‹ Histoire de l'enseignement secondaire dans le Rhône de 1789 à 1900Chapitre 34 sur 51 · II · texte numérisé non relu

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collège compte aujourd'hui trente et quelques élèves de plus que l'année dernière à Tépoque correspondante. Une administration expérimentée, vigilante et estimée de tous les partis inspire la plus entière confiance aux familles et aux autorités locales sans exception. L'ensemble des professeurs et des fonctionnaires présente un personnel d'élite... Nous sommes assez heureux pour que l'enseignement religieux soit donné par deux ecclésiastiques du caractère le plus honorable, pleins de talent, de tact et de mesure, et qui ont su inspirer une confiance universelle aux élèves et aux familles... Quelques développements que puissent prendre les établissements ecclésiastiques rivaux, il n'y a guère lieu de craindre qu'ils entament sur notre fonds : ils ne sauraient glaner que sur ce qui alimente les maisons ecclésiastiques déjà existantes*. »

Cette analyse est intéressante. Malgré une diminution sensible de loo élèves, dit la statistique, de 5o, dit le rapport, elle est confirmée par les inspecteurs généraux de i85i, Dutreit et Olivier, qui déclarent que « la loi nouvelle n'a point suscité de nouvelles concurrences au lycée, et les anciens établissements rivaux n'ont point vu leur clientèle s'accroître. La confiance qu'inspirent à juste titre aux familles la forte organisation de l'enseignement et le bon esprit du lycée, le préserve des fluctuations d'une vogue éphémère ^ ». Enfin cet optimisme se traduit ainsi dans le langage, toujours solennel et emphatique du recteur, l'abbé Vincent, — il est vrai qu'il parle cette fois à la distribution des prix :

« Il fut un temps, Messieurs, où l'on croyait pouvoir expliquer le chiff're remarquable de nos élèves par quelques-uns de ces mots qu'on sait si bien jeter au public comme un épou-

* Rapport de l'inspection générale de i85o (Archives nationales, F «7^ 78479).

2 Ibid. On y relève aussi une statistique intéressante des parents d'élèves. Sur a5o pensionnaires, 58 appartiennent à des pères de profession libérale, i54 à des commerçants ou industriels, 68 à des propriétaires, l'entiers, militaires, employés du gouvernement, 6 seulement à la noblesse, 4 sont des fils de fonctionnaires, 2 de grands propriétaires.

vantail ou comme un appât; certificat d études^ monopole. On invoquait un autre mot fort élastique, mot saint et respectable en lui-même, mais dont le monde abuse étrangement depuis bientôt un siècle : la liberté! Qu'on nous l'accorde cette liberté d'enseignement, s'écriait-on de toute part, qu'on nous l'accorde, et les établissements de l'Etat auront beau jeu.

« Eh bien! Messieurs, elle a été accordée cette liberté demandée avec tant d'ardeur comme devant consommer notre ruine.

« Il a été supprimé ce certificat d'études^ palladium présumé de notre prospérité scolaire.

u II n'est plus question de cette protection spéciale qu'on avait cru devoir flétrir du nom odieux de monopole.

« Cependant, qu*est-il arrivé? Le lycée de Lyon, en face des puissantes et nombreuses maisons libres, ses honorables rivales, à qui j'aime à rendre aussi un hommage bien mérité, a inscrit sur ses états jusqu'à 872 élèves.

« La liberté, Messieurs, est-ce donc que nous en serions les ennemis? Ah! loin de nous cette pensée. Nous l'aimions autant que personne... mais nous l'avions autrement comprise... Quoi donc! vous refuseriez à l'Etat le droit de surveiller un objet de cette importance..., etc. ^ »

Deux ans après, le professeur chargé du discours, M. Perrin, disait de même, à la distribution de i853 :

« J'ignore si ce régime est du goût de tous nos émules. Pour nous, comme cette armée qui remerciait la République de l'avoir mise dans la nécessité de vaincre, nous remercions l'Empire de nous avoir mis dans la nécessité de bien faire^. »

Pourtant les chiffres accusent encore une légère diminution que les inspecteurs de i853 constatent, en estimant du reste que la situation est satisfaisante : 255 internes et 45o externes. Ils l'attribuent en partie à la suppression du certificat d'études

* Palmarès du Lycée de Lyon, i85i, p. 14.

