (Discours du recteur. Palmarès de i85i.)
130 LE RÉGIMt: NAPOLÉONIEN, 1802-1850
mesure la fréquentation de telle ou telle école était l'indication d'une opinion politique. Certains témoignages précis permettent de penser que le lycée de Lyon conquit lentement une importante situation morale dans la ville et dans le département. Dans une ville où l'Institut lyonnais, et TEcole centrale avaient excité un grand concours de bonnes volontés enthousiastes et tenaces, le lycée de l'Empire, création artificielle du pouvoir central, fut accueilli avec indifférence et resta comme un corps étranger. Mais quand, peu à peu, après i8i5, des traditions se formèrent, et des manières d'être propres à l'Université, qui firent d'elle une corporation d'esprit ouvert, tolérant, libéral et désireux de progrès, alors, le lycée qui en était Torgane principal dans le département devint une institution plus chère à ceux qui professaient des opinions libérales et laïques. La lutte même que livrait à l'Université le parti catholique donna des occasions de le défendre et des raisons de tenir à lui. Ce sont les advei'saires que lui suscitèrent les luttes politiques qui lui valurent des amis. Il donnait le modèle d'une éducation chère à tous ceux qui étaient « du parti de la Révolution française ». Les types moyens, presque identiques sur tous les points du territoire, du professeur et de l'élève du lycée s'étaient peu à peu dégagés. Aussi, haï des uns, aimé des autres, le lycée était-il devenu dans l'opinion plus qu'une institution, une véritable personne morale, qu'il fallait combattre ou défendre, suivant son goût.