* Ibid., i853, p. II.

et au changement de direction du cours de philosophie, qui ont réduit de plus de moitié le nombre des élèves de cette classe. « Ce n'est la faute de personne », concluent-ils. Le rapport de i854 est plus pessimiste. « Le collège soutient honorablement la concurrence. Cependant la clientèle tend à fléchir; elle se recrute moins, ce semble, dans les classes supérieures. Le nombre des demi-pensionaires s'est notablement accru par suite des nouveaux tarifs ; mais ce n'est pas sans inconvénients pour Tordre intérieur et pour la conservation d'une clientèle plus distinguée*. »

Mais la situation se relève dès Tannée suivante. Si Texternat a un peu diminué, le nombre des internes s'est accru. Le rapport constate que le lycée garde les sympathies de la population, et que les autorités, y compris Tarchevêque, « rendent unanimement bon témoignage aux fonctionnaires », enfin, surtout peut-être, <( que le voisinage de M. le recteur (Tabbé Noirot), si dévoué aux intérêts d'une maison où il a laissé tant de souvenirs..., a dû puissamment contribuer à un pareil résultat. A quel degré de prospérité le lycée ne s'élèverait-il pas s'il était placé dans de meilleures conditions matérielles^? » Cette prospérité s'accentue en tous cas, en i856, et impose précisément l'idée d'une autre installation. La crise est franchie. Et à partir de là la progression est régulière jusqu'en 1870. Le rapport de 1862 (Duruy-Roustan) constate que le lycée a gagné une centaine d'élèves en quatre ans et que le proviseur a été obligé de refuser des enfants.

Cependant, Tannée suivante, un inspecteur moins satisfait (il est vrai qu'il ne Tétait jamais, et que son nom est resté légendaire], M. Rollier déclarait, en accusant la mollesse de TAdministration, que le chiffre des élèves, 900 environ, était insuffisant. « Le lycée ne périclite pas, mais n^a pas Téclat qu'il faudrait; il n'a pas la moitié du nombre total des élèves

* Archives nationales, F >7lï 78479.

« Ibid.

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des établissements secondaires libres, en admettant qu'on connaisse exactement ce nombre, évalué à 1926 ^ »

La dépression qui s'accuse entre 1870 et 1871 s'explique toute seule. Celle qui apparaît en 1874 ^st attribuée par l'inspection générale à l'augmentation du prix de pension ; le lycée avait perdu 5o pensionnaires. La diminution de l'année suivante est sans doute une conséquence de l'épidémie grave de fièvre typhoïde qui avait éclaté en avril 1874. Le lycée avait dû être licencié; les classes avaient été désorganisées, et les concurrents du lycée avaient naturellement bénéficié de ce désarroi. Mais il faut chercher une cause plus générale à cette lenteur des progrès du lycée, qui mit huit ans à reconquérir le chiffre de 1870. Il ne paraît pas injuste d'en rendre responsable pour une bonne part, d'accord avec plusieurs rapports d'inspection, l'administration du proviseur d'alors, M. de Ghaumont, qui avait, du reste, une santé chancelante. Il est facile de voir, en effet, que la dépression porte sur les chiffres de Saint-Ilambert, et M. de Chaumont avait peu de sympathie pour cette maison. « Quelle boutique ! quelle baraque ! disait-il. Je n'en ai que faire. » Et il en détournait les familles, ajoute le rapport de 1878 (Bouillier-Boutan), qui cite ces boutades *. L'état de la discipline du grand lycée (v. infra)^ devait contribuer aussi à écarter certaines familles. Le rapport de 1874 est très sévère : « La décadence se prononce... la maison est perdue si on ne réagit pas, car elle ne s'est soutenue jusqu'ici que par la supériorité des études, qui triomphe de toutes les préventions... Si l'on ne fait les derniers efforts pour remettre le travail en honneur et reconstituer l'esprit de la maison, ce sera une décadence morale dont les effets ne tarderont pas à se faire sentir dans les hautes classes, alors le discrédit du lycée sera consommé"^. »

* Archives nationales^ F »7 'I 864()8.

2 Archives nationales, F »? II 86482.

3 Ibid.^ F »7 II 8645(). On ne s'explique pas, après cela, la note optimiste ou au moins fort indulgente du rapport de 1875, surtout quand on remarque que l'un des deux inspecteurs de 1875 avait signé celui de i874»

Le danger fut conjuré : un proviseur nouveau fut nommé en 1875, et le lycée non seulement retrouva bientôt le chiffre de 1870^ mais en vint, au bout de six ans, à compter près de 1700 élèves, dont 363 à Saint-Rambert. Ce chiffre n'avait jamais été atteint, il ne le fut plus depuis lors. Il est très certain que ce résultat fut l'œuvre du nouveau proviseur, M. Busquet. Très entreprenant et très dévoué, il mit tout son zèle et son habileté à obtenir des pouvoirs publics, en particulier de la municipalité, les agrandissements, transformations, aménagements que nous énumérons plus haut ; mais surtout, grâce à un tempérament qui faisait contraste avec celui de M. de Ghaumont, plein de verve, d'entrain et de confiance, il excellait à gagnerles familles, à conquérir des élèves et à les retenir.

A ce point de vue son succès fut grand, les chiffres en témoignent, et il faut lui en faire honneur. On a pu trouver cependant que la quantité faisait parfois tort à la qualité, et que l'on gardait au lycée des non- valeurs encombrantes et même pis. Aussi il ne faudrait pas juger simplement par la comparaison des chiffres de population les administrations suivantes. Nous nous garderons, du reste, de les apprécier ici : les faits et les* hommes sont désormais trop près de nous. Toutefois, quand on voudra analyser et expliquer les chiffres de cette période, il faudra d'abord faire entrer en compte les faits suivants : influences sociales et politiques, instabilité des programmes et des méthodes ; insuffisance de plus en plus sensible de l'installation du lycée, car ses concurrents ont su fort bien montrer qu'il y manque non seulement les conditions du confort^ dont on pourrait se passer, mais celles de l'hygiène (au moins pour l'aération et l'éclairage, voire même pour le chauffage) et surtout celles de l'éducation physique qui, de jour en jour plus nécessaire, y est toujours lamentable. Et ainsi il faudrait peut-être plutôt s'étonner que, malgré ces causes défavorables, le lycée ait gardé depuis quinze ans la population de 1 .400 élèves, mais nous n'avons pas à y insister.

Un mot encore, à propos de la population, sur le chiffre des

boursiers. Jusqu'en 1870, il oscille entre 20 et 25. En 1876, nous le trouvons à 4i ; ^n 1878, à 68. Il est en 1900 de i83 ^

Nous avons donné dans le même tableau la statistique des budgets. Il convient d'y joindre les observations suivantes : le rapport de l'Inspection générale de i854 mentionne la suppression d'une subvention dont nous n'avons pu trouver le chifiFre ni une autre trace en raison des lacunes des archives académiques.

Dans les recettes figurent jusqu'en i865, c'est-à-dire jusqu'à la création de St-Rambert, des ressources qui à cette date disparaissent, savoir : i .3oo francs pour le fermage de deux campagnes, et 2.700 francs de rentes sur l'Etat. De même ont disparu 800 francs de recettes extraordinaires, produit des chaises de la chapelle. En revanche on voit apparaître en 1 864, comme venant de la vente des restes de pain et braises, une recette de 1200 francs qui est encore portée sous la même rubrique en 1894.

Les subventions inscrites ici sont les subventions ordinaires. En fait, les chiffres sont plus élevés, grâce aux subventions extraordinaires qui sont variables avec les exercices, et qui, pour les dernières années, portent le chiffre total aux environs de 3oo.ooo francs.

La différence entre la période où le lycée fait des bénéfices et la situation actuelle tient pour une bonne part aux raisons suivantes : d'un côté les améliorations considérables dans les traitements, et dans l'enseignement (création de cours, classes, laboratoires etc.), tandis que les prix de pension ou de frais détude sont à peine relevés ; de l'autre, le renversement de la proportion entre le nombre des internes et celui des externes qui, d'abord inférieur, puis sensiblement égal, est devenu de beaucoup supérieur : or on sait que les bénéfices ne peuvent venir que de l'internat.

hepriœ de pension qui était de 800 à 960 francs suivant les di-

^ Boursiers de l'État, 106 ; du Déparlement, 37; de la Ville, 33 ; de fondations (Gouttenoire, Grogniard), a; divers (Association des anciens élèves), 5.

188 LA LIBERTÉ DE L'ENSEfGNEMENT

visions en iSSg, de 85o à i .000 en i863, est aujourd'hui de 85o à 1 . 100, sauf pour les candidats aux Ecoles. Le prix d'externat était de 1 10 à 225 puis de 120 à 25o; il est aujourd'hui de i5o à 3oo.

La nourriture des internes coxilsàly en i85o, 3oo francs par élève; elle a oscillé entre 290 et 3 10. Elle coûte aujourd'hui environ 35o francs, les prix de pension restant sensiblement les mêmes.

Depuis i85o, les traitements des fonctionnaires ont été à peu près doublés. A cette date, le proviseur recevait 4-^oo francs; le censeur 2.5oo plus un supplément éventuel^ de 663 francs, Taumônier 2.000 avec 469 francs d'éventuel. Les mieux rétribués des professeurs (l'avancement était personnel) avaient 2.000 francs plus un éventuel de 645. Dès 1859 les traitements fixes sont légèrement relevés^ mais surtout l'éventuel y ajoute un boni qui, pour les professeurs dont le traitement est le plus fort, va à 2.200; chacun d'eux recevait ainsi 4-6oo. L'éventuel oscilla dans la suite (je ne prends que le maximum) entre 2.200 et 2.700. Le chiffre le plus élevé est celui de i863 : 2.714 ; en 1.869 il est revenu à 2.212*. Il a été supprimé en 1876 au moment où l'on a réparti les lycées en catégories.

Voici maintenant quelques chiffres pour le nombre des fonctionnaires. En 1860 nous trouvons, outre l'administration (proviseur, censeur, économe, surveillants, commis d'économat), 52 professeurs, 25 maîtres d^études, 47 autres fonctionnaires. — En 1866 ces chiffres sont respectivement 5o, 35, 49? non compris Saint-Rambert. On compte aujourd'hui pour le grand et le petit .lycée : 80 professeurs, 4^ répétiteurs, 66 autres fonctionnaires ou agents.

Il va sans dire que l'accroissement de la population du lycée

^ Ce supplément était calculé d'après les bénéfices du lycée et d'après le traitement fixe.

'-^ Même à cette date, l'éventuel de Lyon dépassait celui des meilleurs lycées de Paris. Si un professeur était suppléé, il gardait son traitement fixe, et laissait l'éventuel au suppléant.

a réclamé la création de deux, parfois de trois divisions pour une même classe. Ainsi on a dû constituer trois divisions de la cinquième à la rhétorique pour l'enseignement classique et, récemment, deux pour chaque classe de renseignement moderne jusqu'à la seconde. La classe préparatoire à l'école de Saint-Cyr a dû être aussi partagée en deux divisions.

En 1888, on a créé une rhétorique supérieure où l'enseignement était donné d'abord par quatre professeurs de la Faculté des lettres et trois du lycée. Les élèves étaient même conduits à certains cours de la Faculté. Depuis quatre ans toutes les classes y sont faites par des professeurs du lycée. Enfin en 189 1 on a ouvert une classe enfantine.

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